‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 163 sur 182 · CHAP. XXVIU. — AFFRANCHISSEMENT DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

CHAP. XXVIU. — AFFRANCHISSEMENT DU TRAVAIL

Protestation du Parlement et remontrances. — Installation du grand bailliage à Toulouse. — Protestations des justices inférieures, des capitouls, de la noblesse et du clergé. — Attitude du gouvernement. — Les pamphlets, — Avocats de Toulouse mandés à Paris. — Leur retour. — Abolition des grands bailliages. — Le Parlement rentre au Palais. — Pèles dans la province. — Remontrances du Parlement. — Agitation des esprits. — Le Parlement demande la suppression des États du Languedoc. — Dernières séances des États. — Une épigramme grecque.

Les fêtes terminées, le gouvernement du Languedoc est donné au vieux duc de Biron, amolli par l'âge et le train d'une vie élégante, qui l'empêchent de paraître à Toulouse et le retiennent à Paris ou à Versailles. Le ministère entrait dans la voie des réformes. Depuis la suppression des maîtrises et des jurandes, les travailleurs, plus libres, échappaient à l'autorité et à la surveillance jalouse des Parlements: on eut recours à un lit de justice, pour faire enregistrer l'édit affranchissant le travail des entraves des maîtres privilégiés. A l'occasion d'une procession, en mémoire des événements de l'année i562, les gens de métiers ayant refusé, en vertu de l'édit de suppression des mattrises, de sortir avec leurs bannières et de porter les châsses de Saint-Sernin, le Parlement intervint et leur ordonna de se jomdre à la procession, comme par le passé.

Pour la première fois, le gouvernement autorisa la libre circulation des vins par tout le royaume ; en enregistrant cet édit qui ouvrait au Languedoc le débouché des deux mers, le Parlement ne parut pas bien en comprendre toute la portée. Ce ne fut pas, sans opposition, que le Parlement reçut l'édit qui tentait d'exécuter, dans

le royaume, la liberté du commerce des grains. Cette, liberté de Tindustrie, combattue par les spéculateurs et les esprits attardés dans les vieux préjugés, était souhaitée par tout le monde, par les consommateurs que rançonnait le monopole et par les maîtres écrasés sous les charges des corporations. Chose étrange, ce fut le gouvernement qui offrit la liberté, et ce fut le commerce qui la refusa. Jamais ministère n* avait parlé un langage plus noble et plus généreux, mais vainement Turgot brava Timpopularité, pour contraindre la nation à être libre. Toute la magistrature crut que TEtat en serait ébranlé : elle protesta et refusa son enregistrement, en forçant le roi à tenir un lit de justice. Quelques Parlements finirent par se soumettre ; six d*entre eux ne voulurent jamais céder : Toulouse, Aix, Bordeaux, Besançon, Rennes et Dijon.

Ces Parlements invoquaient les traditions anciennes : les droits de la propriété, les intérêts du commerce et ceux de l'humanité en faveur du privilège ; ils criaient au despotisme et à la violation des règles de la justice et de la constitution de TEtat. A leur tour, en présence de tant de liberté, les ateliers redoutaient une invasion de fripons et d'incapables. Devant ces lamentations des ateliers qui trouvaient tant d'échos dans les Parlements, Louis XVI hésita, revint en arrière, trois mois après avoir signé Tédit de la liberté de l'industrie, et revint au régime des corporations et des privilèges qui ne devaient tomber que sous les décrets de l'Assemblée constituante. Les idées de progrès ne mûrissaient encore qu'avec lenteur : pendant cette pénible élaboration économique et sociale» les grandes compagnies judiciai-

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