‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 164 sur 182 · CH. XXVIII. — MORT DU DOYEN DOMINIQUE DE BASTARD · texte numérisé non relu

CH. XXVIII. — MORT DU DOYEN DOMINIQUE DE BASTARD

res froissées par les doctrines des édits et la forme un peu hautaine de leur présentation, devaient s'étonner de ce brusque déchirement de vieilles institutions et ne pouvaient guère accepter, sans trembler, ces tendances nouvelles qui bouleversaient leur société. S'il faut déplorer leurs hésitations, on ne peut s'empêcher de les comprendre et de les excuser.

Un douloureux événement attriste le Parlement : le doyen Dominique de Bastard meurt le lo novembre 1777, ^ ^'^S^ de quatre-vingt-quinze ans, pleuré des grands et de la ville, au rapport du bourgeois Barthès, qui écrit ce mot sur ce vieux parlementaire, conseiller depuis 1703 et doyen depuis vingt-trois ans : « Il était « l'amour et les délices du Palais. » Son buste, sculpté par le toulousain Darcis, fut placé dans la salle des Illustres du Capitole, non avec Tépitoge de laine bordée d'hermine des doyens, mais en épitoge d'hermine des présidents, en souvenir de son refus, en 1762, d'occuper la première présidence du Parlement. A cette môme année, le comte de Provence, frère du roi, et, quelques jours après, l'empereur d'Allemagne, Joseph II, traversent Toulouse; mais la ville était pauvre et ne donna aucune fote. Elle offrit pourtant les honneurs de la grande entrée au duc et à la duchesse de Chartres, au printemps de

« Ce n'était pas une entrée » disait l'imprimeur Baour,

en parlant de ses démêlés avec les procureurs, « mais

« une furieuse sortie qu'il allait essuyer ». Au Palais,

on ne lui pardonnait pas l'arrêt rendu contre le roi de la

Basoche. Le père du roi, le vieux procureur Monsarrat

de Lagarrigue guettait, sans cesse, et surveillait de près

rimprimeur. Dans un mémoire sur la réformation du corps municipal, imprimé dans le Journal des a/fiches, iJ crut voir un outrage envers la communauté des procureurs et mit, ausitùt, les quatre-vingt-seize procureurs du Parlement en guerre contre Baour. Traduit devant le sénéchal, Baour fut mis hors d'instance ; il y eut appel au Parlement; Timprimeur eut beau gagner tous ses procès, poursuivi à outrance par les sarcasmes et la haine de la Basoche et des procureurs, il sévit contraint, selon ce qu'il disait dans le dernier numéro de son journal, à amener son pavillon, à se déclarer vaincu et à cesser la publication de sa gazette, le 3i décembre 1776.

Les années s'écoulent sans procès graves et sans événements importants. Parmi les procès d'une variété infinie, je ne puis citer, en courant, que la condamnation au bûcher d'un nouveau livre sur la Congrégation des Filles de PEnfance, du CaUchismc et du nouveau Testament d'Osterwald, d'une multitude d'ordonnances et de mandements d'évôques soutenant la cause des jésuites, et d'une cohue de thèses extravagantes sur la religion et la politique. Le Parlement condamne aux galères les imprimeurs de ces libelles et, au fouet, les écoliers se battant dans les rues; il poursuit à outrance les jeux de hasard et fait enfermer, pendant dix ans, au château de Lourdes, le prêtre Benoît Serin, à la suite d'une partie de jeu ; il mande à sa barre les sermonnaires trop violents et les prêtres qui refusaient les derniers sacrements aux amis de Port-Royal. Il n'épargnait pas les moines insoumis et réservait les peines les plus cruelles aux bandes de malfaiteurs.

Une épidémie, qui rappelait les pestes du seizième

Page 1