‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 48 sur 182 · CHAP. VIII. — PROCÈS DE FRANÇOIS DE NOS I · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — PROCÈS DE FRANÇOIS DE NOS I

res. L'inquisiteur de la foi, le père Girardel meurt à son tour, et deux commissaires du Parlement reçoivent le serment de son successeur, le père Renquet, de Tordre de saint Dominique.

Les audiences sont assombries par une de ces défaillances humaines qui ne sont pas toujours épargnées aux compagnies les plus jalouses de leurs traditions d'intégrité et de vertu. Un jeune conseiller aux requêtes, François de Nos, reçu au Parlement depuis deux jours, fils et petit-fils de conseillers, partit pour Paris aux premiers jours de Tannée i633. Le courrier avec lequel il voyageait, lui ayant confié une somme de 1,860 écus en or, il se laissa aller à une indigne tentation, et cacha Tor dans sa valise, en prétendant qu'un voleur s'en était emparé. Le courrier ne se laissa pas prendre à cette ruse grossière et porta plainte à la police de Paris. La plainte parvint aux oreilles du roi.

Le roi en parla à Tavocat général de Ciron, de passage à Paris, et ce dernier écrivit aussitôt à son collègue, Tavocat général de Maniban. Dès la réception de cette lettre, Maniban en requit la lecture devant les chambres assemblées qui chargèrent Tavocat général de Ciron, d'en informer à Paris. La procédure terminée, le Parlement, s'efforçant de concilier le respect dû au nom de Taccusé et les rigueurs de la justice, prit la voie delà mercuriale, et décida qu'il ne convenait pas à la dignité et à Thonneur de la Cour d'admettre, désormais, au nombre de ses conseillers, un de ses membres flétri par la clameur publique. Puis, il se dessaisit de Taflfaire, et pria le garde des sceaux Séguier, de la renvoyer au Parlement de Paris.

ig8 HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

On apprit, tout à coup, à Toulouse, que les premières informations avaient été audacieusement altérées, grâce aux coupables complaisances des plaignefhts, et à la secrète restitution, par l'accusé, de la somme dérobée. Mission fut confiée aussitôt aux deux conseillers Catellan, de la grand' chambre, et d'Assézat de la Toumelle, de rechercher les causes de ces rétractations. Pendant ce temps, le jeune conseiller de Nos, bravant le Parlement, affectait de se montrer à Toulouse. Sommé de comparaître devant les chambres assemblées, il refusa d'obéir et reprît le chemin de Paris. A partir de ce jour, le Parlement de Toulouse le déclara solennellement privé de sa charge, sans user toutefois des formalités de la justice criminelle, afin de lui laisser le moyen de sauver sa vie au Parlement deParis.Mais, à la lecture de cet arrêt, le Parlement de Paris ne crut pas devoir passer outre, et envoya au greffe de Toulouse toutes les pièces du procès.

François de Nos triomphait et les preuves matérielles de son crime ayant disparu, il se posa en victime de la passion de ses collègues et présenta, au Conseil du roi, une requête en cassation de l'arrêt de Toulouse et en renvoi au Parlement de Paris. La requête fut accueillie et l'arrêt de Toulouse cassé. Les informations tronquées, le mensonge mis à la place de la vérité, l'audace et la ruse amenèrent une décision manquant de clairvoyance, et bientôt suivie de lettres du roi rétablissant le coupable innocenté dans les prérogatives de sa charge. Il fallait au Parlement de Toulouse de plus éclatantes preuves d'innocence ; avant de laisser François de Nos remonter sur son siège, il lui fit savoir que les lois de la

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délicatesse et de l'honneur primaient Tarrèt de Paris, et qu'un homme, encore entaché d'un soupçon d'improbité, ne pouvait s'asseoir parmi les parlementaires. Au moment où il s'apprêtait à franchir le seuil du Palais, le jeune conseiller se heurtait ainsi à un mur d'airain : il entrevit le péril d'une nouvelle lutte, se démit de sa charge et ne reparut plus au Palais. Par où, dit un chroniqueur, il aurait dû commencer.

Le maréchal de Schomberg ne garda pas longtemps le gouvernement de la province : il mourut à Bordeaux, et son fils qui eut la survivance de ce gouvernement fit son entrée à Toulouse, le 3 août i633. En signe de joyeuse entrée, il apportait au Parlement des lettres de grâce accordées à une grande partie de la noblesse engagée dans la faction du duc d'Orléans. Richelieu limita la clémence du prince, et ne permit pas au roi de pardonner leur révolte aux prélats et aux gentilshommes les plus compromis.

Le cardinal, qui imprimait à tout le sceau de son autorité souveraine, voulut enlever à la ville de Toulouse son privilège séculaire de nommer, elle-môme, ses capitouls, et abolir ainsi les anciennes ordonnances royales et les édits des comtes. Les capitouls alarmés envoyèrent aussitôt des députés au roi, et présentèrent une requête au Parlement : devant la volonté royale et la fermeté des parlementaires, le cardinal céda et laissa ses franchises à la cité.

De plus vives alarmes troublaient la ville : elle craignait une guerre nouvelle avec l'Espagne et s'apprêtait à recevoir les trois lieutenants généraux nommés par le roi, en prévision de la guerre, le comte de Tour-

igo HISTOIRE DU PARI

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nissaires du Parltïment piirvcnuknt à upuiscrles rdres et à protéger les catholiques en petit numbre, icutés dans leurs croyances et leur culte. duc d'Orléans revenait alors des Flandres, et Richefaisait enregistrer, nu Parlement, une dêcKiratiun le que lui rendait son rang à la Cour du France. En letemps, le cardinal déclarait la guerri' à l'Espagne, voulait chasser du Roussillon. Le Lungueduc, huudc cette guerre, ne tarda pas à s'en attrister, en enant qu'une levée d'imp(")ts extraordinaires allait re amoindrir ses ressources. En Guyenne, les villes .nt consternées ; celles du Languedoc se remuaient urmuraient. Afin de calmer cette fermentation, le lement décida, par arrêt, que des remontrances sent adressées au roi, pour le supplier de surseoir à lî levée d'impôts ruineux. Richelieu brava les romonices, fit casser par le Conseil du roi l'arrct du Par- ?nt, commanda à Robert Miron et à Antoine Le ms, inteodants du Languedoc, d'interrompre la ructîon des ch&teaux-forts dans les Cévennes, le irai* et le pays de Foix, et de poursuivre la levée des ts; il cita devant le Conseil du roi le président \ l'arrêt, les plus aaciens des autres prési-

des plus anciens conseillers, les plus an- ■s avocats généraux, le procureur général, et les MH^ndus de l'exercice de leurs charge '""allumé une sédition, i :Deâ'A^^''n, n'eût autorisé cesp '/nctions.

'lotaiant de m rendra irsenal. Sans la C»

non, le vicomte d'Arpajon et le marquis d'Ambres, avec prérogative de séance et de voix délibérât! ve au Parlement. Le marquis d*Ambres arriva le premier, porteur de la lettre de cachet qui lui accordait cet honneur. La ville se mit en fôte ; le parlement, au contraire, lui fit savoir qu'il n'était pas accoutumé à délibérer sur des lettres de cachet, mais bien sur des lettres patentes scellées du grand sceau, et qu'il eut à les présenter, s'il voulait opiner aux audiences. Sur les lettres patentes, le Parlement reçut le marquis d'Ambres, en se réservant de dire droit, s'il y avait lieu, à la réception du comte de Tournon et du vicomte d'Arpajon, et en insérant, aux registres secrets, cette restriction que les trois voix des lieutenants généraux ne compteraient que pour une.

On ne touchait jamais aux traditions du Parlement, sans réveiller ses vivacités ombrageuses et le froisser au cœur. Il ne cessait de réprimer les tendances ambitieuses de la chambre de l'Edit qui cherchait tantôt à étendre sa juridiction et tantôt à échanger la robe noire contre la robe rouge. Les magistrats protestants de la chambre de l'Edit persistant à prendre la robe rouge, le Parlement en référa au roi, qui défendit à la chambre mi-partie de porter la robe rouge et les chaperons fourrés d'hermine, à l'imitation des magistrats catholiques. Ces mésintelligences et ces défiances des parlementaires de la chambre de l'Edit se reflétaient dans la vie publique de la ville de Castres, impatiente de secouer le joug d'une justice rendue par des hommes de sentiments et de religion opposés. A tout événement, des émeutes y soulevaient le peuple, et ce n'était pas sans peine que les

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