C«.VIII.-RICHELIEU,LESCAPITOULS ET LE PARLEMENT
commissaires du Parlement parvenaient à apaiser les désordres et à protéger les catholiques en petit nombre, persécutés dans leurs croyances et leur culte.
Le duc d'Orléans revenait alors des Flandres, et Richelieu faisait enregistrer, au Parlement, une déclaration royale que lui rendait son rang à la Cour de France. En même temps, le cardinal déclarait la guerre à TEspagne, qu'il voulait chasser du Roussillon. Le Languedoc, heureux de cette guerre, ne tarda pas à s'en attrister, en apprenant qu'une levée d'impôts extraordinaires allait encore amoindrir ses ressources. En Guyenne, les villes étaient consternées ; celles du Languedoc se remuaient et murmuraient. Afin de calmer cette fermentation, le Parlement décida, par arrêt, que des remontrances seraient adressées au roi, pour le supplier de surseoir à cette levée d'impôts ruineux. Richelieu brava les remontrances, fit casser par le Conseil du roi l'arrêt du Parlement, commanda à Robert Miron et à Antoine Le Camus, intendants du Languedoc, d'interrompre la destruction des chàteaux-forts dans les Cévennes, le Vivarais et le pays de Foix,et de poursuivre la levée des impôts ; il cita devant le Conseil du roi le président rédacteur de l'arrêt, les plus anciens des autres présidents, quatre des plus anciens conseillers, les plus anciens des avocats généraux, le procureur général, et les déclara suspendus de l'exercice de leurs charges. Ces représailles auraient allumé une sédition, si le roi, éclairé par le duc d'Alvin, n'eût autorisé ces parlementaires à continuer leurs fonctions.
Déjà, les factieux complotaient de se rendre maîtres de l'Hôtel de Ville et de l'arsenal. Sans la fermeté du
premier président, aux séances d'un Conseil général tenu au Capitole, Toulouse aurait subi la loi des émeutiers. Le plus insolent et le plus hardi était un vitrier qui aurait déchaîné toute une tempête, si le Parlement ne l'avait, sur-le-champ, condamné à être pendu. Pendant que les gardes le traînaient de la prison à la potence, il poussait des cris déchirants et se lamentait de mourir pour la gabelle : une troupe de mendiants sortit des maisons et des boutiques, se jeta sur les soldats du guet et les assaillit à coups de pierres. Le bourreau fut massacré, et les soldats du guet ne ramenèrent le condamné en prison qu'au péril de leur vie.
Le Parlement s'assemble et se met en marche vers l'Hôtel de Ville, escorté de nobles et de bourgeois, l'épée à la main. Il entre au Capitole, en ferme les portes et y place des sentinelles. Le peuple accourait de tous côtés, le couteau au poing et l'insulte aux lèvres. Loin de céder et de trembler, le Parlement envoie l'ordre à la maréchaussée de hâter l'exécution du vitrier. Le soir, un prisonnier condamné aux galères, faisant office de bourreau, le pendit à l'ormeau du Palais. On ne pendait plus à la place Saint-Georges: le premier président de Bertier en avait fait enlever le gibet, placé sous les fenêtres de son hôtel. Le lendemain, le tumulte augmenta : des chaînes furent tendues dans les rues, mais les émeutiers reculèrent devant les forces de l'Hôtel de Ville, et le calme se rétablit, à la joie du roi qui en complimenta, par ses lettres, les parlementaires et les capitouls. Un visionnaire imagina de rallumer ce feu : il parcourait la ville, en disant que le cardinal de Richelieu n'était que l'antechrist. Sur la