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Ljé passage d'Aiinibai d^£s{)àgn^ en ttidi^i au travers des Alpes ^ est Un des évéf^enoeni^ les plus extraordinaires que noUs présente rhistoire romaine. Il excite égakment i'intfrét de récolier et de Thistorien. Chacun admire le génie qui put concevpir et exécùtçi:, m^ entreprise aussi hardie et aussi périlleuse: entreprise suivie de plusieurs victoires signalées^ et qui fut sqr le point de se fce^aûner par la destruction de la République romaine*
Chacun cherche à découvrir par quelle routii rariiiée carUiaginoise pénétra en Italie^ tnai^ il semble qu'il y ait sur cette iparche un yo^l^ impénétrable qui lui donne l'apparence du m^i> veilleux* De nos )Qurs, conime; du tex:Qps dea Romains , la même : incertitude . regtip sur Id passage que lés guides d'An4;iibal, c^pisirçnt pour le conduire ?i^ Italie. IL fi'y a pf at--étre pas de fmt daus rhistoire sur lequeji Top . soit tomibé daasiun si gr^nd nombre d'eipreurs. C'est
ajoute (i) : « Mais aujourd'hui que, par la
» conquête de l^Asîe pat Alexandre , et celle
» de presque tout le reste du monde par les
9 Romains, il n*est point d'endroit dans Tuni-
j> vers où Ton ne puisse aller par mer et par
» terre , et que de grands hommes, déchargés
» du soin des affaires publiques et du com-
» mandement des armées, ont employé les
» tnomens de leur loisir à ces sortes de re-
» cherches, il faut que ce que nous en vou-
9> Ions dire soit beaucoup plus exact et plus
3» assuré. Cest de quoi nous tâcherons aussi
» de nous acquitter dans cet ouvrage lorsque
» roccasîohs'«î présentera, et nous prierons,
» alors nos lecteurs curieux de nous donner
r> toute Féur attention* J'ose dire que je m'en
» SUIS rendu digne par les fatigues que je me
» suis données, et par les dangers que j'aî
» courus en voyageant dans FAfrique, dans
» nSspagne, dains les Gaules, et sur la mer
9 extérieure dont tous ces pays sont envi-
» ronnés, pour corriger les fautes que les
» Anciens avoiènt faites dans la description de
» ces lieux , et pour* en procurer aux Grecs la
p connoissance. » ' "
(i) Traduction de Dom Vincent ThuUIier^ tom. IV, p. 70*
Dans un* chapitre précédent (i), Polybe,
parlant du passage des Alpes et de la prudence
consumée avec laquelle Annibal conduisit
son expédition, dit encore : Je parle wec ûs--
çurance de toutes ces clioses , parce qu'elles
m'ont été racontées par ceux qui çiçoient
\ dans ie temps. J'ai çCsité les lieux mjoi^-méme y
1 et l'ai voyagé au traders de$ Alpes pour les
\ voir et pour les connotùre.
Quelle confiance ne devons-nous pas avoir dans un historien qm , pour ne rien dire dont il ne fût parfaitemant sûr» entreprend de longs voyages, dans lesquels il fut nécessairement exposé à de très-grands dangers; ^m^ non content de se faire raconter toutes les circonstances de la marche d' Annibal par tes eon^temporains bien instruits, visite lui-même les Alpes pour en prendre une eicacCe connoissançè* Aussi verrons^nous dans toutes les parties de cette longue marche, telle qu'elle a été tracée par le général Mêlville, que toxit €st d'accord pour les distances, les localités; que tout se rencontre jusqu'aux micindres détails^
(i) Le XLTin.* de Fédîtion de Casaubon^qui correspond à U 6n da chap, IX de la uaductioa de ThttUiier ; lome lY > p. 6a.
Le célèbre historien anglais Gibbon , faisant ^ rôccasion de la marche d-Annibal le pa-^ rallèle entre Tite-Live et Polybe, dit de cô dèriiier (i) : c^ Daiis Polybe, tout est raisonné, » tout est simple et sans parure. Une justesse » d'esprit, peu commune dans son siècle et » dans son pays, réunie avec une sécheresse » d'imagination qui y étoit encore plus rare, « lui faisait facilement préférer le vrai qu'il
V connoissoit à foiid , aux agrémens qu'il mé- ^, prisoit, d'autant plus qu'il en étoit incapable.
» Il «rvoit examiné lui-même tout le pays
» eatre l'Ebre et le Pô, et il l'avoH: examiné
» avec des yevix attentifs et éclairés. Il pouvôît
» y recueillir tous les vestiges précieux d'une
V tradition que soiî^ante ans n'avoient pas en- » core effacés. Il pouvoit s'entretenir avec des » vieillards du pays, qui, dan» leur jeunesse, » s'étoient opposés au passage d'Annibal, ou j) qui avoient combattu vSous ses drapeaux. II » avoit. entrepris ce voyagé difficile dans le p dessein même de s'instruire suç les Keux, et » d'opposer à toutes les fables qui inondoient » déjà le public, une hivStpire vraie et simple
(i) Mélanges^ posthuipes. d'ÇfloMord Gibbon, Esqw. Loadres; 1796. Tome )1, p. xban^i,.
» dé cette fmaeuse expédition des.Cfirthàgi-^ :» nois. L'ouvrage qa'il nous a lais^ est le fruit 5> de ce dessein..» .
Polybe étoit né m Gfhce vers Tan de Home 543, ou 14 ^f^s après l'expédition d'Aimibal. On peut, supposer qu'il vint à RoHie à r.âge de 3o ans, c'est-à-dire 44 aos^^près c^ événer ment; il put donc déjà s'enti^tenir des vie* toin^s du général carth^inpis avec des peih sonnes de 6a à 70 ans qui en avoient été té* moins dans leur jeunesse. . . i\.
Si Polybe traversa les Alpes à l'âge, de 4ç| ans, il put con,Y<v^€ur avec des ni0fLtagn9ird& 1^. 72 ans, qui^ lori$ 4u passage d'AnoÂbal^ ep avoient 18. . , ,. - j '
Il est possible que Foiybe dcheva son !hi^ tpireàrâge de 60 aûs^ l'an de Eon}e 608^ deux ans aprè&'la priàe et Ik iruine de Gwtha^ U mcHurut àFâge avanoé de :$2 ans.- . <
Ce^ fut Tan de Rome 585 cf^ Sçîflon i^A£rii eain le jeune , n'ay^axt que 1.8, ^os^ s^li^^éttoir tement avec Polybe. Cette amitié^ dit Rôl-?
lin (1) , devint très-utile à ce. jeune Romain» et ne lui a^^re mmns fait dliOEiheurdaits la postérité que toutes se* victoires.
(1) Hist. Romaine. Par», i743.Toxiie8; p. 2i57':259.
^ ncmoBiVCTToir,
II né pÀuvoit le quitter, son ^and plaisip étoit 4e s'entret^ir «^vec lui; il le rôspeçtoit comme son prppre père , et Polybe de son côté le chérissQit comme «on propre enfant.
Pour profiter des lumières d'un auteur aussi ludicieux que Polybe, aussi bien instruit dans les choses qu*îi raconte, aussi supérieur aux autres historiens pour Texactitude et Tamour du vrai, et d- une expérience consommée dans le métier de la guerre , il împorloit d'avoir une traduction correcte de l'original grec. Pour parv^enir à ce but, j'ai consulté ç^lle de Casauhok^) de Don Vincent irhuijtter^ de Hooke dans mn Histoire AomaÂne, et de Tltli^, aur teur anglais, qui avoit écrit un petit otïvrage rar la route d'Annibial. J'ai comparé ces différentes traductions avec Toriginal grec » et lors* qu^il me restoit quelque doute sur le sens d'tm mot ou d'une pfara»e , je me suis adi^essé aux {lommes les plus versés dans 1^ iar^e grecque.
Avec cfs secours, |e crois être parvenu à ^btetiit* une traduction qui rend le véritable ^ens de Tolybe dsMis toutes les parties de son récH relatif 4 1* marcbed'Annibal depuis Car4 thagène jusqu'aux bords du Tésîn,
J'ai éprouvé quelques difficultés provenant du sty^le uéglîgé é^Poi^l^^ ^ dç b/qs répétitions,
IKTaODUCTIQN. 9
vnafe j'ai chercbé à les éviter, en conservant <3epefldant toute m elartë et le sens littéraL Après s'être procuré une traduction assez correcte pour tenir lieu de l'original, il fallolt siv w* les xneillrares 43tartes géographiques poii^ y mesurer les distam>e$ d'une manièresùre ; il faUoit consulter les relations des voyageiurs <{ûi ont traversé les Alpes ; ou bien; ce qui valoit encore mieux, il falloit visiter les Alpes soimême dans le but de chercher le passd^ qui correspondit le mieux au récit 4e Polybe. C'est ce que fit le général Mehdlle, et c'est ce que j'ai fait pour l'entrée des Alpes, que le général n'avoitpas déterminée d'une manière exacte.
M^is il faHoit auparavant cfiercher dans les géographieis andennes, les passages les plus ancieiu)ement connus , ceux en particulier qui 4evinrent les voies romaines ; car on pouvoit présumer que les Romains ouvrirent leurs grands cbeniii» dans hs Alpes en suivant les routes fréquentées par les anciens h^bitans du pays, et surtout par les Gaulois, qui, à diffié^ rentes époques , envahinent f italien C*est une de ces routes qu'Annibal devoit avoir suivie nécessairement^ puisqu'il avoit pour guides les desceo4ans de ces paômesGaulois, qui s'étoient établis à/uDs 1^ plaines arrosées par le P6.
1 lOTBODUCnON.
Comme nous parler(»is souventdans lé coÉrs de cet ouvrage des voies romaines et des itiné^ raires romains , qui , avec le nom dés lieux par où elles passoient, nous donnent la direction de ces routes, je crois[ qu'il est nécessaire, de les faire connoitre. à ceux deme&Iectei»rsquî ^'en auroi.ent qu'une idée imparfaite. C'est dans l'ouvrage de Bergier (i) qiié je puiserai la no* tice suivante , qui fera la secoxHie partie . à» cette introduction.
Notice sue les Voies romaines , les. Itinéraires ET LES Routes qui traver-:^ soient les Alpes nu temps die Polybe.
LItalie et toutes les provinces de TEnipire romain étoient traversées par des. grande chemins pavés qui se prolongeoient jusqu'aux extrémités de ce vaste Empire. Ces çbemins partoient du milieu du Forum , la. plus belle .place de Rome ^ où étoit planté le millwrium aut reum. -.
(i) Histoire des grands chemfas de l'Empire Romain ^ par Nicolas Bergier. Édition de Bruiieâes. 1738.
INTRODUCTION* X t
L*ensemble de ces chemins, par leur multitude, leur longueur extraordinaire et le nombre de siècles qu'il fallut pour lès achever ^ est Tentreprise la plus grande que Tesprit humain ait janiàis conçue, et que la medn de Phommé ait jamais amenée à sa perfectioni Cest en particulier en cela que paroît la gran-* deur et la puissance colossale du peuple ro-^ main.'
C'ëtoit par le moyen de ces chemins que toutes les productions naturelles et artificielles des difFérens pays soumis à l'Empire, étôient apportées à Rome, qui étoît en quelque sorte le marché universel de toute la terre. C'etoit par leur moyen que Rome donnoit la vie et le mouvement à toutes les provinces, comme par les artères le cœur porte la vie dans toutes les parties du corps humain. : *
Bergîer étoit tellement pénétré de la gran^ deur de cet ouvrage*, qu'il auroit voulu qu'on Yappe]ài'l^ûmçue merveille du monde y ou la men^eille des merveilles de la terré. t!es chemins, qui étoient pavés comme les rues de Rome , s^étendoient depuis les extrémités occidentales de PEurope et de l'Afrique, jusqu'au fleuve de l'Euphrate et autres parties^ de l'Asie majeure. De J'une de ces extrémités à l'autre,
ta IMTRODUCnOIf,
c'est-à-dire de l'occident à Twient, il y asfoît au moins vingt-cinq grands chemins , chacim d'environ seize cents lieues d'ëtendue, et da midi au^eptentrion les chemins avoient de huit cents à mille U^ues de longueur» Us se conti-^ nuoient par des ponts sur les rivières, ou par des ponts qui^ en se répondant de rivage en rivage, en rëunissoient sans interruption les parties à travers les fleuvea et les mers : ,nouf ne mettons point ici en figne de compie un grand noB]l)re 4^ chemins de traverse ibtns let diverses provinces de l'Empire.
Cet ouvrage ne fut pas achevé dans le même siècle , ni par le même empereur. Il faUnt plu«^ sieurs siècles pour l'amener à sa perfection, et la plupart des empereurs y firent travailler* Ils. employèrent tous les peuples à eux soumis et tous les soldats de leurs lëgloiis pour condftiire ces routes à travers les monts et les vallées,, les plaines et les marais , pour les mesurer par milles, et marquer chacun de ceux-ci par det colonnes qui en dés^oient le terme et le nombre jusqu'aux extrémités 4e l'Empire. Il reste encore des vestiges de toutes ces routes»
Les chepiins d'Italie furent faits, pendant k République jusqu'au règne d'Auguste^ Avant cette époque , on en fit un très^tit nombre
XNTtlODUCTION. i3
dans les prorinees; les auteurs ne font mention que de deux. L*erapereur Auguste avoit telle-» ment à cœur Pouvrage des grands chemins , qu'il y fittravailler dans presque tout YEtopiffé^ mais principalement dans la Gaule et dans l'ÉS'> pagne. €e fut Fempereur Trajan qui surpassa tous les successeurs d'Auguste dans ce travail. £e sénat et le peuple romain mettoieni une si grande importance aux grands chemins, qu'il n'y avoit aucun autre Ouvrage public dont les auteurs fussent plus honorés et plus récompensés. On érigeait des arcs de triomphe aux empereurs qui avoient fait ou réparédesgrand» chemins; on frappoit des médailles à leurhon-^ neur.
Ces chemins auroient été connus bien îm»parfaitement, jet plusieurs d'eiltr^eux seroient restés ignorés des nations modernes , si deux itinéraires de ces grandes routes n'avoient paa échappé heureusement aux ravageis du temps»
Je veux parier de Vltiriérarre dfAntanin e€ de la Carte dite de Peutinger.
Le premier contient par écrit, et non p»
lignes, les plus grands et les pkis renommés de tous les chemins faîta>de main d'hfomihe, qu'on appeloit voies consulaires, prétoriennes, Impériales^ royales ou mffîtaires i^tï itin^rairii
l4 iNTBOpU6Tl6l*#
les conduit par les cités, boiirgade$y vilIagiÉlf gites et postes de chaque province» .tant dâ. TEurope et de l'Asie, que.de TAfrique} ou- TËmpire romain s'étendoit ; ajoutant les dis-' tances qu'il y avoit d'un lieu à l'autre, marquées parles nombres de milles, dé stiidQs, dé lieues gauloises , suivant la diversité des pays«c Ce livre fut fait pour servir de guide à cdUx qui voyageoient- sur les grands chemins de l'empire, comme nous avons à présent, les, livres de postes pour voyj^er. en Europe^ II. renfern[ie environ 872 chemins désignés par les. noms des villes qui en occupent les deux, ex-» trémités. L'auteur de cet itinéraire les com^, mence et les finit où bon lui semble, sanss'as-. servir à l'étendue préci3ç d'aucune des voies militaires, son* dessein n'étant que de montrer, comment on pou voit aller d'une ville, ou d'une province dans une aiitre- On ignore sous lequel des. dix, ou ùnze empereurs qui, ont porte le nom d'AntoniUj cet itinéraire a été faiti Bergier penche à croire qac ce fu^sous Marcus Aurelius Antooaînus, fils deSeptimius Se ver us. ; La fable ou . carte dite de Peutinger fut trouvée à ^pgsbourg en Allemagne , chez un nommé Conrad, Peutinger,. homme sava.nt et^ iîuripax 4es chosçs âfi^iqu^. L'auteur de cette
INTRODUCTIOK;: Ji5
carte n^^est pas mieux connu qûèicëlui diè l'Ifi^ nëraire d'Aotboin. Elle doit cependant avoir, été faite soùs lerè^e de.rempereurThëodose ou de ses fils' Arcàdius et Honbrius, lorsque TEmpireëtoit encore dans son entier et con»posëdesré^ns et des provinces décrites dam^.
cette carte : c'est pour cela que quelques auteurs Font appelée Charta Theodosiana»
€etfee carte n'est point une carte géographique, mais, simplement un tableau sou s la forme d'une longue bande quia douze pieds de longueur sur six pauces huit lignés de largeur»
en sorte que sa largeur n'est qu^ la dix-neuvième partie de sa longueur. Li'auteur ne lui a donné que la largeur nécessaire pour y tracer par des lignes environ ^5 grands chemins, qui en comprennent chaci^n un grand nombre de moins étendus ; mais il avait besoin d'une Iongueur considérable pour marquer avec, des intervalles sufBsané^ chaque ville, gite ou pqste» avec les distances en milles d^ Yxkh/^ à; l'autre. N'ayant dfaùtrê but que œluide iw>ntrer d'jun seul coup-d'œil la suite deà stations .et leurs distances, l'auteur de cette. qarte ne.s^est pas embarrassé que jes proMinceSî fufi^entchacun^ à sa placé géojgraphiqne et quiell^s eqiç^ntleur grandeur respective, oi quel^piciyièr^ eusseol
l6 tNTRODÛÊTION^
leur véritable direction parra|>port aux peinis cardinaux, ni que les rivages de la mer ftisseot figurés selon leurs sinuosités et leurs sîtiia-^ tions. Ce n'étoitpas son objet;il n'ai;oit, domme k dit Beirgier dans son vieux langage, p. 352 ^ il n^açùii cure du reste ^ ^ui n'étoù pas dti sù9h gibier et qu'il kasst^t ads cartes géogra^ phiques.
On ne trouve sur cette carte c{ue les noms des villes, des bourgs, wi demeures qui étoiait assises sur les grands chemins, et le itullero* main en est la seule mesure» Les lignes qui représentent les chemins sdnt tellemêntentre** lacées, c{u'on ne- peut les compter.
Il ne parott pas que cette c;^te ait été fuie d'après l'Itinéraire d' Antoniii, quoiqu'elle coact* prenne comme lui la plus grande partie des chemins militaires qui s'étendoient d^uÂs Rome jusqu'aux extraites de FEmpire*
Après avoir parlé en général des voies ro-« maines et des itinéraires qui en donnent la liste ou le tableau, il nous reste- à parler en particulier de celles de ces voies qui traversoient les Alpes et lé midi "de la Gaôif^^ dont nous fierons mention danq cet oiivrage.
La première vdi^ pavéefisiite' dans la Gaule^ et la plus ancienne de tioutes, fut celle que
les Romains firent dès le temps de la dernière guerre d'Afrique, pour voyager de l'Espagne et des monts Pyrénées à travers la Gaule narbônnoise jusqu'aux Alpes. C'est celle dont Palybe fait mention dans son troisième livre, comme ayant été faite dans le temps qu'il écrivoit, et comme étant la même route qu'a* voitsuivie Annibal. Elle passoit par Barcelone, Narbonne et Nîmes. L'époque où celte voie fut tracée par les Romains, peut se rapporter aux années 6o3 à 606 de Rome , puisque la troisième guerre punique commença l'an de Rome 6o3, et se termina par' la prise de Carthage l'an 606 (i).
La seconde voie ouverte dans la Gaule fut la Via Domitia que Domilius Abenobarbus fit faire Tan de Rome 63 1 . Étant consul cette année-là , il vainquit les Allobroges et les Alçernos , qui habitoient la Savoie , le Dàupliiné et l'Auvergne. Il fit paver ce grand chemin à la manière d'Italie. Il traversoit le pays des Allobroges et la région appelée Proçinciarriy aujourd'hui la Provence; mais on en ignore toute l'étendue. Cette voie n'exîs-
(1} Polybe aroit alors 58 ans: ce fut dôDC à ceUç période dé sa vie qu'il composa son bisiôireé
1 8 INTRODUCTiOîr.
toit pas lorsque Polybe ëcrivoit, puisqu'il mourut pour le plus tard Fan de Borne S3om
Il paroit que ces deux voies ëtoient les seules qui fussent ouvertes hors de Tltalie avant Auguste. Ce fut cet empereur qui fit tailler dans les rochers des Alpes , et paver avec une peine et des frais indicibles , les premières voies militaires qui traversèrent ces montagnes. Ses légions y travaillèrent elles-mêmes, ou bien c'ëtoient dfes ouvrières ordinaires, pendant que les légions soute noient le choc des peuples montagnards qui par la force des armes les en vouloient em« pêcher, sentant bien que Tëtablissement de ces grands chemins entraineroit la perte de leur indëpendance.
Les principaux chemins faits par Auguste pour passer d'Italie en France , venoient se joindre et se croiser à la ville de Lyon, dont la situation pour le commerce avoit été trouvée très-avantageuse. C'est de là qu'Agrippa, gendre d'Auguste , fit partir les grands chemins comme d'un centre, pour les conduire jusqu'aux extrémités des provinces gauloises. Un de ces chemins suivoit la rive gauche du PJiône pour aller atteindre la mer Méditerranée au port de Marseille. C'est Fitinéraire
de cette voie romaine qui noas fournira les distances et les stations de la marche d'An**' nibal, depuis le passage du Rhône entre Orange et Avignon , jusqu'à Vienne.
Venons maintenant aux routes qui traversoient les Alpes. Polybe, dit Strabon, ne nomme que quatre passages des Alpes ( i )• \
I.® Par la Ligurie, près de la mer Thyr- ^ rhène ou de Gènes. Cette route passoit par les villes de Gènes , Saçone , Monaco , Nice y • et se terminoit à Arles sur le Rhdne.
2.* Par le pays des Taurini (2), partant de a - - *t Milan et passant par la vallée d!Exilles^ le V>/ ' MonUGenès^re y Briançon^ etc., et se terminant aussi à Arles*
3.*^ Par le pays des Salassi ou le Val . '^ d'Aoste, partant aussi de Milan, traversant le petit St. Bernard» et se terminant à Vienne sur le Rhône.
4.^ Par les Grisons. Cette route alloit depuis Milan à Coire , en passant par Como.
De ces quatre routes il n'y a que la seconde
(1) Bergier , page 466 > chap. 5i.
(2) Strabon ajoute ici les mots, />ar oà passa An'- Tûbal; ceUe opinion étoît probablement empruntée de Tite-LiT€ , son contemporain.
et la troisième qui puissent être celles que nous cherchons. Nous trouvons dans les itinéraires romains la direction exacte de ces deux roules au moyen des noms des villes et villages par lesquels elles passoient, et nous devons supposer qu'avant qu'elles devinssent des voies militaires , c'ëtoient aussi celles que fréquentoient les anciens habitans des pays voisins des Alpes. Nous ne devons pas en chercher d'autres pour découvrir celles que larmée carthaginoise suivit, puisque cette armée avoît pour guides des Gaulois cisalpins dont les ancêtres a voient déjà traversé les Alpes par les mêmes chemins , et qui venoîent eux-mêmes de les traverser pour venir à la rencontre d'Annibal.
Celui de ces deux chemins qui passoit par le pays dos TaurirU^ se trouve dans l'Itinéraire d'Antonin , sous le titre de D'Italie dans les Gaules. De Milan à Arles par les Alpes Col tiennes (i). Il passoit à Turin, Suze, Oulx, Cezane. Entre ce dernier bourg et Briahçon,iltraversoitrAlpe Cottienne ouïe Mont-Genèvre. De Briançon, cette voiejdes-
(i) De Italia in Gallioê^ <— jà Mediolano AreîaU per Alpeê CoUias,
cenddit la vallée de la Durance j usqu'à Embrun^ puis elle s'écartoit de cette rivière pour pasr ser à Charges et à Cap ; elle venoit rejoindre la Durance un peu au-dessous de Tallard^ et la suivoit plus bas que Sisteron; de là elle se dirigeoit sur ^pt et Caçaillon. Cest à cette dernière ville qu'elle traversoit la Durance pour se terminer à Arles.
L'ancien Daupliiné , à l'exception d'une bande de trois à quatre lieues de largeur le long de la rive gauche du Rhône > est tout couvert de montagnes , qui s'étendent depuis risère jusqu'à la Durance au-dessous de Sisteron. Ces montagnes se terminent au midi par la chaîne du Mont-Ventoux ^ qui court de l'ouest à l'est, et dont la petite ville de Sault occupe le centre. Le Mont-Ventouàp est élevé de mille toises au-dessus de la mer, et les autres sommités sont élevées de cinq à six cents toises ; elles forment une chaîne qui termine brusquement la grande chaîne des Alpes.
Si l'armée carthaginoise avoit pris, la route de la Durance , elle auroit quitté les bords de cette rivière près d'Avignon; et, pour éviter les montagnes qui se terminent par la crête du Mont- Ventoux, elle se seroit dirigée
23 INTRODUCTIÔK.
vers rOrient, en passant par Apt , Reillanne > Forcalquier , et seroit arrivée sur les bords de la Durance à Lurs , six lieues au-dessous de Sisteron. Elle auroit remonté la rive droite de cette rivière jusqu'à Tallard^ et âuroit suivi les mêmes vallées que suivoit la voie romaine. Elle auroit traversé le Mont- Genèvre pour descendre dans le pays des Taurinù C'est cette route que Tite-Live a en vue, puisqu'il fait passer la Durance aux Carthaginois dans les environs d'Embrun > et les fait arriver chez les Taurini à leur descente en Italie.
La troisième route connue du temps de Polybe pour passer d'Italie dans la Gaule , étoit celle qui passoit par le pays des Salassi^ ou la vallée d'Aoste , pour entrer chez les Centrons , ou les peuples dé la Tarantaise»
Elle partoit de Milan , passoit à Novarre , Verceil, Yvrée , la cité d'Aoste; traversdît l'Alpe grecque ou le petit St« Bernard ^ sui^ voit la rive droite de l'Isère jusqu'à Mont-* meillan ^ puis tournoit sur Chambéry , et se terminoit à Vienne sur le Rhône après avoir passé par Yenne et Bourgoin. C'est la route que Polybe décrit comnie étant celle d'Annibal : nous ne la ferons pas mieux connoître
poar le présent , parce que nous aurons oo • casion d'en parler fort en détaiL " Ce fut l'empereur Auguste qui le premier fit travailler à cette route y ainsi qu'à celle qui traverse le Grand St. Bernard. Ces deux routes se sëparoient à Augusta Prœtoria , la cité d'Aoste. Strabon dit en deux endroits de son quatrième livre, que dans le Val d'Aoste> il y a un chemin qui se divise en deux bran* ches^dont l'une passe parles monts Pennins , qui est inaccessible aux bêtes de charge , et l'autre par la Tarantaise , qui est plus large et praticable pour les chars, mais elle est plus longue. Ces deux chemins se rejoignoient à la ville de Lyon.
Quand Strabon dit que la route par le Petit St. Bernard étoit pltis longue que celle par le Grand St. Bernard , il ne vouloit parler que du passage des Alpes, car la dis* tance totale depuis la cité d'Aoste jusqu'à Lyon , en passant par le Grand St. Bernard est , au contraire, beaucoup plus jgrande que par le Petit , puisque la route par le Grand St Bernard passoit au nord du lac Léman , ce qui est un détour considérable.
Suivant Strabon , le passage du Grand St Bernard n'étoit pas connu du temps de Po-
a4 JNTRODUCTIOK.
lybe, et avant les travaux qu'Auguste y fit faire, il n'étoit pas. praticable. pour les bêtes de somme. Si nous avions besoin de cet argument pour prouver que l'armée carthaginoise , accompagnée de sa cavalerie , de ses bêtes de somme et de ses éléphans , n'avoit pas passé par celte montagne , nous Falléguerionâ.
Il nous reste à parler du Mont-Genis. Ce passage ne se trouve point dans les itinéraires romains , et il ne paroit pas qu'il ait été jamais une voie romaine , ou qu'il ait été même connu des Romains. Il ofFroit de trop grandes difficultés, car les rochers du côté de ritalie sont presque à pic , et il a fallu tailler en zigzags dans le roc vif, le chemin par lequel on descend de la Grand-Croix au village de la Perrière (i).
Quelques auteurs ont cru que le Mont- Cenis étoit le chemin nouveau et plus commode, différent de celui d'Ânnibal, que Pompée se vantoitdWoir ouvert. Bergier (2)étpit de cette opinion ; il se fondoit.sur un pas*
(i) Voyage sur les Alpes de Desaussare, $. i5oo. (2} Histoire des grands chemins de FEmpire romain ^ pag. 475.
sage d'Appien qui rapporte que Pompée prit son chemin non par la route d'Annibai, mais non loin des sources du Rhône et de TÉridan (le Pô), qui sont peu éloignées l'une de l'autre. Ceci peut se rapporter au Petit St.
Bernard comme au Mont-Cenis , puisque ces deux montagnes sont également entre les sources du Rhône et celles du Pô. Appien étoit sans doute imbu de la môme erreur que beaucoup d'auteurs romains, entr'autres Pline et Ammien Marcellin, qui croyoient qu'Annibal avoit passé par le Mons PenninuSy à cause de la ressemblance du mot avec celui de Pœrii qui signifie Carthaginois , pensant que c'étoit le passage de l'armée d'Annibal qui avoit donné le nom à la montagne»
Si cette armée avoit réellement passé par les inonts Pennins , il est clair que Pompée, en traversant le Petit St. Bernard, auroit ouvert un chemin différent de celui d'Annibal , et beaucoup plus comipode. Je crois donc trèsprobable que Pompée , sans le savoir , avoit suivi la même route que le général carthaginois (i), la même que César suivit, lors-
(i) Sî ce que rapporte M. Aibanîs Beaumont dans sa description de la Satoie (tom.iypag. i3) est juste, it
qu'il marcha contre les Suisses à Genève, dit M. Chrétien de Loges , p. 3o» cité plus bas.
Quoi qu'il en soit, il paroît certain que le Mont-Cenis étoit un passage impraticable, non-seulement du temps d'Annibal ou de celui de Pompée, mais encore plusieurs siècles après leur expédition.
arr'iTOÎt souTeat que les Komaîns confondoîent le Grand St. Bernard avec le Petit , parce qne sur chacune de ces montagnes ii y ayoît un temple dédié au dieu celte Jou^Pen ou Jupiter Penninus»
M. Chrétien de Loges dans ses Essais historiques sur le mont St, Bernard, p. 5/ , nous apprend qu'il u faut i( faire une distinction entre le Mont-Joux , c'est-à-dire, ce le Grand St. Bernard , et le 3/ont'Joux ou Colonne^ «( Joux y le petit St Bernard.» Le premier s'appelait (p. 58) MofUefn-i^idê^Pennini , le second Montent^ Jovis'Gray^àvL nom des Alpes Gra'iœ ou Alpes j;ree* ques.
M. Chrétien de Loges dit encore» p. 65: «Les deux « Mont-Joux des Alpes Grayes et Pennines ne por- H lèrent le surnom de Petit et de Grand St.« Bernard j «c^qae vers faB iia3. »
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