‹ Histoire du passage des AlpesChapitre 24 sur 48 · Q HISTOIRE · texte numérisé non relu

Q HISTOIRE

i6.^ et 17.*, employés au combat en faveur du frère aîné, et à fournir l'armée d'armes , de vivres et àe, vêtemens*

Les cinq jours suivans furent employés à traverser le pays plat ou le pays de plaines , qui s'étend depuis Vienne jusqu'à Yeniïe , ce qui fait un espace de 54 milles. €e fut cette marche pendant laquelle le frère aîné»

affermi sur le trône par Annibal, accom«pagna l'armée carthaginoise avec ses troupes , pour la protéger contre les che& inférieurs des AUobrogeSy qui paroissoient sans doute disposés à l'attaquer pour lui enlever ses bagages* U est possible que le Prince des Allobroges ' n'allât pas phis loin qu'Aouste là où le Giiiers-s?if se jette dans le Rhône et où. se termine le pays de plaines; depuis là jusqu'à Yénne le pays est entrecoupé de collinee et de torrens*

Le 23/ jour(T7 octobre), l'armée arriva au pied des montagnes, où commence la montée des Alpes , c'est-à-dire à Yenne. Elle avoit fait 12 milles par jour depuis l'Isère, puisqu'elle avoit fait près de 100 milles en dix jours , et qu'elle devoit avoir passé deux de ces jours à Vienne. La fin de la 23*^ jJQprnée fut employée à s'instruire du dessein

DU PAS5ACE DES ALFES. gt

des Allobroges , et à faire les préparatifs gpatir ^'emparer de leur poste. A l'approche de la nuit Annibal transport^ son camp dans les environs des villages de Chevelu et de Su-Jeau-de-Chepelu y situés à 4 milles audessus de Yenne, et au pied du Mont du Giat*

Avant de passer au chapitre suivant, nous devons faire mention d'une découverte dont je n'ai eu connoissance^ qu'un an ou deux après la publication de la première édition , et qui vient appuyer d'une manière bien re* marquable la route que nous avons tracée»

Cette découverte se trouve consignée dans le tome IX de l'Histoire de l'Académie royale des Inscriptions et BelIes*Lettres (1) ^ la voici :

£n 17 14 9 un ^rmier de la terre du Passage (2) en Daùphiné , diocèse de Vienne > faisant ises labours au lever du soleil , eut sa charrue accrochée par une grosse pierre^ dont l'ébranlement rendit quelque son ; il employa le reste de la journée à l'enlever ,

(1) Page i55 de l'édition iii-4.S Paris 1736. ,

(2) Le Passage est un TÎllage sîtaé entre la Tour^ du-Pin et les AhretSy à nn demi mille an midi de la grande jroute de Vienne on deXyoa à Chambéry.

et en étant enfin venu à bout, il trouva dessous un grand bouclier d'argent de vingtsept pouces de diamètre, et du poids de quaranle-troîs marcs.

M. Galiien de Chabons , seigneur du lieu , et conseiller au parlement de Grenoble, étoit heureusement alors au château du Passage ; le fermier lui porta le soir même le bouclier, dont il fut si charme, que sur-le-champ ii lui donna quittance d'une année entière de ~ sa ferme , lui recommandant seulement le secret de la découverte et de la récompense ; ensuite il renferma précieusement ce bouclier, qu'il appeloit une table de sacrifice , dans une armoire de la sacristie de sa cha-* pelle , et l'on n'en eut connoissance qu!après sa mort. Alors ses héritiers appriteiit toute l'histoire par son livre de raison , où il a voit écrit que si jamais on se défesoit de cette antiquité, il falloit que ce fût pour avoir en échange un fonds capable d'entretenir honnêtement un chapelain au château du Passage; ils résolurent de suivre cette vue ; ils envoyèrent le bouclier , toujours appelé Table de sacrifice,' à M. de Boze, pour savoir s'il conviendroit au cabinet du Roi. Sa. Majesté l'agréa, elle le fit payer le double de.

sa valeur intrinsèque , et il fut placé à côté de celui Sciplon.

Ce second bouclier votif , qui est très-entier et très-conservé , est de la même forme, c'est-à-dire, exactement rond, à peu près de la même grandeur et dû même poids que le précédent; mais il n'est pas à beaucoup près aussi chargé de figures et d'ornemens.

On y a seulement représenté au centre un lion sous un palmier , et au bas dans une espèce d'exergue , les membres épars de divers animaux surtout de sangliers. De ce centre partent dés rayons d'uneciselure simple et noble , qui s'élevant et s'élargissant dans une juste proportion , viennent aboutir à la circonférence de tout le bouclier , et forment un très agréable coup d'œil (1).

M. de Boze l'ayant fait voir à l'Académie » on ne balança pas à y reconnoitre un ouvrage carthaginois; le rapport de la gravure de ce bouclier avec celle des médailles de Carthage l'auroit seul indiqué , mais le lion et le palmiqr , symboles ordinaires de celle ville fameuse, achevoient de le délermiiier.

(1) Cette circoruréreDce est large et marquée de trois doubles traits concentriques.

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De là les conjectures prenant léUr essor , oH alla jusqu'à soupçonner que le bouclier pouvoit bien avoir appartenu à Annihal, et être une offi*ande qu'il auroit faite après son •passage du Rhdne, à quelque divinité des environs comme à celle des Yocontiens , dea pocontiorum si célèbre dans l'histoire, et dont on trouve un si grand nombre de monu-* mens en Dauphiné. On observa que son temple étoit précisément dans le Canton où la découverte s^étoit Êiite et que suivant l'an* cienne tradition du pays , la terre du Pas-* sage avoit retenu ce nom, du Passage d'An> nibal avec son armée, lorsqu'il la menoit en Italie ; ou ajouta que si les Grecs et les Romains avoient coutume d'offrir aux dieux* des boucliers votifs pour leur demander des succès ou pour les en remercier ; cet usage n'étoit pas moins ordinaire aux Csirti^agW nois, comme on l'a déjà vu par l'exemple d'Asdrubal frère d'Annibal, dans les dépouilles de qui on trouva ce bouclier d'argent » du poids de i38 livres, qui fut mis au capiLole« On remarqua encore que si le lion étoit UA des symboles de Carthage , il éloit devenu par excellence celui d'Ânni^al , à qui on en avoit donné le surnom^ et qu'Âqiilcafr

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son père avoit coutume de dire de ses enùins, que cetoient des lions qu'il nourrjssoit pour la destruction de Rome et de ses allies. Telles furent les réflexions des académiciens à la vue du bouclier découvert dans la terre du Passage^ et il faut avouer qu'il fournit une forte preuve du passage d'Annibal par le territoire de Vienne* Aucune armée carthaginoise, à l'exception de celle d'Annibal et d'Asdrubal son frère, ne tra* versa Tancienne Gaule ; et auquel des deux 'qu'on attribue ce bouclier , comme ces deux généraux suivirent nécessairement la même route , il est une preuve irrécusable de leur passage par celle qui conduisoit de Vienne à Chambéry, et de là au Petit St.-Bernard.

J'attribuerois plutôt ce bouclier à Annibal , qui en fit , sans doute , Toffirande à quelque divinité du pays pour lui demander le succès de son passage au travers des Alpes qu*îl étoît sur le point d'atteindre. Ce passage lui ofiroit bien pluâ de dangers qu'à son frère, puisqu'il étoit le premier des deux à le ten* ter. Cette opinion est encore appuyée de l'ancienne tradition du pays, mentionnée par les académiciens , savpir que la terre du Passage avoit retenu ce nom , du passage

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de ce général avec son armée, lorsqu'il la menoit en Italie. Cette tradition devient d'autant plus remarquable maintenant , qull est démontré qu'Annibal avoit réellement passé par ce pays. Nous verrons qu'une tradition semblable se trouve au passage même du Petit St.-Bernard; rapprochement bien frappant , puisqu'on ne peut Tattribu^r à aucune communication entre les habitans du Viennois et de la Tarantaise.

La situation du village du Passage rend très-probable la conjecture que le bouclieç votif Y avoit e'té déposé comme une offrande. Le village est situé sur une colline d'une forme allongée d'où Ton découvre pour la première fois toute la chaîne de montagnes qui fermoit Ylsle. On voit de là ces mon tagnes depuis leur base ; elles paroîssent être un obstacle insurmontable à toute marche ultérieure. Ce fut de là qu'Annibal put avoir une vue pleine des barrières de PltaUe ; et comme Polybe dit une fois ou deux- que ce gén(^ral avoit coutume d'offrir des sacrifices daijs les occasions importantes, on peut supposer qu'il choisit celle-ci. ., ,

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