II
Le Prince Wallenrode mourut le 28 mai 1419, après un règne de dix mois et quelques jours.
Les États s'assemblèrent le samedi 3 juin. Ils nommèrent Mwmhmr le Sire Evrard de La Marck i.
Le Chapitre Cathédral, sans en référer au Pape, s'occupa incontinent de Télection d'un Prince- Évôque. Le choix tomba sur Jean de Heinsberg, adolescent de vingt-trois ans, qui était Archidiacre de Hesbaye. (Vendredi 16 juin 2.)
Le dimanche 10 décembre, TÉlu fit sa joyeuseentrée dans la Cité. Il prêta, avec les solennités ordinaires, le serment d'obéir aux Paix, de maintenir les Franchises des Bonnes Villes et les Droits individuels des Habitants ^.
Grandes Gens. Sed ea Tribuum Convefduumque JPopularium restitutio, etsi in Vulgus placuit^ non tamen ab omnibus probata est,... [Foollon, Historia Leodiensis, t. U, p. 3.]
* Everardus autem a Marcha ad novi usque Episcopi dedionemy Patriae Tutor instUtUus est. [Su£fridi ChroniconLeodiense, dans les Gesta Pontificum Leodienstum, t. m, p. 114.]
' Eodem anno XVI junii, egregius adoîescens Johannes de Heinshergh, archidiaconus Hasbaniae, pro tune aetatis annorum circUer XXIII, per Capitulum Leodiense in Episcqpum concorditer est électus. [Zantflietii Chronicon Leodiense, àAn^VAmplissima Collection t. V, p. 410.]
* ^ En celle année 1419, le X^^ jour de mois de décembre, lidit ^ Monsangneur Johans, à grant sollempniteit, entrait à Liège sicom ^ Evesque.... Et forent les Mestiers délie Citeit armeis et rengiies ^ en Feronstree pour luy faire honneur. Et quant ilh vient aile ^ Destroit, ilh allât jureir la Loy ; et fat sour les greis de Sains-Lambert *t recheus par les Sangneurs de Capitle , qui lemmenont al grant alteit : ^ et là fist ilh le Seriment acoustumeit, contenut en Libre aux ^ Chairtre. ^ [Johannes, de Stavelot, Chronique de lAège, p. 169.]
Le serment que llÊlu prêta, quoique tontes ses obligations n'y
Jean de Heinsberg était Liégeois. Il se vit bien accueilli. Joli de sa personne, il aimait le faste; mou et frivole, il s'inquiétait de ses plaisirs plus que de ses devoirs i.
fussent point énoncées avec une rigoureuse précision, n*en était pas moins un contrat très solenneL Le voici :
^ Cest le Sebement Monsieur de Liège. Sour le grant autel à saint ^ Lambert doit Monsieur de Liège jurer, après ce quil serat mis en ^ ch&jer, presens les Chanones, et le Doyen lisant les articles, ^ chascune par ly :
^ La première est. Que droicturierement il est entreit à FEves- * queit, et que la Clergerie , la Terre et le Pais et les Drois saincte ^ Marie et saint Lambert deffenderat par ses forcbes contre tous ^ Homes, et quil serat Feables al Eglise et au Païs; que il ne alienerat ^ rens des Biens del Evesqueit, ne ne donrat en Fief de noveal sans ^ consentement de Chapitle, et que les Biens aliénez par ses forcbes ^ redemanderat, et ce par amour, par bayne, par prières ou par dons ^ ne lairat.
^ Item. Que les Previleges, Status del Englise saint Lambert et les ^ Goustumes Bonnes , warderat par ses forcbes.
^ Item. Que les Escbevinaiges délie Citait de Liège, des VDles de ^ Huy et de Dynand, il ne venderat à personne, quand elles vacqueront.
^ Item. Doit jurer que sans le consentement et voulenteit del If Prévost, le Doyen et Arcbidiacones et Cbappitle de Liège, les ^ Cbasteaulz , les Bonnes Villes fermées, ou autres Biens ou Jurisdic- ^ tion ne alienerat ne obligerat pour aulcune somme dargent ou pour is aultres cboses.
if Item. Que les Paix que on dist la Paix de Fexhe , entre monsei- ^ gneur Adulpbe délie Marcbe, Evesque de Liège jadit,le Cbapitle, gf les Bourgois de Liège et les aultres del Pays faittes, il warderat ^ [ Dans le Pâtcdhâr. ]
* Un an se passa , avant que TElu pût recevoir ses Investitures , et , par conséquent, comme il le dit lui-même, exercitium nostre Temporalitaiis asswmere. Vu Téloignement de l'Empereur Sigismond, il les obtint d*urgence du Magistrat de Francfort, le 21 juin 1420: coram prudentibus circumspectisque Viris,.. modemis Magistris Civium seu BurgimagistriSy Scahinis et Consulihus Imperialis Opidi Frankefordensis super fiuvium Moyanù... [Dans les Acta Academiae ElectoraliS'Palatinae y t. Il, p. 232.]
Heinsberg trompa Tespoir de ceux qui Tavaient acclamé. Il adopta toutes les idées des adversaires du Peuple i.
Les dernières guerres, et, surtout, la tyrannie et les exactions multiples de Jean de Bavière, avaient ruiné le Pays. L'industrie et le commerce étaient en souffrance; les artisans étaient dans la misère. L'égalité politique déplaisait au riche; elle passionnait le pauvre. Partout l'irritation était violente 2.
Le besoin d'ordre et de tranquillité fut le prétexte que Ton mit en avant pour amoindrir la démocratie 3.
* Les matériaux sur cette époque sont très abondants. Notre laborieux Annaliste Bouille , en Carme déyot et entendu , n'en a utilisé qu'une minime partie dans son Histoire du Pays de Liège, t. U, p. 1-46.
Ici , pour cause de brièveté , nous ne mettrons en lumière que les points importants.
* Cet antagonisme troublait le Pays. De là des rixes , auxquelles font allusion ces lignes que Heinsberg écrivait le 4 juin 1420 : Cum àb obitu reverendi pairis hone memorie quondam domini Johannis de Wàllenrode Episcopi Leodiensis nostri predecessoris immediati, qui uUra annum decessit, omnis Lex in nostra CivitcUe PcUrictque Léodiensi eu in terris nobis et Ecclesie nostre subjectis vacaverity neque jiAStitia secundum Legem in criminalibus ae prophanis causis in tantum fieri potuit , cujus tamen metu humana cohercetur audacia, tutaque est inter improbos innocentiay ,unde et perplura delicta rémanent impunita, multique, que sua sunt , propter defectum Legis consequi nequetmt et qtmmplurimi Subditorum nostrorum in rébellione proch dolor contra nos eriguntur, hocpretextu. [Dans les Acta Aoademiae ElectoraliS'Palatinae, t. Il, p. 234.]
' Évidemment, c'est pour égarer son bénévole lecteur, que Bouille écrit ceci : as L'Évêque, toujours attentif au bien public, ayant con- ^ sidéré que les élections faites par le Peuple causoient beaucoup de
Le Tribunal des Vingt-Deux éprouva, le premier, ces atteintes réactionnaires i.
En 1420, le mardi 20 août, les États remirent en vigueur les lois organiques de cette admirable institution 2; mais ils les firent suivte d'une Moderation, où il était décrété 3 :
^ troubles, résolut d'eu changer la forme... 0 [Histoire du Pays de Liège, t. U, p. 6.]
* La republicat^on des Paix des Vingt-Deux ne fut qu*un prétexte. — Paulà post ex Ordinum consUio Vigintiduumvirale Padum ac Tribunal, quod ab Œhaeano praelio situerai, restituit, additis Capitibus aliquol. [ Foullon , Uistoria Leodiensis, t. U , p. 5. ]
* Dans le préambule , on explique ainsi pourquoi la republication des Paix des Vingt-Deux était devenue nécessaire :
^ Johan de Hynsberch, par le grasce de Dieu Evesque de Liège et ^ Conte de-Looz. A tous cheauz qui ces présentes Lettres verront et a oront, salut et cognissance de veriteit. Come ensi soit, que asseis if toist après nostre venue et réception faite à la Digniteit et Sain- ^ gnourie de nous Evesquiet et Pays de Liège et de Looz, nous a chiers et bins ameis les Maistres , Jureis , Gouvernurs et Conseils de ^ nostre Citeit de Liège, et de nous Bones Vilhes de Huy, de Dinant, *r de Tongre, de Saintron, de Fosse, de Tuwin, de Looz et de Hasseltf sf pour et en nom dicelle nostre Citeit , des Bones Vilhes susdites et de ^ tout nousdis Pays generalment, se soyent, par plusseurs fies, trais g: par devers nous , remonstrant coment de long temps , par especial de iP temps de révérend peire en Dieu Monsaingnour Johan d'Ercle, jadis ^ £vesque de Liège , de bonne memore , nostre prédécesseur , euwist is esteit par Luy et les Trois Estas de nousdis Pays, conjuntement «9 einsemble, sour plusseurs debas et altercations adonc estant esdis s? Pays, convinoiet une Pais, assavoir le Pais des Vintedeus, ^our ^ dureir à perpetuiteit : délie queille Paix , et des poins et articles en if ycelles contenus, de piecha,meisment depuis le guerres devantrament n advenues en nos dis Pays, on navoit point useit, ne ycelle laissiet Si avoir son cours.... gf [Texte du temps, dans le Pâwelhâr; dans le Recueil des Édits du Pays de Liège, t. U, p. 153.]
* On énonce , en quelques mots discrets , le motif de la Modération des lois organiques :
sf Nous , Johan de Heynsberch devant nomeis , qui le dite Paix des
lo Que pour être élu Vîngt-Deux, il faut être d'un âge mûr, lettré, rentier, ou marchand : quiconque vit à la journée et du travail de ses mains, ne peut plus être porté à cet oflBlce ^ ;
2® Que dans la Cité et dans les Bonnes Villes , les Vingt-Deux ne seront plus choisis par les Bons Métiers, mais par les Maîtres et les Jurés 2.
^ XXII y par le manière que declareit est chidevant, avons avencque ^ les Trois Estas de nous dis Pays refoormee et remise sus , affîn qui ^ dors en avant tant miex et plus deutement elle puit estre exercée : ff par manière de Dedaratian et Beformation, y advons encors adjous- ^ teit les nj poins et articles chi après ensiwans.... ^ [Ihid, ]
* ^ Item. Que ceulx qui ensi siéront comis au dit Office, soient ^ Gens saigesy sachans le Loy, ydoynes et suffisans, loisisables et ^ viskans de leurs rentes ou de leurs loyaulx marchandiese, par ^ especial tel Gent, cuy illi ne covengne gangnier par labeur leur ^ journée por eaux à gouverneir. ^ [Ibid.l
Ainsi , celui qui était obligé , pour vivre , de travailler à la journée chez un maître, était inéligible : il était mercenaire, il était dépourvu de loisir, et, conséquemment, il n'avait ni instruction ni raison.
Le Prince et ses partisans faisaient alors, comme en 1403, emploi de ce vieux mensonge, qui consiste à dire que Taisance, les richesses sont le signe absolu et incontesté de llionnêteté , du savoir , du patriotisme. [Voir 1. 1, p. 574.]
* ^ Item. Et que lesdis Tintedeux, ceulx qui ordonneit y siéront ^ de part nostre dite Citeit et Bonnes Yilhes, soyent esleut ensi et ^ par le manière que ons faisoit anchienement, entant que la dite Pais ^ fut premier ordinee et faite, et non par syete des Mestiers, come on ^ le &isoit derainnement ^ [Dans le Pâwélhâr; dans le BecueU des ÉdUs du Pays de Liège, t. U, p. 153. ]
Dans la Cité, on n'eut point égard à cette prescription : les Bons Métiers continuèrent, à tour de rôle, à élire à vive voix leurs quatre Vinfft'Deux. Ce ne fut que dans les Bonnes Villes ; que ces Officiers furent nommés par le Magistrat.
L'élection resta populaire dans la Cité, et les Vingt-Deux élus n'en furent pas moins des hommes éminents. L'Office de Vingt-Deux était une charge difficile , et qui entraînait une grave responsabilité ; les Bons Métiers ne la donnaient qu'à bon escient.
Ainsi ^ dune part, Ton exigeait du candidat des conditions d'aptitude et des garanties d'aisance telles, que les petites gens ne pouvaient pas les réunir; d'autre part, on ôtait l'élection aux Bons Métiers, pour l'attribuer à un corps peu nombreux, dont les membres étaient facilement circonvenus ou intimidés ^.
Ces mesures n'étaient que trop significatives. Beaucoup de Bourgeois s'en émurent. Des disputes , des rixes eurent lieu dans les tavernes et dans les rues. Ce fut une occasion de réviser, et de rendre plus sévères, les dispositions relatives aux délits publics. Il fut interdit à tout habitant, les Officiers du Prince et de la Cité exceptés ^, de sortir avec des
* Chaque Vingt-Deux était tenu de jurer qu^il ne s'était livré à aucune intrigue pour être élu; mais cette précaution était une vaine garantie et n'était point de nature à empêcher les puissants de corrompre les électeurs. Voici cette disposition : ^ Qui ceaulx qui à ar celluy Office des Vintedeus siéront ordonnez et institueis , de queile se Membre que ce soit, soyent tenus de jureir à leur institution et s? fâchent seriment solempne, pour celluy Office à avoir ilh naront ^ donnez ne promis, donront ne prometteront, par eaux ne par aultruy, ^ en secreit ne en appert, quatre deniers, ne le vailhant, nebinfais gf queilconques. ^ [Ihid.l
* ^ Que de ce jour en avant ilh ne soit personne , de queilconque ^ estât quele soit, réservait nostre Mayeur,les Maistres de nostre jr Citeit, leurs Clercs et Varies, les Gens de nostre Conseilh, nos ^ Familiers continueils et commensals portans noz draps, que, de jour ^ ne de nuyt, en la ditte Citeit, ^orient Espees , Bazelars, Spafus, ^ BrsdQrSj Glaives, Haches, Spiers, Martea, Beckefacon, Panchiers, sfi ne aultres Armures queilconcques, excepteit Daghues ou Cotdealz ^ de teils longeiche, largesse et grossece que enseingnie serat à Destroit ^ et aile Violette. ^ •
Ce document, connu sous le nom de Noveau Jevt des Basions, fut
armes ^ Nul ne pouvait, la nuit, être porteur de canne ferrée ni de lanterne sourde, sous peine d'amende ou d emprisonnement 2.
Le dimanche 5 juillet 1422, le régime électoral reçut une autre atteinte. Les Bons Métiers décidèrent que nul ne pourrait être réélu à la Maistrie, que quatre ans après la sortie de Toffice 3. C'était pour ne pas laisser des Bour-
p^blié en 1422; il se trouve dans le Pâwelhâr, — Au Moyen- Age, le mot bâtons était synonyme d'armes. C^était Tusage alors de n'aller que bien armé, ou, pour le moins , Tépée au côté.
* ^ Item. Que tous Bourgois mannans et sourseans fours délie ^ Citeit dedens Franchise et Banlieu , soient tenus , quant ilz yinent sf à Liège, de laissier et mettre leurs Armurres et Basions defours la ^ Citeit ou dedens, sour un bonnier près délie Porte où ils seiront ens ^ tantoest entreis , sens plus avant porteir az Tavernes, Cabaresne ^ aultrepart, etc. ^ /
L'hôtelier était tenu, sous peine d'amende, d'avertir les voyageurs logés chez lui, qu'ils ne pouvaient être porteurs d'aucune arme pour circuler dans la Ville. ^ Item. Que tous Afforains soyent tenus de ^ laissier lours Basions, Dagues et Armurres à leur hostel, se dont «r nestoituns Cou^ ^at/A^am, de tel devise que dit est, sy que le ^ hoste, hostesse ou mesnies soyent tenus de dire & telz hoestes ^ estraingnes , quilz oestent leurs Dagues ou Coutealz, et toutes autres ^ Armurres, etc. «r [Ibid.}
* ^ Item. Que ne soit nulz qui vache par nuyt sens lumière des- ^ couverte lusante par tous leis, ou soit trouveit en lieu deshonieste ^ deleis femme vangnante argent à son corps, après le Clocke que ons ^ appelle CoporetUe; mains bin est nostre intention que tous Bourgois ^ puissent porteir Bouclettes sens ferome, ou uns Baston de fagot, à ^ lumier descouvert, come dit est, etc. ^ [J&ù?.]
On appelait Copareille la grosse cloche de la Cathédrale qui sonnait la retraite chaque soir. [Voir 1. 1, p. 430.]
. * Cette innovation fut introduite par la Lettre de Quatre ans , du 5 juillet 1422. Quelques lignes sont à relever : ^ Promier, Voulons et ordinons, que tous chi qui à jour del Saint-
geois influents en possession des magistratures, n fut en même temps ordonné que les Apprentis, les Bourgeois âgés de moins de dix-huit ans, et les Bourgeois non résidents dans la Cité, n'auraient plus ni suffrage ni droit d'élection dans les Bons Métiers i.
Deux ans plus tard, la coterie dominante réussit à mieux assurer encore sa prépondérance.
Une commission de trente-deux membres fut chargée de réviser les Statuts communaux 2. Son
^ Jake prochain venant, siéront esleus, par le plus grant sieute délie ^ Citeit, aile Office délie Maistrie de Liège, que ilh jurent sollempne- ^ ment sour Saints, les mains touchies az Saints, avec le seriment ^ anduenement acoustumeit, que dedens quaitres ans, comenchans ^ aile issue de leur année, continuelement lun après lautre ensuivant, ^ ne porteront les Offiches délie Maistrie , etc. ^ [ Dans le Fâweîhâr,]
* ^ Item. Encor volons et accordons , que doresenavant nuls Affo- ^ raina Bourgois manans defours Banlieu, Apprendtche, ne Enfant ^ de Maistre desous eage, tant dedens Franchise et Banlieu come ^ dehors, puist faire Sieute ne Election aucune des Offiches délie Cité, ^ à tel fin que les dites Offices , grosses et menuttes , soyent plus ^ justement données et ordinees en temps futur. ^ [IMd.'l
Être desous eage, c'était ne pas avoir dix-huit ans révolus. L'âge de dix-huit ans était requis, par divers Statuts, pour avoir voix et sufirçLge dans les Métiers, gf Nul Compagnon hantant ledit Mestier i» (des Retondeurs) ne porat faire Sieulte, ny Croye, ny porter gf Armes, sur ledit Mestier, s*il n'est âgé de dix-huit ans pour le moins, if et ce, sur peine d'un florin d'or d'amende. ^ [Chartes des XXXII Bons Métiers de la Cité de Liège, 1. 1, p. 290. ]
' Cette révision de la Constitution de la Cité n'avait pas été délibérée en assemblée générale des Bons Métiers, mais par une Commission de seize Bourgeois recrutés dans la faction dominante, auxquels seize autres personnes avaient été adjointes par le Prince et le Chapitre Cathédral. Cette Commission de Beputeis avait reçu , le 18 juin 1424 , ^ poioir, puissanche et aucthoriteit de visenteir les Pais, Accords et ^ Ordonnances fais , et daviseir par quoy le Boin Goveme et Begiment
travail fut soumis aux Bons Métiers : ils lapprouvèrent le dimanche 16 juillet 1424, et, le même jour, le Prince le publia comme Nouveau Régiment de la Cité 1.
Cette constitution communale était destinée.
ip de la dite Citeit soy paist remettre en estât , et multiplier de bin en :f miez, et, à sourplns, de faire Ordonnances selon leur bonne discresf tion, et le sens que Dieu leurs at donneit, par quoy tout voie de ^ forche et de volenteit se cesse , et que chascun puist estre mineis et ^ desdus par Raisons et Equifeit, aile honneur délie Citeit et aile paix s» des Habilans, etc. sf [Dans le Fâwelhâ/r.'\
* On rappela communément) en efifet, le Novea Régiment. Les écrivains contemporains en font la remarque : Qiiae quidem StattUa vulgariternuncupantur Novum Regimen. [Zantfliet, %bid,, p. 417.] — Le mot Régiment n est point ici synonyme de règlement , mais de Pacte Constitutionnel, Le mot latin regimen signifie également gouvernement, régence, administration.
Une copie du Novea Régiment fut affichée dans la vaste armoire grillée du chœur de la Cathédrale, à côté des textes des principales Paix. Le Régiment prescrit lui-même cet affichage en ces termes :
^ Delle Lot et Paix faites. — Item, Affin que chascun puist estre tf tant miez enformeis delle Loy, de Status et des Franchiez des Borgois s^ delle Citeit , dont il sachent miex de quoy ilh se doient wardeir : ^ Statuons et ordinons que le Loy Muée, ly Novelle-Log, le Paix s* des XII, le Paix des XVI, ly Modération dicelle , le Paix des XXIJ, if le Paix de Wihonge, le Paix de Fexhe, aveucque cest présente ^ Ore^inanoe, soyent miesez où il soloyent esteir. Pareilhement, que ^ le Ordinanche des Clers doit estre en pilleir à Saint-Lamber.* ^
Il fut défendu d*altérer ces documents officiels de quelque manière que ce fût :
^ Item, Statuons et ordinons qui ne soit nus ne nulle, de queilg: conques estât qui soit , qui vache entonr les trailhez auz Livrez et ii Ordinanche en pilleir, por cancelleir, copeir, raseir, tailhier, brisier, ^ ne faire violenche queilconques, sour pierde le destre poinge, se sf attenus est; et silh fait pit faitulz, quil soit attains de son honneur, ss voir le fait bien proveit ^ [ Textes du temps , dans le Pâwclhâr ; textes défectueux dans le Grand Record de la Cité de Liège, p. 49; dans le Recueil des Edits du Pays de Liège, 1. 1, p. 34, etc.]
disait-on , à régulariser le gouvernement populaire, et à garantir aux Bourgeois leur vie, leur liberté individuelle , leurs propriétés.
Elle n'avait, en réalité, d'autre but que de dénaturer les élections magistrales i.
Pauvre Homme en sa maison Roy est 2. Tels sont les termes énergiques qui proclament le principe de l'inviolabilité du domicile; mais bientôt après, on commine des peines spéciales, pour des méfaits peu précis, contre les gens mal famés ou sans biens 3.
* Le préambule de ce Régiment est à citer. C^est pour le soin de la tranquillité et de llionneur du Peuple Liégeois , y dit-on , qu'il faut lui ôter de sa liberté :
^ Conune nostre dite Citeît, qui est de si noble et grande Fundation, ^ et grandement atourneez de grans Previleges, Frankies et Liberteis fi concèdes par le Saint Siège de Rome, et le Saint Einpiere, et aussi fi ayent par nous Predicesseurs esteit plusieurs Ordonnances et Faix fi faites, en accressant loueur, lesta et le paix dicelle Citeit et des fi manans et habitans en ycelle : toutvoye, par petite advertissement fi de temps passeit, at esteit et est encors, en pluseurs partiez, foruseit fi diceulz , et teilement , que la dite Citeit at assois petit nom de Boin fi Goveme, et, se porveiit ni astoit, polroit estre plus déshonorée et fi desordinee. Pour ce à contrester, et affîn que les Previleges, fi Frankiez , Libei*teiz et Paix faites deseurdites ne soient pont interfi preteez ne entenduwez pour faire adreche aux Malvais en leur fi maliche , mais pour le correction dyceulx et le paix des Bonnes Gens: fi Avons statueit et ordineit, pour li reformation de Régiment de la fi dite Citeit, les chozes qui chi après sensiwent, extrais, le plus grande fi partye, hours des dis Previlegez et Paix faites, fi [Ibid.]
* Ces mots. Pauvre Homme en sa maison Boy est y étaient passés euproverhe, comme on a soin de le dire, depuis un temps immémorial. Ds exprimaient , on ne peut mieux , Tidée traditionnelle de la liberté individuelle la plus complète.
' fi Item. Comme soient le comun proverbe, Povre Homme en sa fi MAISON Roy est : Statuons et ordinons, que queilconques enterai de
Vingt deux Commissaires , inamovibles, et à vie, sont institués : seize sont nommés par les Bourgeois, six par le Prince i. Outre le soin qui leur incombe de veiller à la police, à l'observation des Statuts, et au maintien des Franchises de la Cité 2, ils ont une mission politique : ils
^ forche en maisons de Borgois , dedens la Citeit , Frankiez et Banlieu , ^ movant délie Loy de Liège , et li ferat forche , playe overte , à (ou) sf plus grande laideur, ou à sa Femme et Maisnie, Hoiste ou Hostesse, ss ilhe sen porat plaindre aile Loy, az Status ou ailheurs^ là miez le ^ plairat; et le plainte faite, serat corregiez solont le Loy ou Status :fi susdis; et oultre che, serat ly Faiteur attens à Saingnour et :g aile Citeit à une voie doultremeire, à uns an de stut, à payer dedens n XXX jours, après ce que commandeit li serat, sens remission.... ^
^ Item. Comme en la Citeit et ailheurs, pour Gens de mal famé et il aidtres Conbateurs, soy esmovent pluseurs fois bestens et debas, ^ dont les Bones Gens et Pasiblez sont destoubleis : Statuons et sf ordinons , que de tous Borgois , Gens de mal famé , et aultres Gens g: qui nont bins, cens ne rentes, et porsywent de jour en jour les g: tayernies , etc. ^ {Ibid.l
* En faisant intervenir le Prince dans Télection des Maîtres, ou allait faire cesser, disait- on, les brigues, les corruptions, les erreurs :
^ Item. Comme pour les grans porcaches délie Office délie Maistrie if délie Citeit, tant pour beveraige comme par dons, promesses ou a priers, avinent de jour en jour pluseurs griefs mais et inconvenien- ^ chez, et puelent encor avenir, se porveiit ni est convenalement : if Statuons et ordinons, que le dis Comissairez de part Monsangneur, ss et les Commissaires des Vinables, etc. ^ — Il était incontestable, ajoutait-on, ^ que de temps passeit, une grande partye de mal Go ver ne a de la Citeit est venuwe par les proyers, bevraiges, dons et pro- ^ messes que ons at fait pour avoir les Maistrie.... ^ [Ihid.^
' Par leurs fonctions , les Commissaires devaient être les gardien^ de la Société civile et de la Société politique. Us furent considérés comme les Yetix de la Cité, par une métaphore expressive et pleine de justesse. Quorum (onerum) intuitu vulgo Civitatis Oculi nuncupantur. [ Vindiciae Libertatis, Jurium et Exemptionum dominorum Commissariorum Indytae Civitatis Leodiensis, p. 73.]
forment un comité électoral permanent. Chaque année ^ le 24 juillet, veille de la S^Jacques, ils choisissent, dans chacun des Trente-Deux Bons Métiers» un Bourgeois majeur, capable, ami du bien et de Tordre. Le lendemain, jour de la S*^ Jacques, ces trente-deux Bourgeois s'assemblent à THôtel de Ville: après avoir juré qu'ils n ont été séduits ni par les prières, ni par les promesses, ni par les présents d'aucun candidat ^^ ils nomment, à la pluralité des voix, les deux Maîtres. Les autres OflBlciers continuent à être désignés, par lès Bons Métiers ^.
Tous les Elus faisaient le serment de maintenir en tout point le Nouveau Régiment ^.
* ^ Li Commissaires devront, le Duyt délie Saint- Jake dors en ^ avant, cbascnn an, esHre xxxu Hommes, assavoir, en chasenn ^ Mestier, uns Homme boine et ydone, et désirant le bin et le paix ^ délie Citeit, affin qui ces xxxu Hommes , le jour délie Saint- Jakem , ^ de matin , soyent mandeis et vengnent ensemble, en ciertaine plache , If par lesdis Commissaires à ordonneir. Là, nuls aultres ne sont a presens ne appeleis, fours que eaux. LesqueiUes xxxij Hommes ^ jnrront sour Sains , quil nont pris ne attende wangne ne lowir pour ^ le élection quil doyent faire , et de eslire loyabnent, sens priîers ne ^ faveurs, dois Maistres pour lannee, qui ne seront point de leur ^ nombre, qui leur sembleront à leur advis estre ydones et suffisans 4P aldite Office délie Maistrie de Liège; et H serimentenss feût, lesdis ^ xxnj Hommes des xxxu Mestiers trairont à part, sains prendre à ^ nulluy conseilhe; et point ne se partiront de la dite plache, jusque ^ à tant quil aront esleu, par accord ou par le plus grande syet, dois ^ Maistres pour lannee corne dis sont : lesqueis, ensi esleus, seront ^ par lesdis xxxu Hommes, en nom des xxxu Mestiers, presenteis ^ anz Yiez Maistres, pour eauz mettre en fealteit ensi quil est de ^ costume.... ^ [Ihid.^
* Ainsi le veut le Nouveau Begiment, En voici les termes :
^ Tons les queilles Ordinances , Poins et Articks deseur declareis ,
Ainsi, rélection des Maîtres n'émanait plus exclusivement du Peuple. Le Prince y prenait part, au moyen de Tinstitution des Commissaires- Electeurs, Ceux-ci étaient, pour un tiers, à sa nomination directe : ils devaient être, selon Fusage, les interprêtes passifs de sa volonté.
C'était la première fois qu'on voyait le Prince intervenir légalement, et en nom propre, dans le choix des Maîtres.
Jamais on n'avait attenté aussi gravement aux vieilles libertés de la Cité i.
^ Nous ledis Evesqaes de Lige et Conte de Looz poar nous et nous If Successeurs; le Vice-Doyen et Capitle de Liège; et nous les Maistres, ^ Esquevins, Jureis, Conseilhe, et tous le Universiteit de Liège, pour ^ nous aussi et nous Successurs, promettons et avons encovent bonne- ^ ment et loy aiment, le une de nous envers lautre, à tenir, faire et ^ acomplir, et dycelle useir dors en avant à tous jours, sains aulcune- ^ ment alleir ne venir ou procedeir aile encontre. Et que ces dictes ^ Ordinances, nous li Evesques de Liège et Conte de Looz fîirons jureir ifi nostre Officiai de Liège, le Mayeur et les Esquevins de Liège ^ deseurnomeis , qui ors sunt et qui après siéront, en leur novelle # institution. Et semblament, nous la dicte Universiteit feront jureir ^ chascun an, les Maistres, Jureis et Gouvemurs de ladicte Citeit, qui ^ ors sunt et qui après siéront, en leur novelle institution, à jour ^ délie fiest Saint Jake et Saint Christofre; et jurant solempnement ^ sours Sains qui dors en avant chascun de son Office userat de ce que s? à ly affiert, soloncles Ordinances devantdictes, et que jamais contre If ces présentés Ordinances ne venront ne procurront à venir, par ^ eaulz ne par aidtrui, en secreit ne publement, en aulcun temps à s? venir, sens malengin. ^ [2Z»(f.]
* Voici un détail qui a bien son importance.
Avant 1424, la fonction de Maître était gratuite. Par le Nouveau Régiment , chaque Maître reçut une rétribution de cent florins d^or. Ce florin valant environ 15 francs, les 100 florins représentent 1500 francs, au pouvoir acquisitif de plus de 8000 en 1424. ^ Item. Par- ^ tant que ly Sallare des Maistre de la Citeit est asseis petis solont le
Ces changements, ces innovations révélaient le plan que Ton s'était tracé. On ne cherchait pas ^ sans doute, à reconstituer la société Liégeoise en deux classes, lune omnipotente, Tautre opprimée. On ne Teût pas osé.
On visait à établir une oligarchie, en créant l'ingérence du Prince dans l'élection magistrale, et en attribuant à une catégorie de Bourgeois, qui se tenaient pour seuls capables et pour seuls amis de l'ordre, une influence exclusive dans la Cité.
^ fassez et chargez qoilz ont, et pour chu specialment que en leurs ^ temps del Maistrie ilh ont à soustenir plusseurs grans frais et ^ despens de servans, de maisnie et de cheval : Statuons et ordinons, ^ qui les Maistres, quiquonques le seront dors en avant , aront C florins is! de Rins.... ^
Cette indemnité était accordée aux Maîtres, h titre de salaire, pour les rendre plus indépendants, et plus aisément accessibles aux humbles, aux pauvres. ^ Item. Que parmy ce lesdis Maistres soyent contens ^ de sallare , sans prendre à Seingnor , Ëngliese , Bone Vilhe , :f Borgois ne aultres queilconques, lowier ou binfais, devant ou ^ après , pour estre adrechies ou aydies en leur besonge par lesdis ^ Maistres.... ^ [Und.]
I^e Pays. — Le Duc de Bourgogne acquiert des provinces limitrophes ; — ses prétentions. — Dispositions pacifiques des Trois États. — Le Duc prend Tinitiative des hostilités. — Les bandes Bourguignonnes sont repouBsées. — Escarmouches. — Mauvais vouloir du Prince. — Un armistice est conclu. — La paix est négociée. — Clauses humiliantes pour le Pays.
Pendant que le Pays était ainsi troublé , un fait extérieur important s'accomplissait.
Le Duc de Bourgogne avait acheté le Comté de NamuTy avec les habitants des deux sexes et leurs biens; et il en avait pris livrance, sans grande façon , en mars 1429 i.
* n s'en fallut peu que le Comté de Namur ne fût incorporé au Pays de Liège. ^ Et avoit, pau de temps là devant, lydit Conte oyût en 5» volenteit del laisier sa Canteit à Paiis de Liège; mains por le grant ^ despit que les devantdis 11 fisent, ilh dest quilh le venderoit ou donroit ^ à une si puissans Sangnour, que les Namurois soie defenderoient sf bien contre les Liegois. ^ [Johannes, de Stavelot, Chronique de Liège, p. 245.]
Cela est invraisemblable. En devenant membres du Pays' de Liège , les pauvres Serfs Namurois auraient amélioré leur sort; de plus, ils se seraient, à Tinstant même, créé des mœurs, des institutions, des traditions nouvelles, fondées sur la liberté. Le Comte de Namur, vieux débauché , ne songeant qu'à trouver de l'argent pour satisfaire ses passions , vendit son Peuple au plus offrant
Ce nouveau voisin embarrassa aussitôt le Pays dans de pénibles difficultés.
Nul n'en fut surpris.
Les Liégeois attribuaient la perte de la bataille d'Othée (1408) à Tassistance que leur Élu, Jean de Bavière, avait obtenue du Duc de Bourgogne. Depuis lors, ils exécraient les Princes Bourguignons. Ils n en parlaient qu'avec mépris.
Le Duc Philippe de Bourgogne trouva sans peine une occasion pour faire sentir aux Liégeois la puissance de ses armes i.
Ce fut avant la fin de cette môme année 1429.
Il déclara que les Dinantois n'avaient pas eu le droit de reconstruire la Tour de MontorgueU. Cette tour s'élevait sur la rive droite de la Meuse, vis-à-vis de Bouvigne, ville Namuroise. Il en requit la démolition , en vertu de la sentence prononcée, en 1408, par son père, après la bataille d'Othée 2.
' n est faux de dire que les Liégeois étaient les agresseurs, ^ par la ^ hayne et malveillance que long temps ilz avoient eue au Duc de ^ Bourgongne, pour les discors que ses prédécesseurs et luy avoient ^ eus par avant. ^ [Chroniques de Monstrelet, chapitre 89.]
Les Chroniques de Monstrelet, de Du Clercq, de Chastelain, etc., ne sont que des glorifications du Duc de Bourgogne, leur Maître ^ comme ils s'expriment. Elles sont pleines d^accusations brutales et d msinuations perfides contre la Nation Liégeoise , si pacifique , mais si fière. Çà et là elles renferment des détails cuiieux, que nous utiliserons.
' Le Duc de Bourgogne se fondait sur cette clause de la Sentence
du 24 octobre 1406 : 5» Item. Que les Portez de la Vilhe de Binant
^ soient demoliez, les Mures et toutes les Tours demolyz et abatus,
^ tant de là la Revier de Mouse come decha, dedens et dehors la dicte
En février 1430, par une nuit obscure, un capitaine du Duc tenta de s'emparer de Montergueil par escalade. Il fut repoussé ^.
Sous la pression du sentiment populaire 2, le Prince Heinsberg se plaignit de cette agression, que rien ne justifiait 3. Le Duc tergiversa; puis il promit d'envoyer deux de ses conseillers à Liège pour s'expliquer ^. Ils ne firent montre que d'in-
^ Vilhe^ et que jamais ne puissent estre refais ne redifiez par les ^ Habitans dycelle Vilhe , ne aultres queilconques. ^ [Dans le Pâtcelhâr. ]
Le Duc feignait d'oublier que toutes les conditions de cette Sentence inouïe avaient été annulées par l'Empereur Sigismond. Celui-ci avait seul juridiction dans TEmpire, dont le Pays de Liège était un des plus notables Membres. [Voir 1. 1, p. 605.]
* Ce fut là le premier incident de la triste rivalité du Pays Liégeois et de la Bourgogne; rivalité qui va grandir de jour en jour plus terrible, vu la difi'érence des races, des institutions, des mœurs, des intérêts. Inévitablement, le Duc de Bourgogne triomphera, par l'effet de la force matérielle. L'héroïque résistance des Liégeois n'en est pas moins un des plus magnifiques épisodes de l'histoire de l'Europe au Moyen-Age.
* Le Prince agissait d'après la volonté des États, qui trouvaient que les Dinantois n'avaient fait qu'user de leur droit, s? Le xxr^ jour de if février, ly Paiis fut ensemble, et là demonstrat Monsingneur le fais ^ de Moniorguelh , et tout che que depuis en estoit fait; et conclut ly ^ Paiis, que si avant que cheauz de Dynant aroient Droit, ilh rema- «f noient deleis eaux por défendre Ihonneur de Paiis; et deputont ^ aulcuns por veioir silh avoient juste cause. ^ [Johannes, Chronique rfcZ%e, p. 246.]
' C'est ce qui ressort du Traité avenu en 1431 , où les Liégeois sont priés d'avoir en oubli l'agression contre Montorgueil, ^ forfaite par if ceux de Bovingne, qui, sens défiance ou sommation , àoïeni avoir ^ sustenu ceux qui firent lassault et voloient gaignier la Thour de ^ Montorguele, ^ [D&ns le Pâwelhâr.']
* Qui Dominus Lux respondit, se de hoc non mirari, eo quod
tentions hostiles : leur maître exigeait la démolition immédiate de Hontorgueil. Il réclamait, en outre, dix-sept villages qui, à l'en croire, avaient jadis fait partie du Comté de Namur i.
Les Trois États Surent à examiner ces étranges prétentions. Us supposèrent, non sans raison, que le Duc voulait intimider le Pays, et lui extorquer quelque bonne somme d'argent. ( Vendredi 3 mars 2.)
A quelque temps de là, on apprit que les Bourguignons faisaient des préparatifs de guerre. * On fut aux aguets. Les Hutois surprirent un bateau chargé d'approvisionnements pour le Château de Beaufort sur Meuse. S'aventurant vers ce Château, ils s'y introduisirent, le pillèrent et l'incendièrent 3.
Dionantenses jam dictam Twrrim aediffieaverant contra Sentenéiam, per piae memorùte Dominos, scUicet JDominum Johannem poirem suumy et Dominum WUlelnmfn avunculum suum, latampost hélium de Otej, quod fuit anno 1406, etc. [Adriani Diarium Leodiense, dans YAmplis^ma ÇoUectio, t. IV, p. 202.]
' ^ Le premier jonr de marche, vinrent à Liège dois Ambatiateurs ^ de part le Duc de BorgoAgne; et lendemain ilhs opposent leur a credenche, cornent li Due demandoit, solonc la SentenChe jadit, gr demolier la Tour de Montorguelh; et voloit- ravoir )es XYiJ vilhes sfi apartinant al Conteit de Namur, car ilh ne les poioit lassier por :f honneur, etc. tt [Johannes, tM^^., p. 247.]
* ^ Le nj* jour de marche, fut respondut aux dis Ambatiateurs, de ^ part Honsangneur, le Capitle, les Deputeis des Estas, que, veyut ^ quil ne sont mie suffisan^ment chairgies de Duc, ons envoiroit à la ^ XT® alcuns à Harlin por respondre à ladit pétition, et oussi por ^ rendre demande sour les depUintes que ly Paiis voroit faire. ^ [ Johannes, iàid. , p. 247. ]
' ^ En chi temps que les chouses jokeivent enssi, cheaz de Huy
Des députés de la Ville de i&and arrivèrent, en ce moment, dans la Cité. Ils venaient dire que la cause du Pays étant juste, il fallait négocier, ne rien risquer aux .hasards du combat. En apprenant le coup de main des Hutois, ils jugèrent leur mission inutile, et partirent i.
D'après lopinion régnante à Liège, le méfait accidentel des Hutois n'était point de nature à
^ orent cognissanche que ons warnissoît le Casteal de Bealfort por ^ greveir le Paiis ; si que ilh fisent gaitier la fortereche et la rivier de :f Mouse, etc. «? [ Johannes, ibid., p. 248.]
A Liège, on fut fort satisfait de la prise de Beaufort, et on informa les Hutois de bien le garder. Quand ce message arriva , le Château était déjà incendié. Qitod cum Leodii nunciatum esset, conclusum fuit qtéod hene custodiretur ; sed Hoyenses hoc comperio, cogérant spoliare et destruere ipsum, et incendia tradere, asportatis omnibus quae repérer ant [ Adrianus, ibid. , p. 203. ]
Beaufort était un des plus redoutables .Châteaux de la contrée, par sa position sur un bloc de roche presque à pic du côté de la Meuse. Son démantèlement fut complet. — En examinant Tappareil de quelques pans de murs, on peut se convaincre que Beaufort était une construction antique. Cétait, probablement, un de ces nombreux Châteaux que Drusus avait élevés , le long de la Meuse , vers Tan 15 avant notre ère. n avait dû être remis en état au Moyen-Age, au commencement du Ji^ siècle.
• Intérim a Gandavo missi sunt Honorabiles Viripropace Leodiensïbus firmUer tractanda. [Zantflietii Chronicon Leodiense, dans YAmplissima CoUectio, t. "V, p. 421. Yoir aussi Adrianus, ibid., p. 203.]
^ Mains portant que Bealfort estoit abatut, qui ne lestoit pas quant ^ ilh soie départirent de leur Yilhe, ilh ne porent onques venir à nuls if traitiet, et ne concludirent riens; et en rallont enssi quilh estoient ^ venus. Mains quand ilhs revinrent à Gant , ilh furent banis fours ^ del Yilhe, partant quilh na voient faite le pais, enssi quilh nos fut sf dite. ^ [ Johannes, ibid,, p. 249.]
Ce fait curieux, si honorable pour le Peuple Gantois, n^a été relevé par aucun Historien de la Flandre.
brouiller des amis tels que le Prince et le Duc de Bourgogne i.
n s'ensuivit, cependant, une déclaration de guerre.
Le lundi 10 juillet 1430, le Duc et le Prince échangèrent des cartels 2.
Le même jour, prenant Tinitiative des hostilités, les Bourguignons envahirent le Pays do plusieurs côtés à la fois. Ils ravagèrent nombre de villages. Us surprirent la Bonne Ville de Fosses, qu'ils saccagèrent et livrèrent aux flammes 3,
* Dans le Pays, nul ne Tignorait, le Prince ne parlait de Timminence d'une guerre , que pour se faire voter des fonds. ^ Et disoit-ons com- ^ monnement, que Monsangnour de Liège.... ne tendoit à aultre ^ chouse, fours que del extordre argent à ses Subgès. ^ [Johannes, ^d,y p. 249.] — Leoâienses aliqui malam suspidonem hahehant de Domino Leodiensi,' propter magnam familiaritatem quam hahehat cum Domino Duce BurgimdioLey et dicébant inter se : Si Domintts fioster vdld, bene hàberet pacem. [ Adrianus, ibid., p. 203.]
* Depuis le 15 juin , les Bourguignons se permettaient toutes sortes de provocationB. Le Prince échangea sa lettreT de défi avec le Gouverneur du Comté de Namur. ^ Et ce faict, le dict Seigneur de Croy ^ fut conseillie de aussi deffier ledict Evesque : et ainssi le fit. Les- ^ quelles defiiances furent présentées audict Evesque, qui sestoit ^ retraict en sa Ville de Huy. tf [Mémoires de Saint -Kemy, ad cmn. 1430.]
Le Sire de Croy était arrivé de France avec une forte chevalerie et de nombreux piétons. ^ Lequel Seigneur de Croy se départit de ^ devant Compiegne , et avoit avecque lui huit cens combattans , quil ^ avoit en sa charge, et sen vint à Namur, où les Liégeois avoient jà* «? prins Beaufort et bouté le feu. ^ [Chroniques de Monstrelet, ch. 90.]
» Decmajuliiy incoqperunt Burgundi comhurere Patriam Leodiensem, incipientes a prioratu sancti Severi in Mef^a, etc. [Adrianus, tî>/rf.,p. 203.]
Les Liégeois ne purent entrer en campagne que le vendredi 14 juillet. Ils pénétrèrent dans le Comté de Namur, dévastant tout ce qui se trouvait sur leur passage i. Us s'avancèrent jusqua Golzinne, et attaquèrent vivement ce château : ils le prirent et le rasèrent 2. Les Tongrois, les Lozains et les Saintronois mettaient tout à sang et à feu ^.
En se repliant, on eut le dessein de s emparer de Namur; mais le Prince s'y opposa 4. On se
* fi Et enssi tost qoilb vinrent en la Conteit de Namur, ilh cornfi menchont à ardre et destruire tout, sens rien à remanoir où ilh fi venoient. fi [Johannes, îMd.^ p. 250.] — Quarto die sequente, quo dieexivit exercitus Leodiensis contra Comitaium Namurcensem , incendendo, diripiendo et destruendo omnia quae invenire poterant, [Adrianus, ibid., p. 204.]
Les Chroniqueurs Bourguignons s'accordent pour dire que le Pays mit sur pied soixante mille hommes. Le Prince commandait, en effet , une armée aussi nombreuse, lorsque le Comté de Namur fut envahi. E diverso Leodienses cum vexillis et signis egressi ad numerum sexaginta millium j^ec^i^tft» , Domino Leodiensi subséquente^,... aggressi sunt terram Namurcensem. [Zantfliet, ibid., p. 422.]
' Les défenseurs de Golzinne, après avoir mis bas les armes, essayèrent de s'enfuir : on courut après eux, et on en massacra cent et dix. fi Chu fut aparchut daucuns Liegois , et commenchont à crieir fi et corir après eaux, et là furent-ilhs tous ochis de Peuple de Liège, fi [Johannes, ibid., p. 250.]
» Tungrenses autem, Lossenses et Trudonenses sederunt in ThineZj et incèndio iradidemmt villas circwmjacentes ad Comitaium Namurcensem pertinentes , etc. [ Adrianus , ibid. , p. 204. ]
* ^ Ly oust de Liège pensât venir devant Namur por là à fédre le ' fi siegie; mains par les Conduseurs et Govemeurs de loust, li Peuple de
fi Liège fut rameins devers Huy, en fesant croire quilh estoient fi maris....; car se ons y fust alleis, ilh awissent rendut Namur, enssi fi corn les Namurois le dessent pluseurs fois après la guerre, fi [ Johannes, ibid., p. 251.]
retrouva près de Huy le mardi 25 juillet, jour où les Liégeois, en bivouaquant, procédèrent à leurs élections magistrales i. L armée, qui comptait alors environ trente mille hommes, traversa la Meuse, Une avant-garde, composée de quarante cavaliers et de deux cent-cinquante Maestrichois, tomba daps une embuscade au-delà de Perwez; elle fut taillée en pièces 2.
Le jeudi 27 juillet, le Prince mit le siège devant Poilvache, forteresse qui passait pour imprenable. La grosse bombarde des Hutois ayant renversé un large pan de mur, les assiégés, après une résistance de cinq jours, se rendirent. La place fut démantelée 3. On franchit la Meuse, et on bloqua la ville de Bouvigne. La garnison, quoique nombreuse, se trouva bientôt dans la détresse. Le mercredi 9 août , un parlementaire du Duc eut un secret entretien avec le Prince.
' ^ Quant ly oust de Liège fut venus à Huy, ilh estoit li Sains- Jaque ^ en lan xxi; et eslirent à Huy, solonc le Régiment Noveal, à Maistre ^ de Liège, Gilbier de Seraing et Henri del Cachie,etc. ^ [ Johannes, ibid- , p. 2ô2. ]
Ces élections, hors de la Cité, donnent une idée de Foriginalité des mœurs politiques de nos pères.
* Trajedenses vero, circiter ccc armigeri notabiliter hene armati.,.. ; cumque venissent juxta Perwee, invasisuntàb omnipariCy etmulti occisi fuerunt, muUi viUnerati, aliqui captivi, reliqui fugerunL [ Adria nas , ibid. , p. 204. ]
' Aussitôt que Poilvache fut pris, les vainqueurs firent flotter sur la plus haute tour leurs bannières. ^ Et furent miese sour le maistres? tour les Bctnniers de Monsingneur de Liège, délie Citeit, de Huy et ^ de Dynant; et puis fut ladit fortereche abatue It toute demolue. is. \ Johannes , ihid. , p. 254. ]
Celui-ci se laissa séduire : il resta dans une honteuse inaction. Le dimanche 27, il ordonna la levée du siège i. Le lendemain, tous les ouvrages forent détruits. La retraite se fit en bon ordre 2.
L'abandon du siège de Bouvigne eut des conséquences presque aussi désastreuses qu'une défaite. Les Bourguignons reprirent l'offensive; ils firent des excursions ça et là, pillant et saccageant avec forie 3.
Le samedi 30 septembre, une trêve de deux ans était faite. Les hostilités ne pouvaient être reprises que trois mois après le défi ^.
* :fi Durant enssi le siège , Mesire de Croiier vient parlementeir , et ^ oît une secreit conselhe à Monsingneur de Liège , fours des oust et ^ asseis près.... Et famat-ons que , de chi jour en avant, li cuer et ^ corage Monsingneur de Liège fut grandement amolis, et oït de là gf en avant un aultre corage.... Et de chi jour, ilh commenchat avoir ^ doleur et tristeche , et soie repentoit délie guerre , et navoit plus cure n de prendre venganche de ses anemis. «s [ Johannes, ibid,, p. 255.]
' # Quant Liegois veïrent chu, ilh buttont le feu en leurs logiches, 0 et soie départirent de siège tous confus, et vinrent tous à Dynant^ gf où îlh dormirent cel nuit. ^ [Jd.^t&ief.]
' Et fada est giterra crudelior quam prius fuerai. Nam Namurcensés e conversa incendertmt etspoîiaverimt, etc. [ Adrianus , ibid. , p. 205.]
Quand ces atroces pillards apparaissaient dans une localité, tout le monde prenait les armes, même les femmes. ^ Et y corlt pluseurs es femmes de Huy , qui enportoient lanches, bredairs et grandes burles ^ très hardiment. «$ [Johannes, ibid., p. 258.]
* «s En chi temporal, dedens telle tribulation, fut entre les deux ^ Seingneurs de Liège et de Borgongne ordinee une triwe de dois ^ ains , voir en telle* manire : silh estoit nuls des dois Singneurs qui it vcsist recommenchier la guerre, ilh le devoit lassier savoir à son
Quoique courte, cette guerre avait été acharnée et horrible.
Pendant leur campagne de cinquante-un jours, * les Liégeois avaient dévasté ou brûlé trois cents villages et hameaux, trente -trois châteaux et tours, et dix-sept moulins ^,
Le lundi 16 octobre, des conférences s'ouvrirent à Malines pour conclure un arrangement définitif. Le Duc était intraitable. Il n'avait pas eu le dessus. Pour relever son prestige militaire aux yeux de ses sujets, il voulait que le Pays s'humiliât. Après de longs pourparlers, la paix, enfin, fut signée en 1431 , le samedi 15 décembre.
Le Duc, agissant en son propre et privé nom,
^ adverse partie trois mois anchois quilh recommenchast. if [Johannes. fdtd,p. 258.]
La trêve fat annoncée ainsi par le Prince :
^ Joban de Heynsbergh , par la grâce de Dieu Evesqne de Liège et ^ Comte de Looz , à tous ceux qui ces présentes Lettres veront , sallut. ^ Savoir faisons. Que come les differeps discors et gherre présente - ^ ment estans entre hault et puissant prince le Duc de Bourgoingne, gf Comte de Flandres et de Namur, et ses Pays et Subges^ dune 3^ part; et Nous, nos Pays et Subges, dautre : avons ottroiie et donné, ^ et par ces présentes ottroiions et donnons trietoes et sceur estât au ^ dit hault et puissant Prince, ses Pays et Subges, jusques au jour ^ de Toussains prochain venant, et doudit jour de Toussains en deux as ans ensuiwans , à troix mois de desdit , et pour sour les dis discors ^ et gherre ouvrir voye et manière pour parvenir au bin de paix, se ^ ùÀre se puet, etc. ^ [Dans le Pâwelhâr.l *
' Les dégâts commis par les Liégeois ne furent que de faibles représailles. ^ Les Liegois abatirent et ardirent en la Conteit de ^ Naraur nj cens vilhes et xvu champaistes, et xxxiu mansons défends saibles com fortereches, el xviJ molins molant; et les Namurois en gs rardirent presque ortant en Paiis de Liège de vilhes et hameaux gf champaistes. ^ [Johannes, t&û?., p. 258. ]
30 CHAPITEE II
et le Prince, stipulant pour les Trois Etats i, S accordèrent ainsi:
' Le jeudi 20 décembre, le Prince, le Sire de Heinsberg, son père, et vingt Députés des Trois Etats, devaient se rendre à Malines, où les attendrait le Duc: là, Tun d entre eux, fléchissant un genou, ferait des excuses pour ce qui était advenu, et promettrait de vivre désormais en bon voisin 2 ; — si le Duc allait à la Croisade contre
* C'est ce qui est bien constaté par le préambule du traité :
^ A tous cheauz qui ces présentes Lettres verront et oront. Johan !^ de Heynsbergh , par la grâce de Dieu Evesque de Liège et Conte de ^ Loz; le Doyen et Chapitle de lengliese de Liège; les Nobles; Maistres, sf Maires, Eschevins, Con.selhey Bourgois de toute la Comunalteit de gf la Citeit de Liège et des Villes de Hup, de Dînant, de Tatigre, de if Saintron, de Fosse, de Tuyng, de Covin, de Loz, deHasseît, de if Herck, de Eyck, de Breid, de Bîise et de Bearingh, et tout le fi Comun Pays del Evescheit de Liège et Conteit de Loz, salut et fi cognissance de veritet. Comme pour venir à paix, union et concord , fi et faire cesser les guerres , dissentions et debas extans desja et qui fi sont apparans destre plus grants se, par la grâce de Nostre Soigneur fi ny estoit porveii et aucun bon moyen trouvé , entre treshault , tresfi puissant prince et tresredoubté seigneur monseigneur le Duc de fi Bourgoigne, deLotbier, de Braibant,... Conte de Flandre et de fi Namur, et Nous, pour la cause des grandes offenses et dommaiges fi par Nous, par le Seigneur de Heynsbergh et autres nous Aidans, fi fais , dis et perpetreis à mon dit Seigneur le Duc en sondit Conteit de fi Namur.... ^ [Dans le Pâivelhàr, et dans Johannes, ibid., p. 272.]
* fi Premier, Que nous Evesque et le Seingneur de Heynsberg fi nostre père en noz Personnes, et les Gens des Trois Estas desdis :**Pays de Liège et de Loz par leurs Députez, ou nombre de xx perfi sonnes ou plus , venrons en la ville de Malines , le xj.^ jour de ce fi présent mois de decenbre, pardevant mondit Seigneur le Duc, qui fi lors y sera, accompaignié des gens de son Consel telz et en tel fi nombre que il luy plaira , et illec , tout 4 ung genol devant luy , nous fi Evesque, pour Nous et ledit Seigneur de Heynsberg nostre père et fi pour tous ceux desdis Trois' Estats de noz Pays de Liège et de Loz,
les Hussites, le Prince, ou l'un de ses capitaines, lui ferait service . pendant six mois, avec trois cents gens d'armes i; — la Tour de Montorgueil serait démolie jusqu'au sol, et ne pourrait être relevée ^\ — une somme de cent mille nobles d'or d'Angleterre serait payée, en deux ans, au Duc, pour l'indemniser des dépenses et des pertes qu'il avait faites dans la guerre 3; — les prison-
tf dirons, ou par personne notable ferons dire , en Tiexhe ou en Fran- ^ choy,etc. s* [IhidS^ ,
' ^ Nous nous offrons de voz servir contre les Pragois mescreans ^ cest assavoir par nous Evesque. en nostre Personne ou par Capitaine ^ suffisant de part Nous, atout iu<^ Combattants à noz despens, siex i» mois durans , quant il vous plaira le nous signiffyer ou faire savoir ^ deux mois devant. ^ [ J&û^.]
' ^ Iteni. Pour ce que en Pays de Namur ont par nous esté abatus ifi et demolus plusseurs Chasteaux, Cours et Maisons notables apparte- ^ nantes à mon avant dit Seigneur le Duc et à ses Subjes , dont il en ^ est moult tourblé) non pas seulement pour le dommaige^ mais s? principalement partant quil est grandement foulé en son honneur ; ^ et comme la Tkaur de Montorgtieîe est cause et comenchement de ^ tous les maulx advenus, Nous, affin dappaisier mon avantdit ^ Seigneur le Duc et le reparer aucunement du deshonneur que en sf celuy lui a esté fait, et pour éviter que noveîle guerre naviengne sf aile occasion de celle Thour ou cas quil demeurât en esta, ferons ^ abattre et démolir tout^ jus la devantdicte Thour; pour laquele sf choese faire, Ion commencera dedens ung mois à compter de jour de a: la daulte de ceste, etc. ^ [ J&u7.]
' ^ Item. Pour reparer les Chasteauz et Maisons de mon avantdit ^ Seigneur le Duc abattues et demolues, et pour les dommaiges à lui ip faits et aux Vassaux, Eglieses et Subges en son Pays et Conté de ^ Namur, et pour les frais aussi que iceluy Monseigneur le Duc a heu sf en la dicte guerre , Nous luy paierons et à noz frais et perilz ferons if délivrer en la ville de Lovaing, es mains de ses comis à ce, la somme s? de cent mil nobles dor d^ Angleterre j etc. *? [Ihid.^
Le ndble d'or d'Angleterre , de Henri VI, avait cours à 2 livres 5 sous , ou 24 francs de notre monnaie actuelle. Les lOO^OOO nobles
niers seraient renvoyés , de part et d'autre , sans nulle rançon 1; — enfin, quant aux dix-sept villages contestés, le Duc aurait à établir, sur des titres anciens et authentiques, la légitimité de sa réclamation 2,
Ces clauses avaient pour but patent de proclamer la suprématie de la Bourgogne sur le Pays de Liège.
On accueillit avec une profonde indignation ce traité, qui froissait d'autant plus l'orgueil national, que les Liégeois, en somme, avaient battu partout les Bourguignons 3. Le Prince, cependant,
valent ainsi 2,400,000 francs, au pouvoir d'environ douze nullions en 1431.
' ^ Item. Que tous prisonniers dung costé et dautre , et tout argent if de ranchon non paye, seront, par vertu de cestedicte Paix, quictes sf et mis au délivre de leurs prisons et ransons dedens le Noël prochain ^ venant; mais tous argens de ranchon payes demeureront payez, a sans ce que de ces choses jamaix puisse estre faite demande ou if parsuytte. *? [Ihid,']
' ^ Item, Quant aux xvij villaiges dont autreffois question a esté,... ^ il est appoincté : se en dedens ledit terminne de la saint Johan , it mondit Seigneur le Duc puet monstrer que sesdits prédécesseurs a aient heu sentence sur le possessoire diceux villaiges, ou quilx n en aient esté en possession par temps covenable , et en aient esté m débouté sens sentence ou jugement : en che cas, mon dit Seigneur le If Duc en serat en possession et, sur le petitoir, lesdis clercs, veii les if drois des parties, en ordonneront somerement et du plain, ainsi quil ^ appartiendra de raison; et leur ordonnance sur ce sera mise à ss exécution. ^ [JWc?.]
' Le Prince eut la chance de ne pas porter seul le poids de Tindignation populaire. ^ Quant ly Peuple fut revenus à Liège, la if Communaltèit commenchat à murmureir, cum malecontente délie ^ dissimulation et infideliteit de leur Singneur, Conduseurs et Govergf neurs. ^ Ces justes plaintes étaient pauvrement rétorquées, a £t
réussit à le faire agréer. Il tenait à ne point rompre ses relations intimes avec la Maison de Bourgogne.
^ Monsingneur et les Governeurs respondoient que tout che avoit ^ fait les rebellions des Subges, car on ne les poioit adomestreir ne ^ traitier, et ne voloient faire que leur volonteit.... ^ [ Johannes, ibid., p. 256.]
La Cité. — Situation des partis. — Wathier Dathin. — Son dévouement & l'intérêt public. — Record sur les Franchises et les Libertés de la Cité. — Emeute. — Protestations contre la paix conclue avec le Duc de Bourgogne. — Paroles de Willem Dathin. — Abrogation du Nouveau Begiment, — Réaction. — Bannissement des Dathin et de leurs adhérents.
L'année 1432 commençait sous de fâcheux auspices. La dignité nationale avait été sacrifiée à la Maison de Bourgogne, et Ton accusait hautement de cette trahison le Prince et ses partisans ^.
On comprenait dans quel but ceux-ci cherchaient à s'assurer la prépondérance dans les élections magistrales. Ils voulaient éliminer du gouvernement de la Cité les petits Bourgeois, les Patriotes sincères.
* On reprochait aussi à Heinsberg de s'être agenouillé, lui Evêque, devant un laïc. Quod quamvis obsiM-dum satis appareretj ut scilket Episcopus coram Principe Saeculari hoc modo se humiliaret ac prosterneret [Zantflietii Chronicon Leodiense, dans YAmplissima Colie(rfio, t.V,p. 428.]
Alors apparurent nettement deux partis. L'un répudiait le Nouveau Régiment, et demandait que les États dirigeassent seuls la politique du Pays; Fautre soutenait le Prince, et approuvait, de tout point, le traité de paix avec le Duc de Bourgogne ^.
A la tête du parti national était un homme puissant et riche, Wathier Dathin 2. H s'était déshonoré, jadis, par son ambition et ses intrigues. En se faisant le défenseur des anciennes libertés, il avait regagné la faveur de tous. Il s'était fait nommer Grand Mayeur de la Cité par le Prince 3.
* Nos Annalistes ne parlent qu^avec une circonspection calculée, de ce qu'ils appellent la Conjuration Dathin. L'un d'eux prétexte sa qualité de moine pour taire certaines choses : ^ Lesqueis ne saroie ^ escrire, partant que je ne puy et ne poioy aval le Citeit frequenteir sP à ma volenteit, partant que je ne suy mie seculeir. ^ [Johannes, Chronique de Liège, p. 289.] Malgré cela, il recueille contre Dathin les moindres bavardages que propageaient la haine personnelle et la haine politique.
' Dathin appartenait à une ancienne famille de Petits, et son oncle maternel, Piron le Robier , avait été le chef le plus actif de la révolution démocratique de 1384. C'était un homme important par ses richesses (D possédait à Montegnée plusieurs houillères en plein rapport), et par les Hauts Offices dont il avait été revêtu. Il était affilié au Bon Métier des Uouilleurs, qui, ^ quant ilh sont tous assembleis, ilh ^ sont bien seize cens ou dois mille hommes, <« ayant voix et portant les armes. [Johannes, i6û^., p. 292.]
Le nom de notre démocrate est écrit diversement dans les documents du temps: Wathier ou Wautier Datin^ Datpn, Dathin, Daïtin, Datien, Dantine, Dantin, Daultin, etc. Avec Faccent du wallon de Montegnée, on prononçait, sans doute : WdtiDdtine, Il existe encore aujourdliui des Danthine,
' Circa haec tempora, erat quidam Civis Leodiensis, dictus Walterus
Ses adversaires, pour* aflPaiblir sa popularité, Favaient aussitôt poursuivi de leurs calomnies et de leurs outrages. Ils lui reprochaient des illégalités sans nombre; ils allaient jusqu'à lui imputer la défaite d'Othée, jusqu'à l'accuser d'avoir partagé avec l'odieux Jean de Bavière les contributions forcées que l'on avait eu à payer i.
Dathin avait pour ennemi avoué le haut-clergé , dont il refrénait avec courage les empiétements. Il avait supprimé, comme non fondée , la taxe que prélevait le monastère de S*-Laurent sur tous les bateaux abordant au rivage d'Avroi 2. Excommunié par le Chapitre Cathédral, il fit statuer
DatiiL... [ Adriani Diarium Leodiense, dans VAmpUssima Colledio, t. IV , p. 201 . ] — Walterus Dathin , vir magni cordis , potens in amicis, et pecuniae cupidissimus,.,. [Zantfliet, ibid., p. 423.] — Jean de Stavelot avoue franchement sa haine pour Dathin , ^ partant quilh fîit ^ rebelle et con trahie al Ëngliese de Liège, et as Sangnours de Saint ^ Lambert. ^ [Chronique de Liège, p. 290.]
Ces annalistes • étaient contemporains. Us modifient leurs récits dans le sens des. événements.
* Les insinuations perfides allaient de pair avec les affirmations emportées. ^Finablement, le dit Waltier fist pluseurs aultres énormes if excès par ly perpetreis, assavoir de vendre la Loy et la Justîche, it existemeur et rancheneur de gens à de fait et de volenteit, contre ifi Droit, Loy et Justiche.... ^ — Un ancien Grand, Jean de Bemalmont, le poursuivait ainsi de ses injures : #* Tràhitres mourdreur, qui ^ jbrahitrement as envoiet à Monsangneur Johans de Bealwier six ^ mille coronnes de Franche.... ; après , sicom mourdreur, tu emmenas ^ le Peuple à Othey, où tu les lyvras al mort, où ilh furent enssi com ^ simples gens ochis, etc. ^ [ Johannes, ibid.j p. 234]
* ^ Par quen pluseurs Bonnes Gens et Ëngliezes y oirent grande- ^ ment à souffrir et damaiges, entres lesqueiles ly monasteir sains ^ Lorent, pardeleis Liège, y oit grant damaige aile instanche de leurs ss rentes, etc. ^ [Id., ibid.y p. 235.]
par les Maîtres que nul* ne pourrait, sous peine de bannissement, livrer aux Chanoines ni vivres ni boissons, pas même de Feau, tant que lexcommunication ne serait pas levée i.
En 1430, la querelle politique et sociale s était envenimée tout à coup. Un Bourgeois ayant commis une légère contravention, il fut arrêté, et condamné à une amende qui excédait le taux fixé 2. Il intéressa à sa cause la plupart des membres de son Bon Métier, celui des Fèbvres, Métier influent, qui se rallia la majorité des autres. Dathin fut alors publiquement dénoncé comme violateur des Statuts. Les Maîtres furent contraints d'établir cette inculpation: ils demandèrent aux Echevins un record sur les Franchises et les Libertés de la Cité 3.
* ^ Et ouBsi ilh fut tant hardis , que sour les Saugueurs de Sains ^ Lambert ilh iist^ par dois fois, sereir (défendre de vendre) tous les ^ Mestiers de Liège sour eaux , si que nuUus ne les oisoit pour leur a argent delivreir pain , chair , vin , ne nulle autre necessiteit; dont ^ mult de "Bonnes Gens orent grand doleur et piteit. £t les dites ^ Vénérables Sangneurs estoient en grant dangier et confusion, etc. ^ [W.,t6iJ.,p. 236.]
Les Chanoines et leurs domestiques furent fort embarrassés de pourvoir à leur subsistance : ils devaient envoyer à Maestricht chercher de la viande et du pain. On avait répondu à leur excommunication religieuse par une excommunication civile.
* Eodem anno, cum quidam faber Leodiensis offendisset in Legtm, propter quem excessum juxta ritum Legis, vél ejus rigorem, vix Migari dehébat ad viginti octo solidos, Yillicus Civitatis Dathin dictum fabrum ad taxam plus solito graviorem nitebatur onerare, etc. [Zantfliet, ibid., p. 423.]
' On demandait aussi queh Record déclarât, si un Bourgeois pouvait
Les Echevins, dévoués à Dîtthin, leur président, rofusèrent de recorder sur les points demandés. Ils furent déclarés rebelles, et bannis à perpétuité, Dathin fut banni avec eux. (Mai 1430 K)
A deux mois de là, lors de la guerre avec le Duc de Bourgogne , les Bourgeois eurent à entrer en campagne.
Comme on venait de dépasser la Banlieue, les Echevins bannis se présentèrent tout armés, voulant faire partie de l'expédition. Ils promettaient de rendre, au retour, le record requis.
être condamné à une amende arbitraire : Quanttimpro tali eœcessu vel similibf^s mtdtiSy Civis quilibd obligaretur de rigore Juris.. [Zantfiiet , ibid. , p. 423.]
* *s .... Por le default dédis Recors à rendre, furent crieis oZ&efi^ ^ les Esquevins de la Citeit. Et vudarent la Citeit. ^ [Johannes, ibid. , p. 243. ] — Magistri Leodienses requirebant a Scàbinis hàbere tmum Becorâium de certis pundis PrevUegia Civium concernentibtis ; sed Walterus Datin opponébat se , et noîebcU Ulud Becordium dari, Unde Magistri et Constdes indignati , bannierunt Scahinos , et exiverunt Civitatem. Et WdUerus similiter ex%i>U. [AdrianuB, fbid.y p. 207.]
Le texte du décret de bannissement de Dathin ne se trouve dans aucun Pâtcelhâr. Diaprés un acte de 1433 , il aurait été banni ^ pour ^ les griefs et horribles deplaintes , remonstrances et famés publiques if qui Boy faisoyent sour et en le personne de Watier Bcmtyn de ^ Montengnee, à cely temps Grand Mayeur de Liège, des grans, ^ énormes et détestables excès fais et perpetreis par ledit Watier al fi encontre délie Loy, des Franchieses, Paix, Honnour et Profit délie fi dite Citeit, lesqueis avoit pluseurs fois jureis, tant en vendant fi ycelles noz Franchieses, etc. fi
Les Fâwélhârs renferment de nombreux documents relatifs à Tépi- Bode des Dathins. Ce sont tous actes d'accusation, qu'on ne doit consulter qu'avec une certaine défiance.
aonobstant toute opposition, de quelque part quelle vînt i.
Les EcheTins, à peine revenus, tinrent leur parole. Le vendredi 29 septembre, ils délivrèrent le record si désiré 2.
Ils y déclaraient, en s'appuyant sur des textes légaux, que nul ne pouvait être condamné à une amende plus forte que celle qu'édictâient les Statuts 3; — que nul ne pouvait être arrêté pour
' Oum auiem exercUua esset in campis, Sc4Mni fecerunt pacem cum CkmsuHbus, sicsue promiaerutU ae post veâikim Seœrdium iUud esse daiupos; et iveruni cHm aUi$ ad helhtm, [Adrianus, ihid^j p. 207.]
Cest là on trait de nuBiirs curieux. Pour le Peuple, pour les Échevins, devant Temiemi de la Patrie, il ne devait plus y avoir de division entre les Bourgeois. Comme on le voit, tout fut oublié; et les Echevins furent accueillis dans les rangs de leurs Bons Métiers.
* fi Apres, quant les Esquevins forent revenus à Liège, li Mestiers ^ des Fevre9 awee les Maistres, por et en nom de toote la Giteit, ilh * reqiûsent ausdis Esquevins, en £Mslie de Justicbe, quilh rendissent fi ledis lUcofS» Et ilh le Usent.... fi [Johaimes, i&id., p. 259.]
Voici le préambule de ce Record :
fi A tous cheauz qui ches présentes Lettres veiront et oroni Li fi Maire et les Eschevins de Liège, sahit en Dieu parmanauble et fi cognissanche de veriteit. Sachent tous, que pardevant nous sont fi comparus en propres personnes Hosoirables^ Saiges et Discreis fi TFa^tr de Fkron et Alexandre de Seram^ne, Maistres pour le fi temps délie Citeit, deleis et avueques eaus le Boin Mestier des fi Fevres del]|e Citeit de Liège, partye faisant pour et ou j^om de toutte fi la Citeit generalment, demandant de nous avoir Beoord dauleuns fi peins par eaux à nous oultre douneis par escript, ensi que ehi après fi seront eacripta particuleirep&ent. Sour lesquels par nous heyu fi ensembles conseilhe^ advis et dehberation : Avons dit, reoordeit et fi déclarait , sour cascun diceaus Articles , chu qui seosiei... 0 [Dans le jpàw^hâr; voir aussi le Grand Meot^d de la CUé âe Liège y p. 73 ; le Recueil des É^Us du Pays de Liège^ t> Ur p. 29»]
* fi S0m* Au yepteae Article eontenanl 2 Quaat uns BDrgois est
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crime, que dans le cas de flagrant délit, ou en vertu dun jugement ^; — et que, en cas d arrestation arbitraire, le lésé était en droit d exiger des dommages-intérêts de son dénonciateur 2.
^ bannis pour dessobeyssance par les Ëstatus, quant li Borgois at fait sî aile partie blechie, assavoir combin illi doit à Saingneur; et se li ^ Borgois doit aultre choese que à Maire de Yinavle^ que contenut est ^ en dit Status, et se 11 Saingneur en doit aultretant ou plus avoir que ii li Citeit, de teilz bannissemens por dessobeyssance? — De cely point, a demorans deleis ce que eus Esta tus en est escript et deviseit : c^ Déclarons et sauvons, de greit et consentement mon dit Saingneur, ^' que quant une personne serat bannie ou albaiue, par dessobeyssance, ^ cent ans et uns jour , solonc lesdis Estatus , quilh paye à Saingneur i^ et aile Citeit chincque griffons, assavoir diex livres diex solz comou 1^ payement de Liège pour chascun griffon comptant, moitié az uzes ^ de mon dit Saingneur, et lautre motie aile Citeit. ^ \IhidJ\
' ^ Item. Aile tyer Article , faisant mention se uns Borgois doit
ff estre prins sens jugement de Justice et sens condempnation de Jugge ,
^ et, se pris estoit, silh doit payer argent aile Ferme, ne combien se
^ payer le doit ? — Disons et recordons , demorans deleis ce que par
^ nous prédécesseurs en at esteit recordeit, et deleis ce que nous
a meismes en avons jugiet, que ons ne puet uns Borgois-Citain prendre
a sens Jugement et Condampnation de Loy et de Justice, etc. ^ [ J&û^.]
' ^ Item, Al quart Article, contenant queile amende li Borgois ts doit avoir se ons le prend ou fait prendre à tort et de volunteit, sens ^ Loy et sens Jugement? — Disons et recordons, salvons et wardons ^ par Loy, que se il sembloit à aulcuns quil fuist pris à tort, plendre if sen puet aile Loy, az Status ou ailheurs, là miez ly plairat;etsi ^ troveit est que pris soit à tort, celui qui larat fait prendre serat :f tenus de luy desdomagier et damendeir le forfait solonc le cas, quant ^ de ce il constierat suffisamment as Jugges pardevant lesqueils teile ^ plente soi ferat : déclarant avant, que quant li Mayeur et ses Varies ;:: mectcf out le main , aile requeste de partie , à aulcuns , et le monrout if en Ferme y que li Mayeur ou ses Varies, ou liqueil qui li main y ^ mecterat , prendrat segurteit et caution suffisante pour les fraix a îs cely qui prendre le ferat, pour iceluy resuyre se troveit est que pris if soit à tort, affin que cely, qui ensi pris serat, en puist ralleir quitte g: et ligge sens aultre porsuyte de plais, et que les frais par iceluy :s prisonnier, en luy desligaut, fais et soustenus, soyent à luy inconti-
Ils attestaient, en outre, qu aucune Autorité Seigneuriale ou Justicière ne pouvait contrôler les actes ni les décrets des Maîtres et du Conseil , la Cité ayant un Gouvernement libre i; — que quiconque conseillait au Prince d enfreindre les Franchises , était banni à perpétuité , lui , sa femme et ses enfants, et que celui qui venait en aide au banni , encourait la même peine ^.
Les chefs du parti oligarchique avaient atteint leur but: non-seulement ils avaient fait exiler Wathier Dathin ^j mais ils venaient d'obtenir
# nent restitueis par le Mayeur, selonc le taxation de Jugge, et que ^ de ce soit fait expédition par les Ëschevins dedenB tyers jours après ^ ce que requis en seront. ^ [Ibid,]
* ^ IkfH. Au chiuoqueme Article, contenant se ly Ëschevins ne
# aultres ont à cognoistre ne à jugier de fait ne de dit que ly Maistres ^ délie Citeit et Conseilhe fâchent ne doyent pour la Citeit, et en
# nom délie Citeit, dont lesdis Maistres ont exhibueit le coppie duns
# instrument fait par Jehan délie Vilhe jadit. duqueil ly tenurre p sensiet en teilz parleirs, etc. ^ [Ibid, ]
Le document que Ton invoque ici est de Tan 1312: il a été analysé tl,p. 305.
' ^ Avons dit et recordeit, sauvons et wardons, nous raportans à ^ une clause des Estatus, contenant ce que sensiet : Quiconcques à If essieu, soit Home soit Feme, sortenrat Albain en la dye Citeit, en ^ son hosteil ou ailheurs, ne ly ferat confort ne aouwe encontre le a Saingneur et ses Justices, ou Bourgois ou Bourgoise de Liège, et ^ proveit soit, Alhain serat de son fait miesme, etc. ^ — a .... Et qui ^ mefferoit envers teilz Albains , il ne meiferoit rins . et ne seroit de ^ rins attains. ^ f Ibid, \
^ Dathin avait reparu un instant , en septembre . dans la Cité ; mais il lui fallut la quitter brusquement pour ne pas être égorgé. Waîtenis ifUravit in Civitatem,... Et tune putans se esse securum , sedit cum aUis Scàbinis ad judicandu/m^ qttod adversariis suis displicuit,,,. Ymerunt cum impetu contra eu^n.,,. Quod ut ^ndit^ latentor, ass^nnt^i
contre lui ntie sentence qui le convainquait d'avott* violé les Statuts ^ On s'en prévalut pour combattre ses adhérents; Ceux-ci ne désespérèrent pas de leur cause, qui était celle du Peuple, celle de rhonneur national;
La situation en devint pliis tendue.
Le mercredi 2 juillet 1432^ une émeute éclata ^.
Des groupes de Bourgeois se trouvaient sut le Marché, ralliés autour d'une grotesque bannière ayant pour devise Le Naw ^. Du milieu
equo, recessU, et nutnquam deinceps rediit Leodium, [Adrianus, ;6irf.,p. 207.]
' ^ Car ilh fut adohc récries dé novéal secondement, par Monsina gneur et par les Maistres et Citeit, com Vendeur de Frànchieses et ^ deLoyy.,, et que par forche vollôit toutië avoir à sa manière, et ^ rentreir elle Citeit contre- le cris de Peron, etc. ^ [Johannes, tW(f.,p. 256.]
* Secunda die mensisjuUi, qùà celehratur festum VisUaiionis beatae Mariae Virginie, fâda est ingem quaedàm civiîis commotio, etc. [Zantfliet, ibid,, p. 429.] — Uhdè in Visitatione beatae Mariae Virginia, amici dicti VaUeri assdciaverunt se sibi in diversis lods, et currébantper Cimtateni ac si debiiissent omnes interficere, [Adrianus, r6irf.,p.207.]
Le Prince avait voulu, tout d'abord, haranguer la foule; mais il se vit repoussé, et se réfugia dans un ârvo de Féronstrée. ^ .... Et fi tantost, ilh brisont les fenestres del Violet de glaives et de bastonâ; fi dont liEvesque, quant ilh les Yeït chu fitirej ilh boj retrahit eti fi larvoil devant la Halle des Drapiers , car ilh navoit nulles armures fi sdr li; et wardat bien le dit arvoii & mien quilh pot. ^ [Johannes i2i«.,p.285.]
* fi Promirement, al Pont disle avoient leë piroisihes de cheaux Datin fi et leurtf amis grant nombre de gens^ et portoient aveque eànx une fi banire très ordè, où avoit uns personaige, qui estoit appelleit le fi Tmage des Nawes,,. k [Johannes, i&id., p. 285.]
Le personnage de la bannière figurait, probablement, le PHnce, qui s'était si hontensenient abaissé devant le Dite de Bourgogne pour lie
des huéed , sortaient des . voix réclamant les VielUeis Libertés, ou s'indignant de la perfidie du Prince, qui, entre autres méfaits, forçait le Pays à payer au Duc de Bourgogne, non pas cent mille nobles d'or, mais bien cent et cinquante naille i.
Les Maîtres firent apporter l'original du traité, pour donner lecture de la clause incriminée.
On ne voulût pas entendre des traîtres , et on cria qu'ils fussent précipités du balcon 2.
point avoir guerre. — Le mot wallon Naw a pour équivalent exact : indolent , lâche. ^ Ëtestoit chu mal dire, car Monsingnour Baquitat :f gentilhement en la dit guerre. ^ [Id,, ibid, , p. 249.] — Aujourd'hui encore , Texpreesion Nato est une invective.
* Et clamabant contra Magistros, quod essent traditores, [Adrianus, f^.,p. 207.] — ^ Mains ils crioient tout hault : MaistreSy parle ^ Sanc Dieu ! vos nos aveis malvaisetneni trahit , car vos aveis saiekt ^ al Duc de Bourgogne cent et cinquante mUhe nobles, et vos nos fi fesies croire que nos nen deviens payer que cent mille! ^ [Johannes, ifc«f.,p. 286.]
Tout n'était pas faux dans ce dire. On avait frauduleusement accordé des courtoisies aux Conseillers du Duc de Bourgogne. Ou possède une quittance de cinq d^entre eux, du 3 juillet 1434, par laquelle ils reconnaissent ^ avoir eu et reçu de Vénérables et Sages les fi Gens des Trois Estas des Pays de Liège et de L02 , par les mains de fi Henry de Waroux et Willame Gossuin , Changeurs , demourans à fi Liège, la somme de deux mille cinq cens flourins de Rin, pour une fi courtoisie par eulx japieca à nous promise. De laquelle somme de fi ijiB y^ florins de Rin , nous , pour la cause dicte , nous tenons pour fi eontens , et en avons quitté et quittons lesdis Qtens des Trois Estas , fi ensemble lesdis Changeurs et chascun deulx, et tous aultres à qui fi quittance en puet et doit appartenir, fi [Dans le Pâwelhâr,']
Le florin d'or du Rhin a une valeur de 14 francs. Les deux mille cinq cents florins équivalent ainsi à 35,000 francs , au pouvoir d'environ 180,000 en 1434.
* ^ Et là avoit des très mais conselhies de cheaz Datin, car ilhs
Willem Dathin , le cousin de Wathier , et non moins populaire que celui-ci, fut supplié de parler à la foule furieuse i. Il monta Fescalier de THôtel de Ville, pour être bien en vue 2. En peu de mots, il démontra que le Nouveau Régiment y en privant les Bourgeois du droit d'élire les Maîtres, était destructif des Franchises de la Cité 3.
Quelqu'un objecta que le Nowoeau Régiment devait être respecté comme Loi jurée.
if voloient les Maistres jetteir fours del Violet^ par les fenestres. ^ [Johannes, ibid,, p. 287]. — Nam volebant eos projicere extra fenestram, [Adrianus,idw^., p. 207.]
* Tandem Boni Cives rogaverunt Wiîhelmum Dathin, quod pacificaret Pqpulum, quia Magistri pro tempore non poterant hahere audientiam. [Adrianus, i6ûf., p. 207.] .
* Willem se trouvait auparavant au bas des degrés de THôtel de Ville. ^ Adonc parlât Wilhem Datin, qui stesoit à piet devant les . ^ greit, deleis ses amis, haltement; et ilh fut mult bien oUt. ^ f Johannes , ibid, , p. 287.]
' Tune nie alta voce dixU: Videtur miki, quodPoptdusvult rehabere Francisias suas, sicutprius, et creare Magistros per sequelam, sicut solebat, [Adrianus, ibid., p. 207.]
Les Maîtres, en hommes habiles, voulaient temporiser, et Willem Dathin trouvait indigne ce moyen grossier d*apaiser Témotion populaire.
^ Et les Maiktres stesoient aux fenestres sus la Violet hault, et <s disoient: Béais Sangnours, que nos (iemane^et^ .^ disoient-ilhs à gt Peuple. Nos estons de chi cas-chis innocens. Nos en avons parleU it à Monsangnour de lAege, et nos a dit que, demain, metrai^ns s? ensemble cheaz qui le Régiment doient gardeir et modereir,,.. ^ — ^ Et dest Wilhem Datin teis parloirs : Maistres, entres ches chouses, it ne fault-ilh que apointement! 0ns tient chi le Peuple en grande ^ chaleur, sens rien à faire, car ilh ne demande fours que ravoir ses g: Franchieses , enssi quilh les at eus anchienement ; chest à dire, de i: faire les Maistres à suyt et à croie, if [ Johannes, ibid,, p. 287.
Dathin répondit: ^ Vous êtes un Peuple libre ^
Liégeois. Vous avez le pouvoir de faire et de ^ défaire vos Statuts ^. ^
Le Nouveau Régiment, en ce qui concernait l'élection magistrale, fut abrogé 2.
Tout fut apaisé ^.
Le vendredi 25 juillet, eut lieu la rénovation des Offices de la Cité: elle se fit conformément aux Anciens Usages.
Les Trevvte-Deux , qui devaient élire les deux Maîtres, furent nommés, non par les Commissaires, mais par les Bons Métiers. Ils choisirent,
à la majorité des suffrages , deux hommes sûrs: Willem Dathin et Jean de Borlé ^.
' Cette énergique riposte a été relevée par an Annaliste patriote. Alm respondeniibus quod essent contenti, salvo juramento ipsorum , quia amnes jurassent No vum Regimen servare, Wilhélmus respondit : Vos estis lîberi! Potestis staiuere et destituerez ordinare et deordinare ! [ Adrianus , ibid. , p. 207. ]
^ NihUomintis inter quosdam Ministeriales def\nitum est , in praejudidum Novi Regiminis, Magistros Civium de cetera débere creari secundiifnpluraîitatemvocum, vel suppositorumy non secundum electionetn vel ordinationem Commissariorum, qui alios XXXIJ eligere dehehant, quibus cura creandorum Magistrorum compîenarie committi soUhat. [Zantfliet, ibid.^ p. 430. ]
' Sic sedaius fuit Populus in illa die, [ Adrianus, ibid. , p. 207.] — - Un autre Annaliste , témoin mal disposé , à la vérité , aime mieux remarquer qu'il faisait ce jour-là un temps superbe. ^ £t chi jour fut ^ mult béais et clers, et fist bien chaut. Ënssi passât chi jour sens S! perilhe. p [Johannes, ibid., p. 288.]
Fit-on un Statut, selon Tusage , pour constater la modification que Ton apportait au Bejfiment de Heinsberg? On n'en trouve aucune trace dans les Sâwélhârs,
* Sicque in mense sequenti, videli^et in festo heati Jacobi majoris,
Ces Maîtres s'occiipêrént activeméht de sages réformes; Ils nfe laissèrent âiix Comtnissaires que des attributions de police i en leut* interdisant le port de toute espèce d'armes ^.
Le Prince s'éleva contre ce pacifique rètouiaux vieilles coutumes. Il quitta là Cité. Il abandonnait à ses affidés le soin de recohquérir l'ascendant que lui et les siens venaient de perdre 2.
La proposition de rappeler dé l'exil Wathier
juxtd pluràlitatem vocum, creati suHt in Leodio duo n&vi Burgirhàgistri, secundum ordincUionem supradictam. [ Zantfliet, ibid., p. 430.] — In festo sancti Jacobi fuerunt creati Magistri per sequelam vocwH^ , et non aecwndum Novum Regimen. [ Adrianus , ïbid. , p. 2t)7.]
sf Al Saint- Jaque et Saint-Cliristoile, furent fais Maistres de Liège ^ Wilhemme Datin et Johan de Lévrier. Par ches dois Maistres, fut «f li Noveal Régiment brisiet, que tout li JPeuple avoit jureit; car les is Maistres furent fais à siiet et à croie, a [ Joliannes , ibid, , p. 284. ]
* ^ Lendemain fut li Conseille ensemble sus la Violet , comme ilh est fi aconstumeit, et là oït-ilh dit pluseurs parleirs par Wilhem Datin , ^ qui bien en savoit la manière.... ^ — ^ Le dymengne après le Saint fi Jaqueme, fisent les dois Maistres mètre la Communalteit ensemble fi en grant palais del Evesque à Liège , et là soy remerchiont-ilh à fi Peuple del grant honeur que bns les avoit fait, enssi com aconstumeit fi estoit des dois Maistres.... Et là dest Wilhem Datin que la plus fi gp*ant songne quilh avoit, chestoit de nourir paix en la Citeit fi [ Johannes , ibid. , p. 290. ]
* Nam et ordinatio itla scUis mtdtumque displicuU Domipw Léodiensi, suoque Veneràbiîi Capitulo, etc. [Zantfliet, ibid,, p. 430.] — Erantque muUi maie contenii;.., sxirrexeruntque magna odia in Civi^ tate. [ Adrianus , ibid, , p. 207. ]
Pour arrêter le ^èle réactionnaire des Chanoines de la Cathédrale , on les menaça de saisir la châsse de saint Lambert , et de les assommer tous, fi Car silh vowissent, cheaux Datin, dire que li Peuple alast saint fi Lambert sachier fours de son fietre, et ochire tous les Sangnours de fi soli Engliëse, etc. fi [Johannes, ibid., p. 288.]
Dathin devint, dès lot^, une questioti très gt-ave. Fendant cinq mois, cette motion, toujours ramenée, toujours repôUssée^ he cessa d'exciter les esprits i.
Lé dimianche 5 janviet 1433, là veille dés Trois Rois, il jr ettt une assétnblée tumultueuse des Bons Métiers. Les Dathins essayèrent, une dernlêtné fois, d'obtenir le rappel du grand citoyeti. Us éprouvèrent un nouveau refus. Sans plus hésiter, ils résolurent de sauver par force la liberté populaire 2.
Aussitôt ils sonnèrent le tocsin. La nuit était venue, et une fine riéigé tombait. Ils marchèrent sur FHôtel de Ville, et s'en emparèrent. Ils se
* ^ .*.. Âpres, Wilhem Datin, toujours li tenant la Citeit en ses fi mains, com ilh pensoit, ilh faisoit tondis aldit Waltier grant ^ assistenche , et pretendoit toudis de li à rameneir à Liège ^ etc. ^ [JohanneSy f6iii., p. 291.]
Selon les adversaires de Dathin , on avait tort de vouloir le faire fi revenir en la Citeit de Liège, en donnant faulsement à entendre, que fi lidis Waltier navoit pont esteit myneis ne traitiies par Droit ne par fi Loy... fi Ses partisans déclaraient illégal le bannissement, et soutenaient, fi que ce quon avait fait de Wathier Dantkine estoit par fi hùpte, et por avoir le Q-overne- fi [Voir Foullon, Historia LéodienaiSi t n, p. 15, etc.]
* Nam amici VaUeiri i)aiîn votébant ipsum rehabere in CivUatef sicîU priuserat,quia de mdlo curahaL Et in profestô Èpiphaniae j ùHa est aeditiô gravis etpericuhsa i)Ulde in Civitate, propier ipsuMn,,,. — Amici suL, ifUeHdentes Waîtisruni iMirôducete p'&r vint clamoHs et sediHcnis. [ Âdrianus , ^id, , p. 206. ]
La Cité était, dliabittide; un peu sens desâtis desl^ouô la veille dé répiphanie. C*éUit fUte pour les Grands et les Petits. Les Jeunes geiiB des deux sexes allaient hélir on chanter de porté eil porte pour avoir soit du gâteau, soit à boire.
retranchèrent sur le Marché, et s'établirent dans divers Vinâves ^.
Leurs adversaires n'étaient pas sans s'attendre à quelque événement. Ils avaient pris les armes 2. Des collisions sanglantes eurent lieu ça et là, à la lueur des torches. Le matin, la lutte recommença avec acharnement 3.
Le sort de la révolution était déjà compromis. Wathier Dathin, bien qu'averti à l'avance, n'arrivait point. Son cousin, ses amis, s'effrayèrent; ils abandonnèrent les barricades. Leurs partisans, se voyant sans chefs, perdirent courage. Ils s'enfuirent en désordre de toutes parts ^.
I ^ £t 8oy metirent à faire des bollvorke en Marchiet....; et y oït ^ mains banckes de Mangons altreveir de Marchiet ordineit , aveques ^ pluseurs grand banstes et cliierpains de Pesseurs, etc. ^ [ Johannes, ibid. , p. 300. ]
* Sed (idversarii earum percipientes intentum ipsorum, expostiermit sepericulOy et acceperunt Vexiîla Ministeriorum , et venerunt armati contra eos, [ Adrianus , ibid, , p. 208. ]
^ Il neigea une bonne partie de la nuit. ^ .... Quant li jour fut ^ leveis, et il avoit lassiet de nyveir... Et cheais Datin estoient devant ^ la Violet et sus les greis en la plache, qui traioieut vers les Fevres ^ de daires (d'arcs) et dabalaistres; et alcuns estoient sus le DestroU ^ qui enssi traioient; et avoient deleis eaux des colouvres de coivre ^ (canons) por traire vers cheaux de lautre partie , etc. ^ [ Johannes. ibid, y p. 304.]
* i» 'Et quant ilh oîrent dire que Wilhem Dathin sen aUoit foui's de ^ Liège vers Montengnee, ilh furent tous ababis, et perdirent cors; et is sen allèrent leurs voies après luy.... Une autre partie de cheaux if Datin , qui estoient al Violet , senfuirent, etc. 0 [Johannes, i&ûf., p. 305.] — Et facto utriusqiie saevissimo certamine, tandem pars ipsa quae WaUero Dathin... faverat, vida fuit, aliquaniis peremtis , etc. [ Zantfliet , ibid. , p. 432. ]
La faction aristocratique l'emporta.
Elle fit abus de son facile triomphe.
Les adhérents des Dathin, pris les armes à la main, furent tués, rompus ou roués; ceux qui, blessés, s'étaient réfugiés dans leurs maisons, furent jetés dans la rue par les fenêtres, et mis en pièces. Leurs maisons, après avoir été pillées, furent dévastées et ruinées ^.
Lorsque fut revenu un semblant de calme, les Bons Métiers eurent à examiner les demandes d'amnistie des nombreux fugitifs.
La coterie dominante, pour s'affermir, se montra impitoyable.
Une commission , où se trouvaient des aftidés du Prince 2 , poursuivit tous les Dathins sous l'inculpation de complot , de sédition , et de convocation illicite d'une grande multitude do personnes, en vue de s'emparer de la Cité ^.
• Pars vero vixtrix fugientes insequens, perpaiicos compiehendit^ etc. [ Zantfliet, ibid,, p. 432.] — Aîiqui fuerunt prcjedi extra fenestras.,, ; aliqui fuerunt capti et crudelUer tormentis expositi, aliqui quartelaii ^ aliqui decapiiati. [ Adrianus , iMd. , p. 208. ]
* if Pour, des excès devantdis, savoir la droite et juste veriteit^ illi ^ at esteit, par nostre tresreverent peire en Dieu Monsingnour de ^ Liège, commis et instaublis akuns de son Noble Conselhe, et pareille- ^ ment par nos la Citeit , les Maistres et Jureis , alcuns de nos Borgois 0 et Commissaires , etc. ^ — Les Echevins avaient pris la fuite avec les Dathins : ^ Les Esquevins de Liège estoieut por lors absens deUe ^ Citeit if [Document an \6 avril 1433, dans le Pâtcelhâr y et à&UB Jobannes, ibid,, p. 327.]
^ ^ Et de fait, aperchivaut que à leurs falses et traites exhortations ^ ilh ne poroient parvenir sens séditions, trahisons, obsattes et armées ^ faire, ilh, tousjours perse verans en iniquiteis^ et poui* nous tous et
Four ces causes, elle proclama bannis à perpétuité cinquante-deux Dathins, avec leurs femmes et leurs enfants mineurs. Elle en bannit, pour un temps plus ou moins long, cinquante autres, qui, à lexpiration de leur peine, devaient être à toujours privés du droit de vot^r, d'élire, et de porter un office public. Elle en condamna trois cents à des amendes qui, pour être proportionnées à leur fortune , n en étaient pas moins énormes: les uns à deux mille, les autres à mille, à cent, et à cinquante florins ^
^ le Citeit generallement subpediteir, avoir à bas et à leurs volunteis, ^ se parvenir y polsissent (que Dieu nostre Creaturre nat point volu ^ consentier), fîsent pluseurs armées et obsattes, crys, hahayes et ^ aedicions, tant de jour comme de nuyote, en pourtant une des # Pengheals délie Citeit et aultres , en recopant et faisant recopeir, et ^ cryer az armes en pluseurs vilhes, tant à Montgnee, à Ans.,.. £t ^ enssî, de fiait ad ce pourveyuti nous corirent sus, combattant, ^ stichant, lancliant et trayant darckes tant en lisleal des Fevres ^ comme sour le Marchiet , etc. ^ [Documents du 15 avril , du 4 juillet, etc., dans le Pâwélhâr.'\
* sf Ensiwantles Fr^inchieses délie Citeit, sont tous les deseurnom- ^ meis, leurs Femmes et Enfans, excepteit cheauz qui sont deseagies., ^ et ossi cheaz qui sont fours de leurs governe et manbomie, cryeis ^ Albains fours délie Citeit, Franchiese et Banlieu, par Maistres, ^ Conselhe et Universiteit délie dite Citeit, à tousjoursmais, sens ^ rappeal, com noitoires Sediteurs, TraitCès, Malfaiteurs de vilain ^ cas, et Parjure..,, ^ \Cride bannissement du 2 avril 1433, dans le Pâwelhâr,}
Pour prononcer les bannissements^ les confiscations et les amendes ^ on avait fait parmi les Dathins des catégories. Et facta inquisitUme, proscripti fuerunt cir citer quinquaginta, cum uxorîtnés et prolibus in perpetuum. Item, circiter quinquaginta fuerunt banniti ad cerios ainnoSy ei condemnaH ad certam summam pecuniae, in quaniùm ÉubstanHa earum vidéb(Uur valere; aUgui ad duo vi^iUia Bhenens$Sy aUqui ad mt2te,alu ad centum^ aUqui ad qiÊmquagénta$ti$kde oW^
On iîit implacable pour les bannis à perpétuité. Leurs biens^ meubjes et immeubles, furent confisqués au profit des Bons Métiers , qui se trouvèrent ainsi intéressés à ne pardonner jamais h Il fut défendu, sous peine de bannissement arbitraire, de leur fournir leau et le feu, ou de leur venir en aide de quelque manière que ce fût 2. On mit leurs têtes à prix , et Ton alla même jusqu a promettre grâce entière à tout banni qui tuerait un autre banni ^. Enfin, un comité fut créé
usque ad numerum circUer irecentorum. [ Adrianns , tbid-^ p. 208.] — Les bannissements à temps furent fixés, les uns , à huit ans ; les autres, à trois, à deux, ou à un an.
On cite parmi les bannis : Dathin], de Goreux, Borguet^ Henrotay , CoUard, Wynand, Godart, Roisart, Dumoulin, Urbain, Constant, Nyvart, Blavier , Detilhou, Boisée, Pirlot, Lemaire, Boinem , Colette, Delaitre, Huart, Stassin, Raskin, Courart, Demeuse, Hodeige , Pirson, Dothée, Dubois , Lambinon, Godin, etc.
* ^ Apres fut ordineit, que tous les biens et hiretaiges des devantdis if Banis furent annexeis et appropriies à la Citait, com Sediieurs et ^ TrahUres y etc. ^ [Johannes, t^ie^., p. 318.] '
On offrit une part des confiscations au Prince; il n^osa l'accepter, appréhendant le retour des Dathins. Domvm Leodiensi obUdenmt iertiam partem ; sed noîuU recipere, [ Adrianus , Und. , p. 206. ]
* Ce décret fut si strictement observé , qu'un Bourgeois fut jugé , condamné et décapité pour avoir fait passer à son père un peu d'argent. Tarn stricte observatum fuU, qtiod cuidam Cim, qui patri s%io egenti extra PcUriam semel dédit ad comedendum, caput fuit ante gradus EccîeaiaeLeodiensis amputatum. [Adrianus, ibid., p. 208.] — D'autres eurent aussi la tête coupée, pour avoir parlé à un banni. ^ Item. ^ Futdecolleis en Marchiet, devant les greis saint Lambert, Heris ^ de Chabot , partant quilh avoit esteit troveis quilh avait aidiet et if parleitèLXins appelleit Andrier de Lairdieu. ^ [Johannes, ibid., p. 319.]
' ^ Apres fat fais chi cris à Peron à Liège en teile manire : Ons fait ii %uaY(»i]: , de part tes Maistros et Conselhe del Cîtett de ^iege , et H
pour rechercher les biens confisqués, pour les gérer , pour en faire la répartition : il fut régulièrement organisé sous le nom de Cour des Absentis ^. Ces condamnations étaient manifestement illégales. Les Echevins refusèrent d'enregistrer le décret ^. On obtint l'approbation de l'Empereur,
a Universiteit des XXXII Mestiers de Liège, et premier: Que tous ^ cheaux devantdites qui sont crieis et publiies à steir fours délie CUeiU 5ï qui poront tuweir Waltier Batin,.,,, ou qui les anwnront prisonnier S! en la Citeit, et les liveront aux Maistres, siéront quitte de lettrdite fi stut et de leurs voies. :f [Johannes, ibid., p. 319.]
Cet édit sauvage amena un acte sauvage. Le fils de Wathièr Dathin, nommé Lambert , chanoine de la Cathédrale et Acolyte du Pape, se rendit "au Concile de Bâle pour obtenir l'annulation des décrets de la Cité. Sa démarche fut vaine , la Cité ayant dépêché plusieurs députés vers le ConcDe pour lui exposer les attentats des Dathins , attentats . disait-elle , qui devaient amener non-seulement la ruine des Bourgeois les plus notables , mais celle de la Cité et du Pays entier , Nobiliunique Civitatis et Patriae Leodiensis totaliter eversionem, [Document du o décembre 1434, dans VAmplissima CollectiOj t. VIII, p. 782. ]
Lambert revint dans nos contrées. Comme il chevauchait en teiTitoire Brabançon , vers Dalhem , il fut saisi par des Liégeois ( mardi 15 mai 1436) : ils Tentraînèrent à Bernalmont, près de Liège, le couchèrent sur le bord d'une houillère , et après lui avoir brisé la tête à coups de maillet, le précipitèrent tout bott« et éperonné dans le bur.... Dudus est super unam fossam hullarum, et percussus in capde cuni miilîeOy projectus est in fossam capite demerso, cum ocrcis et calcaribus, sictit erat captus.... [Adrianus, iitc/., p. 208.]
* Nous n avons point trouvé encore le Statut du Peuple , du 16 décembre 1435, qui érige définitivement cette coumiission en Cour permanente , pour veiller à la récupération des biens des Absentis,
* Scabinis tamen hanc.confiscatlonemjuxta Legem Patriae nolentibus approbare. [Zantfliet, «Z^'e/., p. 432.] Ce ne fut que quatorze ans après , le 17 mai 1447 , que le Tribunal des Echevins enregistra le décret. Il le fit en ces termes : ^ A tous ceaulz qui ces présentes sf Lettres veront et oront. Le Maire et les Eschevins de Liège , salut s: en Dieu permanauble et cognissance de veriteit. Sachent tuis, que...: fi Si requirent amiaublement lesdits Maistres , Jureis , Conseilh , Gou-
en lui faisant accroire que le mouvement des Bathins n'avait rien de politique i.
* vernenrs et Bourgois, en uom de ladite Citeit généralement, à Uenry ^ délie Chauchie de Jeneffe , Souverain Mayeur de Liège , que lesdictes ^ Lettres et tout ce que en icelle est contenu , volsist mettre en nostre sf warde; et ledit Mayeur, & la requeste desdis,.... favoraublement ^ condeskendant , mist lesdittes Lettres , et tout ce que en icelles est ^ contenu , en le warde et perpetueile mémoire de nous les Eschevins ^ de Liège, etc. *? [Daub le Pâwelhâr.]
* Par son diplôme, du 14 juillet 1437, TEmpereur autorisait la Cité à disposer, comme elle le trouvait à propos , des biens confisqués , m uiilitatem ij)sius CivitcUis. Ce diplôme débute ainsi : Sigismundus. divina favente clemefitia, lîonianorum Imperator, semper Atigustus,... Belatione ndbis facta , nostra intellexerit Serenitas qualiter Walterus Danthyn, Wilheîmus Datin et eorum camplices , taniquam Seditorcs et Infidèles , machinafi sunt seditwtiem et traditionem cum pernhiosi rumoris insidtu facere in Cinitate Leodiensi . etc. [Dans le PâwelhârJ]
Malgré l'approbation Impériale . les bannis^ à perpétuité ne cessèrent point de réclamer leurs biens , vu les vices de la procédure et l'illégalité de la condamnation. Ainsi firent-ils encore en 1456, à Tavènement de Louis de Bourbon à la Principauté. Dans leur requête, on lit ce passage, qui montre qu^ils connaissaient parfaitement leurs droits :
^ 1® Maintiennent lesdits Remonstraus , que selon la Loy de Liège . ^ nul, ne par nul cas quelconque, ne peut forfaire (perdre) ses biens, ^ et fnst la personne yïTifi et jugie par vilains cas.... Car oncques ne s? fust plus veii que nul perdist ses biens par nul excès, ne que Ceulx ^ de la Cité demandassent ne calengassent nuls biens. Ainsi appert, s? que ce quils en font est du tout à lencoutre de la Loy de Liège ^ et ^ est chose de force et de volunté.... ^
^ 2o Maintiennent lesdits Remonstrans, que selon Loy, Droit et if Justice, nul ne doit estrc condamné de corps ne de bien , sens quil ^ y soit huchies et appeliez , pour avoir ses débats et allegances et ^ contremonstrances, se avoir le veult : lesquelles choeses point ne leurs ^ est advenu. Par ainsi appert , évidemment , que ce que faict est , est s? à reprouveir et rejecter : de ce, soy raportent à tous bons Juges.... s*
^ Z^ Maintiennent lesdits Remonstrans, que selon lordonnance de ^ la Paix de Fexhe , qui est promise à tenir et warder par le Prince du ^ Pays.... , est tele , et de tele condition , faisant expresse mention que , ^ Tout Homme doit être mené par Droit et par Loy ; et de ce , se rap- ^ portent à lordonnance de ladite Faix de Fexhe,.,. sf
Le péril du présent étant passé, celui de l'avenir fit peur.
On y pourvut ^.
On forma une compagnie permanente de troiscent -vingt Bourgeois, dite des Dix Hommes^ parce que chaque Bon Métier en fournissait dix. Elle fut aux ordres des Maîtres, à l'effet de réprimer toute tentative de réaction 2.
On statua que la victoire du Jour des Trois Rois serait consacrée par une fête 3. L'anniversaire fut célébré par trois grands feux de joie allumés sur le Marché ^. Un délégué du Bon Métier des
' ^ Quant toutes ches chouses furent enssi fait, com dit est, ous soy f dobtat de trahison des Absentis, et de leurs amis qui estoient remanus ^ en Paiis; por quoy , ilh fut fait teile ordinanche por gran bien et sens ^ fraud, etc. i? [Johannes, î&û2.,p. 316.]
* Deinceps de consensu omnium Ministeriorum Cioitatis , decretum est eligi de quolibet eorum Decemvlros fortes et animosoSy qui sicas vel ctdtelîos longqs ad latera continue déferrent , eo fine ut, etc. [Zantfliet , i6ûl.,p. 432.]
' j? Les Bons Borgois font grant fieste cheli jour et la nuit ensiwant ^ anuelment en Marchiet, et y font pluseurs enbattemens , et font là ^ leur roySy et y cantent chanchons en grant solas.... «« [Johannes, ibid, , p. 317. ]
* ^ Et fait-ons cheli jour trois grans feux sour le Marchiet, et y if art-ons maintes torches et fallos sour le Violet et sus le Destroit, etc. ^ [ Id., ibid. , p. 317.
De ces trois feux de joie , ^ le premier feu est proche des degrés ,f de St-Lambert, contenant 24 charetes de houille; le second est à se Topposite de Téglise de St- André , contenant 16 charetes ; le troisième ^ est proche la petite Fontaine^ fait de 12 charetes de houille, «r [Abrégé curieux de VHistoire de Liège, édition de 1677, p. 124.]
La Maison des Communs Pauvres en lie fournissait g: les houilles , fouwailles et longues if pour les Feux des Eoix. -- Le 1 janvier 1677 , le Magistrat ^ accepta Toffre faite par J. Piette de rendre et livrer
Fèbvres, la tête ceinte dune couronne de fleurs, faisait lecture, à la foule assemblée, du décret contre les Dathins. C'était menacer de bannissement, quiconque parlerait de clémence et de rappel des factieux i.
Cette rigoureuse compression terrifia la Cité et le Pays.
La Cité se soumit sans réserve au Régiment de Heinsberg 2.
^ chaque gougue de houille sur le Marché. au prix de IS pattars, et ^ que chasque charée debvera contenir six gongues : de sorte que ^ l'importance totale sera de 324 gongues de houille, faisantes 54 cha- ^ rées. ^ IBegistres de la Noble Cité de Liège y 1677 , fol. 104.]
Ces feux ne furent supprimés qu'en 1685. Ils ravivèrent ainsi , chaque année, pendant deux siècles et demi, le souvenir de la défaite des Dathins.
' InstUutumque fuU f quod haec celebritas Vidoriae singtdis anni^ in fesio Epiphanicte cehbraretur , ubi Littera hdknitionis etproscrip- Uonis eontm legereiur publiée et renovaretur, etc. [Adrianus, fMf. , p. 206. ] — ^ Laqneile Lettre faisant mention de la grant sédition de # cheauxDatin et leurs Aidans , liist-ons tous les ains devant le Peuple, ^ en Marchiet, le jour des Trois sains Roy s, por avoir sovenanche del ^ Vidoir que le Peuple del Citeit eut contre cheaux Datin cheli nuit , fi tant de jour com del nuit. £t en font les Mestiers en la Citeit grant fi iieste et joie , etc. fi [Johannes, Und,, p. 317.]
Les Bons Métiers célébraient cette victoire par des festins. L'un d'eux met dans ses Statuts de 1458 : fi Pour honorer la Victoire du jour fi des Trois Boix , par la Cité et Bons Mestiers dicelle obtenue contre fi ceulx Datin et leurs Complices, notoirs Sediteurs et Traittres, ordonfi nons et statuons, que nostre dit Rentier, cyy qui le soit pour le tems , fi soit et serat tenus de à cely jour , pour nous accompaingner et reveiir fi lung lauttre , de payer le pain , chair , sten et lowier de maison que fi nos despanderons pour cely jour, etc. fi [Chafies des XXXII Bons Métiers de la Cité de Liège, 1. 1, p. 276.]
' En effet, le Régiment de Heinsberg fut remis en vigueur pour les élections du 2ô juillet. s?£n cel ain 1433, le jour le saint- Jaquenne, fi furent fais Maistres délie Citeit Fastré Baré Surlet et Balduin de
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Le Pays se montra prêt à exécuter toutes les clauses de rinfamante paix conclue avec le Duc (le Bourgogne i.
s« Lardier , et furent fais, solouc le Noveul JiegymefU, par les XXXU ^ Hommes de Mestier, enlis par les Commissairs. n [Johannes, ibid., p. 336. ]
* Trois mois après , le 9 mai . on alla payer au Duc de Bourgogne le premier quart des indemnités de guerre que lui accordait le Traité de Paix. £n voici la quittance :
^ Nous Phelippe, par la gi*ace de Dieu. Duc de Bourgoingne.... sf Congnoissons et confessons avoir eu et reçu de révérend père en Dieu ^ TËvesque de Liège , des Doyen et Chapitre de TËglize de Liège , des ss Nobles, des Maistres, Maire, Ëschevins, Conseil, Bourgois, et toute :f la Communaulté de la Cité de Liège et des Villes de Huy, de Dynant^ if de Tongre, de Saintron, de Fosses, de Thuin, de Couvin, de Loz, sf de Hasselt, de Heyrke, de Ëycke , de Brede , de Bilse , de Beringhen . s? pour et en nom desdictes Cité et Villes et de tout le Commun Pays de g: TE veschie de Liège et de la Conté de Loz , la somme de vint-cinq mille < nobles cT Angleterre, que par la Paix nagaires faite entre nous et ^ lesdis pjvesque et Pays de Liège et de Loz , de la guerre qui paravant gs avoit esté entre nous et eulx . iceulx de Liège et de Loz nous dévoient gf au jour de la Saint- Jehan Baptiste derrenierement passé, pour ^ reparer nos Chasteaulx et Maisons abatues et démolies , et pour les :f domages fais à Nous et auz Eglises , Vassaulx et Subges en nostre a Conté de Namur, et pour les frais aussi que nous avons eu en ladicte s? guerre, ainsi et que par les lettres faictez de et sur la dicte Paix a puet plainement apparoir. De laquelle somme de XXV mille nobles if monnoie, et pour la cause et terme dessus declaries, Nous Nous if tenons contens et bien payez , et en quittons les avantdis de Liège ts et de Loz, et tous autres à qui quittance en puet ou doit appartenir. if — En tesmoing de ce, Nous avons fait mettre nostre scel de secret, jf en labsence du grant, à ces présentes. Donné en nostre Ville de a Brouxelles le TX« jour de may lan de grâce mil quatre-cens trente ^ et trois. ^
Le Pays. — Il se trouve enclavé dans les possesBionu Uonrguignounes. — Energie de la Cité et des Bonnes Villes. — Elles renouent leur Confédération. — Irapéritie de Jean de Heinsberg. — Il résigne eu faveur de Louis de Bourbon , neveu du Duc de Bourgogne.
La situation politique du Pays, à lextérieur, devenait assez périlleuse.
Dans les Pays-Bas, les grandes Seigneuries féodales. Comtés et Duchés, si célèbres naguère, n'existaient plus. Leurs Territoires avaient été adjoints, par traité ou par conquête, au Duché de Bourgogne, et constituaient un vaste et puissant État 1.
Le Pays de Liège se trouva enscM'ré dans les possessions Bourguignonnes ^.
' En peu d'années , le Duc de Bourgogne était devenu Seigneur des Duchés de Brabant, de Limbaurg et de Luxembourg , des Comtés de Flandre y de HainatUy de Namur, de Hollande, etc.
' La gravité de cette situation n'avait pas échappé aux contemporains. Pï^rique perspicaces et oculati viri de Leodio, perpendentes.,.. se ex omni parte fere drcumseptos et interdusos a terris eju-sdem Duds
Burgundiae [Z&ntûietii Chronicoft Leodiense . dans VAniplisslma
Colhriio , t \ , ^. 427.]
Il ne se jugea pas amoindri par cette avoisinanco. Il ne s en estima pas moins. Il tenait à sa nationalité, et il se croyait capable de la défendre.
Grâce à sa . Constitution démocratique, lorsque la Patrie était en danger, tous les habitants, jeunes et vieux, payaient bravement de leurs personnes. En un instant, une armée nombreuse était sur pied. La Cité, à elle seule, fournissait un contingent de vingt mille combattants i. Les milices locales étaient commandées par leurs Bourgmestres, et étaient rangées sous les bannières des Bons Métiers 2. Elles avaient une organisation qui répondait, avec une parfaite exactitude, à celle de la Cité et des Bonnes Villes 3.
* Vers 1460, la Cité pouvait mettre en campagne plus de vingt mille hommes bien armés. Cives in Civitate Leodiensis fuerunt ad bdla paratissimi plures qttam viginti miflia, [TviiYieïaiï Annales , t. H, p. 468.]
* Chaque Bon Métier avait sa devise, c'est-à-dire qu'il se distinguait par une casaque ou un chaperon de mêmes couleurs. ^ Et avoient ^ tous les Mestiers, chest assavoir cascun par ly, sa devise, lun de ^ cotte et cappiron, lautre de cappiron, et lautre de petit j or naldes, if qui estoîent faites de pluseurs coleurs de draps , comme ilh plaisoit ^ à cascun Mestier. Et estoient avecque eaux les dois Maistre por le a temps délie Giteit..., # [Johannes, Chronique de IAège,i^,6tilQ.^
8 A Liège , chaque Bourgeois fournissait le service militaire sans rétribution aucune , sans AUtfes bénéfices que ceux que procurait parfois la guerre. Ce servioô était réglé ainsi en 1450 : ^ Quant nous il deverons issyr hors de la ditte Citeit, un cascun de nous deverat j ^ estre sommeit par nostfe Tarlet sermènteit, ou autre à ce deputeit. et pour comparoir sub nostre dit Paignicheal , afin que nul ne soy puisse
On voyait, non sans inquiétude, le Duc de Bourgogne se poser en accapareur. On se sentait convoité. On était sous le coup d'une menace d'agrégation.
La Cité et les Bonnes Villefe ne se découragèrent point. Le péril était le même pour toutes, et nécessitait les mômes efforts de chacune d'elles. En cas d'agression , elles pouvaient résister. Agir avec ensemble et énergie, c'était le salut.
Depuis trente ans, môme dans les plus graves conjonctures, elles n'avaient plus fait appel à leurs traités d'alliances.
Elles s'en souvinrent en 1436.
En cette année, le samedi 19 février, dans une assemblée générale i, les Députés de Liège,
^ injustement ezcuseir.... Quant est touchant dalleir et pourteir Bans* niere ou Paignicheal pardevant Bonnes Villes ou Forteresses par ^ dehors le Pays de Liège, et ordineit fust parles autres Bons Mestiers if nos Confrers, de y alleir généralement comme dit est : par avant. ^ quant ce advenroit, nous volons et ordinons, que nous tous generale- ^ ment soyons tenus délie comparoir sub et par dessous notre dite ^ Bannière ou Paignicheal.... Cely qui point ne sieroit troveit audit if siège à prendre, ou âub laditte Bannière ou Paignicheal, quant ons ^ crieroit Aux armes , sieroit à dix florins de Rhin damende et priveit ^ à touBJour de syete et de croye.... a [Document de 1450, dans les Chartes et Privilèges des Bons Métiers de la Cité de Liège, 1. 1, p. 90: t. II, p. 229, etc.]
Les Bons Métiers, chacun sou^ sa bannière et ses pennons, formaient les corps de milice , les divisions de Tarmée. Ils étaient ainsi portés à se bien conduire. L*opinion et la loi poursuivaient le Bourgeois qui n'allait pas se ranger sous les drapeaux , et celui qui les abandonnait.
* A cette assemblée générale, les Députés de Mnestricht firent
60 CHAPITRE lA
de Hmjy de Dînant, de Tongres, de Saintron, de Fosses, de Thuin, de Gouvin, de ioo;c, de Hasselt, de Bilsen, de Herck, de Beringen, de Maeseyck, de 5r6€ et de Stockhem, renouvelèrent leur confédération i'.
Par ce pacte, les Bonnes Villes s'engageaient,
défaut. Cette Bonne Ville ne donna donc pas son adhésion au pacte fédéral , par crainte ^ sans doute , de déplaire à son Co-Seigneur , le Duc de Bourgogne.
Elle vécut ainsi un peu à part des autres Bonnes Villes.
* Ce traité rappelle et confirme Facte d*union de la Cité et des Bonnes Villes du premier décembre 1404. A quelques détails près, relatifs à d*autres circonstances, c'en est la reproduction textuelle. Il débute ainsi :
if En nom de la Sainte -Trinité, amen.
s» A tous cheaux qui ces présentes Lettres verront et oront. Nous if les Maistres, Jureis, Gouverneurs et toiittes les Communautés et s: Universités grands et petis de la Citeit de Liège et dos Bonnes Villes #r de Huy^ de Dînant, de Tongre, de Saintran, de Fosse, de Thwing, a de Coving, de Loz, de Hasselt, de Blieze, de Hercke, de Beeringhe, a de Eych, de Breyde, de Stockhem^ et toutes et singuleires autres fi personnes délie Evescheit de Liège et Conté de Loz , salut en Celluy ^ qui est saulveur de tout le monde. Scavôir faisons. Que jacoitce if que, de long temps passeit, ayons ensemble heyu Amistés et Confefi aérations, ainsi que par les Lettres sour ce faites puet apparoir : fi nonpourquant , pour ces dittes Amistés à renouveller, afiin que plus ^ fermement soient tenues, et pour nous tous à radjoindre ensemble , fi sy que ly ung puist lautre servir œmme Bons Frères : Heyus fi avantrainement entre nous tous sour ce diligent traityet, meure fi conseil et advis , de common accord de nous tous ensemble , pour fi obvyer et eskiver les adversitez que on voit advenir de jour en fi jour : Avons fait et faisons entre nous, pour dureir à perpétuité, fi pour nous, nous boires et successeurs, Grands et Petits, les fi Alliances, Confédérations, Promesses, Convenances et Ohligances fi cydessoubz escriptes. fi [Dans le Fâwélhàr,!^
Ce traité a été imprimé plusieurs fois , et notamment en 1722 , sous ce titre : Rénovation des Alliances et Confédérations de la Cité de Liège avec les Bonnes Villes du Pays de Liège; in-4'> de 12 pages.
à perpétuité, à se soutenir mutuellement, à faire respecter leurs Lois, Privilèges, Franchises, Libertés et Coutumes, et à maintenir leur Gouvernement et leurs Usages particuliers ^. Si un Maître, un Juré, ou tout autre Officier, venait à être molesté à raison de sa charge, elles s'obligeaient à le protéger, et à le défendre à frais et dépens communs 2. C'était également à frais et dépens communs, en bons Frères, quelles repousseraient toute sentence d'interdit ou d excommunication lancée contre Tune d'elles par l'Evèque- Prince ou par le Pape ^\ Elles devaient de même
' fil N0U8, par foid et par seriinent, et sons nous saieles, promettons !f et avons encovent, et ad ce nous et tous nous biens obligons ly ung ^ de nous envers lautre. de celluy jour en avant, loy aiment, sens sr faulte. à yestre aidans et confortans, en tous cas, à armes et sains n armes , de wardeir et maintenir les LoySy les Chartres, les Previleges, :? les Lettres, les Frcmchieses, Libertés, Coustummes, les Paix faictes, if Manimens, Gotwernemens et Usages Anchiens, usez, manyez et fi coustummez en laditte Cité et Bonnes Villes deseurescriptes , etc. ^
Le Traité était fait sous Finfluence des idées démocratiques : la première disposition oblige la Cité et les Bonnes Villes à se garantir mutuellement leurs Constitutions , leurs Lois , leurs Usages.
* ^ Item, Promettons lung de nous à lautre, que si, en temps fi advenir, on volloit, par quelcque Justice , Seigneurie ou voie, presser fi ou constraindre daucuue correction , quelle quil fuisse , les Maistres , fi Conseil, Clercques, Varlets et Servans de nous la Cité et Bonnen fi Villes desseurdites, pour aucun fait aemplit ou fait par eulx ou fi aucun deulx, en nom et à cause de leurs Offices.... : nous tous demofi riens delez ceaulx ou celuy que pour ce cas on volroit presser ou fi astreindre comme dit est , et leurs deverous nous tous assister et fi deffendre, chacun de nou^ à ses propres fraix et despens, afin quils fi demoraissent en paix. ^ [ Ihid, ]
^ fi Ii£m. Sil advenoit, que jà nadvienne! que nostre très chier et
s'aider par les forces communes de toutes, comme bons Frères j contre les attaques de Seigneurs ou d'Etats voisins 1. D'autre part, aucune ne pouvait avoir guerre, ni conclure la paix, ni s'allier, sans le consentement unanime des autres 2. En cas de dissension intestine, elles devaient s'en rapporter à la décision du plus grand nombre : il leur était défendu de solliciter l'appui d'un Prince étranger- Elles s'engageaient à tenir toutes contre celle qui manquerait à cette obligation première de la fédération 3.
^ redoateit Seigneur et Prince Levesque de Liège et Conte de Loz qui ^ est ou serat..., ou autre Juge deligiet ou subdeligiet de Court de Rome ^ ou dautre, getasse ou getassent sentehce de Interdit ou de Excom- * munication délie auctoriteit nostre saint père le Pape ou de Legaut, ^ contre nous ou aucun de nous , aile occasion et pour nos dittes Franjf chises, Libertés, Alliances et Confédérations à garder en la manière ^ que dit est, nous en devons demorer et en demorons delez tout en-
^ tirement et loyalment ly ung de nous avecque lautre , comme Bons ^ Frers, en ce contrestant en commons despens , payant chascun à son ^ avenant, etc. ^ [Ibid.'\
* ^ Item, Promettons que nous aiderons ly ung de nous lautre en if tout oa&que advenus nous sont, et que doresnavant nous advenrons. ^ corne Bons Frers, contre tous Hommes et tous Estatz, ensy et selon ^ ce que ly fais le requirerat, assavoir, etc. n [Ibid.']
' if Item, Volons , et promettons et accordons , que nulz de nous , ai la Citeit et Bonnes Villes desseurdittes , ne puist et ne puissent ^ faire Allianches, Confédérations, Promesses ne Obligances quelifi concques, séparément des aultres, sains le greit, consent et volunté ^ de tous les aultres Membres et Bonnes Villes deseurdites, etc. < [Ibid,]
' ^ Item, Promettons , et nous obligons tous li ung de nous envers ^ laultre, que se jamais advenoit, que Dieu vuille par sa saincte grâce ^ distourner ! que en aucuns des Membres du Pays , assavoir de nous ^ la Cité et Bonnes Villes , suscitasse ou esmeusse sédition ou discorde
1433—1456 en
Si elles avaient été plus fidèles à ce pacte, nos fières Républiques communales eussent été invincibles. Elles oublièrent trop souvent que la condition essentielle d'une union puissante, est l'effacement des personnalités, l'accord, la discipline. Habituées à être maîtresses chez elles, elles voulaient veiller elles-mêmes à leur défense respective; et c'était seulement à l'heure de la détresse, lorsqu'il était trop tard, qu'elles en appelaient à leurs alliées.
Heureusement, la Cité comprenait bien son rôle. Jamais elle ne manqua à ses devoirs de protection et de dévouement ^
^ entre les Habi tans, Surseans et Mannans de cely, et lung contre ^ lantre généralement comment que ce fuist, que nous tous les autres ^ Membres demorons ensemble et ayderons loy aiment à ce que telle ^ sédition ou discorde serat oestee ,,.. sains ce que aucunes délies puist ^ souffrir ne souffre nulle quelcque Seigneur ne Prince, ne autre, ^ venir avec eulx pour lautre des parties enforcher contre lautre, etc. gs
* Liège était la Capitale du Pays , on l'admettait volontiers. Civitas, captd Pairiae.,. — Civitaa Leodiensis, caput Oppidorum,,. — ^s La Citeit de Liège , qui est Chieff de Pays , ^ disent des documents du 'XIV» siècle. [Dans le Pâwelhâr.l En 1456, on écrit : sf Cheauz de Liège, qui estoit ly tieste de Paiis. a [ Jobannes, ibid,, p. 576.]
Liège agissait, combattait et souffrait pour les Bourgeois des Bonnes Villes; mais ils n'étaient pas Liégeois pour cela. Avant tout, ils étaient ^u^ot8, Dinantois, Tongrois, Saintranois, Lozains, etc.
Cela a été remarqué, avec un grand tact, par un Historien Français : ^ Entre les Villes du I^ays Liégeois, les rapports de subordination ^ ne sont pas fortement marqués. Liège n'est pas la ville-mère ou ^ marâtre. Elle est pour les Bonnes Villes une sœur du même âge ou ^ plus jeune, qui, comme Église militante, comme armée toujours * prête, leur garantit la paix publique, g» [Michelet, Histoire de France, t. VI, p. 144 . ]
L'union des Bonnes Villes avait été un fait marquant. On était en un temps difficile. Il était nécessaire quil y eût concorde dans le Pays.
Ce retour aux vieilles traditions politiques, le Prince le tenait pour inopportun.
Heinsberg vivait de cœur et de pensée à la Cour de Bourgogne. Il était Thôte aimable du Duc ; il était le compagnon assidu do la Duchesse i.
En toutes choses, en toutes circonstances, crainte de conflits nouveaux, il faisait céder rintérêt Liégeois à l'intérêt Bourguignon.
En 1445, Evrard de La Marck, Seigneur d'Agimont et de Rochefort, adressa un défi au Duc de Bourgogne, qui l'avait outragé 2.
* Heinsberg faisait de longs séjours à la Cour Bourguignonne. 11 était le servant préféré dlsabelle de Portugal, femme du Duc de Bourgogne; Ton prétendait même qu'elle avait succombé à ses séductions dès avant la naissance du fameux Charles , Comte de Charolois. Ce qui est certain , c'est que , dans tout le Pays de Liège , la notoriété publique traitait Charles de Basiard de Heinsberg, à! Enfant de Frestre, etc. Dans leur haine ardente contre les Bourguignons , les Bourgeois répétaient à Tenvi , gf que le Duc Charles estoit basiard de < leurs Evesque Hinsbergh , et lapeloient Charloteaulx le Bastard, ^ — Famabant voceprocaci Ulum esse spurium, et m stufa de Domina Bucissa ac Episcopo Leodiens^i generatum, [Chraniqites de Liège, Voir aussi Foullon, Historia Leodiensis, t, U, p. 84, etc.]
^ ^ Ijequeis £nvrart prétendait eistre annemis à Dux du Burgongne ^ et de Brabant. ^ [ Johannes , ibid, , p. 553. ]
La haine d'Evrard contre la Maison de Bourgogne était légitime. 11 était petit-hls de décapité , Domini Johannis Boniini de Rochefort et d'Agymont. avi siûy qui decollatus fuit super campum de GrtLzpost
Le Duc s'emporta et menaça ^
Heiiisberg fut comme décontenancé. 11 convoqua les Etats, 11 les amena à décider qu'il fallait combattre et réduire le provocateur, son Vassal. (Jeudi 24 juin K)
Sans délai, il réunit les milices, et courut bloquer les Châteaux de Eochefort et d'Agimont. Il contraignit Evrard à se soumettre, et à faire amende honorable, à genoux, en vue do larmée. (Mercredi 25 août 3.)
hdlum de Othey. anno 1408. [Adriaui Diarium Leodiense, dans YAmplissima Collection t IV, p. 215.]
Evrard était uu puissaut Vassal. ^ Les Fortreches de Eochefort ^ et à'Affifmont , lesquelles lydit Evrart tenoit en Fiies de Monsan- ^ gneur et del Euglieze de Liège, et sont de Paiis de Liège. ^ [Johannes, ihid,j p. Ô64. J
' ^ Soar quoy, Monsangueur de Borgongue avoit somout ii Mon-
# sangneur de Liège et son Paiis de y mettre remeide , ou aultrement n ilh ly fairat avoir aultre conselhe. s? [Johannes, ibid,^ p. 564]
* ^ Monsangneur de Liège et ses Estats de Paiis sour chu furent a ensemble.... Et après la demostranche faite, conclut ly Capitle de ^ Liège,... et oissi les Nobles parellement, et quilh estoient près, et ^ OBsi soy poroffroient de toute leur puissauche et possibiliteit, à ^ assisteir ledit Monsaingneur à avoir lesdites FoHreches, etc. ^ [Johannes, ibid,, p. 557.] — L'État Tiers était assez d'avis de soutenir Evrard.
' ^ Dameseal' Evrart de La Marche sengennulhat pardevant Mon- ^ sangneui* de Liège, son parien, qui la voit leveit de saint fon8,eu ^ la presenche des Estas du Paiis qui estoient pardevant Agymont , ss et en la présence de plusenrs gens de Burgongne , priant et suppliant
* audit Monsangrneur de Liège très humblement merchis et pardon , ^ cognissant quilh avoit très mal fait et avoit eult mail conseilhe. Et f reportât sus ladite Fortreche d' Agymont en main de mondit Sainsf gnenr de Liège et des Estas de son Paiis , et là mondit Sangneur le ^ pristà merchis.... is [Johannes, ibid., p. 567.]
De retour à Liège, Heinsberg, en homme habile, s'empressa de
On n'avait pas fini avec le Duc de Bourgogne.
Il se remit vivement en discussion avec Heinsberg, à propos de la juridiction ecclésiastique que celui-ci exerçait, en qualité d*Évêque-Diocésain , dans les terres Bourguignonnes ^
Bientôt après, sous le prétexte de régler des relations de voisinage, il chercha à s'immiscer dans les affaires du Pays 2.
remercier les Bourgeois de la Cité de l'avoir assisté avec un si louable dévouement. C^était pour leur laisser toute la responsabilité de Taventure.
^ .... Et lendemain, qui fut le premier jour de septembre, à la * requeste de Monsangneur de Liège , le palais fut ensemble. Et là ^ Monsangneur de Liège regraciat tous les Bons Mestiers de chu quilh ^ ly avoient tenut si bonne et si loialle compagnie , et quilhs sestoient ^ si bien acquiteis devant lesdites Fortreches; si sabandonnoit de ^ corps, davoir et damis de recompenseir le bienfait que la Citeit ^ ly avoit fait, se ladite Citeit en avoit mestier, etc. Et là soy fi remerchat-ilh ossi grandement de Maistre Henry Sordeilh, et de ^ Mesir Alixandre , et ossi des dois qui à présent estoient Maistres de ^ Liège, Gieîe de Mes et de Johans de Straille, etc., et ossi de tous r les Gentilshommes de Paiis et de toutes les Bonnes Vilhes. ^ [Id., ibid., p. 568.]
* En 1453, le Duc de Bourgogne fit défense aux Brabançons de répondre aux assignations du Prince , quand il les évoquait à Liège devant le Tribunal de Paix. [Voir Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. n, p. 40, etc.]
* Les Etats avaient sans cesse à s^occuper des notes que leur adressait le Duc, ^ de peticions que ledit Dux demandoit et pretendoit g: davoir à ladite Citeit et Paiis de Liège. ^ — Ainsi , en 1444 : ^ De ^ Julie le xxi^ jour, fut ly Paiis ensemble por ordineir la response à ^ Duc de Borgongne sor les poins sor lesqueiles y demandoit à avoir ss response. Et furent sor che deputeis aucuns de part les Estas de ^ Paiis I por ordineir ladite response. ^ — a Item. Le premier jour if davrilh (1445), fut ly Paiis mandeis, al cause des demandies du gf Dux de Burgongne ; mains ilh y ot pau de choise eonclut et remos* if ireit.. 0 [ Johanaes, ibid., p. 637» 548» 560^ ete.]
Un jour, enfin, il eut l'idée de donner aux Liégeois, pour Prince-Evêque , un membre de sa famille, Louis de Bourbon, son neveu. Il manifesta son désir à Heinsberg.
Le Prince feignit d'acquiescer à la volonté du Duc. Il promit de résigner au plus tôt i.
Le Duc ne patienta guère.
En novembre 1455, il attira Heinsberg à La Haye. Il lui reprocha de n'avoir pas tenu parole; puis il le renferma dans un cabinet, où un prêtre, suivi du bourreau tenant une épée nue , vint lui dire : j? Révérendi^sime Evêque , si ^ vous ne résignez à F instant, préparez-vous à la ^ mort. ^ Le pusillanime prélat s engagea, par écrit et par serment, à abdiquer en faveur de Bourbon 2.
Lorsque Heinsberg se retrouva sur le sol natal, il était résolu à divulguer les embûches du Duc
* Heinsberg n*aTait rien promis du tout, paraît-il, quoique le bruit en courût à Liège. Nescio an fuerit sic; haec et multa alia dicébantur Leodii ante renuntiationem factam, etpost. [ Adrianus, ibid,, p. 225.]
n connaissait trop bien les Lois et les Coutumes de son Pays, pour disposer ainsi de la Principauté & Tinsu des États, et même sans Fassentiment du Chapitre Cathédral.
' Les annalistes contemporains ne parlent qu'avec retenue du piège que le cauteleux Duc de Bourgogne tendit à Heinsberg. Une Chronique de Liège de 1550 résume ainsi le fait : ^ Aulcuns Coronicquee ^ disent que nostre Ëvesques fot mandé par le Duck Phelipe à La Haye fi en Hollande, et là fut constraint advant partir de promectre et jurer ^ de resigner l'Eveschie de Liège au proffist de Lowis de Borbon, pour fi cause que ledit Ëvesques navoit tenu sa promesse. ^
Les Chroniqueurs Bourguignons ont soin de ne dire mot de la comédie que joua leur Duc^ pour arriver à ses fins.
de Bourgogne i. Il y renonça, en se souvenant du serment religieux qu'il venait de prêter, et en mettant en oubli les serments politiques qu'il avait faits lors de sa Joyeuse-Entrée 2.
Il osa rentrer dans Liège. II avoua humblement son abdication ^.
Des Députés des Bonnes Villes et nombre de Gentilshommes allèrent le visiter, s offrant à lui donner toutes assistances, s il révoquait sa résignation. Ces généreuses protestations ne purent lui rendre un peu de courage. Il se contenta de répondre aux uns et aux autres: î? Ne vous trou-
* ^ ....'De là vint à Dieste, et là commença à penser à ce qiiil avoit if faict, dont se mit à plourer fort amèrement. «« [Chroniques de Liège. ] — Altéra die, récessif ah oppido. etvenit in Diest, et nonpotuit se continere a gemitu et lacrymis. Rien ne pouvait le consoler. Unde posfea multum doluit, et suepissimc fient. [ Adrianus, ibid., j). 227].
* Heinsberg ne scella pas son acte de résignation et ne fit pas ses serments à La Haye, mais à Bréda, dans V Auberge du Cygne, où il était descendu. Il eut ainsi Tair d'agir en pleine liberté. Dominas Leodiensis venit in oppido de Breda, et intravit Hospitiuw de Cygno; et in crastino, hoc est in die Ceciliae (samedi 22 novembre) constituit procnratores irrevocdbiles ad renuntiandum Episcopatui Leodiensi in tnanu Stnnmi Pontificis, et cum hoc juracit, quod mimquum contravenir et, sub obligatione ofunium bonorum suorum, et patrimonii sui. [Adrianus, ibid.y p. 227.]
' A Liège, la population s'indigna à la nouvelle de la résignation. Jieverstis Leodium, coepit fama dirulgari, quod renuntiassct Episcopatui. Et subito in Leodio tantus fuit clanior et luctus, quod vix credi 2^ossit. [Adrianus, ibid., p. 227.]
a La Cité sachant quil avoit resigné son E vesché , fut fort désolée ; ^ et menèrent grant dhuil les Bourgois. n [ Chroniques de Liège. ]
^ Cette nouvelle causa une consternation générale, un chacun se ss faisant une image affreuse des maux dont la Republique étoit s? menacée, s? [Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. 11, p. 44.]
^ hlez point. Les choses iront mieux que vous fie ^ pensez i. j?
La population apprit avec stupeur ces nouvelles. Elle comprit que Heinsberg avait livré la Patrie à son plus terrible ennemi 2,
Partout on s'entre-cria avec confusion : ::; Nous ^ allons être ruinés et malmenés. Est-ce que nous ^ deviendrons Bourguignons ^? ^
' Veneruntque Magistri et Ndbiles ad eum , dicentes quod diceret eis veritatem, ipsi omnes vellent vivere et mort cum eo. Ipse soîum respandit : NolUeturbari,negotia hene ventent. [Adrianus, ibid., p. 227.]
' Et coeperunt Dominmn Heinsberch detestari, et imponere sibi quod exspotiasset Patriam, 11 Tavait vendue, cette Patrie, puisqu'il Betait réservé une forte pension viagère à la charge de son successeur. Et ad aliud nïhil studuisset^ nisi extrahere pecwniam. \Id., ibid., p. 228.]
' Istaautemfamaper CwUatemscminatay foetus estplanctus magnus Virorum et Mulierum, dicentium: Nos omnes erimus destructi et ad volu^nt(Uefn,.. Et efflciemur omnes Burgundianes. [Id.,ibid., p. 227.]