II
Le Pays. — I^es Trois États s'assemblent pour élire un Mambour. — Louis de Bourbon est inauguré Prince-Évêque. — Il n'a nulle estime pour sa nouvelle Patrie. — Record des Echevins sur les droits qu'il revendique. — Record des Echevins sur les Franchises et les Libertés de la Cité. — Violences de Louis de Bourbon. — Il établit sa résidence à Huy. — Il suspend le cours de la Justice. — H frappe d'interdit le Pays. — Vaines négociations en faveur de la paix. — Le Pays proclame la déchéance de Louis de Bourbon.
Le Pays traversait alors des jours de souffrances. Il y avait disette. Les récoltes, dans les cinq dernières années, avaient été mauvaises. On se nourrissait comme on pouvait. Le pain était chose rare; çà et là, il était fait mi-farine mi-sciure de bois. La misère fut cause d'une cruelle épidémie i.
* sf En cest an (1455) fut grand fault de grens en la Citeit, telement ^ quaulcun Bolengir meloient avec la farines des soeurs , qui fut cause if quil y eut cest an et lan suivant grant mortallites. ^ [ Chroniques de Liège,} — Quamohrem pistores plerique intermiscentes fur fur es pêne universis panibus suis, multos fecerunt pauperes aegrotare* Multique anno eodem et sequenti, mortui sunt Leodii ex infedione pestilenti. [Zantfiietii Chronicon Leodiense, dans VAmplissima ColkctiOf t. V, p. 489.]
Quand la famine sévissait, les souffrances du Populaire étaient
Cette famine commençftit la longue suite de malheurs que devait amener lodieuse politique ; de Heinsberg.
Le lundi 10 mai 1456, le Chapitre Cathédral reçut du Pape le bref qui approuvait, en faveur de Lou%9 de Bourbon, la résignation par Heinsberg de TEvéché de Liège ^.
Les £tats se réunirent le jeudi 13 mai. Les circonstances exigeaient que Ion créât une Mambournie. La proposition en fut faite par les Dépiités de Huy et de Dinant 2. l\ leur fut répondu par la lecture dune lettre, où le Duc de Bourgogne demandait de ne pas nommer de Mambour: son neveu arrivait, pour prendre possession de la Principauté 3,
extrêmes. Ou eu » uue idée par ce fait. Eu 1438, à uue distribution de paius qui se fit au Couveut des Mineurs , la presse fut si graude , que dix-huit personnes furent étouffées et foulées aux pieds, n En ^ dit mois de décembre, le xv*' jour, avient à Liège grande piteit; car a après dyneir , on donnoit aux Frères Meneurs une donnée de pain ^ aux povres gens, d^ part une Borgois qui estoit mort novellement, ^ nommée damme Agnes de Kumexhe : si oit teile presse de povres , ^ veyut la famyne, que îlb en furent tous frois mors espateis, que a Hommes que Femmes que Enfans, xviii personnes povres gens, sens ^ les quassies ou affoleis. «« [ Johannes, Chronique de Liège , p. 400. ]
* VenerwU Prûcuratores novi Ehcti, et praesentaverunt Bominis de Gapitulo bullam. [ Adriani Diarium Leodiense, dans VAmpUssima CoUedio, tn,^. 229.]
* Jllo die, Patria fuorat demandaia. Et Uli de Hoyo et JDyonanto muUum instigabant Populum, ut fier et unus Manburnus. [ Adrianus, i6td.,p. 229.]
' Le vrai motif pour lequel le Duc, selon les Envoyé^, conseillait de ne pas créer une Mambournie, c'était parce que, étant tout p^poche, il pouvait dtfeoAr^ l» P#y«. Ht petiertwt, ex nominç dçmim Ifuds
72 CHAPITKE V
Le Chapitre Cathédral eut égard à la recommandation du Duc de Bourgogne. Pour gagner du temps, il soutint, renouvelant une de ses vieilles [^rétentions, que, faisant Télection de TÉvêque, il devait également faire le choix du Mambour ^
On discuta longuement ce point de droit public.
Les Echevins de Liège furent consultés. Ils apportèrent à T Assemblée un antique Pâwelhâr. 11 y était écrit: î^ L'élection de TEvèque appar- :^ tient au Chapitre seul; le choix du Mambour :^ doit ôtre fait par les Trois Etats ^. ^
qmd nan fieret Manbarnus. quia dominus J)ux prope esset, et non csset necesse. [Adrianus, iftf'rf., p. 229.]
On résolut de nommer un Mambour , pour faire comprendre au Duc (|ue Ton ne souifrîrait point son ingérence dans le Gouvernement. Ut Ihix intélligerety nihiloplus authoritatis illi futurum Leodii Episcopo nrpote, quam fuisset ad illum diem, [Fisen, Historia Ecclesiae Lcodiefisis, t. U, p. 229.]
* Magistri et Consules (Jurati) fuerunt in Capitula^ ut simtd cum mis eligerent Manhurnum. Capitulum respondit, quod Magistri nec alii habebant interesse , sed perfineret ad Dominos de Capitulo , nec rolehamt Bomini de Capitulo recognoscere NobileSj nec alios aliquid jus hahere ad faciendum Mahburnutn. [Adrianus, ibid., p. 229.]
Ce jour-là , de bon matin , une foule énorme encombra les rues de Liège; elle apprit, avec déplaisir, que Télection du Mambour était postposée. De man^, tantus fuit tumultus et concursus Populi in ClvUate Leodiensi ad faciendum Manhurnumy quod Magistri terriii horaprandii convocaveruntpalatium^et vixpoterant sedare Populum. \Id.,ibid,y^. 229,]
* Magistri quaesiverunt consilium a Scabinis, Scabini venerunt in capitulo, apportantes secum unum librum, rubeo corio coopertum, ubi nie inveniebatur scriptum : Eligere Episcopum pertinet ad solum Capitulum, sed facere Mamburnum pertinet ad Très Status Patriae. |/f/.,»w?.,p. 229.]
Quel était ce livre , relié en cuir rouge ? Ce ne pouvait être qu*un
Le débat se continuait, quand, le 26 juin, Louis de Bourbon fit signifier ses bulles de nomination au Chapitre Cathédral, et annoncer aux Etats sa venue prochaine i.
Le mardi 13 juillet, vers trois heures de Tapres-midi , TElu entra à Liège , par le Fauboiu-g St-Léonard 2.
Il parut à cheval entre les deux Maîtres, ceux-ci à cheval aussi et habillés, l'un, d une robe de soie mi-partie jaune et rouge. Vautre, d'une robe mi-partie verte et blanôhe 3.
Pâwelhdr, où se trouve un extrait d'un vieux document rubrique ainsi : ^ Sede EpiscqpaU vacante ^ quid faciendum. — Cornent les Troir ss Membres, à savoir le Chapitley les Barons, Chevaliers et Escuicrs, ^ la Cité et toutes les Franches Villes, eslisent Mambonrs en la Citeit if de Liège. ^ [Voir ci-devant, 1. 1, p. 265.] — Hemricourt a reproduit ce fragment dans son Patron délie Temporaliteit des Evesqaes de Liège,
Aucune Faix du XIV» siècle, croyons-nous, ne contient des dispositions ou règles relatives à la Mambowrnie.
* On fixa au 13 juillet le jour de la Joyeuse-Entréc , et on régla la cérémonie. Et constituta est dies in qua Dominus Electus reciperetur, scUicet feriu tertia in qua euenit festum sanctae Margaretae, etc. [ Âdrianus , Und, , p. 229. ]
I^ Duc de Bourgogne envoya des tapisseries historiées pour orner le Palais et la Cathédrale. Fueruntque portati panni , ad ornandum parietes Palatii, de domo domvni Ducis, et in Ecclesia Leodiensi pendébat pannus cantinens historiam Apocalypsis, [ Id. , ihid. ]
* U était parti de Maestricht. Eodem anno 1166, mensis julii die 13, quae est festum Margaretae, praefatus Ludovicus de Borbou f?enU de Trajecto ad Civitatem suatn Leodiensem, ut reciperetur in Episcopum et DonUnum Civitatis et Patriae, [Zantfliet, ^id., p. 489. ]
^ Les Maîtres portaient à leur chapeau un plumet de plumes d'autruche à leurs couleurs. — Et intravU idem Dominus Electus equitando inier Dominos Magistros Civium Leodiensium, videlicet Johannem de Boveria dictum\^ Ruter a de.xtero, et Aweli^im de Yelroux, Militares,
74 CfîAPITËE V
L'Elu, montant un cheval housse de satin blanc, était richement vêtu ! justaucorps de velours incarnat, chausses collantes, souliers à là poulaine, chapeau pointu avec aigrette. Malgré son air souriant et assuré^ il déplut à tout le monde ^
Selon la coutume, il jura de maintenir les franchises de la Cité et les libertés du Pays 2.
Après quelques jours de fête, il alla faire sa joyeuse-entrée à Huy, à Dinant, à Maestricht, à Tongi^es, à Looz, à Hasselt, Il prêta serment à toutes les Bonnes Villes de ne jamais attenter à leurs privilèges ^.
a sinistro lateribus; eratqiêe indutUs idem Johannes hupplanda brevi de serico flaveo a dextero et rubeo a siniséro lateribus, Amelius vero rhidi a dextro latere et alba a laevo, et omnes ipsorum FamUiareis panno simiUum colorumy et gestabant didi Magistri Civium pennctë strutionis similimn colorutn super pileis.».. [Introitus reverendi pairis Domini Ludovici de BorboniOy dans lés Analecta Leodiensia, p. 418.] D'après la mode du temps, on le voit, les serviteurs des Maîtres avaient la livrée, des cottes de drap mi -parties aux couleurs des Maîtres, les unes jaune ou vert à droite, les autres rouge ou blanc à gauche. Ces couleurs étaient celles de la Cité et du Franchimont.
' Et intravit Bommus CivUatem Leodiensem sedens super equum , indutus veste ruhea, habens unum pcvrvum pileum super caput; quod muUis displicuit.,.. Sed ingratanter Leodienses acceperu/wt. [ Adrianus , ibid, , p. 230. ]
* Lorsqu'il eut fait ses serments^ il sonna, selon Tusage, la Cloche bannale^ pour annoncer à tous qu'il avait pris possession de la Principauté. Fost haec, ductus est advMJus aUare, ubi postquam.fecisset Juramehta consueta^ moùù ductus est ad Campanam Banni, quam coepU fortUer trafiere, tamquam pulsaturus. [Zantfiiet, ibid,, p. 489.]
' Feria sexta i^it aê S^^in in nam.., ; et dehinc ad Dionanium,.., et deinde ad Tntjeetum, Tongris, Los, HasseU, etc. [Adrianus, ibid, ^ p. 230. ]
Agé de dix-huit ans, fils de famille seigneuriale, esprit borné et inculte, Bourbon n'avait que des passions mondaines et grossières ^.
Il était le simple intermédiaire de son oncle; et il le savait.
De prime-abord il se montra, tout à la fois, bas et audacieux.
Il n'aimait de sa nouvelle Patrie ni les lois, ni les institutions, ni les mœurs.
A rencontre des Paix, il plaça dans le Conseil Privé des Bourguignons, qui furent ses serviteurs zélés 2.
Il débuta par extorquer de Targent aux monastères 3. Il rançonna les lombards, et frappa des monnaies dor, d'argent et de cuivre auxquelles il donna une valeur exagérée ^, Il n'ou-
' Aetaiis pro tune circUer annorum XVIIL [Zantlliet, Und,, p. 489.] — Selon Philippe de Commines, Bourbon «*, estoit homme de ^ bonne chiere et de plaisir, peu congnoissant ce qui luy estoit bon ^ ou contraire, ss
* Ses officiers, gens sans scrupules , tous Bourguignons , ne songeaient qu*à s'enrichir. Ils prenaient de toutes mains. Et omnes qui secum vénérant f ditari volehant^ et quivispro seipso sollicitus erat [ Adrianus , ibid,, p. 231. ]
> Ce fut réellement par là qull commença la série de ses méfaits. Hoc primum. inUium operum ejua. [Id. , ihid.f p. 230. ]
' On se moqua de ses mandements , et ses monnaies ne circulèrent que pour leur valeur intrinsèque. Electus etiam, nescitur quo consilio usîés, co^t facere monetam cupream de Brulardis, fadens proclamari suos Brulardos ad VI denarios.,., Unde Communis Populus fecit derisUmem , et noluit recipere aliquos nisi ad IV denarios tantutn. SimUUer de denariis ejtfs argenteis et aureis factum est y non secundum prodamationem, sed secundum arbiMum aurifàbrorum. [Adrianus, ibid., p. 231.]
76 CHAPITEE Y
vrit pas sa bourse aux nécessiteux; il ne fit pas même les aumônes d'obligation ^.
Il aflfëcta de montrer qu'il n'avait que mépris pour les libertés nationales. Il imitait en cela ses sages Conseillers. C'était par abus, disaientils à l'envi, que ces prétendues libertés étaient garanties par les Paix. Ainsi, par exemple, le Peuple pouvait se régir à sa guise; il n'obéissait pas au Prince; le Prince obéissait au Peuple. Évidemment, c'était folie de respecter de telles Paix y anarchiques, incompatibles avec un bon gouvernement. En toutes choses, le Prince ne doit-il pas agir à son bon plaisir 2?
Cet imprudent projet de Bourbon de dominer à sa fantaisie , fit naître une vive agitation.
* Son père, le Duc de Bourbon, étant mort en 1456, il lui fit faire des obsèques solennelles à la Cathédrale; mais à rencontre de l'usage, il ne donna nul repas, et s'abstint même de distribution de vivres aux pauvres. In diébus illis obiit Dt*x Borboniaôy pater Electi, de quo fadae fuerunt solemnes exequias in Ecclesia Leodiensi V feria post epiphaniam; sed Eledus non fecit convivium, nec agapen pauperibus, [ Adrianus, ibid,, p. 231. ]
* C'était avec un mépris insultant , que les affidés du Prince parlaient des Louables Coutumes de la Cité.
Un Annaliste, qui n'est qu'un servile écho, s'exprime ainsi: Habebant Leodlenses Consuetudines multas, quus ipsi nominabant Privilégia, abusiones tamen rectius appellandas, quum saepe contra rationem, contra jura f contra legem Dei, contra aequUatem et justitiam militarent Hlatum occasùme, volébant ad nutum regere mundum, arctare erxlesiam, sese de religione interponere» Per has alicui recusabani suhjici , sed omnibus quaerebant etiam Domino dominari. [Chronicofi Leodiense, dans les Analecta Leodiensiay p. 139.]
On le voit : pour les Annalistes Bourguignons, la Liberté Liégeoise n'est qu'une vaine chose, un texte à déclamation.
Les Maîtres de Liège crurent urgent de faire de l'opposition. Us demandèrent aux Echevins un record touchant les prérogatives du Prince, les Franchises des Bonnes Villes, et les droits des Habitants.
Bourbon et le Chapitre Cathédral protestèrent. Ils alléguaient que le Sens du Pays avait, seul, autorité pour interpréter les Paix, les Coutumes, les Anciens Usages.
Les Echevins ne se laissèrent pas intimider. Ils connaissaient leur compétence. Il ne leur appartenait pas, sans doute, d'interpréter les lois, mais ils avaient la mission d'en attester rexistence ^
* Les Echevins établissent très bien qu'il leur appartient , non pas d*interprêter les Faix y mais d*en extraire les dispositions relatives à un point de Droit public. Voici les passages essentiels de leurs , considérants :
^ .... Lesdis Maistres protestèrent, que ladye Citeit ne soy vuet loyer ^ ne lachier à la Protestation faite , et que le Record quilz demandent ^ en nom de la dite Cité , il le demandent à avoir suyant Franchieses , ^ Liberteis , Anchiens UsaigeSy et selon le Faix de Fexhe,... Nous, a: meurement conseillies et preaviseis, avons dit et disons, par ces a présentes, que bien veyu et considereit touttes Chartes, Anchiennes ^ Lettres, Paix Faictes, Status, Régiment 'et aultres Ordonnances pour ^ Bonne PoUice et le Bien Publicques,... ordinees, faictes, statuees et ^ mieses en warde de Loy... : par icelles Paix Faictes, ne nous est < doneit quelcque auctorité , comission ou puissance de faire aucunes ^ interprétations, dedaratians, aouvreiwres ne gloses sur les dictes Paix ^ Faictes, Anchiens Usaiges, Coustumes, Manymens ou Possessions.... «r Prions très afiectueusement que ons nous vuelhe tenir pour excuseis . tf. car nous nous en déportons corne de ce non puissans... ; attendu, par «r especial , que par le contenu délie Faix de Fexhe est declareit, par if mos expresse, que : Se la Loy ou Coustumes desdits Fays estoient trop sf larges, <wi trop estroicfes, trop flmbles ou trop roides, on doit y esfre.
78 CHAPITKE V
Sur cette déclaration, FÉlu requit, à son tour, un record relatif aux Privilèges que la Cité s arrogeait au détriment du Prince ^.
Les Maîtres se récrièrent contre ces réclamations insolites. Ils les dénoncèrent comme nulles, et contraires au texte de toutes les Paix^ notamment de la Paix de Fexhe ^.
^ en temps et en lieu, attempreit et modereit par le Sens du Pays. ^ Semblament, en plusseurs aultres Paix Faictes ,... se en icelles y avoit ^ aucuns poins ou artioles mal declareis^ mal aoTeirs ou de doble ^ ententement, dont question ou difierend suscitasse par mesen tendefi ment en temps future, ce demeurt aile ordonnance, interprétation a ou modération des Conditeurs et Ordineurs dicelles Paix Faictes , a et non pas en lauctoriteit ou puissance de nous, lesdits Echeyins. fi Nientmoins, nous, desirans obtempereir et obeyr aile requeste desdits fi Maistres et Conseil , etc. fi [ Dans le Pâwelhâr. ]
' C^est ce qui est longuement exposé dans le préambule du Record. fi A tous ceaux qui ces présentes veront et oront. Nous, ly Maire et fi les Ëschevins de Liège.... Nous aiet, puis nacgaires, esteit requis fi et demandeit Record et Advertissement de ce que nous sawiens et fi wardiens, et par Loy, touchant certains Poincts, oultredonnes par fi escript en noz mains en nom et de part nostredit tresredoubté fi Seigneur, concemans Franchieses, Previleiges, Liberteis de ladicte fi Cité, Paix Faictes, Status, Regimens, Anchiens Usaiges, et aultres fi Ordonnances dicelle Cité et Pays généralement, etc. fi [Dans le FâwelMr.l
* fi Cest assavoir, que Record, que polsissiens rendre aile requeste fi de nostre dit tresredoubté Seigneur, et aile prière dudit Chapitle , fi ne polsisse enâraindre ne embrisier les Paix Faictes , les Franchieses fi et Libertés dicelle Cité , les Anchiens Usaiges et Manimens dicelle fi Cité, le Faix de Fexhe , le Faix des Sauze, le Begiment^ne aultres fi Faix Faites, fi [ J&id.]
On comprit parfaitement la protestation des Maîtres. Un annaliste contemporain la résume avec exactitude. Bominus Leodiensis peiiit Recordium a Soabinis, Et Magistri adjoumati fecerunt protestatiih nem, quod praedictum Recordium non posset infringere FrancisiaSy LibertateSy AntiqwLS Oonsuetudines CivitaUs, et Facem de Fexhe y de XVI, et Novum Regimen, [Adrîanus, ibid,, p. 233.]
Les Éûhevins rédigèrent les deux records. Ils
les publièrent le même jour, le lundi 9 janvier 1458 1.
Ils repoussaient, comme dénuées de base légale, les revendications du Prince. Ils le disaient sans titre pour instituer les lombards ou banquiers; pour réglementer les Bons Métiers; pour permettre de brasser et de distiller; pour nommer les juges de la Cour Allodiale 2; pour ordonner de sonner le tocsin, et pour faire prendre les armes aux Bourgeois. C'étaient là des droits qui appartenaient, qui avaient toujours appartenu à la Cité et à ses Maîtres ^.
' Post mUUas dilaticnes , Scahini reddidertmt Reeordium^respondentés ad singula puncéa, per singulas cIchisuIcm alicujus Pacia. [Adrianufi, ibid., p. 233.]
Ces Records sont insérés dans le Pâtoelhâr, Voir aussi le Grand Record de la Cité de Liège, p. 92; le Recueil des Édits du Pays de Zr%e, t n,p. 36.
* Bourbon réclamait ces prérogatives uniquement pour faire de Vargentj en accordant des licences , des privilèges. Unde Episcopus solebat recipere annuatim magnam summam, [Adrianus, ibid,, p. 231. ]
' Les Échevins ne trouvèrent aucune disposition des Paix et des StcUîUs en faveur des prétentions de TÉlu. Voici comment étaient formulées la première et la dernière question :
^ Premier. Veult avoir Record, Se la Cité de Liège peult, par la ^ vertu de ses Franchieses, con^îïuer Lombars ne tlsurierz , â iceuZx ^ dormeir puissance ne congie depresteir, ne aussy se elle ai puissance ^ de oisteir teiles gens de possession, et autres remetre en possession , ^ et quUg lesdis Eschevins déclarent ^ par leur Recort, en quel lieu U «t est contenu; ou Hz dient quih nen scevent rihs, sila nenwardent ^ tins par Loy ne par Franchieses ?
^ Ad ce Premier Poinct, touchant de donneir Franchieses et de ^ eonttitneir Lotkbarts : nous ne trouvons en nulles des Paii Faiotes .
Le record délivre à la Cité proclamait les libertés chères à tous, et citait les vieux textes légaux qui les déterminaient. Il rappelait que nul ne peut être distrait de son juge naturel; qu'aucune arrestation ne peut se faire que par un jugement, et pour les délits prévus i; que le Prince ne peut frapper monnaie qu'à Liège, à Huy ou à Ilerstal , et seulement à Taloi , au type et à l'époque fixés par les Statuts monétaires 2; qu'il né peut introduire dans son Conseil Privé, ou nommer aux oflSices civils et militaires, que
a qui nous sout comandees à wardeir par Loy , rin» ne aucune choese :^ de ce faisant mention, ne nen sawons ne wardons rins.... ^
jf Item, Quant à diexowyteme et derain Point de part nostredit ^ tresredoubté Seigneur oultredonné , contenant ces semblans parloirs : ^ Item. Veult mondit Seigneur avoir Recort : Se les Mestiers en «s général, ou en particulier, puelent faire Status, Entrefaites om ^ Ordonnances en prejudiee des Franchieses del Cité, ne aussy delà ss Haulteur et Seigneurie de nwndit Seigneur, en servitude des Borgoisif CUains ou dautrez Pays y
f Ad cely derain Point : Disons que de ce nous raportons à nueffeme a Article del Paix des Sauze cideseur escripte , et nen trouvons autre a choese. «? [Ihid.'\
* Voici comment cette question est posée :
ss Item. Requiert la Cité avoir Record : Se ons puet , dedens tous gf les Pays de Liège et deLooz, attenir les deseurnomeis Bourgoix. ^ se premiers ne sont convenckus par jugement des Eschevins ou If d^ Hommes, au cas afferant?
if Ad cely Point, disons, etc. ^ [Ibid.]
'* Cette question est ainsi formulée :
s* su pleest à très révérend père cfi Dieu VEvesque de Liège, ou a Esleu, de faire forgier Monoies, comment on les doit forgier, ne à if queil pris ? Et se ceae qui consellent le Sigfieur de faire forgien* fi auUrement que Loy ensengne, et ceauz qui le forgent, forfont, queile fi paine ou miese Hz doient rechepvoir, et avoir, ou payer "i^ fi [Und, ]
des habitants capables, solvables et apparentés i; qu'il n'est que le Seigneur Justicier du Pays: que si, comme tel, il jouit d'un certain pouvoir, il ne l'exerce que conformément à la Paix de Fexhe ^ ; que, enfin, depuis la publication de cette Paix, aucune autre prérogative ne lui a été accordée
par les Etats 3.
* Ou pose aint)! cette question :
^ Item. Quant au diexnueffeme et deraiu Poiut oultredouueit de ^ part la Citeit, contenant ces semblaus parleirs : Item. Demande j» à avoir Record : Qtteilz Gens et queilles Personnes Monsieur de fi Liège doit mectre à Officiers dedens le Pays de Liège et de Louz, et sf jtrendre et av&ir de san Conseil, et tout ce quUs sont saicans et fi tcardans comment les Procureurs soy doyent useir, selon Loy, Paix fi Faictes et Fratichiescs ? ... a [/6idf.]
' ^ Item. Quant au diex»ept€nie Point oultredoueit de part la Citeit, fi contenant ces semblans parleirs : Item. Requiert davoir Record : fi Queil Seriment les Seigneurs délie vénérable Egliese de Liège sont fi tenus de faire faire à ung Ikesque de Liège, ou Esleu , à sa nacelle fi ifistitutian, oultre les Anchiens Serimens, selon les Paix Faictes, fi depuis le Paix de Fexhe?
fi Âd cely diexsepteme Point, disons : Que de ce nous raportous aile fi conclusion délie Paix de Fexhe, qui fait mention de Seriment que les fi Seigneurs de Chapitre doient faire faire à ung Ëvesque de Liège ; et fi se plus avant en fait ou doibt faire Seriment, de ce nous raportons fi ausdits Seigneurs délie vénérable Egliese de Liège, qui le doient ou fi puelent avoir en leur Livre az Chartes, fi [ Ihid. ]
' fi Item, Quant au diexowytteme Point oultredoneit de part laditte fi Citeit, contenant ces semblans parleirs : Item. Requiert davoir fi Recort : Se, depuix le Paix de Fexhe, ilz nont nyent cognissance que fi les Membres et Estas du Pays de Liège et de Looz agent fait quelfi concque a^uvreture que Monsieur de Liège ait autre Hauteur en Pays fi que la dicte Paix ne contient, et se ouvreturc en at estait faite, là ce fi giest par escript, et ce quil contient?
fi Ad cely diexowitteme Poins, disons que rins nen savons aultrement fi que ce que les Paix Faictes, ordinees depuis le Paix de Fexhe, eu fi puelent contenir, fi [/Wrf.]
On rappelait au Prince , par ce document , qu'il y avait un ordre public établi , que nul ne pouvait enfreindre.
Bourbon refusa de se soumettre,
A son avis, il était Seigneur Suzerain. A ce titre, il n'avait à subir ni condition ni contrôle i.
Ces extravagances lui aliénèrent jusqu'aux esprits les plus modérés 2. On ne s'accosta plus dans les rues qu'en se demandant: :^ Qu'a-t-on i^ fait à ce jouvenceau , depuis un an à peine ;? qu'il est ici , pour qu'il ait en telle haine la ^ Cité et le Pays 3? ^
Dans une taverne près de Waremme, deux jeunes gens ivres parlèrent en termes irrévérents des méfaits du Prince. Il les fit arrêter; et par son ordre, sans procès ni jugement, le bourreau, sur le Marché de la Cité, hacha les bras et jambes à l'un avant de lui couper la tête, et décapita l'autre 4.
' Bourbon affecta de se faire appeler Très Redouté Seigneur. Dans les Pays voisins , c'était le titre que le Vassal donnait à son Seigneur.
^ Et sic mansU negotium sicut prius fuerat. Et cofUra Dominum Leodiensem quotidie invatescébant, [ Adrianus , ihid. , p. 233. ]
* Cum igituT Populares inceperent murmurare contra Bominum Eledum, dicentes alterutrum : Quid fecimus iia cita isti Juveni, qui $am vix annum transiit, et sk est indignatus Civitati suae et Patriae? [Adrianus, ibid», p. 234.]
* C'était dans le but d'inspirer de la terreur. Et quod factum fuit ad incutiendum timorem. Ce n'est que sur des on dit — fertur — que ces atrocités judiciaires furent commises. Contigit duos juvenes sedere in tabernaprope Warennam , quorum unus duxerut sororem àtterius, quasi ebrios. Quotum unus^ fertur, dixisde v^rha cotUm ])ominum....
Cet acte indigna la population. Chacun allaitil donc être arrêté, détenu et mis à mort scms jugement ^?
On appréhendait tout ^.
A Liège, pour ne pas froisser et surexciter TElu , on lui avait complu en maintes choses. Il en devint plus altier, et ses courtisans furent plus insolents ^.
La résistance commença.
Les Maîtres convoquèrent une assemblée des Bons Métiers. Ds y firent admettre que tout Bourgeois tenant un emploi du Prince, serait inhabile aux offices populaires. Conformément à ce statut, à la Saint- Jacques (1458), les Maîtres et les Jurés firent serment de n'accepter aucune fonction seigneuriale ^.
Comprehensi swd igUu/r amdo... : et primus ligatus super mensam , primo cuUro carnificis percussu» fytU inpedore usgue ad cor, deinde adhfiic viventi hrachia et crura sibi abscissa, postea caput amputatum, [ Adrianns, ihid. , p. 234. ]
' Leodienses in omnibus diaetis pacis et cùnœrdiœ , semper hune easumoXlegoibanty asserentes sine Judicio eos interfectos , etc. [Id., i6fU,p. 234.]
* Une telle Justice arait de quoi effrayer. De qua JuStUia muUi faere contristatL [ Id, , ihid. , p. 234. ]
' Les membres influents du Chapitre Gathédral supplièrent les Maîtres d'avoir de la déférence pour le Prince, de s'humilier même quelque peu, s'il le fallait, afin de ne mettre aucun empêchement à la réconciliation.... Tune Domini de Capitulo rogaverunt Magistros, quod veUent Doniinum suum recognoscere , et se modicum humiîiare ergatium^ etc. [Jd., tbid^, p. 234.]
' On pensait, non sans raison, que ceux-là qui acceptaient un OfiSce du Prince n'avaient pas à cœur les intérêts de la Gité. Quiaper talia
84 CHAFITKE V
L'Elu transféra sa résidence a Huy. 11 appela près de lui le Grand -Mayeur, et suspendit ainsi à Liège la haute police princière ^.
A quelques jours de là, les Maîtres allèrent prier TElu de revenir dans sa capitale, et dy rétablir le cours de la justice 2. Us s'adressèrent même, à cet effet, au Duc de Bourgogne. Celuici écrivit a son neveu de convoquer les Etats, et dé leur laisser le soin de ramener la concorde ^.
Le Prince rejeta avec dédain toute proposition d'arrangement. 11 exigeait, à l'exemple des Princes voisins, un pouvoii- sans limites. Il courut de nouveau se réfugier à Huy '^.
La Cité était sans Seigneur. Elle n'en souffrait guère. Jamais elle ne jouit d'autant de sécurité.
Officia vidcbatur fue alienarc a favorc Civium , et applauderc Domino in 8uam l<icsioncm et praejudicium Comnmnitati^. fZantfliet, ibid.. p. 496. 1
Statuttiniquc est super Consilium, et conftrmatum super Falatitim. quod Magistri et Consules eligendi,jurarcnt quod non cssent futuri de Consdio Domini Electi, etc. [Adriuims, ibid,, p. 235.]
* Electus stuhat in Uoyo,.,. Et revocavit officium Villici, et non hahuit Lex cursum suum in Leodio. [Id, , ibid,, p. 235. ]
* Magistri iverunt ad Uoyum , requirentes Electum quod veniret in Civitatem suam, et facerei exequi Legem Patriae. [Id., ibid., p. 235.]
' L'Elu avait refusé audience , et Fon avait été forcé de recourir au Duc de Bourgogne. Electus recusavit ventre. Scripserunt domino Duci..,. Et dominus Ditx scripsit Electo,quod iret adLeodium^et cnm Tribus Statibus Patriae tractarent de concordia inter ipsum et Civitatem sitam , etc. [ Id. , ibid. , p. 236. ]
* Electus iterum îiit ad Ilogum, et ibi denuindavit Patriam..., Electus proponl fuciebat multas qucrclas contrn Leodicnscs, etc. [Id., ibid., p. 236. J
que depuis qu elle était régie par «es Maîtres seuls 1,
Cependant, elle désirait le repos. Elle envoya une députation à Bourbon, le suppliant d'avoir un peu souci de lopinion publique. Ce fut encore en vain. En le quittant, un ancien Maître, Gilles Démet, lui donna un avertissement sévère. ^ Seigneur Elu, dit-il, nous avons toléré jusqu'à ^ présent maintes violences de votre part. Il ^ est temps qu'elles aient une fin. En nous ;? retirant le Grand-Mayeur et les Echevins, vous 1^ avez cru que l'on se trouverait dans la Cité ^ comme dans un bois sinistre, qu'elle allait de- ^ venir un coupe-gorge. Vous vous êtes trompé. ^ Nous avons l' Ad voué de la Cité, qui, vous ;^ absent, a le pouvoir de créer des juges, d'as- ^ surer la tranquillité, et de punir les crimes 2. ^
Bourbon, instigué par son oncle ^^ n'était
* Durant labseuce de TElu, les Maîtres firent régner à Liège un ordre parfait et une sécurité complète. Adhuc Lex non fiehat in Leodio, quia Dominais Leodiensis abstulerat Villico virgam, ad damnum suum magnum et Fqpuli scandalum. . Magistri et Consules regebant CivUatem, et excepta lege placitof'um et homiddarum, omnia hene dispanebantur , iia bene tel melius quam si Bominus fuisset praesens. [ Adrianus , ibid, , p. 237. ]
* Quod cum impetrare nequivisset, inter cetera dixit : Domine Electe, nos multa sttstinuimus patienter , et adhuc patientiam liabébimus, sed ad tempus. Vos aufertis nohis Legem; sed nonputetis quod permittemus de CivUate nostra fieri unam villam campestrem, sine Lege, et quod mcdefactores non punia/ntur , etc. [Je?., ibid,, p. 238.]
' Le Duc de Bourgogne envoya quelques uns de ses Conseillers à Liège, sous le prétexte de traiter de la paix. Circa festum sancti Dionffsiif venerunt ex parte Domini Ducis..,; et tractaverunt de con- IL 6
pas homme à endurer les entraves de la loi, ni la supériorité des Trois Etats. Il ne daigna pas voir que le Pays était à bout de patience et de soumission ^
Il ne songeait qu'à être obéi* Son entourage lui conseilla, pour terrifier les habitants, de les excommunier. Il goûta ce moyen. Il jeta llnterdit, faisant défense aux ecclésiastiques de célébrer la messe et les vêpres, de baptiser, de marier, d'inhumer. (29 octobre 1461 ^. )
On redoutait toujours un discord , et Ion
cardia et pace inter Dominum Leodiensem et CivUateinper XV dies. Une députation se rendit alors auprès du Duc; mais il ne voulut pas la recevoir. Qui non habuit accessum ad Dmninum Ducem , 8ed ad ConsUium, [ Adrianus , ibid. , p. 238. ]
' Bourbon savait bien , pourtant , que les Bourgeois tenaient moins à la vie qu'à leurs Franchises. Videns autem Daminus Leodiensis Cives in suo praposito firmissimc perdùrare, et pro sui^ Libertatibiés defendendis velle usque ad mortem perdùrare, etc. [Zantâiet» ibid.^ p. 499.]
11 avait essayé d'empêcher la réunion des Etats. En 1463 , le Chapitre, à la requête de la Cité, les ayant convoqués, Bourbon écrivit dés lettres aux Nobles et aux Bonnes Villes pour les prier de ne point se rendre à la convocation. Tous les Députés comparurent, et pas un ne chercha même à s'excuser. Quo percepto, Bominus Leodiensis misit liHeras suas ad omnes Nobiles et ad omnes Villas muratas, quod nemo iret ad Diaetam, Omnes tamen venerunt, et nullus audebat dimittere
aut se excusare, [ Adrianus , ibid. , p. 2d8. ]
* Consuluit Jurisœnsultos , qua via potissimum Subditos suos in ordineni redigeret. Qui responderunt unanimiier eam esse rationem co^nmodissifnam et efficacissimamy ut Ditionem universam Leodiensem eoclcsiastico interdicto, sul^iciret. [ Suffridi Clironicon Leodiense, dans les Oesta Pontificum Leodiensium, t. m, p. 137.]
Plusieurs monastères se refusèrent à observer llnterdit, et leurs religieux continuèrent à vac^uer publiquement à tous les services du culte.
recourut à des conférences pour se concilier. L'interdit fut levé, puis relancé; des conditions de paix furent proposées, et rejetées ^
On vit bien qu'il n y avait pas à traiter avec rÉlu 2.
Yers le milieu du mois de mars 1465, les Etats s'assemblèrent. Le vendredi 22 , à la suite d'une mure discussion, on déclara rebelle Louis de Bourbon, et on le cria déchu de la Principauté. En môme temps , on décida de créer une Mambournie ^.
Ainsi recommençait, avec une âpre énergie, la lutte de la légalité contre l'arbitraire.
* Nombre de geus influents faisaient des efforts pour amener un accommodement. Intérim boni Cives, loquentes ad aUerîdrum exhortabantur se mutuo ad faciendam Doniino gratiam , eterant bene inclinati ad habenduin pacem cum Domifw. [ Adrianus , ibid. y p. 2ô4. ]
' C'est r£lu qui, par ses provocations iïnprudentes, poussait à la révolte. Hic defecit prudentia. Nam si Dominus Leodiensis istud acceptasset, oninià ad fîneni bonum venissent, [/rf., ihid,j p. 254]
? Circa dominicam Laètarc , fuit Patria denmndata et omnes Xobiles, Et primo, Magistri proposuerunt muUa contra DoiHinum de Bourbon valde austère , et quod veïlcnt facere Manburnum, Capitulum respondit, quod non esset cxpediens, sed expectarentur 7iova de Curia Romanà, SimUiter dixcrunt et Nobiles. Statim tumultus ortus est y etc. [ Id. , ibid. , p. 267. ]
Situation du Pays. — Le Margrave 2Iarc de Bade est élu Mambour et Prince-Evêque. — Sa Joyeuse-Entrée dans la Cité et dans les Bonnes Villes. — Son serment inaugural. — Allégresse populaire. — On se prépare à la guerre. — Alliance offensive et défensive avec la France. — On défie le Duc de Bourgogne. — Hostilités. — Fuite de Marc de Bade. — Revers. — Désunion des Bonnes Villes. — Perfidie de Louis XI, Boi de France. — On essaie de négocier. — Traité de Saîntron.
A cette époque, on comptait dans TOccident do l'Europe une infinité d'Etats autonomes. Il y on avait peu, au dire de Philippe de Commines, de la grandeur et richesse du Pays de Liège ^.
Comparé aux Pays voisins, le nôtre, certainement, avait une notable étendue 2.
Quant à la richesse, elle n'était pas moins réelle. Les Villes étaient populeuses et manu-
* sf ... Au regard de la grandeur et richesse dudit Païs, -^ dit incidemment Commines, en ses Mémoires, livre V, ch. 16.
^ Les difficultés de communication allongeaient beaucoup les dislances» On comptait alors par journées, ce que aujourd'hui Ton compte ])ar lieues. C était un voyage que de se rendre à Liège de Saintrou , .de Ilasselt. de Huy, de Dinant, de Couvin.
facturières. La Capitale comptait quatre vingt mille habitants braves et industrieux i , et se distinguait par la splendeur des églises, Téclat dos fêtes religieuses, et le goût éclairé des arts ^.
* Quelques années avant le sac de 1468, on constata , lors de la levée d'une taille , que la Cité, avec ses rues étroites, ses logements restreints , 'contenait une population de plus de cent vingt mille habitants. C'est ce qu*affîrme un contemporain, le Cardinal Piccolomini : Ut censti habUo centum et viginti mUlium intra muros tantum continere inventa sU, [D&ns les Gesta Pontifieum Leodiensium y t. 111, p. 185.] Dans cette évaluation, on n^avajt pas compris , sans doute, les membres du Clergé et de la Noblesse , qui étaient exemptés de la taille.
Assurément, conune Ville Libre, comme Capitale politique et religieuse du Pays, comme centre manufacturier, commerçant et bien approvisionné en toutes choses , la Cité devait avoir une population considérable. Tout l'indique, notamment le fait suivant. En 1439, la peste apparut à Liège ; et, en peu de temps, elle y enleva au-delà de vingt miUe personnes des deux sexes. Anna 1439, pestis epidimiae.,., Inira Leodium namqiée et BannUeucam, plusquam viginti millia Iwminum iUriusque sexua hoc peste perierunt [Zantiiiet, CJironiran LeodiensCy dans YAmplissima Collectio, t. V, p. 445.]
Cependant , ceci est à considérer.
Chaque ménage occupait une maison ; et si chaque maison comptait , au moins, six personnes, on trouvait ainsi 20,000 maisons à Liège : œqu^il est difficile d'admettre, même en ajoutant à la Ville les Faubourgs.
Le chiffre de 120 ou 150,000 habitants était , sans doute , celui de la Cité entière, c'est-à-dire de la Cité avec la Franchise et la Banlieue, La population comprise intra muros tantum, aurait pu s élever ainsi, au plus, à 80,000 habitants. Certes, il y avait alors peu de Villes aussi peuplées dans toute TAllemagne.
' Ipsi Urbemque habebant valde insignem, Leodium nomine, Eccle" siarum aolemnium, Monasteriorum , Opum et Fopulorum magna copia ac numeroaitate refertath, cum pluribus Oppidis munitis , atque Villis ac Vicis, [Basin, Historia Ludovici XI, t II, c. 8, p. 131.]
Au dire de Commines, Liège était une Ville merveilleusement peuplée, et si riche en établissements religieux , que U sy di^t autant de ^nesses par jour comme il se faisait à Bomme. [Dans ses Mémoires, liv. 11, ch. 13.]
90 C5APITBE VI
En proclaipant l» déchéance de Louis de Bourbon, les Trois Etats savaient qu'ils se feisaient un ennemi du Duc de Bourgogne Ils n'en avaient fluHe peur. Ils s'étaient mis, d'ailleurs , en mesure de le braver. Ils s'étaient alliés avec un Seigneur féodal presque aussi fort que lui, le Eoi de France ^
La défense s'organisa 2.
• En 1460 , les Ktat» envoyèrent une Députation au Roi de France , qui prit formellement sous sa protection le Pays de Liège. Unde Rex susçepU Leodienses suh 9ua prckciione,,., L'Etat Noble et TËtat Tiers ratifièrent cette aUianpe, malgré les récriminations de TËtat Primaire. Et Nohiles et Bonne YiUae d^ Patria acceptaverunt quae per eoruw Legatos erant fada, sed non CapiMum. [Adriani Biarium Léo- (lieuse, dans VAmplissin^ Calledio, t. IV, p. 250.]
Si Ton avait sollicité Vappni du Roi , c'était uniquement , et comme toujoui's, à l'effet de sauvegarder les Libertés à\i Pays. Ainsi par ses Lettres du 17 avril 1460, le Roi promit s? da garder et defi'endre, ou ^ faire garder et deffendre de sa parte, les Maistres, Jurez, Conseil et s? Université desdites Cité , Franchise et Banlieu de Liège, ensemble if tous leurs Bourgois et ceux des Bonnes Villes des. dits Pays de Liège if et de Looz. de touttes injures, violences, molestations et oppressions sf indues, allencontre de tous ceux qui induement ou de faict leurs 5ï vouldroyent donner trouble ou empescbement en leurs PrivUeges, ? JAberiés, Franchisses, Begime^y Paix Faicte$, Anciens Usaiges, if et ce que Loy leur sauve et garde , ou leur peult sauver et garder , if et icelles demeurantes en leurs plaines forces et vertus, et sans servi- ^ tude quelconque. ^ [Dans le PawelMr, et dans les A^àlec^ I^coe/?>»sia, p. 483.J
Cette politique de nqs Etats se cop^prend. I^ans TOccident, la France était 1^ seule Puissance pu^taire qui p|it lutter ^vec les armées aguerries et nombreuses du Duc aie Bourgogne.
* n est impossible de faire ici le tahleau complet de cette révolution , bien curieuse et bien intéressante . Nous nous bornons à en esquisser les traits principau)^.
Les Annalistes étrangers parlent très inexactemisnt de la résistance Liérrpoise : ils oublient que le Pays de Liège était un Etat indépendant ^
Le dimanche 24 mars (1465), les Etats élurent tout à la fois Mambour et Évêque un Prince de la Famille Impériale, Marc de Bade. Lui seul, croyait-on, par sa noblesse et ses ressources, pouvait balancer Tascendant du Prétendant, Louis de Bourbon i.
Le lundi 22 avril, vers deux heures, Marc de Bade, équipé de pied en cape, monté sur un cheval armé, fit son entrée dans la Cité: à tous les carrefours se trouvaient des groupes de musiciens, et ça et là des fontaines de vin; les rues étaient remplies d'une foule compacte et enthousiaste 2. Le bout de son écharpe était tenu par
e^ que le Uuc de Bourgogne abusai^ de la force, en voulant lui imposer pour Prince son neveu, Louis de Bourbon.
En d'autres termes, ce qui est en jeu dans cette lutte, c'est la liberté nationale du Pays de I^iège. .
* Le frère aîné de Marc de Bade avait épousé la sœur de TEmpereur Frédéric, et ses deux autres frères étaient, l'un , Archevêque de Trêves, l'autre , Evêque de Metz. Propter hofwrem et- uiiUtatem Patriae, fuit per otnnes contorditer electus in Manburnum Marcus de Baden , fraies' Archiepiscqpi Trevirensis, et firater Episcqpi Meiensis, quorum frater Marchio de Baden haberet sarorem Imperatoris in uxorem^ [Adrianus, ibid. , p. 267. Voir aussi Schoepflin , Historia Zaringo-Badensis , t II, p. 235.]
Le Roi de France avait prié les Liégeois de décerper la Mambournie au Comte de Nevers. Feria lY, venerunt liUerae de Bege Frandae, quod pliiceret Leodiensibm elig&re Manhurnum Comitem Nivernensem. [ Adrianus , ibid. , p. 268. ]
Les Etats, on le voit, avaient préféré un Prince Allemand, ptcpUr honorem et utilitQtem Patriae,
< £^ stUlabat vinum in quatuor lacis , sciUcet in Fora, ante Palatiumj et rétro Palatiumy et ante Phalam; habuiique mimas et tibicines, — La Cité étant toujours sous le coup de Texcommunication, le Clergé
un criminel fugitif, auquel s'agrégeaient environ sept cents autres fugitifs, qui partageaient ainsi le droit de franchise attaché à la personne du Prince. Lorsqu'il descendit de cheval sur le Marché, ils se jetèrent à genoux, en implorant merci. Il la leur accorda à haute voix, aux acclamations de tous les spectateurs ^. Il se rendit ensuite à pied au Palais, où Ton banqueta. A la soirée, il se mit au balcon pour voir, à la clarté des torches , le défilé des Bourgeois armés , venant du Marché et se dirigeant vers la Sauvenière. Ce défilé dura trois heures 2.
Le serment de Marc de Bade résumait, en termes précis, toutes les attributions du pouvoir seigneurial. Il jura de se faire sacrer Kvéque dans Tannée de sa confirmation par le Pape; de
ne parut pas dans le cortège , et il n'y eut point de sonneries de cloches. Dominus Marcus recepitisque est cum magno tripjAdio, et soîemni gattdio Poputariumy eo modo quo Episcopus recipi solet; hoc excepto, quod campanae non fuerunt pulsatae, nec Clerxis fecit sîbi quicquam reverentiae. [Adrianus, tbid.y p. 269.]
* Intraveruntque cum eo DCC homiddae, qui in Fora cum descenderet de equo, prostravcf'unt se coram eo petendo veniam et gratiam; et induisit eis.
Quelques jours après, il fut statué que ces contumaces obtiendraient leur grâce, s*ils indemnisaient les parties lésées. Les bannis pour raison politique ou pour vols, furent exceptés de Tamnistie. Item^ fuit conclusum, quod homiddae, qui intrcissent cum Manburno y infra XV dies docerent se satisfecisse parti laesae, et quod non essent bannitij nec fures, nec latrones... [Je?., ibid., p. 270.]
* Illo serOy Leodienses fecerunt ostensiofiem annorum cum taedis et luminaribus, processioncUiter transeuntes ad Falatium coram Manhurno et Fratre ejus et aliis Dominis;,,, et duravit dicta processio quasi per très horas per Forum et Sabuktum, [ /rf. , ibid, , p. 270. ]
n'aliéner aucune partie du territoire; de ne point trafiquer des offices publics, et de ne les conférer qu'à des nationaux; de n'interrompre jamais le cours de la justice, lequel serait immédiatement rétabli par TAdvoué de la Cité; de ne point convoquer les États hors du Pays ; enfin, de respecter la Paix de Fexhe, les Franchises des Bonnes Tilles, et les Antiques Coutumes i.
Ces stipulations étaient de droit usage.
Le serment de fidélité au Mambour fut ensuite prêté par les Maîtres de la Cité et des Bonnes
Villes, par les Gentilshommes et les Feudataires, puis par les Echevins, les Commissaires, et, en général, par quiconque était investi d'un office. Les Feudataires et les autres fonctionnaires publics qui n'avaient pas comparu , furent tenus de faire le même serment dans les trois jours, sous peine d'être privés de leurs fiefs ou emplois, et bannis du Pays 2.
< La formule du serment est ainsi résumée par un Annaliste contemporain. Primo. Quod infra annum post impetratam confirmationem »uam, faceret se pranwveri in episœpum. — Secundo, Quod non alienaret hona Ecclesiae, — Tertio. Quod non impignoraret aîiqua officia, et quod daret illa Nativis de Patria. — Quurto. Quod servaret Pacem de Fexhe et alias Francisias Civium , et Antiquas Consu^tudînes, etc. [ Adrianus, ibid., p. 270.]
Marc de Bade s'intitula sur le protocole de ses lettres : Marc, par la grâce de Dieu, Administrateur Postulé de V Eglise de Liège, Gouverneur et Régent des Pays de Liège, Thichie de Buillon et Conté de Jjooz.
' .... Ei concordatum, quod quicumque infra très dies non faceret praedictum jtêramentum, quod haberetur tainqiiam inimicu^ Patriœ, etc. [ Adrianus, ibid. , p. 271. ]
94 chapitbï: VI
Dans le mois de mO'Y» le l^ambpur visita les ^qniies Yilles. Son cortège s'ouvrait par un escadrop d'arplieps ot d'écuyers p/vec leurs tioibalps et troinpettes ; Rase de Jleers , ancien IVfaître de I^ Cité, tenant le hâton i)lanc, et un Chevalier portant la bannière, chev^uclia'ient en avant de Marc, qiji était suivi d'une nombreuse escorte. Il reçut ainsi la foi et Thommage de Dinant, de Topgrps, de S^^intron, de Qasselt, de M^-eseyclL; de son côté, il jura de maintenir leftfs Libertés. Partout, il fut accueilli avec allégresse. Un accourait des villages |es plus éloignés, pour le voir et pour ^£^cclaI^er ^.
^ rétr^tiger, on applaudit à la révolution qui vepait do se faire 2.
' .... Et Dotninus Razo equitahat ante eu/ni cum albo haculo — JDiyonanien8e& solemniter Manburnum receperunt, ci<m illisde Tudmo ç( Cùvino qui il>^ cof^veneroint , ei fuit Un gau^ium nta^nutn— /w crastinosancti Servatii, ivUManburnus versus Tongri^cinn centumcirciier equiSy et fuit receptus cum magno tripudio et farore Popuiarium. SimilUer in Sanctetrudone, in Hassclt, in Egck. Et uhicumqtte venifbat, fieic^t ^^gw^^ soïetnnitas, et ex omnibus vm(^giis œcurrerunt (^4 ^Vlk videndum. [ Adriftnus , iHd, , p. 271. ]
* Des députés des quatre grandes Villes du Brabant (Louvain. Bruxelles, AnTe^s et Bois-le-Duc ) , affrontant la colère du Duc de Bourgogne , arrivèrent à Liège pour renouer les auciennee relations d amitié. Ils durent attendre pendant quatre jours pour avoir audience du Mambour , qui était en tournée dans le Comté de Looz.... X Vlmaii , haralV de vespere, intraverunt Leodium legaii prhicipàlium ViUarum Bràbantiae, mdélicet duo de Lovanio, duo de BruxeUla^ duo de Aniverpia, ei duo de Buscoducis, cum XXIX equis. Qui tribus didms expedavenmt Manburnum, qui erat in Comitatu Lossensi. Quo Xtverso , datck qudi^ntia , proposueruni quod setnper fuerant boni vicini et api^ici P(ririq^ Leodiensis, et adhw velJent, Sed pon relient se interponere, etc. [ /rf., ibid., p. 272. ]
Dès qpe le £oi de l'raQcei Louis ^, ea fut infonqé» il eut grj^nde joie, ^xi lutte avec le Duc de Bourgogne, il trouvait dans le Pays dQ I^iègQ un ipstfuiîipnt utilp à s^ politique d>ptagonisme et de division. Il envoya une ambassade
^ifx Tfpis États, pour leur proposer une ^.lliance
Q^ensive et défensive ^
Les conditions de cette s^Uiance étaient très acceptables.
Le Roi s'engageait k faire respecter les lois fqndsunentales du Pays , et à s'entremettre auprès du Pape pour obtenir la copfirro^l'tion.de Marc de Bade 2; eu cas de guerre entre le Dijc de Bourgogne et les Liégeois, il devait fournir aux Lfégepis dpuzp ce^its cayaUers, qu'il soudoyerait, et envahir, s^ns jiul retard, le territoire BourguigPQP ; il s'obligeait , enfin , à ne faire ni trêve
» A Tarrivée de PAmbassade, le jeudi 23 mai 1465, entre six et sept heures du soir, une foule dTiommes et de femnies> tmUti viri et mûliereSf totus Populus utriusque sexus, stationnait sur Avroi. [Adrianus, i2M'd. , p. â74.]
• ^ Item. Au moyen et par vertu de la dite Amitié , a esté traicté s? et accordé, que le Roy, Soverain Seigneur de nous Ambassadeurs V dessusdits , fera toute diligence à lui possible envers nostre très saint *? père le Pape et les Cardinaulx , que ledit Seigneur Régent et Gous» vemeur soit confermé ; et ne prestera icellui Roy obéissance à nostre ^ dit très saint père jusquez ad ce que de tout son povoir il se ser^ ^ employé de faire faire la dite confirmation
^ Et aveucque ce, tiendra et fera tenir le Roy, nous dudit de Liège, iP en tous nous Premlegez , Libériez , Franchises , Faix Faidke , sf R^pi^j Usqige^ ^< Cot4^ufnez AwMnnez, et ^p tout ce qu§ Loy «c 1^91^ f^anye ^i g^x^Q ^\f i^^xii pfiuver pt gM^d^r, sans m^l «ngip. p [Dans Léonard, Recueil des Traités de Paix, 1 1, p. fip.]
ni accommodement avec Tennemi commun , sans que ses bons amis les Liégeois n y fussent compris 1.
Tout cela fut duement écrit et signé. (Lundi 17 juin 1465 2.)
Le jeudi premier août, Marc de Bade, qui était allé en Allemagne chercher du secours, rentra dans la Cité avec quatre cents cavaliers 3, et avec plusieurs grosses bombardes sur leurs chariots. La confiance des Liégeois s en accrut; et quand Louis XI, qui était déjà aux prises avec le Duc de Bourgogne, les requit d exécuter leurs promesses, ils se déclarèrent prêts à commencer les hostilités.
En ce moment même, les Maîtres de Saintron accoururent annoncer qu'une avant-garde de trois mille gendarmes était arrivée à Tirlemont, et pénétrait dans le Pays. Partout on cria aux armes. Sans attendre aucun ordre, les Bons
* ^ Item, A esté conclud et appoincté, comme dessus, que nous, fi lesdits de Liège , ne nous pourrons ne devrons accorder aveuc lesdîts fi Monsieur de Bourgoigne, Conte de Charolois, ne de Bourbon, senon *» par le gré, vollenté et consentement du Roy; — et par ce, le Roy ne fi se devra accorder avec lesdits Ducs de Bourgoingne, Conte de Chafi roloiz, ne de Bourbon, que nous, lesdiz de Liège, ne soions uniz et fi accordez de nous causes et differance aveucques les dessus dits. ^ [Dans Léonard, Recueil des Traites de Paix, 1. 1, p. 60.]
* Toutes les conditions de cette alliance sont nettement formulées.
[ibid.]
* C*étaient des gens d^armes de profession , semble-t-il, car ils étaient uniformément vêtus d'écarlate. Et habuerunt omnes mbea vestimenta, [ Adrianus , ibid. , p. 278. ]
Métiers levèrent leurs bannières, pour aller audevant des Bourguignons ^ Le Mambour et les Etats dépêchèrent un Héraut au Duc de Bourgogne pour le défier, comme étant en guerre ouverte avec leur allié, Louis XI. (Vendredi 30 août 2.)
Le môme jour, les milices Liégeoises se jetèrent sur le territoire ennemi, et le ravagèrent depuis Hervé jusqu'à Maestricht ^. Les habitants du Duché de Limbourg convinrent avec leurs voisins du Marquisat de Franchimont de s'abstenir d'in^ cendie, et de se borner à s entretuer et à s'entrepiller ^.
* Interea nttnUatum est Leodii, per Magistros Cirium Oppidi Trudanensis, venisse videlicet fere duo vel tria mUlia armatorum ad Oppidum Thenense, exporte Ducis Caroli Patriam invaderc voîcntium. Quo perceptOf Leodiensis Pqpulus prae furore ad arma concurrens sine ordine, etc. [Johannis de Los Chronicon Leodiense, dans les Atuxîecta Leodienma, p. 27.]
' Le porteur des lettres de défi partit en hâte de Liège ce vendredi 30 août, à huit heures du matin. Et in crastina hara VIII, exivit mudiiis de Leodio portans Utteram diffidationis ad dominum Ducem Bruxellae. [ Adrianus , ihid. , p. 279. ]
* Cambusscrtmt Leodienses omnia Villagia juxta Herviam et in terra de Dolhen tendentes versus Falconwntem. [Id., ihid,,^, 279.]
U y avait dans les rangs des Bourgeois beaucoup de femmes armées , qui se conduisirent avec une virile bravoure, gf Aulcune femme Ligois ^ en habit dhomme prindent les armes et allèrent audit Pays , faisant < de si grand tyranie quelle surmontoient les hommes en excesse, n [Chronique de Liège.] — Sed o rem novam, rem detestandam, rem omni vilipendio dignam ! Femineum genus in hoc itinere scelerato sese virorum agmini sodavit, indtiensque et animum et hàbitum masadifttttn, mascidos ipsos crudelitate devicit , etc. [Chronicon Leodiense, dans les Ancdecta Lepdiensia, p. 147.]
* Illi de Lymborck convenerant cum illis de Franchinwfit, quod se
Le mercredi 4 septembre ^ Mate de Bade conduisit son aimée devailt la forteresse de Fauquemont, qu'il fit assaillir et cattonnel*.
A cette heure décisive, Marc de Bade faillit lâchement. Il était mécontent de n'être que le simple lieutenant des Etats; il redoutait, surtout, la lutte contre le Duc de Bourgogne, qui se préparait à ramener à Liège Louis de Bourbon. Il quitta le camp lorsque la nuit fut venue, et son retourna dans son Margraviat avec tous ses gens d'armes ^
Cette défection eut de tristes résultats.
L'élan national n'avait plus de direction.
Saisis de panique, les Liégeois abandonnèrent le lendemain le camp de Fauquemont avec une telle précipitation, qu'ils y laissèrent leurs charrois et leurs bombardes ^.
Les hostilités continuèrent pourtant, désordonnées et sans succès.
mutuo non œmburerent, sed solum caperent et diripereht [ Adrianus, îbid. , p. 280. ] C'est là un curieux trait de mœurs.
' Ce fut au moment de laction, que le Margrave de Bade 8» sauva. Quarta septembris ohsederwnt (Leodiefises) Villam et CastrUm de Falcomonte ; et tune Marchio cum Fratre suo et Alemannis qui secum vena'ant y omnibus relictiSf quae secmn attulkrant y latenter recessity timoré sibi incusso nescio undc.
Rase de Ueers disait hautement que Marc de Bade et soh frère étaient d'insignes traîtres, et qu'ils n'étaient pas dignes d'être Princes. Doniint/ts Raso vocavit eos traditores, et quod non essent digni portare itonien Dominorum. [Id,y ihid»y p. 279.]
• Igitur Leodienses hoc audito aitoniti et stu^mli, rclictis bomhardis et tniUtis àliis, rcdierunt ad Visetum , et in crastino reintravcrunt dviintemy etc. [Id., ïbid,, p. 280.]
A Montenaken, le dimanche 20 octobre^ il y eut une terrible rencontre; Deux mille cavaliers Bourguignons plièrent, et s enfuirent jusqu'à une de leurs embuscades, où ils se rallièrent. Ils chargèrent les Liégeois, qui les chassaient vivement, et en tuèrent dix-huit cents i.
Le débordement des bandes Bourguignonnes s était fait en Hesbaye. Elles la ravageaient cruellement. Les vieillards j les femmes, les enfants ne savaient où se sauver. Ils se réfugièi*ent en foule dans la Cité avec leurs meubles et leurs bestiaux, et les logis manquant, ils durent camper sur les places, dans les rues. Rien n était plus douloureux que leur détresse 2..
Une chose plus funeste que toutes les défaites, ce fut la désunion des Bonnes Villes. La plupart désespérèrent, tout à coup, de la cause que défendait si vaillamment la Cité ^. Huy, Hasselt, Looz, Dinant, Saintron, cessèrent tour
* In profesto undecim miUium Virginum, Brabantini venerufU cofUra Ulos qui stahant in MofUenake.,», et fecertmt caedem magnam in Populo Leodiensi juxta Tambas, inter MontenaJce et Frehin, quasi MDCCC hominum. [Adrianus, ibid., p. 282.] Le chiffre des morts donné par les Chroniqueurs étrangers est empreint d'exagération.
' Et muUiplicata swnt mala in Terra y et erat videre magnam nnseriam. Omnes vici Civitatis LeodiensispUni erantpofuperibus utriusque sexHSy pueris et infantihus fugitiviSy nescientibus quid acturi esseni,.. Et omnes pUUeae plenae erantde ipsis^ et curribus, et mobUibus, et animalibus ac bestiis eorum. [Id,, ihid, , p. 280.]
' Le Paya était si horriblement dévasté par les Bourguignons , que les Bonnes Villes voulaient une paix à tout prix, et le plus tôt possible. Bonae VUlae Patriae Leodiensis vencrunt în Lcodio, ut fierod treugoCf ne Patria sic destrueretur, [ /e/. , ïbid. , p. 282.]
à tour de guerroyer, et, séparément, essayèrent de se raccommoder avec le Duc de Bourgogne. Elles rivalisaient de soumission ^
En voyant ces défaillances, les Bourgeois de la Cité renoncèrent à la lutte. Ils se considéraient comme vaincus. Ils s'étaient résignés à négocier, lorsqu'ils apprirent que le fils du Duc de Bourgogne, Charles, Comte de Charolois, avait battu Louis XI à Montlhéry, et que dans le traité de paix conclu à Conflans (5 — 29 octobre), il avait contraint le Roi à n'y pas comprendre les Liégeois 2.
* Ce fut Tabandon de l'esprit fédératif, qui perdit le Pays. Le Chroniqueur Commines eu fait la remarque : ^ Et les Villes sestoient «s separcez de la Cité de Liège, et faict leur faict à part: qui est le vray a signe de la destruction dun Païs, quant ceulx qui sedoibveut tenir fi ensemble se séparent et se habandonnent. Je le dis aussi bien pour fi les Princes et Seigneurs allyez ensemble.... fi [Liv. II, ch. L]
' Louis XI , à Ten croire , garda jusqu'au 29 octobre Tespoir de faire admettre les Liégeois au bénéfice de la 'paix finale. Par une dépêche datée de Paris du lundi 21 octobre, il les félicitait de leur loyal dévouement; puis il ajoutait : fi Touttes voyes, veu que audit Apoincfi temeut vous estes comprins comme uoz Dons especiaulx Amis, et fi comme nous avons fait à tous nos aultres Aliez et Adherans, nous fi vous prions que vueilliez déporter et désister de la guerre que avez fi cncommenchie es Pays de nosditz Oncle et Beau-Frere.... fi
Dans le Traité de Conflans, Louis XI déclara sans pudeur qull avait excité les Liégeois à combattre le Duc de Bourgogne : fi Pource que , fi par le moyen desdites AlUanches et Sollicitations daucuns fws fi Serviteurs j les Liegois sestoient nagueres mis en armes, en intention fi denvahir les Pays de nostre dit Oncle , et luy faire et porter dorafi maige ; et iceluy nostre Oncle , pour résister à lentreprise desdits fi Liegois, avoit mis sus ladite grande armée à grands frais et desfi pens.... fi [Dans Léonard, llccueildes Traites de Paix, 1. 1, p. 64. J
Au reste, les Liégeois ne connaissaient pas encore Louis XI, sans foi et sans scrupules à l'égard de ses amis et de ses ennemis.
L'intention du Comte de Charolois était de batailler à outrance les Liégeois, de les accabler avec toutes ses forces. Il quitta Paris en sommant ses feudataires et ses milices de venir le rejoindre dans le Brabant.
Dans les premiers jours de janvier 1466, il se présenta devant Saintron, qui lui ouvrit ses portes.
Il se trouvait à la tète de vingt-huit mille chevaux, et d'environ cinquante mille gens de pied. Il n eut pas à mettre en mouvement cette masse de combattants i.
Le mardi 12 novembre 1465 , les Etats avaient obtenu du vieux Duc de Bourgogne une suspension d armes. Ils parlementaient pour arriver à un arrangement. Les clauses en étaient fort dures: ils feraient amende honorable; ils reconnaîtraient Louis de Bourbon comme Prince 2, et
' Ces détaUs sur les forces Ducales sont données par les Chroniqueurs Bourguignons. L'un d'eux écrit que le Comte de Charolois fit une revue de son armée avant de la licencier, et que les Députés de Liège ^ se donnèrent de merveilles de la grande Armée et du Peuple ^ que le Comte avoit; et ne euïssent jamais cuidé ne creû : car on ^ disoit, à ceste heure, quil y avoit bien vingt huit mille chevaux ^ sans les gens de pied , dont il y avoit grand nombre , et sans ceux ^ qui sen estoient retournés, tant par congie que autrement, par faute j» dargent et tenanche. ^ l^Mémoirea de Du Clercq, chap. LVH.]
' ^ Au regard de Monseigneur de Liège , accorderont et promecte- * ront de luy obeyr et le tenir et reputer comme leur Seigneur; luy a rendront ses Rentes et Revenus quils ont perceu durant la guerre ; ^ luy feront restitucion de tous dommaiges quils lui ont faiz, etc. ^ [Dans les Docivnents inédits concernant r Histoire de Belgique, t II, p. 295. ]
102 CHAPITBJS VI
les Ducs de Bourgogne comme Mcmhmrs perpétads 1 : à ce titre , ces derniers recevraient une rente de deux mille florins d or, outre une somme de trois cent mille florins, payable en quatre ans, pour indemnités de guerre; de plus, ils pourraient traverser et retraverser le Pays avec telle suite ou armée qu'ils voudraient, et leurs monnaies y auraient cours à Tégal des monnaies nationales; l*alliance avec la France serait cassée ; enfin , dix Liégeois , à désigner par le Duc , lui seraient remis comme otages dévoués ^.
Les Etats subirent la pression de Citoyens timorés. Us accédèrent aux conditions.
Il en est une, cependant, à laquelle le Peuple de la Cité, en assemblée générale, refusa énergiquement de se soumettre, celle qui Tobligeait à
* ^ Item. Ils consentiront et recongnoistront mondit Seigneur et ^ ses successeurs Ducs de Brabant, Gardiens et Advoue^s Souverains * Heritables des Eglises et desdites Cité , Villes et Pays de Liège et ^ de Looz, et que, au moyen de ladite Gardienneté et Advouerie. :fi mondit Seigneur et ses Successeurs auront faculté , povoir et aucto- ^ rite de faire garder et entretenir ausdites gens d'Ëglise , ausdis de is la Cité et desdites Villes et Pays de Liège et de Looz, leurs Bons ^ Drois , Franchises , Previleges et Libertez , et de faire cesser toutes ^ voyes de fait^ et rebouter toutes commotions, etc. ^ llbid.]
* ^ Item. Que lesdis de la Cité et des dictes Villes, bailleront et if délivreront à mondit Seigneur le Duc ceulx quil tient et repute les ^ plus coulpables,et qui ont esté cause de ces dictes guerres, et qui ^ ont plus offensé et mesprins envers icellui Seigneur, jusgues au 0 nombre de dix personne , telz quU lui plaira,»», £t quant à leurs ^ biens, ilz demourront, par ce présent Traictié, en la voulenté de sf mondit Seigneur, tout ainsi que les personnes, pour en faire à son ir plaisir, <5 [Ibid,]
livrer dix Liégeois à Ità, merci 4u vaipqueiir i. J^our en obtenir le retrait, il était prêt à donner tel surcroît d'or qij'on demanderait 2.
Jj'acçopitpodenient allait np pas se conclure, quand le Duc consentit au rachat des di^ victimes, moyennant quarante mille florins dor. (22 décembre, et 24 janvier 1466 ^.)
Le projet de paix étant ainsi amendé, les quatre Bourgeois qui en avaient été les négociateurs revinrent à Liège. Alors il s'éleva contre eux un cri de colère et de vengeance, parce qu'ils avaient mal défendu la liberté et la dignité du Pays ; parce que , surtout , violant - les termes précis de leur mandat, ils avaient osé concéder au Duc le droit de choisir dix personnes pour en faire à son bon plaisir ^.
' Dans toutes les assemblées populaires, on admettait bien qu*il fallait accepter la paix, si onéreuse quelle pût être, ^ais sans livrer personne au Duc. Ainsi fut-il statué le 8 décembre : MîUti voilant haberepacem, alii volebant etianiy sed non volebant aliquid dari ad voluntatem; puis le 21 : In die sancti Thomac, œncltiserunt Cives quod neminem darent ad voluntatem. [Adrianus , ibld-, p. 284. ]
^ Le 26 décembre , les Bourgeois s'accordèrent pour faire toutes les concessions pécuniaires, plutôt que de livrer un seul d^entre eux. Ministeriales petehant pacem, sed nolehant aliqms honiines dare ad voluntatem, sed redimerentur pecuniis. [Id. , ibid., p. 284.]
' Ainsi, le Duc de Bourgogne recevait, pour indemnités de guerre, trois cent quarante mille florins d'or d'Allemagne. Ce florin valant dix francs, la somme équivaut à 3,400,000 francs, qui avaient un pouvoir acquisitif de plus de dix-sept millions en 1465. On voulait ruiner le Pays, pour le dominer plus aisément.
* Ce fut Baré Surlet qui porta cette accusation de trahison contre les Ambassadeurs. Dominus ^aré multum i^ivchebatur contra Ulos
Un seul put être arrêté, Gilles Démet, ancien Maître de la Cité. (20 janvier.) Il fut mis en jugement. Après de longs débats, il fut condamné comme traître, et comme vendeur de chair chrétienne. (27 février ^)
^quipacem feccrant, vocando eos traditores, et venditares Christianorum. [ AdrianuB , ibid. , p. 285. ]
DeB pouvoirs précis y SLii YT&i y avaient été donnés aux mandataires pour les conditions de la soumission du Pays. Ainsi, dans la Cité, le 8 décembre, if après meur ad vis et conseil, par grande délibération, if la dite Université passât et accordât que les susdits quattre Ambasa sadeurs voulsisseut de bien eu mieulx persévérer, comme plaine et :f entière confidence on avoit en eulx, de se loialment employer à bien, sf honneur, paix et trauquilité délie Cité et Pays, sens séparer nulle ^ des Bonnes Villes de nous , voir quilz ne veulent quelcque personne if ouUredonner à voluntéde corps ne de bien, et quils wardassent bin if les Paix Faictes^ Franchie^es, Liberteis et Anchiens Uzaiges deUe ^ Cité , et ce que Loy salve et warde , sains y touchier nullement. if Lesquelz quattre Ambassadeurs revendirent quils les avoient sf jureis , et quilz les scaroient bien garder,.,, «? [ Dans les Analecta Lcodienb'ia, p. 560.]
* Cet intense et unanime mouvement de vengeance était moins contre les ambassadeurs, que contre la paix elle-même. On voulait en rejeter la responsabilité sur les signataires, pour exonérer quelque peu le Pays.
La poursuite, en apparence, fut très légitime.
Aux termes du jugement, Démet et ses compagnons étaient. coupables a davoir mal wardeit le fiance que li) Cité avoit pris en eulx, et ossy ^ le syelte délie Cité , et ce quilz dirent quilz avoient jureit les Francs chieses, bien les garderoient; et aussy les serimens quilz avoient ^ jureis. £t quilz ont fait contre leur seriment tellement, quilz sont a tous quatre parjurres; et oussy ont fait et alleit contre les Fran- 2? chieses, icelles en grande partie brisant, rompant et annullant, et i! fait et alleit contre les syeltes délie Citeit; leurs paroffres et lettres s? dont devant est fait mention, et, par espectal, davoir abandonneit si et concedeit diex personnes délie Cité et Bonnes Villes aile volunié sf de Monsigneur le Duc, se on lespooit atenir de leurs corps; et ossy ^ ont mal re wardeit la Faix de Fcxke, les Anchiens Uzaiges, Jugemens
Le samedi l^r mars, dans la matinée. Démet fut amené sur Féchafaud dressé sur le Marché, où se pressait une foule silencieuse i. Il obtint.
0 WQx ce fais, tant par eulz miesme comme par aoltres^ en vuellant ^ (en mettant ainsi à la volonté), et deshonnorant par eulz à toujours ^ mais la Cité etPays^ ^ue la Cite et Pays estaient livreurs de chaires ^ erestienneSy et jugiet, condamneit et donneit gens en bannissement
* sains scavoir leurs noms ne surnoms, ne avoir quelcque apparence
* qoilz fuissent malfaicteurs , et awec ce, leurs biens perdus, leurs ^ femmes déshéritées et leurs enffans tant deseagies comme innocens , ^ silz awissent parvenu à leur opinion et maie volunté.... ^ [Dans les Analeda Leodiensia, p. 564. ]
La sentence est longuement et savanmient motivée. On y met en relief Fesprit des Antiques Statuts , pour démontrer que les Maîtres n^avoient pas porté atteinte à la liberté individuelle, en arrêtant Démet avant qu*un jugement Teût déclaré appréhensible. Quelques lignes peuvent être citées :
^ Item. Comme aucuns ont dit : Que lenqneste at esté faicte sur ^ Giele de Metz ly stesant en prison ; semblablement ont dit, quil avoit ^ esté pris en sa maison, et anchois quil cuisse esté conveucu ou jugiet, p et que le Poevre Homme doit estre Roy en sa maison.,,.
* Et pour ce quil at esté pris en sa maison , ce at esté après sa
* cognissance ; et y ont esté Maistres de Liège ayant les cleiffz et ^ plosseurs Jureis , ausquelz point nest deffendu de prendre malfai- ^ teors en leurs maisons, et lont uzeit Ligois délie faire de temps
* passé, devant la Paix de ^eâ;/»e, et depuis tousj ours quant le cas ^ lont requis; car le Franchiese dist : QuU ne lyst à Mayeur de
* Liège de quérir le laron ens maisons dél Bourgoix; mais point nel ^ deffent aux Maistres et Jureis. Et au point que ly Poevre Homme
* doit yestreRoy en sa maison : larticle de Régiment, bien regardeit, ^ est proprement à entendre partie contre partie...., mais point ne ^ contient quil soit deffendu as Maistres et Jureis de prendre ung ^ homme en sa maison quil at cognu destre malfaicteur ; et ledit Giele < de Metz avoit cognu avoir fait lezces, comme devant est dit, avant
* sa priese, etc. ^
* Igitur prima martii et sabbato qtmtuor temporum , omnes armati fuerunt in cameris suis, et pulsata Campana banni, produdus est Magister Aegidius de Mes ad grenus, et déliberaius est Advocato, [ Adrianus, Md., p. 285. ]
106 CÎÎAPITRÈ VI
non dân» peihë, la periilissioh de parler. Il dit ces mdts: ^ Honorables Boiirgeois. J'ai servi ::: la Cité pendant ciriquante ans, et toujours sans ^ reproche, si ce nest ce dont on m'accuse au- 5î jourd'hui, et avec bien peu de raison, je pense. ^ En souvenir de mes loyaux services, laissez-moi ^ vivre; laissez-moi finir mes jours au milieu de 5: vous, dans un couvent, aux Chartreux. Ne 1^ me frappez que d une amende. Voulez-vous ^ que je donne à chaque Bon Métier cent florins ^ du Rhin; voulez- vous que je vous rende autant :; d'armes et de bombardes que vous en avez ^ perdues à Tauquemont; voulez -vous même ::? davantage 1?.... :^
5? Allons donc, nous ne vendons pas nos Fran- ^ chises! ^ lui cria-t-on rudement 2.
5? Honorables Bourgeois, ^ reprit Démet, en s'agenouillant , i:- qu'il soit fait ainsi que tous ^ voulez, et ainsi qu'il plaît à Dieu; et si j'ai fait ^ tort à quelqu'un, je lui en demande humblement
* TutUc allocHtus PcT^tifH, a\i : Boni Cives , ego per quinquaginta annos servivi Civitati, ei numqtéam inventufn est in me atiquid criminis, excepto istOj quod iniponitur ntihi, in quo tamen non credo me deliquisse. Hogo igitur quatenm fnerlîinisse Delitis servitii Civitati et Pattiae impensi, etpossim vobiscum vivere, ad Carthusienses , vel alibi. Ego obtuli vohis pro emenda quod vdbis non potui dicere^ sed modo dico : cuUibet Minisierio eentUiH RheHenses, et quod, expensis mets y fadani vos rehabere instrumenta et bombardas quae amisistis ante Falcontontem^ et quidquid ampHus decreveritis,,.. [ Adrianus, ibid. , p. 280. ]
' Tune Henticus RoêSealy qui Mogistrabaty fespondit : Èxpediatis vos, nos nolumus vénSetè Ftandsiàs nostras. [AdrianUd. Idûf., p. 286.]
^ pardon. . . Je n'ai plus qu a me recommander ^ à vos prières, et à remettre mon âme à Dieu i. ^
Le bourreau était si troublé, qu'il porta trois coups au patient sans le décoller; et la foule rinterpellant avec fureur et invectives, il répondît: ^ Brayez si tous voulez ; mais je perds le cœur, ^ en exécutant un si brave homme. ::: Il assena un violent coup qui abattit \^ tête 2.
Aussitôt les -trompettes sonnèrent , et la paix avec la Bourgogne fut proclamée au Pérou ^.
* QuoauditOf Mctgister Aegidius dixU : Boni Cives, ex quo tune opartet quod fiât ; fiât in nomine Domini Si quid in aliquem vestrum peecavifpeto ut mihi indulgere dignemini..,. Et ejcuetts , se posuit se super genua. [ Adrianus , ibid., p. 286. ]
C'était Tusage de permettre aux patients de se dévêtir, et de distribuer, comme souvenirs, leurs vêtements.
* Sed spiciUator tretnefacttis , percussit eum in cervice, et deinde dedU et idum in gwttttre.,.. Vùciferantibus atUem contra eum, tespondit : Quid cîaniatis contra me , ego amisi cor, quia occidi virum me meliorem.. . . [ Ibid. ]
* ^00 facto y statim ad Peronem insofiuit buccina , et fuit pax prodamata. [Ihid,^
A Liège, comme dans les autres Bonnes Villes, on se refusait à publier la paix , parce que le Duc de Bourgogne voulait en exclure la Bonne Ville de Dinant, contrairement aux conditions préliminaires. Le mardi 11 février, un héraut d'armes étant venu requérir la Cité de ue plus retarder la publication de la paix, les Maîtres répondirent fièrement ^ quilz nestoient point délibérez de la faire cryer, pour ce f quilz eussent voulentiers veû que la VUle de Bynant y eust esté ^ comphnse. ^ [Dans les Documente inédits y etc., t. II, p. 384.]
La publication qui eut lieu le 1<»' mars fut toute provisoire, à Peffat de contenter le Duc.
Restauration de Louis de Bourbon. — La Cité et les Bonnes Villes renouent leur Alliance. — Le Pays est blessé dans ses sentiments de dignité et d*indépendance. — La Bonne Ville de Binant, — Son industrie, son commerce. — Elle est assiégée par le Duc de Bourgogne. — Ses Bourgeois font une valeureuse résistance. — Ils obtiennent une capitulation honorable. — Tromperie insigne du Duc — Destruction de Dinant.
Quoique la guerre fût terminée, on était loin d'être tranquille i.
* En rapportant ces événements , les Historiographes Bourguignons ne parlent qu*en termes méprisants des adversaires de leur Maître. Pour eux, Forgueilleuse démocratie Liégeoise n^aime pas la paix, parce qu*elle n*accepte pas la servitude.
Ainsi dans Commines : ^ Lorgueil de ce fol Peuple de Liège.... ^ — is Or, les Liegois continuoient en leur foUie et mauvaise oppinion [de ^ revendication], sans ce quilz eussent scu dire qui les mouvoit, fors ^ trop de bien et grant orgueil.... ^ IMétnoires, liv. U, chap. 4.]
Un autre s'emporte en plaintes amères, parce que les Liégeois, toujours fiers, fous et braillards, stolidiet fœdifragif superbiperfidique, repoussent la tuteUe du Duc de Bourgogne, qui voulait bien veiller gratis à leur Nationalité et à leurs grandes Libertés.... Protedor et cîypeus, ut diximus, suae tranquillitatis , et tantae libertatis, gratis et sine sumptu^ erat. [Basin, Historia Ludovici XI Begis Franciae, t. II, p. 132, 193, etc.]
Dans les derniers jours du mois de février, Louis de Bourbon revint résider à Huy, la ville soumise et déloyale. Il y vécut honni, heureux toutefois, au sein de ses plaisirs dévergondés ^
Il était plus hautain que jamais. Il avait reçu du Pape Paul II une bulle qui j ustifiait ses rêves ambitieux. Il croyait tenir le pou voir . absolu 2.
Cette bulle lui attribuait le Pays en toute souveraineté et propriété. Elle Tautorisait à disposer, sans restriction, des offices publics; elle lui permettait de gouverner sans le concours des Etats; elle enjoignait aux habitants d obéir à ses volontés, sous peine d'excommunication 3.
* Jasqa'alors, Bourbon s'était excusé de ses mœurs licencieuses » en alléguant qu'il n'avait pas encore reçu la tonsure. Sur les exigences du Duc de Bourgogne , il régularisa sur le champ sa position , dans Tespoir qu'il inspirerait moins d'aversion aux Liégeois. On lui conféra les premiers ordres le 28 février; en mars on le fit diacre; en juin, prêtre; le 13 juillet, évoque. Bourbon saisit cette occasion pour banqueter dans le château de Huy avec plus de sept cents personnes. Et ienuU œnvivium apertum in Cctstro, ubi fuerunt circiter secundum famam BCC comedentes, [Adriani DiaWuw Leodiense, dans YAmplissima Collectio, t. IV, p. 293. ]
* Le texte de cette bulle de Paul II se trouve, notamment, dans les Gesta Pontificum Leodiensium, t. III, p. 143.
' Cette burlesque donation est bien réelle. £n voici les propres termes: PronuntiamiMj decernimus et declaramua verum et plénum J)ominiuin, omnimodam Jurisdictionem in Spirittfalibus et TemporalibuSf ac merwm et mixtum Imperium, per Civitatem ac Oppida.,.^ et alia loca Patriœ Leodiensis, institutiones Villkorum, Scabinorum..., ad Episcopum spectasse et pertinuisse, ac spedare et pertinere, etc. [Ibid.]
Les successeurs de Louis de Bourbon (on ne le croirait pas, si rilistoire ne l'attestait) feignirent également de prendre au sérieux les billevesées du pape Paul D.
Bout-bon prit ftu sérieux cette missive étrange , et il aunonça, sans détour^ rintention de s'en prévaloir i. Il lui donna la plus graiide publicité, li en fit afficher sur les |)ortes de HUy dés versions en langUé vulgaite 2.
Cétjtit une nouvelle provocation K
Les Bonnes Villes y répondirent, en renouant leut*s antiques alliances.
Le dimanche 23 mars, les Maîtres et les Jurés de la Cité s'accordèrent avec les Députés de Dinant, de Tongres, de Fosses, de Thuin, de Cou vin, de Hasselt, de Herck, de Maeseyck, de Brée, de Bilsen, de Beeringen, de Stockhem. Ils statuèrent que la Cité et les Bonnes Villes resteraient à jamais unies, et quelles s'assisteraient lune l'autre, en toutes circonstances » pour défendre leurs libertés ^.
' En vertu des Paix, on Ta tu, le Paya se réglait à §à guide, JFVIf* citas temporaUs. Il n*était pas taillahJe ni corvéable , comme Tétaient les Provinces voisines. Il avait ainsi liberté et sécurité. — (Test ce qu'écrit un plat courtisan du Duc de Bourgogne, TÉvêque de Lisieux, né en 1412 : Nam cum nulle temporalis Imperii fastigio premerentw , sed soltun suum Pontificem pro Domino et Patriae parente haherent. nulla tribuia aut veciigalia, quae soient exigere et imponere aliae etiam Liherae Civitates, agnoscébant ; sed plenaria libertate et tranquillitate poiiébantur. [Basin, Historia Litdovm XI ^ 1. ÎI, c. 8, p. 131.].
* Sententia excommunicationis et anathematis contra Leodienses pendehat in Hoyo, [Adrianus, i&id., p. 288.] Ces placards ou affiches étaient , sans doute , imprimés avec des caractères mobiles.
* Unde Leodienses magis fuerunt in flamfnati. lld,,ibid,]
* ^ A tous oeulx qui ces présentez Lettres verofU et oront, salut ^ en Dieu ei cognissance de vérité. Faisons scavoir que nous, les ^ Maistres , Jureis , Conseil et Université généralement de lA Noble
La paix coûclUe avec le Due de Bourgogne était trop honteuse pout* être durable. Le Pays ne Tavait acceptée que par (îontraînte. Il comptait sur une prompte et heUfôUsé occa^îoti de là revanche.
Aussi, 10t«qtfil fallut exécuter la terrible clause de lamende honorable, l'orgueil national, virement blessé, se redressa. Ce fut remplis d'ittdignation, que les Députés des Trois États chevauchèrent vers Bruxelles i. Le dimanche 4 mai, dans la matinée, ils se réunirent devant THôtel de Ville. Le Duc ayant paru au balcon , ils se découvrirent et s'agenouillèrent; puis leur orateur prononça ces paroles obligées :
^ Sire, c'est à tort, sans cause, sans raison, ^ que nous vous avons fait la guerre, ainsi qu'à
^ Cité de ÏA^t et de tous les fions Mestiers, et les Maistres, Jui'eis, tr Conseil et Université generalment de la Bonne Ville de DynaiA^ dé * Tùvigrtj de Foss^. de Tuyng, de Coving, de Haske, de Herck, de ^ Eicke, deBrede, de StixhCj de Beringhe et de Stockem: Àstons p tons ensemble, et chascun pour luy, accordeis, loïes et fermeis, et ^ flous accordonfc, loïons et fermons, jurons et seelons, conjunctement ^ et dung comun accord, par le consentement et spontanée volunté dé a nous tous, que jamais, en nul temps, que nous fauserons, départifi rons ne severons lung de laultre, mais nous aiderons, conforterons 9 et assisterons luug laultre, de toute nostre puissance, allencontre ^ de tous ceulx qui ont excedeit , ou pourront excéder , ens causes où ^ ensy sont tous ceulx qui feront dorsenavant telz ou semblables eioes. ^ En oultre, nous allouons contre tous ceulx qui les voront assister, fi assisteront, ou les conforteront par quelcque manière que ce soit.... 0 [Dans le Pâwelhâr; dans les Analecta Leodiensia, p. 558.]
■ Là députation était composée de plus de deux cents personnes. In fine mensis aprUis, eledi sunt qui facere débetent hcmùtabitem emendam domino Duci Burgumdiae,,,. [AdHanus, ibid., p. 2S8.]
^ vos sujets. Nous nous eu repentons sincère- ^ ment. Nous vous supplions, Sire, de daigner ^ nous pardonner nos injures, et nous recevoir ^ en votre bonne grâce i. s?
Cette scène humiliante ne s'oublia pas.
Les vilenies du Duc de Bourgogne et de son fils agitaient sourdement le Pays.
On regrettait Thonorable indépendance de jadis.
Les États reprirent courage. Ils résolurent encore une fois de se défaire de Louis de Bourbon. Us envoyèrent une députation à Marc de Bade, rinvitant à venir reprendre la Mambournie et la Principauté 2.
' (^%^09iravtrMimi se domino Dtici in ScalgeUa BruxéUae, domino Duci stante in fenestra. Et dixit domintis Johannes Ly Huyt, Magister Civitatis, verba quae in Pace continentur..., [ Adrianus, ibid., p. 289.]
Le discours qui fut prononcé était, en effet, d'obligation, car il constituait une des clauses du Traité de Paix, Voici cette irritante clause :
^ Ces Representans des Trois Estaz desdis Pays viendront devers ^ mondit seigneur le Duc, à certain jour, quelque part quil sera en ^ Brabant, ou en la ville de Malines, lequel jour mon dit Seigneur ^ signiffiera et fera savoir ausdiz de Liège; et, en sa présence, à testes «r nues et à genoulx, diront : Que à tort y sans cause et contre raison , ^ ilz ont commancé et continué ladite guerre contre mondit Seigneur, ^ sesdis Pays et ses Subgez; que il leur en desplait, sen repentent de 0 tout leur cueur, et que sUz lavoient à commencer, jamais ne le f croient 0 ou commenceroient. Et supplieront en toute humiUté , pour eulx et ^ pour ceulx de ladite Cité, que mondit Seigneur les vueille prandre 0 et recevoir en sa bonne grâce , et leur pardonner leurs offenses. 0 [Dans les Documents inédits concernant V Histoire de Belgique, t U, p. 289. ]
* On recommanda, mais en vain , aux membres du Conseil de garder le secret sur ces négociations. Etpra^ceptum est eis,ut nemini inde loquerentur. [ Adrianus , ibid. , p. 289. ]
La nouvelle de cette négociation se répandit avec célérité. Elle passionna la population. Les enfants eux-mêmes en furent enfiévrés. Ils brisèrent les emblèmes de Bourbon, et les traînèrent dans la boue. Arborant les couleurs Badoises, ils parcoururent les rues de la Cité en criant: Vive Bade ^! Us s armèrent de piques, et tromi)ettes sonnantes, bannières déployées, ils firent des courses dans la campagne, saccageant et pillant les biens des Bourboniens 2. On n'arrêta pas sans peine Tardeur de ces guerroyeura, qui, par leur âge, étaient hors de Fatteinte des lois 3.
Marc de Bade ayant accepté les propositions des Etats, la joie fut grande. On le fit peinturer
* Et ecce in Sahhatho , pueri fecerunt sibi unum vexiîlum , et simUUer de quolibet vko pueri X, X/, XII vel circiter annorum, fecerunt sibi vexiUa cum armis de Baden, et clamabantper plateas Vivat Baden!... Et aliquorum fenestr(is et imagines et arma damini de Bourban \ibicumque reperire poterant, diripiébant, et frangébant vitra,,,* [ Adrianns , «Wrf., p. 289. ]
Ce soulèvement des enfants n'était que Texpression de la haine instinctive et populaire contre les Princes Bourguignons.
* Cucurrerwitque cum vexUlis suis (ad sonitum buccinae) usque ad Visetum, fadentes damna fautorïbus Electi, On compta plus de vingt-quatre compagnies ou bannières d^enfants. Et erant vexilla puerarum XXlV, [ Id. , ibid, , p. 290. ]
' n fut statué, en assemblée populaire, que Texclusion des Bons Métiers serait prononcée contre les parents des enfants perturbateurs. Tandem cum nullus posset eos compescere, quia infra aetatem civiîem erani, convocato pàlatio , determinatum est, quod praeciperetur parentibus ipsorum, quod sic tenerent pueras sues, quod talia amplius non alientarenty subprivatione Ministeriorum suorum inperpetuum. Et sic pueri talia facere amplius prohibiti sunL [ Ibid. , p. 292.]
m CHAPJTBE VII
en costume de Prince-Évôque , et ses portraits farent appendus par toute la Cité ^
En ce moment 9 Tattention publique fut détournée et attirée sur Dînant -.
I^e Duc de Bourgogne youlait en finir avec cette Bo^ne Ville. Il se préparait à Tatt^qupr, à s en rendre rp^^ltre, et à la réduire à jamais 3,
Dînant; placé sur la MPM^e, à seize lieues au-dessus de Liège, et comptant vingt mille habitante, était , après la Cité^ une des Bonnes
' Et a4 onmes 2>ortas ÇivUatis Leodiensis fuit posita imago iUws de Baden in hàbitu clericali , et angeli tenebant mitram super capui, [ Adrîanus , ïbid, , p. 291. ]
Ces images étaient, certainement, des gravures sur bois coloriées. Avant 1468, il y avait à Liège des peintres et des artistes de talent, fort occupés à orner nos nombreuses églises , à faire des manuscrits , à imagier ou entailler des cartes à jouer, des figures de saints, de rois, etc.
î^os Historiens comprennent de même ce fait : ^ ... On en fit quan- ^ tité à!e$tcf,mpes, qui furent affichées dans tous les carrefours. ^ [ Boiûlle , Histoire du Pays de Liège, t. n , p. 105. ]
£p un mot, il j avait des imageries à Liège.
* Cet épisode ne peut être exposé ici que ti*ès brièvement. U est ûaparfaitement connu; cepei^dant, les renseignements intéressants et circonstanciés ne manquent pas. D n*eziste aucun travail sérieux, fiût par un Dinantois , sur THistoire politique et commerciale de la Bonne Ville de Dinant.
' Les Historiographes Bourguignons, pour pallier le gaet-apeas victorieux de leur Maître, ne savent comment diffamer la Bonne Ville 4e Dinant. Us doivent être consultés avec défiance. C'est malgré eux, et à leur insu , qu'ils donxient quelques détails vrais sur la noble et courageuse résistance des Dinantois. En ceci, Tinimitié Bourguignonne n*a pas été heureusement servie.
Nos viei^ Historif^s , tout généreux et tout fiers qu'ils sont , n^oseut ^rop parler en bi^n de Dinant , parce que cette pauvre Bonne Ville n a eu en part, en <}éfinitive, que la dé^Mte.
Villes les plus importantes ^. Elle s'était enrichie par ses manufactures d'objets de fonte et de cuivreries, spécialement d ustensiles de chaudronnerie domestique, qu'on nommait dinanterie9 ^. Depuis des siècles, elle en exportait en Allemagne, en France, en Espagne, en Angleterre. Depuis des siècles aussi, elle faisait partie des principales Ligues hanséatiques ^. Des
* Dinant ee trouTait être alors le marché des prodiictions de toat 1^ Condroz. Est in Condrusis insigne Oppidum , Dionantum , a^ Mos0m , in magna aique angusta voile y inter altissimos mantes, quod vere Condrusorum emporium appelles, habet enim ditissimos Mercatores, qui in mtdtis ac diversis regionibus, etpraesertim in Anglia , negociari soient, [Hubert Thomas, De Tungris Commentarius , édition de 1541 , p. 49.]
n existe plusieurs vues anciennes de Dinant bien dessinées. Elles ne donnent, on le comprend, qu'une très Daible idée de la Ville antique, qui 8*éteiidait sur les deux rives de la Meuse. [Dans Werdenhagen, De Rébt4s Ptiblicis Hanseaticis; 1641; liv. lY, p. 93; les Délice du Pays de Liège/ 1 D, p. 235, etc.]
* Diniknt fabriquait ses dinanteries déjà arant le X* fiiède. Voir 1. 1, p. 138.
On écrivait en 1740 : ^ Les calminnes de Liège étoient jadis les
# seules. qu*on employoit dans le commerce de cuivre de Dinant Les
* Fondeurs Dinantois venoient et montoient journellement la Meuse , ^ et passoient librement à Namur avec les calminnes qu'ils achetoîemt ^ entre Huj et Liège , et payoient pour le transit des droits très ^ modérés. ^
Depuis un temps immémorial, les fondeurs ou ouvriers en tfîiumfer»e« étaient appelés Ce^ère^, c'est-à-dire, si Ton peut ainsi traduire, Cuivriers, du mot latin cupreus ou ci^um, ou plutôt du mot ihioi» koper, [Voir : Kiliani Etymotogicum Teutonicae Linguae; édition de 1777, 1. 1, p. 315, etc.]
' Dans un document de 1252^ on voit que le Nord de TAllemagne était approvisionné de cuivreries dinantaises, telles que chaudrons ^ manoites, pots, hanaps, chandeliers, cuvettes, poêlons, plats, cacabus pekns, Ma ctiprea... : tous objets manu&cturés à Diaafit, ubi fieri
usines, des magasins, de beaux édifices religieux et civils, attestaient le succès d'autrefois, et la prospérité présente i.
Lors de la prise d'armes en septembre 1465, les Dinantois avaient rudement mené la guerre 2.
soient. — £n 1344 , les Dinantois se réclamèrent hautement de la Hanse Teuionique auprès du Roi d'Angleterre. Predicti Mercatores de DynanttV» dicta, Cancellaria nostra persanalUer constitua, dicunt quod ipsi sunt de Boino in Civitate Lotidonensis , que Gildehalla Theutonicorum vulgarité' nuncupatur.... [Dans Sartorius, Geschîchte der Deutschen Hanse, t. Il, p. 59, 382, etc.]
' Les écrivains contemporains parlent de Dinant en des termes qui donnent une idée assez exacte de Tétat florissant de son industrie et de son commerce. ^ JDynant, assise au Païs de Liège, YiUe très foi-te ii de sa grandeur, et très riche, à cause dune marchandise qui sy ^ faisoit de ces ouvraiges de cuivre qu'on appelle dinanterie, qui sont ^ potz et poisles, et choses semblables. ^ [Commines, Méfnoires, liv. II, ch. 1.] — sf Icelle Ville de Hynant estoit réputée la plus riche ^ Ville que on sceuist, et la plus forte.... En icelle Ville, il y avoit ^ moult de biens , et tant quon ne scauroit estimer ; car cestoit la plus fi marchande et la plus riche Ville , comme on disoit , de par decha les fi monts , et de forte situation et fortification, fi [Du Clercq, Mémoires^ liv. V, ch. 6L]
Les Dinantois jouissaient partout d'une réputation de probité et de solvabilité. Fu^unt autem Mercatores ejusdem Bynanti, ditissimi, et ubique famatL [ Chronicon Leodiense , dans les Analecta Leodiensia^ p. 194.]
L'industrie Dinantoise ne se bornait pas à des objets domestiques de cuivre battu ou fondu. Elle produisait de véritables œuvres artistiques. Parmi ces pièces exceptionnelles, on peut citer la statue de Charlemagne, élevée en 1353 sur la place d'Aix-la-Chapelle, et les fofUs baptismaux de S*-Barthelemy à Liège. Ces superbes fonts, qui furent faits, au repoussé, en l'an 1109, se placent, par la beauté et la clarté des scènes variées dont ils sont ornés , par le goût avec lequel les personnages sont ajustés, ainsi que par l'étude anatomique des figures, au-dessus de toutes les sculptures que le commencement du XII^^ siècle nous a laissées.
' Une remarque essentielle est ici à faire. Habitant à l'extrémité du Pays, et formant, en quelque sorte, une société à part, les Dinantois
Ils s'étaient jetés, entre les premiers, sur le territoire Bourguignon, et s étaient distingués par de nombreuses tueries et pilleries. Ils s'étaient livrés aux plus folles réjouissances, lorsque le bruit courut que le Comte de Charolois avait été battu en France. Ayant fait un mannequin qui le représentait, des exaltés avaient été le pendre, en grande cérémonie , à un gibet en face de Bouvigne ^ , en criant à leurs ennemis : -. Voilà le fils de votre Duc, le faux traître ^ Comte de Charolois, lequel le Eoi de France ^ a fait ou fera pendre, comme il est là pendu.... :? Ah , il se disait fils de votre Duc , et il n'était ^ qu'un vilain bâtard du Seigneur de Heinsberg, <^ notre Evoque ^î.... ^
ne se mariaient qu entre eux. ^ £t sy ne faisoient gueres de mariaiges 9 de leurs enfans, sinon les ungz avec les aultres; car ilz estoient loing ^ de toutes aultres Bonnes Villes. ^ [GommineSi liv. H, ch. L] Ainsi s^entretenait et se foi*tiiiait le sentiment patriotique.
' Dinant nourrissait une profonde inimitié contre tous ses voisins Bourguignons, et notamment, contre la ville de Bouvigne, située à Tautre rive, à une demi-lieue en aval. ^ Il nest quasi creable, la hayne * que avoient ces deux Ville lune contre laultre, ^ dit Commines.
C'est une erreur de dire que Dinant jalousait les marchissants, parce qu'ils cherchaient à contrefaire sa batterie. C'était pour les Dinantois plutôt une haine nationale qu'une rivalité de commerce.
L'animosité Dinantoise était héréditaire. ^ Por le anchiene et fi grande hayme que cheaz de Dynant avoient à cheaz de Bovingne , fi ils se cor oient tous jours sus lune lautre , tant de parolles com de fi batalhe, ou dassault; por queile cause, affien que cheaz de Dynant fi awissent venganche de leurs anemis de Bovingne, toujours ilz fi enflammoient la Citeit et le Paï's contre cheaz del Conteit de Namur. ^ [Johannes de Stavelot, Chronique de Liège, p. 248.]
* Mémoires de Du Clercq, liv. V, ch. 47. — Famabant voce procad
Ces bravades, les mœurs et les circonstances les absolvaient.
Elles avaient, toutefois, plus que les excès de guerre, irrité le Duc, devenu vieux, exaspéré la Duchesse, devenue prude. Ils chargèrent leur fils Charles, esprit violent et grossier, de tirer vengeance de ces méfaits, et d en anéantir sans pitié les auteurs i.
Quand les Etats en furent à négocier, ils connaissaient les desseins de la Famille Bourguignonne au regard des Dinantois ^.
ïiluin Carolum esse spurium, et in stufa de âofnina Ducissa ac Leodiensi Episœpo generatjum. [ Chronicon Leodiense, dans les Analecta Xeoel., p. 148.]
Au XV« siècle, comme on sait, nommer quelqu'un enfant de prêtre y c'était rinsulter gravement.
' ^ Desquelles opprobres et villenyes assez tost après le Comte fust ^ adverty , et en fust moult troublé ; et dit que Ceulx de Dynant )» ^ compareroient.... ^ [Du Clercq, ihid.l La mère du Comte se trouvn grandement outragée, de ce qu'on ne laissait pas dans l'oubli ses fredaines d'autrefois. Les Dinantois écrivaient le 23 septembre 1465 : ^ Est falme commune , que très haute princesse le Ducesse de Bourse goingne, à cause desdites injures , at conchut telle haynne, sur ceste ^ dite ViUe de Dynant, quelle a juré, comme on dit, que sil li devoit ^ couster tout son vaillant, fera ruynner cestedite Ville, en metaut <r toutes personnes à lespee. ^ [Dans les Documenta inédits , etc., 1. 11, p. 222.]
' Dès le 8 décembre , à Liège , où l'on était tout consterné de ce que le Roi de France reniait le Pays, on se déclarait prêt à s'accommoder à tout prix, à la condition expresse qu'aucune Bonne Ville ne serait réservée. Tune Leodienses consternati, clamaverunt quod vellent pacem, dummodo hàberent pacem gêner alem, in qua omnes essent inclusL [ Adrianus , ibid. , p. 283. ]
n fat toujours entendu par les Etats, que Dinant serait compris dans la paix; mais le Duc de Bourgogne parvint artificieusement à isoler Dinant des autres Bonnes Villes , pour en faire à sa volonté.
Ce fut vainement que les fiers Dinantois , ayant repris leur sang-froid , sollicitèrent un oubli généreux ^.
La trêve fut octroyée à toutes les Bonnes Villes, Dirèant excepté^.
La paix , aussi , fut accordée à tous les habitants du Pays, hormis à ceux de Dmomt ^.
' Les DiàantoÎB usèrent de tous les moyens, pour obtenir un honnête arrangement du Duc de Bourgogne. Us annoncèrent même au Comte de Charolois, qu'ils étaient prêts à faire iûX^ amende honorahlc qyx'û voudrait. Ils lui écrivaient le 16 novembre l46ô :
^ .... Comme à leur cognoissance soit parvenue que Sa Très Noble a Grâce est contre ladite Ville indignée, touchant aucuns injurieux ^ parlers par aucuns de ceste ditte Ville proférés , à la desplaisance de ^ Sa Très Noble Personne; que, desdits parlers, est laditte Ville tant ^ amèrement dolente et desplaisante que plus ne puet , et ne veult les ^ delinquans en riens advoer , ainschois tous les encoulpés , de ce que ^ len a pu trouver, sont appréhendés, pour en faire telle pugnicion et if execucion que à Sa Très Noble Grâce plaira, suivant lexigence a du cas.
^ .... Lesdis Remonstrans supplient Vostre Très Soble et Excellente f Grâce que, pouf lamour de Dieu, veuUe soû ite apaisier, tenâint la
# Généralité de laditte Ville de Dînant pour excusée , et Lui plaise sr faire cesser œuvre de fait (les hostilités), en parmettant laditte Ville ^ venir à paix aveuc la Cité de Liège et autres Boûnes Villes de ce if Pays, parmi telles obédiences, offres et amendes faisans,,.. ^ [Dans les Documents inédits , etc., t. II, p. 2ô4.]
* Dans un document du 26 novembre 1465, on lit : ^ Le Pays de
* Liège a dix jours de trieves, excepté Dinant ^ \I\nd,, p. 268.]
* Dans Tarrangement provisoire conclu le 22 décembre 146{>, on lit : ^ Bonne Paix perpétuelle sera entre mondit Seigneur, ses Pays et ^ Subges, — et lesdites Cité^ Villes et Pays de Liège et de Looz, et sf généralement tout le Pays de Lîege et de Looz, }%Qfs mis Ceulx de ^ Dinant,,, ^ [Ihid.^ p. 296.]
En permettant que Dinant fût excepté de la paix, les Députés s'étaient écartés de leur mandat ; car les Etats avaient expressément regeté cette exclusion spéciale*
120 CHAPITEE VII
Cette violente rancune s'évanouit la veille du jour que le traité définitif devait être conclu, le 23 janvier 1466. Le Comte de Charolois exprima son bon vouloir de s'arranger à l'amiable avec les Dinantois i. Il rusait. Le traité scellé, il redevint inexorable 2.
Les Dinantois vécurent dès lors dans des transes continuelles. Ils étaient en butte, jour et nuit, aux attaques des gens d'armes Bourguignons, et forcés, à chaque instant, d'implorer du perfide Comte de courtes trêves '^.
'A cet eff'et, le Comte de Charolois, par une dépêche du 23 janvier 1466, accorde une trêve de huit jours pleins aux Dinantois. ^ ... Nous fi avons accordé et ottroié, accordons et ottroions, par ces présentes, :f ausdis de Dînant ^ à la Franchiese dicelle, et aux biens et maisons if desdis de Dînant^ scitués et assis audehors de ladite Ville, bon, ^ loyal, seur estât, ^*tt5gt*6S à huit jours entiers prooliainement venant, a sans y comprendre le jour de la daulte de cestes. ^ [Dans les Documents inédits , etc. , t. H , p. 320. ]
- Ainsi, le 22 février, nouvelle déclaration du Duc de Bourgogne, que la paix est accordée aux Pays de Liège et de Looz, Jwrsmiseladictc Ville de Dînant — Le 22 mars , les Dinantois demandent une trêve de trente jours; puis une prolongation jusqu'au 15 mai, etc. [Tbid., p. 332,345, 350, etc.]
Les Dinantois acceptaient avec remerciement ces misérables trêves. Us écrivaient au Duc le 31 mars :
ss Très Hault, Très Puissant Prince et Très Honnouré Seigneur, if humble révérence , aveuc nous possibles services premis et offers à a Vostre Noble Grâce ; laquelle remercions tant afiFectueusement que if poons, du bon vouloir à nous demonstré touchant le seur estât a ottroiet à ceste Ville , commenchant xxv® jour de mars et durant ^ jusques au xv^ jour de may prouchain, lesdis jours inclus.... «s
"'' Nonobstant les trêves, les Bourguignons, sur Tordre secret de leur ^laître, se livraient à des agressions continuelles; et les Dinantois les supportaient, pour ne pas être accusés de vouloir letat de guerre. [/6/V/., p. 32b, 343, etc.]
Ces trêves , le Comte finit par les refuser.
Dans les premiers jours du mois d'août, ils apprirent que Dinant allait être assiégé i.
L'invasion se fit.
C'était une flagrante et odieuse violation des traités. On n'était pas en guerre. ' Nul défi n'avait été échangé.
L'armée envahissante était formidable : on y . comptait plus de quarante mille soldats 2. Le Duc la commandait en personne. Il arriva en litière à Bouvigne , car il était si usé par l'âge et les débauches , qu'il ne pouvait rester longtemps à cheval ^.
* Dans les premiers jours du mois de juin, le Comte de Charolois prévenait déjà ses gens , ^ pour ce que avons intencion de brief mectre ^ nostre armée sus, pour aler mectre le siège devant Cenlx de la YiUc s de Lignant. ^ [ Ihid. , p. 372. ]
* ^ niecq assembla le Duc si grand ost, que on disoit quils se trou- # yerent la moitié plus que le Comte de Charollois ne mena en Franche ^ lannee devant, et quils estoient trente mille payes, a [ Du Clercq , Mémoires, liv. V, ch. 60.]
Comme le guet-apens devait être victorieux, le Duc et son fils eurent Bar pied au mois d'août, à un certain moment, plus de soixante mille soldats.
n leur arrivait de partout des gens d^armes. La sentence du Pape avait été affichée aux portes de toutes les églises des provinces Bourguignonnes. I^us sententiam pagatim PhUippus templqrum valvis offigi curavit [Dans les Gesta Pontificum Leodiensium, t. UI, p. 161.] Les Indulgences de la Croisade étaient ainsi accordées à quiconque assisterait le Duc pour combattre les Liégeois.
' ^ Le Duc, qui estoit fort vieulx, telement que on le portoit sur «s ung lictier, y voUut estre. if IChroniqttes de Liège.] — «s Le Duc ^ de Boargongne Philippe sy feit mener en sa grant vieillesse en une If litière, tant avoit de hayne contre Ceulx de Dinant. ^ [CommineSj Mémoires j liv. II, ch. L]
La Ville de Dinant s'étendait sur les deux rives de la Meqse. Elle était entourée d un mur continu, haut et épais, fortifié de grosses tours. Elle passait pour inexpugnable i,
Elle fut investie le s^miedi 16 août, Lo mardi 19, de grosses bombardes la canonnèrent de trois côtés à la fois, et ne tardèrent pas h ouvrir des broches dans les murs et dans les tours.
Les Dinantois repoussèrent les assauts , et firent des sorties meurtrières. Ils étaient pleips de fermeté, les Liégeois leur ayant promis une prompte assistance 2.
* Fuit autem Dynantum Oppidum fntmitissimum , accessu difficile j aspectu incxpugnabUe ; vastissimis moenïbua in gyro circumdatum, et liinc Mosa ffupio y illinc vero excélsiê rupibus fo/rti obsidiane vallafum. [Chronicon LeodiensCj dans les Anàlecta Leodiensia, p. 150. ]
^ Dinant était si bien fortifié, que jamais Ton n'avait pu s'en emparer. Ses Bourgeois eux-mêmes en étaient venus à croire que leur Bonne Ville était inexpugnable. :f La Ville de Bynant oncques navoit esté ifi prinse ni gagnée , combien que plusieurs Empereurs , Roys et Ducs ^ y euissent mis plusieurs fois le siège, et jusques à dix-sept sièges s* à plusieurs et divers temps, ss [Du C^ercq, Mémoires, liv. V, ch. 47. ]
Aussi, aux premières approches, lorsque le Duc somma les Dinantois de se rendre , les Héraults ne furent accueillis dans la Ville que par des quolibets, au dire, bien «ntendu, des Chroniqueurs Bourguignons. if Apres les engins affustés, on somma à Ceulx de la ViljLé quils se ^ rendissent à la volonlié du Duc ; h qum ils rei^ondirent quils nen ^ avoient talent; et dissent moult de vilienies du Duc et de son F^L?, a car disoient : ^ Qui a mandé ce vieU moinart ffostre Duc , de ey if venir mourir? A-t-U tant v€seu,pour cy venir mourir si viUaine- ^ mend?.^^ M vostre Cof^ Cfuirlotd, qp^ faif-il cy venir mourir? If A malle lieure y vint-il oncques; il a le hefique trop josne! Ceulx de tf Liège le deslogeront brief vilUiinement f gs [ Je^., ibid., oh. 91. ]
£n cet instant, les Dinantois, dans leur exaspéF^tioji^, ^ feirent if desmenbrer ung messagier et ung enfant innocent (idiot) de l^u-
Pour narguer 1 ennemi, ils avaient placé, au haut d une tour, une femme en bronze qui filait, avec cette inscription :
Quand oest feme de filer cesserai, Le Dnc Flipe oest Ville aurat.
Le samedi 23 , le bruit se répandit dans Tarmée Boui*guignonne que les Liégeois s'avançaient.
Le DuG décida de les prévenir par un assaut général.
n n'eut pas à le livrer.
Depuis un temps immémorial, Dinant était divisé en deux factions. Dans Textrémité où ils se voyaient réduits, les gens riches complotèrent de se rendre, afin d'obtenir grâce. Ils s'adressèrent au Duc, et lui oflfrirent la soumission de Dinant , à condition que les habitants auraient la vie et les biens saufe.
Cette capitulation fut acceptée i.
^ vines. s^ [Id.jUnd.] Chose villaine! pour le naïf Chroniqueur, qui n^aura aucune critique pour le massacre de la population désarmée de Dinant, ordonnée de sang-froid par son MaUre, le cher Duc.
Ceci est à noter.
Dans les sièges du moyen-âge, c'était chose ordinaire, que les assiégés échangeassent avec les assiégeants des injures et des menaces. Ceuxlà étaient au-dessus , ceux-ci au-dessous du mur. Les Chroniqueurs Bourguignons ont recueilli, non les invectives de leurs gens, mais les réparties -des Dinantois.
' Les Dinantois s'adressèrent au maréchal et à un bâtard du Duc de Bourgogne haut placé. Bastardus et Marescalcus Burgtmdiae, qui rogaii a Byonantenstbus ^ iverunt ad daminum Bucem , et ohiinuerunt quod reciperentur ad misericordiam suam, [Adrianus, Md,, p. 293.]
Ainsi, le Duc fit dire aux Dinantois qu'il les traiterait avec indul-
Les Bourgeois furent réunis, et il leur fut donné communication de la fatale nouvelle. Un des Maîtres, Jean de Gerin, refusa dy croire. Il savait , d'ailleurs , ce que valaient les belles paroles du Duc. Relevant la bannière Dinantoise, il déclara que , pour lui , il était résolu de mourir les armes à la main ^ On blâma ces courageux conseils. Quand la nuit fut venue, Gerin et ses partisans abandonnèrent la Ville 2.
Le lendemain , lundi 25, les portes furent livrées aux Bourguignons 3.
gence, selon leur demande : Ohtinuerunt quod reciperentur ad misericordiam suam.
Jadis , Faire miséricorde signifiait : «? La grâce, le, pardon qu^on accorde à ceux qu^on pourr oit punir, ^ \Le Grand Dictionnaire de r Académie Françoise; édition in-folio de 1696, t. H, p. 46.]
* Igitur Byonantensîbus insimul congregatis, Magister Garinus dixity quod non hàberet fiduciam in alicujus misericordia: et accepit Standerium Villae, et dixit, quodparatus esset vivere et mori cum eis: sed si vellent reddere, ipse non permitteret se reperiri. [Adrianus, «:&/t?.,p. 294.]
* Alii cîamahant quod dominus JDux esset pius, ipse hàberet misericordium de eis, [Id. , ibid, , "p, 294,] Ces pauvres Dinantois, on le voit, se plaisaient à supposer que le vainqueur serait réellement clément.
^ De communi igitur consensUy Dyonantenses tradiderunt se in misericordiam domini Ducis, in crastino sancti Bartholomaei, [/</., îWef.,p. 295.]
Les Dinantois, en ouvrant toutes grandes leurs portes, croyaient en être quittes avec une amende honorable.
Cela est si vrai, qu'on exigea d'eux un serment, ^n acceptant les clefs de leur Ville. C est ce qu'écrit ce même jour le Comte de Charolois aux Magistrats de Malines : s? Très chiers et bien amez. Ce xxv** jour a daout, environ entre v et vi beures aprez disner, Ceulx de la Ville r* de Dînant ont fait obéissance, et se sont ronduz à la voulenté de
Le mardi 26, dans la matinée, le Comte de Charolois fit une entrée pacifique dans Dinant. La marche était ouverte par les trompettes , les fifres et les tambourins , puis suivaient une nombreuse chevalerie et une foule de piétons i.
Les Bourgeois hébergèrent dans leurs maisons tous ces soldats. Ils étaient confiants dans la promesse faite , que leur vie et leurs biens seraient respectés 2.
Cette promesse , c'était un leurre 3.
^ mon ires redoubtô Seigneur et Père, grasces à Dieu nostre créateur; fi et ont desja haillié les clefs de la dite Ville, et fait le serement es a mains des Commis de mondit Seigneur. Ce que vous signifions, ^ afiin que en rendez et faictes rendre grâces et loenges à Nostre as Seigneur. ^ [Dans les Documents inédits, etc. , t. II, p. 374. ]
• Igitur apertis portis , infravit dominus Carolus cum fubicinis et mimis et tympano Villam Dyonantensem , et armigeri multi secum. [Adrianns, ibid,, p. 295.]
Le Comte n'entre nullement en vainqueur , par une brèche , selon l'usage : il pénètre par une porte , toute large ouverte , comme un Seigneui' rentrant dans sa Ville.
' Cette clause de la capitulation , qui ne fut observée que pendant trois jours, le Comte de Charolois avait eu l'attention de la faire crier, et d'annoncer qu'il punirait de la hart ceux qui la violeraient. Et damatum est, quod nemini aliqua violentia inferretur, suh poena indignationis Bucis, neque acciperetur aliquid, praeter id quod ad vidum pertineret ; et sic feria secunda et tertia ohservatum fuit, [Id. , t5î<f.,p. 295.]
' Comme l'avait si bien dit Grerin , un manquement de parole ne coûtait rien au Duc. Le mercredi 27, de grand matin, ce prince tint un conseil secret à Bouvigne , pour décider du sort de Dinant et de ses habitants. Il arrêta ce programme : 1^ pillage général; 2^ expulsion des Bourgeois ; 3^ incendie de la Ville. Feria quarta , de mane , tnmvocato consilio sua in Borinia , fractatum hahuit, quid de Oppido fieri dèberet. Et fuit ihi conclusum, quod nemo aliquid inde nnmquam diceret : sed feria V et YI Oppidum spoliaretur, et Inhnhifantes salvis
126 CHAPITEE VII
Aussitôt que la Bonne Ville fut occupée, des traîtres désignèrent tous ceux qui avaient tenu des propos médisants contre le Duc et sa Famille. Incontinent, les uns furent décapités ou pendus; les autres, au nombre de huit cents, conduits sur le pont, déshabillés, garrottés par dix et par vingt, furent précipités dans la Meuse i.
A la soirée, les soldats égorgèrent leurs hôtes, et commencèrent le pillage 2. Us s'emparèrent
corporibus abire permitterentur ^ et in sabhato .Villa incenderetur. [/rf.,i6irf., p. 295.]
En France , on sut flétrir cet acte d^insigne lâcheté du Duc. Uu Chroniqueur écrit : s* Au commencement , lesdits de Dynan firent de ::: graus maux et damages ausdits Bourguignons ; mais en la fin , Ceux if de laditte Ville de Dynan , par trahison et autrement ^ fuKent surpris , gt et entrèrent les dits Bourguignons dedens icelle Ville.... gf \^Les Chroniques du Boy Louis XI, p. 59. ]
' gs Ces jours durant, on prist plusieurs Femmes pour scavoir qui ^ estoient les mauvais, et Ceulx qui avoient dit les blasphèmes du ï# Duc et de son Fils, lesquels furent pris et jettes, deux loys ensemble, a en la rivière et noyés. Touts aussi que on povoit scavoir quils a avoient esté cause de la guerre, feurent jettes en la rivière, s? [Du Clercq, Mémoires, liv. V, ch. 61.] — j* Et furent mis à mort hommes, :g femmes et enffans. Et environ huict cens hommes noiies en la ^ Meuze, liies 10, 20 ou 30 ensemble et ansy (jetés) jus du pont, i: [ Chroniques de Liège, ] — Commines ne mentionne que la noyade : ^ Et les prisonniers, jusques à huict cens, furent noyez. î# [Mémoires, liv. II, ch. I. ]
Dinant et sa Châtellenie avaient une population de plus de soixante mille habitants. On s'était réfugié à Fenvi dans le chef-lieu , afin de ne point être a des Gens darmes mangiez ne destruits... ^ Aussi, ù Dinant , «* se y avoit tant de vivres que merveilles ; et disoit-on quils sf estoient garnis de vivres pour trois ans. ^ [Du Clercq, ibid.l
* st Ceux qui y entrarent, y furent gratieux et paisibles jusques à if minuict;mais après, commencèrent à battre, et rompre les huys. a coffres, escrins, et piller tout, a [Haynîn, Mémoires, p. 70.]
Les Historiographes Bourguignons parlent du sac de Dinant, comme si c'était une action glorieuse pour leur Duc et son fils.
de tout, ouvrages en métaux, marchandises, meubles , livres , vêtements, et jusqu'au plomb des toits 1-
Le vendredi 29, on fit sortir des églises, où ils étaient retenus, les enfants, les] femmes, les vieillards; puis, après les avoir dépouillés, on les mena sur le chemin de Liège. Ces malheureux, affolés, pleurant et sanglotant, voulaient s'en retourner. On les chassa en avant 2.
* Tontes les maÎBonB -furent minutieusement fouillées et vidées. ^ La Ville dp Dynant estoit riche, car oncques navoU esté prinse m ^gagnée, peux de Dynant qui, de tout temps, avoient pillié leurs ^ Toisins, quant guerre y estoit, avoient tout apporté à Dynant....
^ Le mardi, le mercredi et le jeudi, on ne feit que butiner; et estoit ^ toute la rivière de lieuse pleine de basteaux pleins de biens , que on ^ vuidoit de la Ville; et si ne veoit-on touts les jours que chars, ^ charettes, chevaux, tonneaux, brouettes, chargies de biens quon ^ emportoit hors de la Ville , et hon^mes à pied et à cheval chargies de «r hieQ^; c^r il y avoijb tant de biens! ^ [Du Clercq, ibid.]
Le butin ei^ or, en ^gent et pn autres objets précieux fut si ponsi- 4éral)le, que des gens d'armes se trouvèrent du coup enrichis. Spolie^ in nuro et argenfo, ac m^ltifaric^ stfppeUectiliy quibits Qppidum afflitélHi^t (eraf ^^^^ domicilitim institorut^) cessere in sortes praedantiuw; fi^uUique de spoliia locupletati esse ref^tmtitr. [Chronicon Leodiense, dans les Aimlecta Leodicnsia, p. 159.] — Entre aut^^^es choses, le Duc butina la grande horloge de la Collégiale , et il en ht présent à la Ville de Beaune en Bourgogne , où. elle se voit encore.
Ai^ nombre des plus précieux objets qui furent volés , Ton doit en mentionner qui témoignent que les Dinantois, comme les Liégeois, aimaient les arts et les lettres ; c'étaient des livres. Plusieurs admirâbles manuscrits furent envoyés par les pillards à Paris, pour y être vendus. C'est un témoin oculaire qui le dit. Vidi ipse ex spoliis infortunçii Oppidiy grandia volumina sex in Lanticum Moîsi ah Origene édita, nitidisque çharacterihus sincère scripta; que Parisii venierunt, [Gaguini JRerwn Gallicarum Annales y édition de 1504, fol. 145', etc.]
' if Lesquels femxfken, petits enfants etgents degUse, à lissir hors de
Le samedi 30, à quatre heures du matin, on mit le feu à THôtel-de- Ville , aux églises, aux monastères, aux maisons i. Toute la Ville flamba à la fois 2.
^ la Ville , jetterent deux ou trois crys si terribles et piteulx , que tous s? ceulx qui les ouyrent eurent pitié et horreur, tant pour la pitié de ^ leur partement, comme pour les jpiteuses lamentations quils faisoient, ^ et pour aultres povretés. ^ [Du Clercq, Mémoires, liv. V, ch. 61]. — En Roman, comme en Wallon, le verbe crier équivaut à sangloter, à gémir désespérément. 11 a encore cette signification dans les faubourgs de Liège.
La plupart de ces tristes victimes succombèrent au dénûment et à la misère. Des jeunes filles de famille, en se trouvant sans parents, sans asile et sans pain, n'eurent plus d'autres ressources que la prostitution, j? Et à cause dicelle destruction , devindrent les povres Habitans dicelle ^ mandians; et aulcunes jeunes femmes et filles habandonnees à tout «s vice et pechie , pour avoir leur vie. s? [ Les Chroniques du Roy Louis XI y p. 59.] — - a? ... Et furent constrend des Bourgois, par force ^ de famine y demander laulmones. if [Chroniques de Liège.]
* On exécuta si bien le programme du Duc , que la Ville n'était pas complètement pillée quand le feu y fut mis; ce qui excita d'immenses regrets chez les pillards. ^ Icellui feu feit dommaige aux gens du Duc ^ plus de cent mille couronnes de butin , qui fust ards , nestant enooires 0 vuidés.... Apres que chascun fust parti de Dynant pour la chaleur ^ du feu , le Comte feit boutter le feu par toute la Ville et par touts les ^ Faubourgs de en tour la Ville. ^ [Du Clercq, ibid,, liv. V, ch. 62.]
* ^ Laquele Vile de Dinan fut pillée, desmolie et arse tellement , que gf il sembloit dès la première saison , que ce fust une Vile arruinee de gf mille ans. «? [Mémoires d'Olivier de la Marche , etc. ]
Ces ruines, comme une véritable conquête, restèrent la propriété du Duc de Bourgogne. Il les fit fouiUer à son profit pendant un an , puis les vendit, pour que le terrain fût livré à la culture. C'était son bon plaisir , que le nom de Dinant , comme la Bonne Ville , disparût à tout jamais, gf Et tellement y fust besoigné , que ceux qui regardoient la ^ place où la Ville avoit esté , pooient dire : Cy-fust Dynant. Car il ny ^ avoit maisons, moustiers, tourres, ne murailles, ne portes, que tout if ne fust ards ou abbattu. ^ [Du Clercq, ihid., ch. 62.]
L*incçndie de Dinant et la tuerie de sa population étaient chose si affreuse , que plusieurs Historiographes Bourguignons ont essayé d'en
Le lendemain dimanche, à laubc du jour, selon le bon plaisir du Duc de Bourgogne, il ny avait plus de Dinant ni de Dinantois.
décliner la responsabilité pour leur Maîti'e. Ils oublient que dès le mois de septembre 146Ô , la Famille Bourguignonne avait résolu , de sang-froid, la destruction de Dinant. Une seule citation suffira pour établir cela : ^ Maintes autres choses villaines feirent Ceulx de Dynaut ^ en despit du Duc et de son Fils ; desquelles le Duc et son Fils feurent 1^ advertis. Pourquoy le Duc et son Fils dirent, sîls prenoient ou ^ pouvoient conquerre la Ville de Dynaut, que ils la gasteroient et 9 desêruiroient du tout, et y feroient semer sel et fer, comme anchienne- ^ ment on faisoit quand on destruisoit une Ville; et ainsi en fust fait ^ [DuClercq, iWd.,liv. V, ch. 60.]
La Cité, — Sa désolation , à la nouvelle de la ruin€ de Dinant. — Les Bourgeois marchent contre le Duc de Bourgogne. — A Oleye, avant d'en venir aux mains, ils négocient. — Dignité et courage des Patriotes. — Siège et prise de Huy. — Approbation générale.
A Liège, on était prêt à aller au secours de Dinant. On avait fixé le jour du départ i.
Cependant, on ne partait point. Les Maîtres prétendaient que la Bonne Ville n'avait pas un pressant besoin d'assistance, et quelle tiendrait longtemps 2.
* Le jeudi 21 août, il avait été résolu en assemblée populaire, que, au premier coup de cloche , on marcherait au secours de Dinant. In crastino fuUpalaiium simul , et proposUum quod otnnes essent parati ad sonum campanae.
On fit crier en Hesbaye qUe tous les Hesbignons , depuis Tâge de quinze ans, prendraient les armes. Leodienses clafnari fecemnt, quod omnez de Hashania a XV amiis et supra , irent cum Leodienstbus ad bellum. [Adrianus, Diarum Leodiense, dans VAmplisshna Collectio, t. IV, p* 294]
* Au dire des Maîtres , rien n'était plus facile que de faire lever le siège. Quia hene facerent dissolvi ohsidionem, si velleni ordinale procedere,,. Pour ordonner le départ, il fallait que tous les Bons Métiers fussent bien prêts. Doniinus Baré interrogavit an Ministeria essent parata» Aliqui erant parati, aliqui non, [ Id, , ihid, ]
Ces préparatifs et ces retardements enfiévraient les esprits '^.
Le jeudi 28 août, dans la matinée, on ouït dire tout à coup, sur le Marché, que Dinant était pris 2.
On traita de bourde cette nouvelle ; on traîna même en prison celui qui Tavait répandue 3.
Un moment après, des gens de la Banlieue accoururent effrayés, répétant le bruit qui circulait en Hesbaye, que Dinant était détruit, que tous les Dinantois avaient été mis à mort K
Cette fois, il ny avait plus à douter. Les Bourgeois furent dans la stupeur. S'animant ensuite, ils sonnèrent le tocsin à toute volée, et se dispersèrent dans les Vinâves en criant : ^ Tra-
* £ntre tous, le Bon Métier des Vignerons était impatient de se mettre en route pour Dinant. Yitkolae fuerunt parati, et voîebant cxire ; sed posita estdies ad feriam quintam. Feria quinta, Vitkolae polébant exire; sed Magistri non erantparati. Et posita est diaeta ad tertiam feriam ad exeimdum, [ Adrianus , ibid, , p. 295. ]
* Circa horam XII quidam venit super Forum. Interrogatus autem de noms, dixit se audivisse did Byonantum esse captum,,.. [Id,, ibid,, p. 295.]
Ainsi, on connut seulement à Liège le jeudi 28, ce qui était arrivé à Dinant le mardi 26. Cela donne une idée de la difficulté et de la lenteur des communications. D'autre part, tous les courriers des Dinantois étaient tombés entre les mains de l'ennemi.
> Quem statim duxeruni in Violetta captivum, At ille dixit : 0 Boni Cites, quid vultis habere de me ? Homines ifUerrogant me de novis , dego dixi quod dici audivi in via de Hoyo. Quid a me quaeritisf Et fuit demissus, [ Id, , ibid. , p. 295. ]
* Posi primam horam, venit unus alius dicens famam esse in Hasbania, quod Byonantum esset captum, et omnes interfectû,.. [Id., ibid,, ^. 29b.}
^ hison ! Trahison ! Les Maîtres nous ont empêchés ^ daller à Vaide de Dînant ^l ^ Ils devinrent furieux. Ils montèrent à THôtel de Ville pour massacrer les officiers de la Cite. Ceux-ci s'étaient esquivés , sauf un seul , un ancien Maître, qui fut poursuivi, atteint, et criblé de coups 2.
Dans la soirée, on s'assembla. On parlait encore de se mettre en route, lorsqu'arrivèrent plusieurs fuyards Dinantois. Leurs récits remplirent tous les cœurs à la fois de pitié et de honte ^.
Le lendemain, samedi 30 août, le Peuple eut de nouveau à délibérer. Il se reprochait avec
* Statim in Foro artum est disturbiuM magnum, campanam pulaatam, et damatum, ad Magistros, traditores, qui deceperunt nos ne exiremus..., [Adrianus, ibid,, p. 295.]
* .... Cucurrerunt super ipsum, et cum habuisset ictun* in capite, vlamavU : Confessionem ! Confessionem! Sed in furare ocdderunt eum crudeîiter; et ferèbatur quod hdbuerat ultra centum ictus.,.. [I(i.,tW^.,p.296.]
' A rassemblée populaire qui eut lieu dans raprès-midi^ on s'était encore complu à croire que la nouvelle de la prise de Dinant était une vanterie , une manigance des partisans de Bourbon. Intérim coepit Populus congregari, et cessavU tumultus. Deliheraveruntque , quod incrastinOy sommo mane, exirent, qma istam famam dicebant esse confictam à traditoribus, [ Id, , ibid. , p. 296. ]
Tout cela indique que les Maîtres nWaient pas été les seuls coupables. Us avaient partagé Fillusion commune. Nul ne croyait que le Duc de Bourgogne pût rassembler une aussi puissante armée avec une si grande célérité; nul ne pouvait admettre une invasion sans défi: nul n'ignorait que Dinant négociait pour obtenir une bonne paix.
La manière dont le Duc et son fils perpétrèrent leur coup , fut du pur brigandage.
tant d'amertume sa lenteur, cause de la ruine de Dinant, qu'un Dinantois, le brave Jean de Gerin, s avança, et dit: i> Ne vous désolez pas ainsi de ^ n'être point venus à notre défense. Vous n'au- :; riez pu nous sauver. Peut-être même vous ^ serait-il arrivé malheur, car Tennemi vous at- ^ tendait avec toutes ses forces ^. ^
On eut à examiner un message du Comte de Charolois. Il se plaignait de ce que les Liégeois n avaient pas exécuté le dernier traité en tous ses points. Rase de Heers, au grand contentement de rassemblée, s écria que le Comte mentait sans vergogne ; ce qui ne devait point surprendre de celui qui avait si vilainement manqué de parole aux Dinantois 2.
Bientôt après, on apprit que les Bourguignons étaient entrés dans le Pays, que Saintron leur avait ouvert ses portes, et qu'ils s'étaient avancés jusqu'à Waremme.
On se tint prêt à marcher.
Le jeudi 4 septembre, les Bourgeois sortirent
* ElincrastinOydemanejConvocatopalatio,... AddîdUque Magister Garinus : Nolite turbari quod non existis , quia non potuissetis nos juvarCy et omnes fuissetis in periculo mortis, quia beUum contra vos erat paratum. [Âdrianus, ibid., p. 296.]
^ Dommus Carolus misit unum hyraldum ad Leodium cum liUera : qua lecta super palatium, Dominus Easo multum fuit locutus contra, et ^tod Byonantum fuisset traditum , et quod custodirent se depulchris ctrJns.,., [Id. , ibid., p. 296. ]
Rase de Heers connaissait bien les misères du passé.
Toute riiisioirc de Tintervention Bourguignonne, depuis 1430, est, eu effet, une histoire de fraudes, de fourberies, de mensonges.
de la Cité en bon ordre. Le soir, ils campèrent à Oleye, vis-à-vis de lennemi i.
Avant den venir aux mains, quelques personnes prirent peur. Elles se rendirent auprès du Comte de Charolois, pour connaître ses nouvelles prétentions ^. Il demandait que Ton observât les clauses du Traité de Saintron, et, pour garantie, il exigeait cinquante otages 3.
Ces propositions furent soumises à larmée. Elles suscitèrent de vifs débats. La majorité était d'avis de les rejeter, et de combattre. A la fin, le parti de la modération l'emporta, et elles furent admises ^. A Tinstant on décréta que, sous peine de mort , aucun des Bourgeois élus ne
* Definitum est , quod omnes qui passent portare arma , essent parait ad eundum,.., Sahhato Bominus Karolus venit in Waremia ; et Ltodienses fuerunt prope Waremiam in Olee, disposueruntque se omnes ad hélium,... [Adrianus, ihid., p. 297.]
Le village à^Oleye^ à 5 Vs lieues de Liège, est à 1 lieue sud^onest de Waremme.
' n y avait nombre de traîtres dans. la Haute Bourgeoisie. Us contrecarraient en tout les Patriotes. A Oleye, par exemple, on agit comme Peuple mal conduict, de Taveu de Gommines. tf Lesdictz ^ Liegois tenoieut contenance de Gkns qui desiroient la bataUhe, et ^ toute opposite de la paroUe de leurs ambassadeurs. ^ [Mémoires , liv. U,ch. L]
' Be sera venit dominus Benardus de Bovereur, partans responsum de Bomino Karolo, quod sicut semper dixeraif ipse vellet tenerepacem faclam, sed veUet quod quinquaginta absides intrarent astagia.... [AdrianuB, ibid., p. 297.] — Ce Ronveroy fut pour beaucoup dans les désastres qu'éprouva la Patrie. Il fut toujours au mieux avec les Bourguignons. Cela est avéré.
* Post meridiem fuere concordes ad implendum ca quae Bux requislsset. [Adrianus, ibid,, p. 297.]
pourrait refuser d'être du nombre des otages i. Ils furent remis au Comte de Ciiarolois le dimanche 7 septembre '^.
Le même jour, les Liégeois et les Bourguignons se retirèrent, chacun de leur côté 3,
Malgré ses abaissements, le Pays gardait l'inébranlable résolution de rester libre. A aucun
' Bi fuit sîatim clatyiattim, qu<^d quicumque cssct eledus, iretad hodagiaf sûb poena capUis et omnium bonorum. [Adrianus, ihid,j p. 297. ]
- Trente- deux otages furent fournis par la Cité, et six par chacune des Bonnes Villes de Tongres , de Saintron et de Hasselt, [Suffridi Chronicon Leodiense, dans les Gesta Pontif, Leod., t. III, p. 158, etc.]
La demande d'otages avait été, tout d^abord, très mal accueillie. (Tétait avec raison. Le Traité de Saintron était bien et duement scellé, et la parole Liégeoise valait certes la parole Bourguignonne.
Mais le Comte de Charolois, à son ordinaire, rusait. Il comptait se £ûre livrer pour otages les hommes de valeur , ceux qui constituaient la force politique du Pays. On lui remit simplement des Bourgeois notables. [Voir Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. H, p. 114.]
' Quand on fut de retour dans la Cité, Ton se repentit plus vivement encore qu'à Oleye d'avoir refusé la bataille aux bandes Bourguignonnes, harassées de leurs sanglantes débauches de Dinant. Dehacpraeparatiane heUandi et dimissione , multa postmodum fuerunt verha inter PoptUares et CopUaneos ipsorum, quia Populares semper poeniiuerunt 8€tu$êcnoHiniisseconflictum, quia Dùtninus Karolus , ut dicebatur , non crat panUuSj et exercUus ejus dispositus. [Adrianus, ihid., p. 297.]
On commit une grande faute et une plus grande lâcheté, en ne combattant point à Oleye , au sentiment de Commines lui-même. ^ Cesto :f uuictestoit lest des Bourguignons en grant trouble et doubte; car ils
* neetoient en rien cloz ny fort, et estoient séparez, et en lieu propice
# pour les Liegois, qui tous estoient gens de pied, et oougnoissaus ^ le Pais mieulx que nous. Aucuns deulx eurent désir de nous ^ assaillir; et mon advie est quilz en eussent eu du meilleur. Geulx qui ^ avoieut traicté lacord, rompirent oeste entreprinse* tf [Mémoires f hv. U, eh. I.]
136 CHAPITRE YIII
prix, il ne voulait supporter les bons plaisirs du Duc de Bourgogne et de son fils; à aucun prix, il ne voulait se laisser imposer pour Prince Timmoral complice de ceux-ci, Louis de Bourbon i.
La fierté nationale faisait oublier tous les désastres, et affronter tous les dangers.
Sachant qu on n'avait pour lui que mépris et haine, Bourbon n osa rentrer dans la Cité. Il continua de résider à Huy. Spectateur impassible des souffrances populaires, il ne songeait qua on tirer profit pour entretenir la discorde entre les partis, et fonder son despotisme 2.
' A des conférences qui se tinrent à Louvain dans le mois de septembre 1466, on établit comme base de la paix : Que Bourbon serait rpstauré, et qu'il aurait droit à tous ses revenus échus et à échoir; que ses partisans seraient réhabilités, et recouvreraient leurs biens. Videlied , fj[uod deherent recognoscere Dominum Leodiensem, et déberei levare hona sua ; et quod Uli qui tenuerani partem cum eo y deberent redire ad hereditates suas. [ Adrianus, ibid. , p. 298. ]
* Bourbon voulut , contrairement à Tusage , convoquer les Etats à Huy. On se récria vivement contre cette nouveauté. La Cité décida ([ue ses Députés se rendraient à Huy, non pas pour assister à une assemblée d'Ëtats, mais pour voir comment le Pays pouvait s'accommoder avec le Duc de Bourgogne. Sed Leodii,... post niultas altercationcSy fuit conclusum quod irent ad Hoyum, non tamquam ad diaetam Patriae, sed tamquam adunam generalem convocationem , ad inveniendutn uiodum quomodo Dominus Duxposset esse solutus, [Adrianus, ihid. , ]). 300.]
A la conférence de Huy , Bourbon fit le doucereux. Nul ne fut dupe de sa tactique. D se fait bonace pour recouvrer le pouvoir , disait-on : mais il n'en tient pas moins à Texécution entière des folles sentences du Pape et du Duc de Bourgogne. Si ses audacieux agents reviennent dans la Cité, ajoutait-on, on pourra bien renverser le l^cron, dire adieu à la liberté. Igitur drnn Magisiri et Praelati redissent de Uago, facta l'datione super palatium , et discussa causa ^ dixerunt : Dominus Léo-
A Liège, on traita en rebelle, conformément aux anciennes Paix, le Prince absent i. On institua un Comité de Bourgeois, pour prendre toutes les mesures que commandaient les nécessités du moment. La direction en fut confiée à trois Citoyens réputés pour leur habileté et leur courage: Rase de Heers, Guillaume de Berlo, et £aré Surlet de GhoJcier 2.
Une garde permanente fut organisée. Ceux qu'on y admit eurent un uniforme, et furent munis d'une trique plombée, par respect pour la
diensis vuU bene indulgere verbis, sed quando Lex esset, non relief renufUiare jtédicamento Summi Fontificis vel arbitramento Domini Ducis. Post hoc, quidam Frolocutor, nomine Wencelinus, dixit : Quod aporteret deponi Peronem , si alii iraditores redirent.,,. [ Adrinnus, ibid., p. 301.]
' Dans une assemblée des États , il fut résolu que le pacte d'alliance serait maintenu, quoiqu'il pût en advenir. De ce moment, on veilla à la sûreté de la Cité comme si .l'on était à la veille d'une guerre. Et canclusum quod servarent LiUeram Aîlegationum , quidqtiid inde eveniret. Et Uerum positi custodes ad exitttë viarum, ne aliquid ejcpartaretur de Leodio ; et coeperunt it^rum vigilare de nocte, [Id.y ifrîd.,p.301.]
* Non-seulement les fions Métiers, mais aussi les Vinâves, eurent leurs représentants dans le Comité. Et assumseratit secum de quolibet Minislcrio unum, qui Domino Bazoni placèbaty-et de quolibet Vico unum; et isti erant Secretum ConsilLum. [Jd., ibid., p. 303.] Le Comité était ainsi composé de trente-huit personnes.
A partir de la formation du Comité , le moine Adrianus cesse d'écrire avec sa bonne et loyale franchise. Il aime toujours son Pays; mais il lui préfère son monastère de S*-Laurent. Or, les Patriotes étaient de terribles gens : ils voulaient saccager le monastère , parce que l'Abbé avait des relations avec Louis de Bourbon.
Pour les événements qui vont suivre , on doit recourir avec précaution aux écrits des ennemis de la cause nationale.
loi, qui prohibait les armes. On les nomma les Vrais Liégeois ^
L'agitation ne fit que s'accroître, quand on apprit que Philippe de Bour^o^ne était mort à Bruges, le 16 juin 1467 ?,
Partout on se réjouit de cet événement. On cliansonna le vieux Duc trépassé, l'odieux auteur des troubles et des afflictions de la Patrie 3.
Le moment parut propice pour la délivrer de la tyrannie Bourguignonne ^.
* Donnnus lîaso vocavU ad se aliquos de Ministeriis.,», Et dedii eis plumbatas fustes ad custodiendas Frandsias, qui iverunt sicper Civitatem et per eccïesiqSi portantes jpraedictas fustes, in tnanibHS. Unâe datum fiiit eis nam^n : Vraya Ljgois. [A4rianu8, Hn^,, p. 303.]
- Âii fort de cette agitf^tiQn, il B*est produit Un fait qui indique que V imprimerie avait été iqtroduite h Li^ge. Les parjiiàaus de Qourbon répandirent et afifichèrent* plusieurs lettres — littéral — écrites en langue vulgaire , et dirigées çonti*^ le (Jo^té que dirigeait Bfise de Heers. Le moine Adrianus [*Mrf. ,P-304] 1ira4uit ainsi le titre de l'une d'elles: Bonus Ap^icu^ Civitatis et fatriae Leodiensis. Ces litterae, sans doute, étft^ent imp^-iraées.
L'imprimerie étant conque en divers Ij^u^ç dès. 1440, il est assez vraisemblable que la Cité de I^iège, si renommé^ alors par aop amour passionné pour les lettres et les arts , avait non-seulement des calligraphes, mais des typographes. [Voir plus haut, p. 110.]
^ Insuper ^ecantah^f^t ^erisçria^ fiçtçi et cornjposUa per ipso^j iti confusionem ipsius,^ [Chrmicofi Leodiensç, à^ns les Analecta Léodiensia, p. 195.]
^ En ces circonstaupeg pi graves , on vît arriver df^nq lit Cité TËvéque de Troyes, qui ventait h^utemeu^ exprimer |a sjpDps^tbie du Roi de France, amicitia Bçgis FratH^ ad Lefidienses.
A quelque tamps de 1^ , les Bourgeois qui étfiient eu otage en Flandre, adressèrent des lettres ^ 1^ Cité, pour la supplier de ne pas s'allier avec Louis XI, qui la renierait enppre i^u moment puprênie. A la lecture de ces lettres, Rase de Heer$ dit qu'il n y allait avoir nul égard, car ceux qui les écrivaient étaient de vrais esçiaveSj auxquels l'ennemi faisait
Tout d'abord, on tint à absoudre le Pays do la ruine et des massacres de Dinant.
Naguère on s'était emparé, sur le territoire namurois, de Jean Carpentier, celui des Maîtres de Dinant qui avait insisté, malgré Gerin et ses partisans, pour que Ton se soumît, de bonne grâce, au Duc de Bourgogne. Par dérision, on voulut lui faire Thonneur d'une entrée triomphale, semblable à celle du Comte de Charolois i.
Cette douloureuse fête eut lieu le jeudi 26 mars.
Vers trois heures de l'après-midi, Carpentier fit sa joyeuse-entrée dans la Cité , précédé de trompettes et de musiciens, suivi de Rase de Heers, et d'une lamentable foule de Dinantois, enfants, femmes, vieillards. Il fut ainsi conduit dans une dure prison 2.
dire ce qu'il voulait. Ohsides miserunt multas lUteras ad Leodium quod ienerentpacemy et non hàberent fiduciam in Bege Franciae, quia iterum essent décati, Dominus Razo semper respondit, quod non déberet attendi, quid ipsi scrihereni , quia essent sicut Servi , nec passent quicquam scribere sine licentia. [Adrianus, ihid., p. 309.]
Malgré ses manquements à la parole j urée , aux promesses faites, Louis XI ne cessait pas d'être bien vu dans le Pays. On savait que le Boi ne faisait pas ce qu'il voulait ou pouvait , avec un ennemi aussi brutal et aussi puissant que le Duc de Bourgogne. On s'efforçait de rexcuser.
* In coena Domini, XII sodi qui missi fuerant ad capiendum, si passent, Magistrum Johannem Carpentatoris de Dyonanto, fecerunt nuniiari Leodii adventum ipsorum, [ Adrianus , ibid,, p. 305. ]
«r En cest an , fut par les Dinantois prins prisoniers ung home de ^ bien, Jan le Charpentir, et lors la destruction de Dinan estoit ^ Bourgemestre dicelle;et fut menés à Liège, etc. ^ IChroniques de Liège.]
* Cum buccinis et mimis , eodem schemate sicut Dominus Karolus
Baurbon sollicita » vainement, la remise de Carpentien Le Comte de Charolois, devenu Duc de Bourgogne, la demanda aussi, sans plus de succèSi II écrivit aux Maîtres, que quarante otages seraient pendus, si Ton attentait à la vi6 de son fidèle sujet ^.
On fit un procès en règle à ce traître 2. Le mardi II août, il fut amené sur un échafaud dressé sur le Marché, où les Bourgeois s'étaient assemblés en armes K Après qu'on lui eut lu la sentence, il désira dire quelques mots; mais il en fut empêché pair les clameurs furieuses des Dinantois ^. Le bourreau lui ayant coupé la tète.
intraverut DytmemtiMhy excepta sôèo tympcmo, intrôdnxerîM ét^k in Civitatem , hora tertia post prandium. [ AdrianuB y ihiéL ^ ^ 305. ]
Item eodem tempare, magister Johannes Carpentarii ridiculoae inter duos Magistros Civium Leodiensium meditis posUtiSj in Civitatem in^c^Stv^uSy dangentîhus tubis, eodem fere scemate quo JDux Carolus hôHorifiûe in Oppidum Dionantense fuerat receptus. [Johannis de Loft Chtonicon Leodiense, dans les Analecta Leodiensia^ p. 45.]
* De isto captivOf Bominus Leodiensis scr^sit litteram.... Et dixU Dominais Raeo : Dux scribit litteras de captivo nostro, quod si oocidatur , muUi pejtts valebunt , etc. [Adrianus , ibid, , p. 305. ]
* Carpentier ne put se disculper ; il resta muet dans tous les interrogatoires. On fut contraint de le juger sur les dires de témoins à charge. Et ex quo nihil volebat dicere , quod iterum torqueretur, et si sic fùhU diceret, audirentur testes contra eum, [Id., ibid., p. 306.]
Le procès de Carpentier fut fait régulièrement; on voulait que sa punition n'eût point le caractère d'une aveugle vengeance.
' Tune perductus est Mtugister Johannes super zaphardumy etc.
[«.,»&MÎ.,p. 311.]
* Qu.i' rogavit quod posset loqui Magistris. Illi qui de Dponanto étant, tune clamare coeperunt : Date nobis traditorem, nos reddemus êi quod meruit, et faciemus justitiam ! [ Id. y ibid., p. 311.]
il ftit éoartelé^ et on exposa les quartiers aux aTenues du Marché ^
C^était provoquer manifestement le Duc de Bourgogne.
On se prépara à la gueire.
A Liège 9 un adjoignit à Rase de Heers et à Baré Surlet, quatre ca{>itaines de renom : Yincent de Buren, Hubert Surlet, Jean De Wildt, et JoSse de Streles.
Une seule Ville arait failli à Tacte d'union, et tenait arec le Prétendant.
C'était Huy 2.
On résolut de la soumettre K
Huy fut inTesti le samedi 5 septembre. Dans
' Et prout supra dictum in frustra concisus, indiversis locisper fttoMo^ sùi ûorporiê particidaê ignobUUer est ^auspensus. [ Jokànnes de Loe, ibid.^ p. 45. ]
' Les Liégeois avaient vainement adressé des lettres aux Mutres et aux Métiers de Huy, afin que cette Bonne Ville ne reniât pas ainsi sa mère, la Citéy et cela pour plaire à des traîtres. Leodienses tune misemni Mtzgistris de Hoyo unam litteram, et cuHïbet Ministerioimam, quod véllent recognoscere màtrem suam , Cmtatem Leodiensem, et ipsi redpererU eo$ ud veniam, dummodo Ulos traditares non vellent sustinere. [ Adrianus , ibid., p. 808. ]
' Le Duc de Bourgogne écrivit que Ton ne fît rien contre Huy, avant qu*on n^eÛt entendu Tambassadeur qu^il envoyait.
Quand oli donna lecture de cette dépêche , Rase de Heers s'écria : ^ Oh, que le vent est doux aujourd'hui! Mais ne nous faisons pas ^ plus esclaves que nous ne sommes. Gardons bien notre Indépen- ^ dance , et ne nous soumettons pas davantage au Duc. N'oubliez pas ^ ces deux points! ^ Tu/nc Dominus Bazo dixit super palatium : Oôventus est dîdcoratusf Habeamus noscaute. Ne nosfaciamus mugis Servos quam sumus; et teneamus lAbertates nostras* Ne stêèdmmmus nos Duciy plusquam fecimus. Haec duo commofèeo. [Id.y ibid,, p. 30S.]
la nuit du 16 au 17, une bande déjeunes gens, guidée par Guillaume de La Marck, s empara par escalade d une des tours. Elle se répandit dans les rues en criant: Ville gagnée! et en ouvrit les portes à l'armée Liégeoise. Bourbon et ses partisans, saisis d'épouvante, s'enfuirent en désordre presque nus ou à demi-vêtus i.
Non loin d'Andenne, les fuyards rencontrèrent des cavaliers et des piétons Bourguignons qui venaient au secours de Huy. Une troupe de Liégeois tomba vivement sur eux, en tua plus de trois cents, et mit le reste en déroute 2.
Ce double succès enorgueillit les Bonnes Villes, les Communautés. La Cité fut illuminée. La joie était unanime ^.
On s'attendait à la reprise des hostilités. JSEtendard de Charlemagne fut déployé sur le
' Bominus Leodiensis.^y hora erat u^ndedma^ fugit versus Namurcum.,.. Tantus enim timor et stupor Hoyenses, et qui ihi tam ex Clero quam ex Populo erant^ arripuerat^ ut sola corpora salvare cupientes, àliqui quasi nudi, aliqui semivestiti effugerent, sua omnia etiampecu" nias relinquentes. [ Adrianas, ibid., p. 313. ]
' ^ Telement qu^ils furent constrainct se mettre en fuitte , et per- ^ dirent environ trois cens homes. ^ [ Chroniques de Liège. ]
On eut ridée, pour en finir, de s^emparer de Namur, où s'étaient réfugiés Louis de Bourbon et les siens ; mais on préféra mettre au pillage les biens qu'ils avaient amassés à Huy. Quidam statuerunt cum uno eodemque impetu ire ad Namurcum , et facere finem de inimicis suis; sed alii magis fuere intenti circa spolia; et sic redierunt die tertia ad propria. [ Adrianus , ibid., p. 314. ]
' At ubi ista nuntiata sunt , factum magnum gaudium PopiUaribus.... Et imponébantur candelae ardentes mille et mille pro Victoria de Hoyensibus habita, [Id., ibid., p. 314. J
grand autel de la Cathédrale. L'église resta jour et nuit ouverte, afin que Ton pût à toute heure y venir prier et s y reconforter i.
Le Pays était plein d espoir. Il comptait bien s'affranchir de l'influence étrangère, et revivre suivant ses anciennes lois.
* Bogaverunt Constdes illos de Majori, quod ostetiderent Standerium mncti Laniberti, et panèrent super altare. Qui statim illudposuertmt super altare in Sancto Lamherto..,, Fanehanturque muMae candelae ante Standerium ; ... et quicumque praekrihat etiam in exercitu, flectébat genua ad terram ac si Beus descendisset in castra, etc. [Adrianus, ihid., p. 315.]
Le Pays. — Le Duc de Bourgogne le défie par Tépée et la torche. — n envahit la Hesbaye. — Bataille de Brusthem. — Les Liégeois sont défaits. — Abaissement des Bonnes Villes. — La Cité est trahie et livrée. — Le Pays renonce à toutes ses Franchises.
Le Duc de Bourgogne avait à ses ordres une armée permanente, qui ne demandait qua^ guerroyer i.
Les événements qui venaient de s'accomplir ne le prirent pas au dépourvu.
Il se résolut de maîtriser, à toute force, un Pays qui dérangeait, comme à plaisir, les projets de son ambition.
11 envoya défier les Liégeois par un hérault,
' Avec son armée permanente , et par Tétendue non moins que par la richesse de ses domaines , le Duc de Bourgogne s'était acquis une rare supériorité dans TOccident.
A bon droit, les sympathies de la postérité iront toujours, non su Potentat, mais à la petite Nation qui a si héroïquement défendu sa liberté.
qui tenait d'une main une épéo nue, et de l'autre, une torche allumée i.
C'était annoncer, à la vieille manière barbare, qu'il ferait une guerre d'extermination 2.
Le Duc avait bien pris ses mesures. Il avait convoqué ses feudataires et ses milices 3,
Le jeudi 22 octobre, il ordonna à son avantgarde de pénétrer dans la Hesbaye ^, Le 27 , il vint lui-même investir la Bonne Ville de Saintron , mettant tout à feu et à sang sur son passage ^.
' Tous les Annalistes contemporains mentionnent ce sauvage déii. 4J«* ati^em id negocii excquebantur , una manu exerium gladium, altéra faœm ardentem gerébant. [Gaguini lîertim Gallîcarum Annales, édition de 1504, fol. 146; Naucleri Chrmica, édition de 1516, t. Il, fol. 293 , etc. ]
* Partout, on comprit que le Duc de Bourgogne voulait anéantir la Nation Liégeoise. Hac re significantes , Leodiorum Gentem igné ferroque perdendam à Carolo fore, [Gaguinus, ibid., fol. 146.]
' Le Duc fit crier dans tous ses Etats , par des héraults , qu'il allait avoir la guerre avec les Liégeois. Mittitque per insigniora suae DUionis loca hélium Leodiis indicere. lld. , ibid. , fol. 146.]
* L armée Bourguignonne était, dès lors, toute réunie dans le Brabant ^ Alentrée du mois doctobre dudit an (1467), larmee du ^ Duc fut toute preste pour aller contre les Liegois. ^ [Jeban Wavrin, Andiiennes Crorncques d'Engleterre; édition de Paris, 1859; t. n, p. 355.]
' Louis XI s'entremit, au dernier moment, pour empêcher la ruine de ses courageux alliés. Le Duc reçut son ambassade à Louvain, où il surveillait le rassemblement de ses troupes. ^ Là arriva devers luy ^ le Conte de Saint-Pol, Connestable de France, et le Cardinal de f La Balue et aultres ; lesquelz signifièrent au dict Duc de Bourgongne ^ comme les Liegois estoient Allyez du Roy, et comprins en sa Trefve; sf ladvertissant quil les secourroit, en cas que ledicf Duc de Bourgongne sf les assaillist. ^ [Commines, Mémoires, liv. II, ch. 2.]
Le Duc n*eut égard ni à la recommandation ni à la menace de Louis XI , étant sûi- de vaincre , et les Liégeois , et les Français.
Depuis un temps immémorial , on tenait à honneur d'observer ce dicton:
Que nul n*enti*e dans le He&bain, Qu'il ne soit combattu demain '.
Cette fois encore, on voulut se montrer digne des ancêtres.
A la nouvelle de Tiovasion, la cloche d alarme avait commencé à sonner.
Le Pays s'était assemblé. Il avait décidé que Ion irait, sans nul retard, à la rencontre de lennemi 2.
On avait choisi le Sire de Berlo pour porter Y Etendard; on lui avait adjoint, selon l'usage, seize Chevaliers pour veiller à la défense de sa personne ^.
Le vendredi 23 , l'armée était prête.
* Voir les Mémoires d'Olivier de la Maitslie, Capitaine de la garde du Duc de Bourgogne; liv. U, ch. I. •
Par Hesha^e, on entendait aussi bien le Pays Liégeois en général, que la Hesbaye proprement dite.
* Cette résolution fut prise le mercredi 21 octobre. - In crasUno, palatio oontocatOi BalUvus de Lugduno fuit praesens, eêdisputaia materia exeundl..,» [ Adriani Biarium Leodiense, dans YA9»pl%8sima CoWcc^io, t.IV,p. 316.]
Ce Bailli de Lyon était un Ambassadeur résident du Roi de France. Quoique l'assistance de Louis XI fût touto morale , elle suffisait pour reconforter nos tiers patriotes.
' Le Sire de Berlo s^était excusé d'abord de porter VMendard^ un tel honneur ne pouvant appartenir qu'aux Advoués de Hesbaye. Jt^ fuit electus Dominuè de Bierlo ad portandum Stuiderium; quod Ùle dixit non esse offidi sut; sed quia iUi ad quos pertinehatf non esoent praescnteSy non velleteis facere aliquod praejudicium, ipse faceretf Deo juvantCf fidditer quodposset. [Id.,, ibid,, p. 316.]
Dans raprès-midi, elle défila sans bruit par la porte S*«-Marguerite. Elle alla s'anuiter à Xhendremael ^. Le 25, elle se dirigea sur Brusthem, à une deini4ieue en deçà de Saintron. Ce fut là queut lieu le campement, en attendant l'arrivée des milices Lozaines ^.
Le mercredi 28, lennemi ayant fait une marche en avant, on se prépara au combat.
Le Duc de Bourgogne avait environ treize mille gens d'armes et neuf cents archers à cheval, vingt-cinq mille piétons, et une multitude de bombardes bien montées ^. C'était la première
* In die Severini, de mane, pulsattim estjtf^ta nwrem, etpraeparaverunt se, Hora nona, depositum est Standerium, et deliberatum D&mino de Bierîo; et fecU juramenta consueta, Post diwdecim, incoqperunt exire, Domino de Bierh portante SiAnderinm,.,, [Id., ibid. , p. 316. ]
* Brtésthem, où eut lieu le campement, était une Communauté du Pays de Liège , à sept lieues environ au nord-ouest de la Cité. Elle avait une forte population, et vivait dans une grande aisance, grâce à ses nombreux drapiers.
Brusthem fut incendié par les Bourguignons. Il n'a jamais pu se relever de ce désastre.
' Il paraît que cette forte armée n'était qu'une simple avant-garde. U arrivait tant de contingents des vastes possessions Bourguignonnes , que le Duc eut, à certain moment, plus de cent mille hommes pour écraser le pauvre Peuple Liégeois. Ses Historiographes sont d'accord là -dessus, if Et sembloit que sans ouvertement enrager, et estre ^ hors de sens, les Liegois ne dévoient entreprendre icelle guerre, ^ cognoLSsants la nature du Duc et ses puissances. Et ay ouy dire , if que à celle fois le Duc avoit trente mille payes aux champs à monstre ; ^ de quoy il faut deux archers à cheval pour une paye; ... sans compter ^ les autres suivants un camp , et dont Ion ne se peut passer : de sorte ^ que Ion tient quil avoit en son armée bien cent mille hommes. ^ [ Haynin , Mémoires , 1. 1 , p. 82. ] ^
Commines ne cherche pas à nombrer, mais il écrit ces mots, fort
bataille qu'il allait livrer, depuis son avènement au Duché. Tout en se flattant d'avoir bon marché de ses adversaires, il disposa ses troupes avec une extrême prudence. Il sentait que sa fortune dépendait du succès de la journée i.
Les Liégeois, de leur côté, commandés par Rase de Heers et Baré Surlet, firent preuve de progrès dans la tactique. Ils étaient trentecinq mille piétons, armés de longues piques, et cinq cents cavaliers 2. Profitant de la configuration du terrain, ils appuyèrent leurs ailes à des marais; ils couvrirent leur front par un fossé, qui fut défendu par cent-trente serpentines et six longues bombardes. Ils étaient tous animés du désir de bien faire. Les Tongrois, après un vif débat, avaient obtenu d'être au premier rang, pour avoir Thonneur de Tattaque.
biguificatifs : st Sou armée estoit ires grosse; car tout ce qui estoît peu ss venir de Bourgongne, sestoit venu joindre avec Iny; etneîuyveU sf jamais tant de gens ensemble, à beaucoup près.,,, tf [Mémoires, liv. II,ch. 2.]
* Tout cela frappa- Commines. Il écrit : s? Je ne me trouvay oncques if en lieu aveuc ledict Duc de Bourgongne, où je luy veisse donner bon ^ ordre de soy, excepté ce jour... ^ [Mémoires, liv. Il, ch. 2.]
* Toute Tarmée fut mise en ligne, quoi qu'en dise un Historiographe Bourguignon. ^ Et pouvoient bien estre en ladicte avant-garde des ^ Liegois, seloiî'leur propre confession , à lentour de vingt quatre mille «s hommes, gt [Haynin, Mémoires, 1. 1, p. 85.]
Commines, bien renseigné, dit nettement : ^ Les Liegois vindrent ^ en très grant nombre de gens , comme de trente mil personnes et plus , ss que bons que mauvais (mal équipésj, tous gens de pied , saurenviron ss cinq cens chevaulx, et grant nombre dartillerie. «* [3[émoires , liv. Il, chap. 2.J /
11 était quatre heures, quand les trompettes donnèrent le signal.
La lutte s'engagea bravement, entre les avantgardes. Les Tongrois plièrent. En reculant, ils jetèrent le désordre parmi les Liégeois i. Ceux-ci, prestement ralliés par Baré Surlet, recommencent le combat avec vigueur. Ils obtiennent un avantage marqué en abattant, en un instant, plus de cinq cents gens d'armes. Ils étaient maîtres du terrain 2. La Chevalerie Bourguignonne, par un mouvement tournant, les prit alors en flanc. Une horrible confusion se fit 3. La bataille était perdue ^. Près de sept mille Liégeois furent
* Tungrenses exiverunt priml contra adversarîos, et statim terga ctrlerunt; quod Leodienses post cos venientes ut viderunt, etiam fugere cœperunt. • [ Adrianus , ïbid, , p. 316. ]
* ^ Quant le traict fut failly aux nostres, le eucur revint ans ditz fi Liegois, qui avoient leurs picques longues, qui sont bastons ad van - :f taigieux. Et chargèrent sur nos archiers et sur ceulx qui les con- ^ duisoient; et en une troupe tuèrent quatre ou cinq cens hommes en ^ ung moment. Et hranloient toutes nos enseignes, comme gens qtiasi a desœnfitz.,. ^ [Commines, Mémoires j liv. II, ch. 2.]
' Tanta est facta confusio inter eos , quod omnibus rélictis et curribus et bombardis, etc. [ Adrianus , ïbid. , p. 316. ]
* Les Liégeois essayèrent vainement de tenir contre les masses Bourguignonnes, gf Les ditz Liegois , après quils furent rompuz, se ^ rallièrent ung petit à lentour de leur' charroy , et y tindrent bien ^ peu. 3f [Commines, ibid,, liv. II, ch. 2.]
Des divers récits , il résulte que les Liégeois furent sur le point d'être victorieux. Il leur manqua , pour triompher , le simple savoir-faire du soldat Bourguignon, c'est-à-dire Tobéissance passive aux ordres d'un chef unique. C'est ce qui fut reconnu en assemblée populaire. Convocato pcdatio in die Omnium Sanctorum, propositum fuit quod Fopulus valde inordinate se haberety unde ista contigissent. Et dixit Ballivus de Lugduno, quod per jurafnentum suum, si credidissent consilio,
tués. La nuit qui survint, en arrêtant la poursuite, sauva la vie à des tas de fuyards ^. Vers les dix heures, le Sire de Berlo, escorté de sept Chevaliers, rentrait au galop dans la Cité, rapportant Y Etendard brisé et déchiré 2.
La sanglante défaite de Brusthem eut dos suites ftinestes ^.
Le lendemain, le Duc mit le siège devant Saintron. Le 2 novembre, il accorda une suspension d'armes à cette Bonne Ville. Le 7, il
qptime fuerant disposUi ad vidoriani obtinendam, [ Adrianus, i&ûf.. p. 317.]
Victoire ou défaite , peu importe. Gloire à jamais à cette poignée de LiégeoiB , affrontant résolument une armée envahissante !
' Commines évalue à six mille les tués sur le champ de bataille, et remarque que ce chiffre, tout élevé qu'il est, est encore au-dessous de la réalité, a Bien mourut quelque six mil hommes , qui semble beaus* coup à touttes gens qui ne veuUent point mentir... Si ce neust esté if la nuict, il en fust mort plus de quinze mil. ^ [Mémoires y 11 v. II > ch. 2.]
Le brave Baré Surlet fut abattu d'un coup de lance.
Les pertes du côté des Bourguignons durent être sérieuses aussi, si Ton songe combien Tissue de la bataille avait été douteuse.
Les cadavres des Liégeois furent enfouis dans une immense fosse, sur laquelle on iit un amoncellement de terre. Cette tombelle existe encore. Il serait bien, ce nous semble, d'y placer une pierre cornmémorative.
' Circa horam X de nocte, venit Domintês de Bierlo cum septem equis , re^ortans Standerium firactum et dilaceratum in Leodio. [ Adrianus, i&td., p. 317.]
' C'est presque toujours le vaincu, cela est à noter, qui fait d*une bataille perdue un désastre.
Eu voyant les funestes événements que la défaite de Brusthem iimena, Commines se trouve fondé à poser ce judicieux axiome : ^ En s5 toutes façons i une bataille 2)er due a tous jours grant queue, d mau- 9 taise 2iOur le perdant, ;* [ Mémoires ^\\\, II, ch. 2.]
y entra, les portes toutes firandes ouvertes. Il voulut terrifier. 11 désigna dix Bourgeois, qui lui furent amenés : il leur fit couper la tète i. Dans le Comté de Looz, il abatidonna au sac et au feu les Villes et les Bourgades. ïongres, étroitement investi, ne fut reçu à merci quen livrant à son tour dix victimes 2.
Rien n'arrêtait sa marche s.
Dans la Cité, le Peuple était en un grand ti-ouble. Les Patriotes, toutefois, retrouvèrent bientôt le sang-froid et Fassurahce. Ils se mirent à réparer les murailles, à creuser les fossés, à fortifier les avenues ^.
Entretemps, les Bourgeois timorés et les
' if Tost a])res, Ceiilx de la Ville de Saiiitroii se rendirent en la voul-
# Icnté du Duc... Et fist illec le Duc décapiter dix des plus rebelles, If pardonnant aux autres par ce moyen.... s* [ Wavrin, ibid., t. H, p. 360.]
* ^ .... Et de là le Duc sen allât mettre le siège devant Tongrc; ce s? que les Tongrois de hardy courage attendirent ; mais pour ce quicelle sf Ville nestoit tenable pour résister , firent semblable composition que ^ cieux de Saintron, et baillèrent dix hommes en ostaige, les plus :: souffîsants de la Ville , lesquels le dit Duc fit décapiter, n [Cîtr(miqut'S
' Erercittis veroDûcisper Hasbdniam veniens versus Lcodhim tcndebat. [Johannis de Los Chronkon Lcodiense, dans les Ancdeda Lcodiensiaf p. 53.]
Le Duc s'avançait contre Liège avec plus de soixante mille hommes.
# Le Duc Charles de Bourguoigne sen alla devant la Cité de I^yege a atoute son armée, laquele on exstimoit h LX™ combatans ou plus, et ^ grant plenté dartillerie. tf [Wavrin, ibid., t. H, p. 36 L]
* Rase de Heers, qui avait vaillamment combattu à Brusthem, était à peine rentré dans la Cité, qu'il la mettait en état de défense. Illis dicbttSy bominus Uazo ivUcirca Leodium , et fccit fossata et fiiunltloncs, [Xàriauus, tbid,, p. 318.]
membres du Cierge envoyaient une députation au Duc. Sous le prétexte qu'il ne fallait pas empirer la situation , ils déclaraient qu'il ne fallait l)as essayer de se défendre. La plus petite résistance, pourtant, eut été le salut. En tenant quelques jours seulement, le dénuement complet de vivres, et la pluie froide et battante qui no cessait de tomber, auraient contraint lennemi à une retraite désordonnée i.
Vaine discussion. La majorité statua que Ton ferait une prompte soumission.
Le mercredi 11 novembre, les Bons Métiers élurent trois cent et vingt-deux Bourgeois, qui, en chemise, la tète et les pieds nus, s en allèrent àTabbaye de S^-Gilles, où se trouvait le Duc, pour remettre à sa discrétion la Cité, sauf le feu et le pillage -.
• Commines ne peut comprendre comment les Liégeois prirent Tinr ([uuliiiable résolution de ne se pas défendre, ou, tout au moins, de ne pas résister pendant quelques jours. ^ ... Liège estoit une si puissante ^ Cité et avoit si grant Peuple , quil ny apparoissoit eu riens de la ::: perte de la bataille. Hz navoieut aucune nécessité de nulz biens: et iî si estoit en fin cueur dhyver; les pluyes plus grandes quil est possible ^ de dire; et le Païs de soy tant fangeux et mol, qua merveilles; et ^ si estions en grant nécessité de vivres et dargent ; et larmee comme ^ toute rompue ; et si navoit ledict Seigneur Duc de Bourgongne nulle ti volonté de les assiéger , et aussi neust-il scu ; et quant ilz eussent *s attendu deux jours à eulx rendre, par ceste voye il sen fast re- ^ tourné... ^ [Mémoires y liv. U, ch. 3.]
* Ceux qui firent partie de la députation avaient été élus par les JJons Métiers, et ils durent accepter leur mandat sous peine de mort. Frria quarta, electl sunt CGC de Ltodlcnsïbus qui dehébant accipcre rcnium in lineis; et clamcUum quod ireni suhpoena vapitis. [Adrianus, ibid., p. 31H. ]
Après le départ de cette députation, on proposa de rompre la négociation, et de se défendre. A neuf heures du soir, le Peuple fut convoqué sur le Marché, pour délibérer sur le meilleur parti à prendre. Le débat fut long et animé i. A deux heures du matin, on avait fini de voter dans les chambres des Bons Métiers. Il n'y avait que quatorze mille voix pour la résistance: la proposition des traîtres et des lâches prévalait ^. Alors Rase de Heers et ses partisans, au nombre de plus de cinq mille, se sauvèrent par la porte d'Amercœur 3.
* ^ Les ungz vouloient tenir et deffendre la Cité , disans quilz estoient
# assez de Peuple ; et par especial estoit de cest advis ung Chevalier ^appelle Messire Rase de Heers. Daultres, au contraire, t'ouhirent ^ paix, au dommaige de ce que ce fust.,.. Les ungz vouloient quon a assajUist, les aultres non. «? [Commines, Mémoires, liv. II, ch. 3.]
* Cette nocturne votation des Bons Métiers , sur une question de vie ou de mort pour la Cité, est ainsi notée par un Chroniqueur Bourguignon : if Et SI se conclurrent illec aulcuns des Mestiers, jusques au s: nombre de XIU ou XIIII™ hommes, de combattre le Duc; lesquelz, ^ enfin, se reduirent en la vouUenté des autres, s? [Wavrin, ihid., t U, p. 362.] Il y eut ainsi , au moins , 30,000 votants.
' ^ Et furent long temps en ce palais (assemblée), et jusques à bien sf deux heures après minuict; et là conclurrent quils tiendroient ^ lappoinctement quilz avoient faict, et que le matin bailleroient une ^ des portes; et tout incontinent senfuyt de la Ville ledict Messire Rase if de Heers et toute sa séquelle, s? [Commines, ihid,^
^ IjCS ungs estoient dopinion de résister au Ducq, les aultres coun seilloyent de faire appoinctement ; enfin, fut telement besoingné par
# aulcuns quy estoyent peu auparavant retourné à Liège ,' et quy ne ^ vouloient estre ingrat vers le Ducq du bénéfice quil leur avoit faict, «5 conseillèrent aux Bourgois de shumilier envers ludict Ducq ; et tant ff fut leur parler agréable, etc. *r [ Chroniques de Liège. J
Ainsi, les traîtres obtinrent l'appui des indécis, des trembleurs, par
On était prot pour J obéissance i.
Dos Officiers ipoiirguignons furent introduits dans la Cité. lU s'installèrent en niaîtres à rilôtel de Ville, et conimandèrent. Ils firent sauter de ses gonds la porte de S<^-M^rtin, popr faciliter la venue et la sortie de leurs hommes. Ils ouvrirent une brochp de vingt tpiseSj en renversant dans le fossé la muraille qui s'éten4ait de la tour S*-Martjii à \^ porte ^te-Margnerîtp. Ils exigèrent la rernise dp toqtos les armes et de toutes les arrfl^res, qui furent ciiarriées dans le Brabant 2.
Les Bourguignons se trouvèrent ainsi sûrs d'eiix-mômes '^.
Le mardi 1 7 noverabre , à dix heures du matin , au milieu d'un morne silence, le Duc de Bourgogne, à cheval, arpié de toutes pièces et Vépoo
(le fallacieuses promesses. Tous ensemble, ils vouloient paix , au dommaiffe de ce que ce fusty ainsi que s'exprime Commines. Ils eurent cette paix , et telle qu'ils la désiraient.
* sf Puis, tost aprez, to^^. dun acord commuq, envoierept devers le; s» Duc luy présenter les clefz de la Ville, et délivrèrent à ses gens î# quatre des principalles portes dycelle. «s [Wavrin, ibid., t. II. p. 362.]
* Dominica depositae st^nt jmuae Sg/ncti Martini ; et feria secunda incoeperunt destruerç muros Civitatis Leodiensis infra Sanctum Marflnum et Sanctam Margaretam. [Adrianus, ibid», p. 320.]
*f Les armures , artillerie et instrumei^s de gère furent incontinent j* aportees hors de la Cittés, et mis en la puissance du Duc de Bourse gonge, etc. ^ [Chroniques de Liège,]
^ a Le Duc envoia grapt planté de ses gens dannes, et tant en «f entrèrent dedens Ift Cité, qpilz povoient bien estre maistres dycelle, ^ [ \Vn vrin . ihid. , t. JI , p. 362. ]
niie, ayant à sa droite Louis c[c Bourbon, entra triomphant dans la Cité par la porte S^^-Mar^erite 1. Sur son ordre, les Bourgeois et les Bourgeoises, les enfants, les prêtres et les moines, se trouvèrent rangés sur son passage, la tête découverte, un flanibeau allunié à la main, et psalmodiant des prjères, pomme tous gens implorant la gr^ce suprême ?.
Le Dqc se Gqndii||sit en vainqueur brutal , acharné ^.
' f Ijc Duq entra en ia Cité 4e Liège en grant triumphe ; et lay {u3t ^ abbatu vingt brasses de mur et uny le fossé du long de la grande ^ bresche. ^ [Commines, liv. H, ch. 4.]
^ Monseigneur le Duc entra dedans la Cité à bannijBres desployees , n en aussy belle ordonnance que faire se povoit, saulf quon ne sonnoit if aucunes trompettes devant le Duc , pour ce quil estoit encores en deul sf de son père, a [Haynin, Mémoires, p. 98.]
if Ledit Duc entra dedens la Cité, non mie parmy les portes, qui jà ^ par son commandement estoient abattues , mais par les fossez , qui a estoient raemplis de la muraille. ^ [Wavrin^ ihid., t. II, p. 363.]
' Etcirca horam nonam incoeperunt intrare Ci vit atem per portant S, Margaretae , et stàbat Clerus àb una parte nci cum taedîs et torticiis ardentibîis, Populus ah alia ordinatim,... [Adrianus, ihid,, p. 320.]
Le Duc descendit la Haute-Sauvenière , et prit par les rues de la Wache, du Dragon-d'Or, Sur-Meuse, du Pont, pour déboucher sur le Marché , par où il se rendit au Palais. Cumqtœ infcr nonam ac decimam per portant sandae Margaretae ingrederetur, iterque inde rétro sanctum Dionysium per Novam Plateam Pontanam, perque Forum ad Palatium faceret..,, usque ad horam a meridie quartamcontinuata fuit. [Suffridi Chronicon Leodiense, dans les Gestu Pontificum Leodiensium, t. m, p. 169.]
Tous les gens d'armes qui précédaient ou suivaient le Duc , étaient à pied. L'entrée des troupes ne cessa qu'après quatre heures, lorsque la nuit survint.
' Le triomphe facile du Duc est exalté par les Chroniqueurs Bourguignons, if Ainsi, comme vous oëz, fut parle Duc de Bonrguoigne
Le jeudi 26, à onze heures du matin, le Peuple fut assemblé au Palais. On lui donna lecture, à très haute voix, des conditions auxquelles il pouvait obtenir le pardon i.
Le Duc, à tout risque, était audacieux.
Il voulait que Louis de Bourbon fût restauré en la Principauté, avec le pouvoir de gouverner ainsi et comme il lui plairait; que toutes les institutions politiques et judiciaires du Pays, de la Cité et des Bonnes Villes, fussent mises à néant, et toutes les Paix, notamment la Paiw de Fexhe, abolies à jamais 2; que le Pays ne pût ni s'armer,
gf conquise ceste paissante Cité de Lyege, et tout le Pays denviron. ^ [ Wavrin , ibid. , t. II , p. 363, ]
* In crastino Catharinae fuit clamatum palatium simul, et Domintés DiAX, cum Domino Leodiensi j fuit super Palatium; et ibi fccit legi sententiam suam, qu^im tradiderat in scriptis. Cujus pun^ta sequuntttr et sunt haec.,,, [ Adrianus , ibid, , p . 320. ]
Un texte complet de cette inqualifiable sentence se trouve dans les Documents inédits concernant V Histoire de Belgique , t. Il , p. 447-473. Elle contient quarante-six points ^ tous plus iniques les uns que les autres. Nous n*en citons que quelques uns, ceux qui étaient outrageux à rhonneur national.
• ^ Pour donner ordre,,, : du Jugement des Eschevins , des Douze sf AîîeuSf des Douze des Linaiges, des Vingte Deux, des Maistres de sf la CUé, des Jureis des Vinables, des Gouverneurs des Mestiers, des s? Dix Hommes de cascun Mestier qui font exécution réelle en corps et j# en biens, des Commissaires, des Trengte Deux, des Six de la Foere , s? des Quattres de la Vyolette, de V Anneau du Palais , et de la Paix if Nostre Damme,,.. avons ordonné et ordonnons que touttes les dictes if Justices, les noms, le nombre et la manière de faire dicelles, serrent et gf demorront parpetuellement et à tosjours abolies et mises à néant.... s»
a Sera aboly lestât et le nom desdis Maistres de la Cité, leur Povoir, ^ Auctorité et Justice, et nen sera jamais usé.... :# if Toutes Coustumes et Usaiges introduis ou consentis par la
ni faire la guerre , contre qui que ce fût ^ ; que la Cité et les Bonnes Villes eussent à démolir rezterre, de manière à être accessibles de tous côtés, leurs portes et leurs murailles 2; quil fût reconnu Mamhour perpétuel, et que lui seul pût veiller à la sécurité et à la défense du Pays ^\ enfin, que le Pérou de la Cité fût mis à sa disposition ^.
a Paix de Fexhe et aultres faites,... sont et seront abolis et mis à
^ néant.... ^ 5f Tous Previleîges de Bottrgoisie sont et demorront abolis.... if sf Les Trengte Deux Mestiers de ladicte Cité seront abolis et mis jus
a à tous jours... ^ ^ Touttes Aliances, Conventions et Conventicides lyarikuliers ou
^ générales,,., seront nulz et de nulle valleur.... s?
* '^ Que lesdis de Liège et Pays ne poront jamais eulx armeir, ne it movoir guerre à lencontre de mondit Seigneur le Duc , ne luy faire ^ ou commenchier guerre, ne aussi eulx armeir ne mouvoir guerre sf contre aucuns quelz quilz soient, ne faire garnison, ou forgier, en sf ladicte Cité et Pays , artillerie grosse ne menue , ou forgier harnois , if ne faire aulcun overaige de fondure de metaul , de fier , de kevre ne Sf darren, pour faire artillerie ou habilemens de guerre, sans le cona .sentement de mondit Seigneur le Duc... if
* #r En signe et memore perpetuele de la victoire que mon dit Seisf gneiir le Duc a obtenue , toutes les portes , murailles , barriers et ^ fortifications de la Cité seront démolies et abatues, les fosseis remplis a et mis à lonny de terre , tellement que Ion y puist par tous coustés ^ entrer comme en ung villaige ou ville champastre.... if
' ^ Consentiront et recognoisteront mondit Seigneur et ses Succesif seurs Gardiens et Advoés souverains heritaubles, generaulx et parg: ticuliers , des Eglieses et desdictes Cité , Villes et Pays de Liège et ^ de Loos, et que, au moyen de ladicte Gardienneté et Advoerie, ^ mondit Seigneur et ses dis Successeurs auront faculté, povoir et ^ auctorité, par main armée et aultrement, de Taire gardeir et entrej? t-enir lesdictes gens d'Egliese , lesdis de la Cité et desdictes Villes ^ et Pays de Liège et de Loos, en leurs boins drois, de faire cesser Sf toutes voyes de fait esdictes Cité, Villes et Pays, reboutter toutes If commocions.... it
* Sf Le Perron qui est au Marchiet de ladicte Cité, sera oesté, et
La paix n'était possible qu ainsi.
Ce^a fut dit, clairement et diirement, ai|x vaincus i.
Puis , brusiqpement , il leur fqt demandé s'ils acceptaient, oui ou non.
Tout 4® suite, et d'une vqix, ils répondirent: OuHOui^!
Chacune des clauses prescrites fut aussitôt exécutée.
^ dicelui sera fait le plaisir de mondit Seigneur le Duc, sans ce que !f jamais lesdis de la Cité puissent refaire ledit Perrofiy ne en remettre ^ aulcun autre oudit Marchiet , ne ailleurs en ladicte Cité , ne aussi ss faire porteir ledit Perron es armes de ladicte Cité, a
' sf Et par ce moyen, sera jîajjr perpetuele entre Nous, nos dis Pays ^ et Subges , et lesdictes Cité et Pays de Liège et de Loos. *r
* M interrogatum fuit a Populo ^ an vellet eam tenere, et opère, complere; et rerhis et signis responderunt , quod sic. [Adrianus, ibid., p. 321.]
On poussa, en effet, l'impudence, jusqu'à faire applaudir à cette spoliation par les dépouillés eux-mêmes. On enregistra soigneusement cotte approbation dans la sent^n^e. Voici les mots essentiels de ce point complémentaire :
a? Lesquels Poins et Articles ensi luttes,... le Cancellier de nostre a tresredoùbté Seigneur le Duo, là présent, de par et ou non dicelui ^ nostre tresredoùbté Seigneur, en la presenche de nostre tresredoùbté ^ Seigneur l'Evesque de Liège deseurnommé.... Apres plusseur.s fi remonstrances par luy faites, demandât ausdis Bourgois etautre.«; fi susdis oudit Palais assemblez, comme dit est, se la Sentence et Jugefi ment de nostredit tresredoùbté Seigneur le Duc cydessei^r escripp et fi tous les Poins et Articles y dedens contenus, et là miesmes littes fi pardevant eulx, ilz voroient accepter, entretenir et accomplir réalèse ment à tosjours mais, sans faire, venir ou alleir au contraire; que. fi en ce cas, ilz levassent leurs mains, et le jurassent. Adonc ilz fi respondirent tous à haulte vois, sans nesun contredisant, que il fi sembloit, disant : Oy ! Oy! £t leurs mains ainsi levées en hault, fi ilz jurent solempnementdeulx entretenir, garder, et accomplir î^ la fi manière susdicte. fi
Le Pérou fut transporto à Bruges, et érigé au milieu d'une de ses places publiques i. On y mit cette insolente inscription :
Je BuiB Peron de Liège , Par le Duc Charle conquis.
JeBtoy singne que lige Estoy, et le Pais.
Ne soit nulz esbahys, Se chy suis. Por memore Le Puissant Duc ma mis, £n signe de sa victore *.
Le Pays se laissait accabler pai* le Duc de Bourgogne.
* Quo facto, incoeperufU deponere Peronem, qui stabat super Fo^Uetn in Foro Leodiensi, et adduxerunt ad Villam de Brugis, [Adrianus, tWc?.,p. 321.]
£n ce tpmpSi Bruges était une vil)e fréquentée par les iparins et les
commerçants de tout TOccident. C'était à la Bourse qu'ils avaient
coutume de se réunir. — ^ Le Duc de Bourguoigne fist prendre une
^ coullompne quilz appelloient le Peron , n^oult riphen^ent ouvré. Si le
^ fist porter à Bruges et mettre ou plus parant lieu de la Ville ; cest
s? à scavoir en la place des marchans quon dist la Bourse , adfin de
sr iperooire p^rpeti|e)e ^e |9a dite copcqueste, et que, par ce, feust
^ divulguée en toutes les paftieç de la erestienneté ; car en ycelle ditte
^ Ville de Bruges repairent diverses Nations de gens. *? [Wavrin,
»i^.,tn, p. 365.]
* Dans cette in^crip^on, on 1^ voit, Liçge rime avec lige. Ainsi,
à rétfiniger aussi , JAege se prononçait cqpime eq wallon : J^ige,
Le Pays. — Oppression Bourguignonne. — Tyrannie de Loui^ de Bourbon. — Retour des fugitifs. — Insurrection. — Le Duc de Bourgogne et le Roi de France marchent ensemble contre les Liégeois. — Sortie mémorable des Six cents Franchimontois, — La Cité est prise d'assaut. — Elle est mise à sang , à sac et à feu. — Le Pays est dévasté et ruiné.
Dominé par le Duc de Bourgogne, le Pays de Liège n'avait plus d'initiative politique, ni à Fintérieur, ni à lextérieur i.
Aux termes de sa sentence, le Duc avait installé Tun de ses conseillers, le Sire d'Humbercourt, comme son Lieutenant-Général ^.
* Bien que la lutte engagée par les Liégeois contre le Duc de Bourgogne soit un fait considérable, qui a une importance Européenne, on ne peut y consacrer l'étendue qu'il comporte.
Dans ses Mémoires , Commines a narré avec une certaine ampleur cette lutte , au point de vue Bourguignon , bien entendu. 11 doit être constamment contrôlé, là même où il peut être impartial ou exactement informé. D'autre part, il donne son attention à des incidents, à des particularités sans grand intérêt pour nous , ce qu'on oublie trop souvent.
' Ce méprisable agent se désigne ainsi dans quelques documents : <f Guy de Brimeu, Seigneur de Humbercourt, Lieutenant General de
Aux termes de la même sentence, cet oflScier eut mission de tout régir à sa guise; de faire rendre prompte justice à sa discrétion; de reprimer, par la force, tous murmures, toutes tentatives d'insurrection i.
Humbercourt se montra le digne serviteur d'un Maître tel que le Duc. Il s entoura de soldats, et traita les Citoyens comme des gens hors la loi. Il disposa, selon son bon plaisir, de leur honneur, de leur vie, de leurs biens 2.
Bourbon, de son côté, usa et abusa, à cœur joie, de son grand pouvoir. Il ne se refusa aucune turpitude, aucune iniquité.
Il extorqua des amendes à plus de cinq mille Bourgeois et Bourgeoises, qui eurent à se munir
^ Monseigneur le Duc de Bourgoiugne dans le Pays de Liège, Duché If de Buillon et Conté de Loos. ^
* Le Duc avait donné tout pouvoir à son agent. Voici un extrait de sa commission : ^ Nous le commettons, ordonnons et establissons , ^ par ces présentes, nostre Lieutenant General,,., et lui donnons et j? ottroyons plain povoir, auctorité et mandement especial, de garder if et entretenir , de par Nous et en nostre nom , lesdictes Eglise , Cité , a Villes et Païs; de faire, de par Nous, toutes manières de sommations, n requestes et commandemens nécessaires pour leur garde et seurté ; n de faire cesser et reprimer toutes voyes de fait, guerres d'amis, a commotions et port darmes, et autres noises particulières; de faire sf convenir et adjourner pardevant lui tous delinquans, malfaicteurs , fi et les corrigier , se mestier est ; administrer droit , raison et bonne fi justice.... fi [Dans les Documents inédits concernant VHistoire de Belgique , t. H , p. 476. ]
* £n toutes choses, Humbercourt se conduisit en fonctionnaire dépourvu de scrupule. Ilonxo istc saevitiae i)lenus, conipassionis inops, in virga ferrea rcgere coepit,,, [Chranicon Lcodiense, dans les Andlecta Leodiensia, p. 169.]
de lettres de pardon i. 11 bannit les plus notables, pour accaparer leur avoir. Il s'attribua les propriétés et les revenus des Bons Métiers 2.
Enrichi par ces énormes déprédations, il se créa une cour; il se donna des femmes; il eut des chanteurs et des joueurs d'instruments ; il s'octroya une compagnie de gardes du corps 3.
Il offrit les biens de Rase de Heers à Humbercourt ^. Celui-ci se logea dans la demeure du zélé patriote. Il s'y fit apporter les privilèges, les chartes, tous les documents importants de la Cité 5.
Ces deux misérables se mirent à démolir les murailles de la Cité, de Toiigres, de Saintron, de
* Quinque milUa Cloium, cum tnuUis Civïbus,petivcrunt ibi veniam, et spoponderxint emendam. [ Adriani Liarium Leodknse, dans VAmplisshna Collcdio, t. IV, p. 323.]
* Dominus Leodknsis hahuit omnia hona Ministcriorum, [Adrianu8 , ibid. , p. 323. ]
' His diehus, Dominus Lcodiensis^ quia uUraxerat et confi^caverat omnia bona Ministeriorum Leodiensium , magnificavU statum suum , et quotidie armigcros hahebat, dictos Frank ArchierB, et mimos et tibicineSj ad cxemplum domini Duels Burgundiae, licet non in tania copia. [Id. y ibid. , p. 327. ]
Les noms de quelques bâtards de Bourbon sont relevés , avec un soin révérentieux, par Anselme, Histoire généalogique de la Maison de France f 1. 1, p. 152.
* Dominus Leodiensis dédit domino de Humbercourt omnia hona domini Razonis, [Adrianus, ibid., p. 323.]
C'était du brigandage officiel, se faisant au grand jour, comme chose toute licite.
^ Dominus de Humbercourt stetit in domo ubi dominus Bazo sUire solebat, et ad eum portabantur omnia Privilégia Civif'atis, Litterae et Cartac. [Id, , ibid. , p. 322.]
Visé, de toutes les Bonnes Villes i. Ils contraifînlrent les habitants à se dessaisir de leurs armes, de quelque espèce qu elles fussent, môme de leurs couteaux 2. Us établirent des contributions telles quelles, et désignèrent eux-mêmes ceux qui devaient y être soumis, ceux qui devaient en être exempts 3.
On subit cet affreux régime.
Ne Favait-on pas accepté, en quelque sorte, en cette funeste nuit où Ion obéit à de folles alarmes, aux conseils trompeurs d'une fausse prudence 4?
* Destruebantur et subvertebantur , de die in diem l mun Civitatis Leodiensis et Oppidorum de Tungris, de Sandotrudone , de Vizeto, ci omnium Oppidorum Comitatus Lossensis. [Adrianus, ibid,j p. 323.]
* Quilibet Civis Leodiensis, perjuramentum suum, reportavit arma qtioe habebat super cameram Ministerii sui. [Id., ibid. , p. 323. ]
Chaque habitant ne put posséder qu'un petit couteau pour couper son pain ; et encore, ce couteau ne devait-il pas avoir de pointe. Item, Quod ntUlus Leodiensium, tam in Civitate Leodiensi quam in aliis parvis Oppidis et Viîlis , portaret sive gestaret magnum cultellum , sed solummodo parvos, cum quibus posset commode panem ad edendum scindere; et illi cuîtelli non haberent finem acutum, [Chronicon Leodiefise, dans les Analecta Leodiensia, p. 200.]
* On saisissait les meubles de quiconque ne payait pas. Suh pœnu direptionis substantiae eorum, [ Adrianus , ibid,, p. 323. ]
* £n 1467, on Ta vu, les traîtres avaient entraîné la majorité, les prétendus amis de Tordre, à obtenir la paix au prix de toutes les concessions, même au prix de Torgueil national. £n un mot, ils if avoient voulu paix au dom/maige de ce que ce fust, ^ comme le dit nettement Commines. [ Mémoires, liv. II , ch. 3. ]
Ces gens habiles , Boni Cives , n'avaient pas voulu d'une résistance désespérée : celle-ci , certes , n'aurait pas eu des conséquences plus désastreuses que la soumission volontaire.
Vers la fin de juillet, la guerre était imminente entre le Roi de France et le Duc de Bourgogne.
Humbercourt fut rappelé i.
A peine était-il parti, qu'on vit apparaître, ça et là, des bannis, des fugitifs.
La nouv elle du retour des bannis et des fugitifs circula rapidement 2.
Le vendredi 9 septembre, vers onze heures du matin, pendant que Bourbon se divertissait à Maestricht 3, ces malheureux patriotes se présentèrent, au nombre de plusieurs mille, à la porte S^-Martin. Ils massacrèrent les Bourguignons qui tentaient de les repousser, et pénétrèrent dans la Cité aux cris de Vive le Roi ^!
Ils furent accueillis avec un touchant empressement. Ils étaient en haillons, et amaigris par les soucis , les privations ^.
* In prinvipio amjuati, iJominus Lux dcmandavit dominum de Humbercourt , rjnl vcn ird ad colloquiuin sihL [ Adrîanus, ïbid., p. 327.]
* Quo recedcnic... œvperunt Boni Cives in Lcodio salis timere, quia fama incovpit volare quod Fugitivi vellent rcvcrti, [Id., ibid., p. 327.]
Les honnêtes Bourgeois, Boni Cives , sont ici les partisans de Bourbon, qui a, pour le moment, toutes les sympathies du moine Adrien.
' Bourbon était descendu à Maestricht sur une barque pavoisée , où se trouvaient des chanteurs et des musiciens. Quatuor tnimi , cu»n buccinis etmusicis instrumentis , cancre deberent. [Id. , ihid,, p. 328.]
* Intraver unique Civitatem circa horam XI, et clamantes Vivat llcx. [ Id, , ibid, , p. 332. ]
* Erantque in pauxierrimo habitu , phni pcfiuria et squaîore. On dut les rhabiller pour la plupart. Et quia multi crant maie vestUi , illi qui vcndebant pannos, debcbant cis subvenire. [Id., ibid.y p. 333.]
Leur fière témérité redonna courage. L'espoir revint aux plus timides. On décida de reconquérir la liberté, et, cette fois, de ne plus s'inquiéter de la vie ni des biens ^.
Une députation, à la tôte de laquelle se trouvait le Légat du Pape, se rendit à Maestricht auprès de Bourbon, pour le supplier de proclamer une amnistie générale, et de revenir à Liège.
La réponse de Bourbon fut prompte et brève. Il ordonna aux fugitifs de sortir de la Cité; il enjoignit aux Bourgeois de déposer les armes, et de mettre en pièces leurs nouvelles bannières 2. La Nation était sans droit. Il n'avait ni à traiter ni à se réconcilier avec elle 3.
On se refusa à expulser les bannis, aussi bien qu a désarmer ^.
On restaura les institutions démocratiques. On élut deux Martres ^. Puis on travailla à réparer
* Leodiensium exules,,., Leodium quadam node,... ingrediuntjpulsaque Ducis pi'ctesidw, Concives suos ad Lïberiatem resumcndam induxere. [Xaucleri CJironkoHy édition de 1516, t. II. fol. 293.]
* Domintis Leodiensis requisitit : 1^, quod illi qui redierunt, deponerent arma, et ireni ad unum îocum quem Boniinus nomiraret; ^*», quod illi qui in Leodio suniserunt arma, quod deponerent; 3^, quod rumperent vexiUa. [Adrianus, ihid,, p. 333.]
* Bourbon refusa de recevoir une nouvelle députation , parce qu'elle ne venait pas offrir une plénière soumission. Ordinaverunt unam responsUmem Domino dandam; sed Dotninus non acceptavit, [Id,, tbid, , p. 333. ]
* jResponderunt quod non facerenf, [ W., ibid. , p. 333.]
■ Staiim staiuerunt Redores Civitatis, reordinantes contubernia ei omnia, sicufi pridem habere ^ consueverant. \C7n'onico)i Leodiensc, dans len Analeda L^ndiensia. p. 210.]
li. II
les murs, à recreuser les fossés, à redresser les portes, à préparer des munitions de guerre ^
On n avait qu une pensée : s aflfranchir de la servitude Bourguignonne 2.
Le Duc avait appris avec dépit la nouvelle de rinsurrection Liégeoise. Il s'était mis aussitôt en mesure de la réprimer.
Humbercourt rentra dans le Pays à la tête de deux mille gens d'armes. Il n'osa pousser jusqu'à Liège. Il s'arrêta à Tongres. Il fut rejoint par Bourbon , par le Légat, ainsi que par leurs partisans.
La situation était fort grave.
Les Liégeois résolurent un coup de vive force 3. Le samedi 8 octobre , au milieu de la nuit , ayant à leur tête d'intrépides capitaines, Jean de Wildt, Vincent de Buren, Josse de Streles et Jean de Lobosch, ils marchèrent sur Tongres. Ils l'emportèrent d'emblée après une lutte sanglante. Entre les prisonniers qu'ils firent, l'on comptait Humbercourt, le Légat et Bourbon.
* Coe])erunt igitur se erigere, et aperari ad muras, ponendo lapides super lapides, et construere portas, et facere arma, et quaerere sagUtas, [Âdrianus, ibid,, p. 333.]
• Aurit haec res animas Civium , et ad induhitatam recuperandae Libertatis spem erexit [ Naucleri Chronicon , t. II , fol. 293'. ]
' L'idée de ce coup de main appartenait aux Tongrois. Ils avaient adressé une lettre a Liège, pour expliquer comment on pouvait ^J'elnparcr de leur Ville. Et quad si Leodicnses ibi venircnf iv jwcfc, anfequam csscnt dvhitcordinati, facerent imignam canfusionew. f Adrianus, ihid., p. o'U. J
On remit en liberté Humbercourt et le Légat. On garda Bourbon, mais pour le ramener dans la Cité. Il y fut reçu au bruit de toutes les cloches, et acclamé comme Prince ^
Le danger n'était pas moins réel.
Des témoins de ces événements coururent en avertir le Duc de Bourgogne. Il se trouvait à Péronne, où venait d arriver le Roi de France: lun et Tautre, avec une égale hypocrisie, réglaient des intérêts internationaux qui les divisaient. Les récits, quoique divers, étaient unanimes sur un point : parmi les révoltés , il y avait des émissaires du Roi 2. Le Duc eut un accès de délire violent. Il injuria son hôte; il voulut le tuer; il finit par lemprisonner. Après trois jours d'angoisse, le Roi, pour sauver sa vie, accepta de marcher avec le Duc contre les Liégeois ^.
' ut aiidiPum fuit in Leodio Dominmn Leodiensem esse captum, et i'cntre lul Leodium, concurrerunt omncs ohviam venientibus.,.. Eratqacclrcahmam primmn, feceruntque pulsari campanas in ecclesiis; eratquc Bominica dies, [ Adriauus, ibid. , p. 336. ]
• g! Et certifioient avoir veu les Ambassadeurs du Roy eu ceste a compaignie, et les nommoient. :f [Mémoires de Commines, liv. II, cb. 7.J
' ^ Apres luy demanda ledict Duc se il ue vouloit poiut venir avec ^ luy au Liège , pour ayder à revenclier la trahyson que les Ligois a luy avoient faicte.... A ceste parole, le Roy respondit : Quapres ^ que la paix seroit jurée , ce quil desiroit fort, il estoit content daller * avec luy au liiege , et dy mener des gens , en sy petit ou si grant fi nombre que bon luy senibleroit. «s [Commines, ibid.j ch. 9.]
Le Duc avait, sans doute, déjà obtenu du Roi de marcher ensemble contre les Liégeois , quand arriva 1^ nouvelle de la prise de Tongros, \h partirent ausbitùt.
Le mardi 15 octobre , malgré la venue du mauvais temps ^, le Duc, côte à côte du Roi, se mit en route pour attaquer Liège. Ils pénétrèrent dans la Hesbaye le jeudi 20 octobre- Leur armée, forte de quarante mille combattants, était en position dans les alentours de la Cité 2.
Celle-ci, avec ses murailles démantelées, ses portes délabrées, sa mauvaise artillerie, n était guère en état de soutenir un siège ^.
Cependant, on avait décidé de résister à outrance.
Au premier appel, les bourgeois de la Banlieue et du Franchimont étaient survenus ^.
On eut plus d'audace.
Le vendredi 21, on apprit que des Bourguignons s'assemblaient vers Tongres, et quils fuyaient à la vue d'une poignée de Liégeois ^. De Buren se mit à la tête de sept cents cavaliers
' a Et estoit-on à lentree dhyvei* , et le temps estoit très mauvais, sf I Commines, ibid,y ch. 10.]
* L'armée envahissante devait ctre plus considérable. Ce n'en fut , bien probablement, qu'une partie qui pénétra dans la Cité. ^ Et ^ toute larmee entra dedans par deux boutz; et croy quil y avoit ^ quarante mil hommes, n dit Commines, ibid., liv. U, ch. 13.
* ss Hz na voient portes , ne murailles , ne fossez , ne une seulle pièce ^ dartillerie qui riens vaulsist. j? [/rf. , ibid.y ch. 12.]
* Quod videntes Leodienses, demandaverunt illos de Franchimont ci de lUvagio , et posuerunt eos in hospitiis Civium. [Adrianus, ibid. p. 337. ]
* Venerunt aliqut de camjns llasbaniae, dicentes quod occidisseni 1(1(1 nque de Burgundionibus.,- et qyod essmi fagandi sicut oves, [/<?., ibid. , p. 337. |
et de huit mille piquiers, et fit une reconnaissance jusquà Glons. L'ennemi s'y trouvant en force, les Liégeois, à leur tour, prirent peur. Ils se replièrent en un désordre inexprimable K
Le dimanche 23, Bourbon, à laide d'une ruse ^ossière , s'esquiva de la Cité. 11 avait demandé et obtenu d'être envoyé vers le Duc, pour lui parler d un arrangement raisonnable 2.
Le mercredi 26, on entreprit une sortie par la porte S*-Léonard. Après trois heures de combat, les assiégés furent rejetés dans la place ^.
Le lendemain, à quatre heures du matin, sous les ordres de De Wildt, ils attaquèrent Tavantgarde, qui s'était postée dans le faubourg Vivegnis. Ils la mirent en désarroi, après lui avoir tué plus de huit cents hommes d'armes 4. L'ennemi
* Buren supplia vainement les fuyards de faire volte-face , de combattre. Capitaneus eorum descendit de equo, et revocavit eos; sed noUebant atidire. A Lantin, on en vint cependant à Taction. Les Liégeois furent mis en déroute , laissant sur le terrain plus de mille morts. La poursuite ne cessa qu'au-dessus d'Ans.... Extremos caedentés itsque ad Lantins, et ibi invaserunt eos y et prostraverunt plurimos usque ad Braxinas et tisque ad Leprosos; et ceciderant plus quam odingenti de Leodiensibus. [ Adrianus , ibid. , p. 338. ]
* Jn die -S. Severini^ quae erat dies dominica, Dominus Leodiensis proposuit super palatium j qtiod veîlet ire îocutum eu m amicis suis , ut posset facere retrahi istos armigeros ;,.. et concessit Populus.... [/cf., i6«^.,p. 338.]
' lUo vespere fœtus est gravis conflictus ad portant S, Le&nardi, et infra horam obtvnuerunt Leodienses duo vexilla de ipsis. Buravitque conflictus quasi per très horas. [ Id, , ibid, , p. 339. ]
* Le traître Humbercourt, qui avait donné sa foi qu'il iio porterait pas les armes contre les Liégeois pendant quarante jours, combattait
se rallia aux Tawes, à la lueur des flammes qui dévoraient un tas de chaumières. Il reprit loffensive. Les Liégeois furent refoulés, et si vivement poursuivis, que Ton dut vite fermer la porte Vivegnis, dans la crainte que les Bourguignons n y entrassent avec eux i. Acculés au fossé, ils périrent tous. On tendit une échelle à De Wildt, que Ion parvint ainsi à retirer, mortellement blessé 2.
Le jeudi 27, l-armée ennemie s'avança. Elle vint s'établir au pied du rempart. On n'avait pas un bon canon pour en défendre l'approche.
Impuissants à défendre la Cité, les Liégeois eurent l'idée de la détruire eux-mêmes. Ils voulaient tuer les prisonniers , envoyer aux murailles les femmes et les enfants, puis mettre le feu à la Cathédrale, aux églises, aux maisons, afin
là, au milieu de ses Bourguignons : il fiit emporté grièvement blessé. DofniniM de Humbercotirt tractus in pede, et multi Nobiles fuerunt vulnerati, [ Adrianus , ibid, , p. 339. ]
.^ Lesdis Liegois.... tuèrent de noz gens très largement, et grant if nombre se mirent en fuite , car la nuict na pas de honte ; et tant s? exploicterent, quilz tuèrent plus de huict cens hommes, dont il y en ^ eut cent hommes darmes, hommes de bien et vertueux, et gens de is bonne maison.... Toutesfois, quand le jour fut clair, et quon se vit if lung laultre, etc. ^i [Commines, ibid., liv. II, ch. 10.]
* lîli de Leodio ineenderunt unam domumy et sic adversarii se defendere viso lumine coeperunt , et dominum Johannem De ViUe cum suis retrocedere compuletunt. [ Adrianus , ibid. , p. 339. ]
* Qui invertit portam dausam, et ascenditper scalam, et fuit graviter vulneraius, et muHi de sociis suis occisi. [ Jt/. , t6?W. , p. 339. ] En somme, cette retraite? fut désastreuse : environ six cents Liégeois furent tués.
de ne laisser rien à piller, afin, surtout, d enlever au Duc rhonneur de faire de Liège ce qu'il avait fait de Dînant ^.
Le samedi 29, le Duc et le Eoi quittèrent le faubourg S^-Marguerite, qui avait été incendié, et vinrent se loger au faubourg S*^®-Walburge , où était le gros de Tarmée 2. Us occupèrent deux maisons particulières, séparées par une grange spacieuse. Le Duc, pour surcroît de sécurité, plaça dans cette grange trois cents hommes délite. Comptant sur une nuit tranquille, il se désarma entièrement, ce qu'il n'avait pas fait depuis deux jours ^.
* On n'eut pas le temps de mettre à exécution ce projet de patriotisme suprême. Et nobismetipsis mutuo juravimus , qtwdprhno otnnes captivas ocddemus; et pueras et mulieres panenius super muras; et in despectum Damini , panemus ignem in Ecchsia majari, et in amnibUs aliis Ecclesiis, et tune in Damihus nastris, quia sumus prapinquiares ; necumquam Bux Burgundiae gaudebit de spaliis nastris, nec faciet in Leadia, quad fecit in Byananta, [ Adrianus, ihid,^ p. 340.]
On comprenait, on le voit, la grandeur du péril.
* Feria quint a circa primam haram, venit daminus Dux cum lîege Franciae et magna exercitu circa sanctam Walhurgem ; twnc Leodienses incenderunt vicum snnctae Margaretae. [Id,y ibid,, p. 339. ]
On trouve des détails exacts sur cette sortie des Franchimontois dans Commines, qui se renseigna à Tun de leurs guides : ^ Le premier ^ homme des leurs qui fut tué , fust Ihoste du Duc , lequel ne mourut if pas sitost; et louys parler, sf [Mémaires , liv. H, ch. 12;]
^ s^ Et se logia ledict Duc au milieu du Fauxbourg. si Le Roi, de son côté , ^ vint logier en une petite maisonnette , rasibus de celle où s: es toit logie le Duc de Bourgongne... Toutesfois entre les deux ^ maisons, y avoit une grande grange, en laquelle il serra trois cens sî hommes darmes; et y estoit toute la fleur de sa maison; et rompirent !? les paroi? de ladite grange, pour phis seureraent saillir.... Son grant
Dans la Cité, le dévouement était devenu magnanime.
Six cents Franchimontois s'offrirent pour aller exterminer le Duc et le Roi dans leurs quartiers. Comme diversion, quatre mille Liégeois devaient, simultanément, faire une sortie par la porte Ste-Walburge i.
^ guet estoit loing de luy, et vers la porte de la Ville. «? [Commines, ibid.y ch. n.]
Ces deux maisons étaient situées au lieu dit, naguère encore, lA Cour de Duc , entre TËglise et VEcole Communale actuelle.
Par leur distribution intérieure, ces maisons diffé^-aient peu de maintes maisons d*aujourd^hui du faubourg : deux ou trois seuils menaient Aupoiss, ou petit vestibule, qui ouvrait sur la pièce principale , laquelle servait à la fois de fo jer et de chambre à coucher. On comprend bien Commines : ^ Jestoye couché en la chambre du Duc , <. qui estoit bien petite, et deux gentilzhommes , qui estoient de sa If chambre; et au-dessus y avoit douze archiers seuUement, qui faisoient ^ le guet; et estoient en habillemens (armés), et jouoient aux dez.... ^ [Id,, ibid.f ch. 12.]
Le Duc prit de minutieuses précautions pour assurer son quartier. Des espions , vraisemblablement , Ta valent prévenu de Fattaque nocturne des Franchimontois.
' Dans la troupe qui devait attaquer le quartier Ducal , il y avait certainement des Liégeois; mais les Franchimontois la composaient pour la majeure partie. Erantq'ue hi ferè amnes ex Francemantanis, dit une chronique. Us appartenaient aux différents Bans du Marquisat de Franchimont, dont les chefs-lieux étaient : Theux, Spa, Sari, PoIJeur, Verviers,
Les Annalistes varient sur le nombre des hommes qui prirent part à cette sortie terrible. L*un dit que Streles n'avait avec. lui que trok cents compagnons, cum trecentis sociis. [Adrianus, ibid., p. 341]: selon un autre , ils étaient quatre cents au moins , ex ipsis Civibus circiter quadringenti viri [Basin, Historia Begis Ludovici XI y t. II, p. 201 ] ; au dire d'un troisième , ils étaient quatre ou cinq cents environ : Quidam Leodienshim circiter quadraginti vel quinquaginii riri audaces vol strenui, [Chronicon Leodiense, dans les Analeda Léoiliensia, p. 220. ] Ce nombre est plus élevé encore dans Commines :
Vers dix heures , par un faible clair de lune ^ , les Franchimontois, commandés par Josse de Streles, sortent par Hocheporte, montent le riide chemin de Xhovémont, et passant par quelques champs, arrivent derrière le logis des deux Princes 2. Us terrassent plusieurs sentinelles.
^ Or, se voyans désespérez de secours, vu que le Koy estoit là en ^ personne contre eulx, se délibérèrent de faire une grosse saillie, et ^ de mettre toutes choses en adventure ; car aussi bien se veoient ilz fi perduz. Et fut leur conclusion , que par les trous de leurs murailles, fi qui estoient sur le derrière du logis du Duc, ils sauldroient, tous les fi meilleurs quilz eussent, qui estoient six cens hommes du Païs de fi Franchemont. f^ [Mémoires, liv. II, eh. 12.] De même dans la Chronique de Wavrin : g: ... Si nestoient pas plus de sept à huid fi cenz hommes Lyegois. ^ [/6/e?., t. U, p. 387.]
La version de Gommines, six cens, doit être préférée. Il n'y .en avait ni moins , ni plus. C'est le vrai nombre. ^ Quant ilz eussent eu fi mil hommes darmes aveceulx , de bonne estouffe, si estoit leur entre fi prinse bien grande. ^ [Ihid.^
G est donc parce qu'ils n'étaient qu'un peloton, que six cens, que leur attaque a été admirée par tous les contemporains , car ils allaient à une mort certaine , quoi qu'il advînt.
Au reste, la tradition locale a toujours été pour six cents. Ainsi, au siècle suivant , vers 1580 , on n'admettait point d'autre chiffre à Liège : Ex ipsis Franchimontanis pedites sexcenti , écrivait Polit, dans iK)n Inauguratio Principis Ernesii Bavariae Ducis , p. 65.
' La nouvelle lune avait commencé le mercredi 19 octobre, à 5 heures 17 minutes du soir. Le 26, le premier quartier commença à 9 heures 35 minutes du matin. Le samedi 29, vers 10 heures du soir, le ciel était probablement nuageux. La nuit précédente , fi le temps estoit fi si obscur et mauvais, quil aydoit bien à espouventer lés gens, fi [Gommines, ïbid.. ch. II.]
* ^ £t povoient venir, par ung grant creux dung rochier, assez près fi de la maison de ces deux Princes avant que on les apperceust, fi moyennant quilz ne feîssent point de bruit. ^ [Gommines, ihid., ch. 12.]
Get écrivain rend exactement , par grant creux dung rochier , le
qui donnent Talaraie. Ils trouvent sur la défensive la garde veillant dans la grange. Alors s'engage, avec des clameurs éperdues, une mêlée meurtrière. Des Franchimontois parviennent à gagner le faubourg, et assaillent la maison du Duc. Ils pénètrent dans le vestibule, et rencontrent les archers de guet, qui tiennent bon. Dans lentretemps, le Duc et le Roi, à peine vêtus, se jetaient sur la chaussée, éclairée par quelques torches, et se remettaient de leur épouvante au milieu des renforts qui sortaient do chaque logement. Los Franchimontois furent tous tués 1.
chemin cave de Xhovémont. Il y avait alors quelques vignobles sur les côtes de Xhovémont et de S*'''-Walburp:c : aujourd'hui, ce sont des prairies et des jardins.
L'armée s'échelonnait de S^^^-Walburge. par les Fonds des Tawes. jusqu'à l'extrémité du faubourg S^-Léonard. (tétait par ce faubourg que la Cité devait être assaillie.
* En partant, les Franchimontois comptaient remporter la victoire, délivrer Liège. ïïs se disaient, ^ Que, au fort, s'il fallott quilz mmisf russent pour exécuter une telle entreprinse, quilz prendroient In ^ mort bien en gré, n — Tour réussir dans leur entreprise, tout l'indique , les Franchimontois auraient dû être infiniment plus nombreux. Cependant, on crut alors que, s'ils échouèrent, c'avait été par leur faute, parce qu'ils se mirent intempestivement à jeter des clameui-s wallonnes. 1% si Leodienses tacuisHent, maximum scandalum Begi et Duci intulisseuty quia fuerunt usquc nd gradus camerae , in qua Dux locatus fuit; sed ex lingua eorum fuerunt deprehensi,... [Adrianus, ibid.y p. 341.] — n Sils eussent tiré tout droict, sans eulx faire if ouyr, jusques à ce quilz eussent e^^té là où ilz vouloieut aller, sans f: nulle difficulté ilz eussent tué ces deux Princes couchez t^iiv leurs ^ licts.... Et ne fault point doubter que, silz ne se fussent amusez en sf ces lieux, et par especial à la grange , où ilz trouvèrent résistance, s? ilz eussent tué le Roy et le Duc de Hourgongnr. Et croy quil/
Le Duc, enhardi, se risqua à lattaquo.
Le lendemain dimanche, vers huit heures, phisieurs coups de bombarde donnèrent le signal de lassaut.
La résistance fut partout opiniâtre i. Plus de cinq cents Bourgeois succombèrent en défendant les portes Vivegnis et de S<^e.\Valburge. Le nombre des ennemis ne faisant que s'accroître, une plus longue lutte parut impossible à De Buren et à ses compagnons. Ils s'évadèrent par la porte d'Amercœur 2. Ça et là des enfants, des femmes surtout , continuèrent courageusement à faire obstacle: ils furent mis en pièces '^.
Le gros de l'armée déborda la Cité ^.
^ euBsent aussy desconfit le demourant de lost. sf [Commines, iWrf., ch. 12. ]
Nos Annalistes, qui s'aident, en général, de Commines, n'ont su raconter dignement, nettement cet épisode. Ils en font une sorte d'anecdote morale.
Aucun monument, rien, ne rappelle à S**'-Walburge la tragique sortie de la nuit du 29 octobre 1468. Cela ne nous honore guère, nous qui respectons nos Ancêtres et aimons notre Histoire.
* ^ Lors commença lassault, et fut la Cité envahie de toutes pars ^ terriblement.... ^ [Wavrin, ibid,y t. II, p. 389.] — Cives vero ad arma convolantes eis nhiqiœ resHterunt egregie bomhardis, halistis et fundibulis, et Civitatem aliquo tempore potenter defensarufif. [ Chronicon Leodiense , dans les Analectn Leodiensia , p. 222. ]
' Quod atii Leodienses, in aliis loch Civifntis praelmntes, pei'cipientes, fugam célerrime maturaverunt y et fugernnt armati extra Civitatem cum Vincentio de Biœren. etc. [Ibid.j p. 222. ]
^ sf Ki ceulz demourans en la Cité de Lyege se detfendirent le mieulz a quilz peurent; et disoit on lors que les femmes résistèrent plus ^ vaillamment que les hommes, gt [Wavrin, ihid.y t. II, p. 389, etc.]
* Il était alors midi, s; .... Et en chascune maison trouvasmes la
Le Duc, précédé du Roi i, entra par la porte S*e-Walburge , et descendit par Pierreuse. Arrivés vis-à-vis de THôtel de Ville, ils tirèrent tous deux répée, et l'agitèrent nue au-dessus de leur tête en criant : Vive Bourgogne 2 /
C'était Tordre du carnage et du pillage.
Ayant ainsi pleine licence, les Bourguignons commirent tous les excès.
Ils se livrèrent au meurtre, au viol, au vol ^.
Ils massacrèrent avec frénésie, sans pitié. Ils mirent la main sur tous les hommes valides, et les traînèrent sur les ponts. Là, on les garrotait par groupes de dix ou de vingt, et on les engouffrait dans la Meuse , dont les eaux étaient ti*ès grossies par les pluies récentes. En même temps avaient lieu des tueries partielles : les vieillards, les femmes, les enfants étaient pendus ou
* nappe mise, ^ dit Commines. \Ib\d,^ liv. U, ch. 13.] D*aatre part, ce détail indique bien que Liège fut emporté de vive force, les Bourguignons ayant tout à coup afflué dans les avenues du faubourg Vivegnis.
* "E^go irrumpentibus ferociter Burgundis,. Ludovicus primum, deinde Burgundus, Civitaiem intrat [Gaguini Berutn GoUicarum Annales, édition de 1504, fol. 147'.] Ainsi le Roi, faisant de la politesse, précédait le Duc.
* Ce fut le Roi , paraît-il , qui cria le premier. Famatumque fuit publiée de Bege Frandae, qtwd cum venisset super Forum Leodiense, extracto gladio, clamaverit : Vive Bourgoignel... [Adrianus, ibid,, p. 343.]
* Les tristes détails d'une ville prise d'assaut sont , en général , les mêmes à toute époque et dans tout Pays; mais au sac de Liège, les Bourguignons se distinguèrent par une rare férocité , agissant sous les yeux et avec Tassentiment de leurs chefs , le Duc et le Roi.
égorgés 1; les jeunes filles, suppliciées, étouffées 2. Il périt trente-huit mille hommes et douze mille femmes 3.
* Les Anoalistes contemporaius ont tenu note de cette vile tuerie des enfants. Neque indulgentia uUa milUutn in pueros fuit, { Gaguin , ibid. , fol. 147'.]
' Le moine Adrien , par une retenue exagérée , ridicule si elle est sincère, déclare qu'il ignore ce que Ton fit des femmes, des jeunes filles : De muîieribus ac virginibus quid facium sit, ignoi'o. [Ibid.j p. 342. ]
Les Annalistes laïcs sont plus explicites là-dessus. Quin stupratas a se Virgincs, crudelis satelles jugulavU.,,. [Gaguin, ihid., fol. 147'.] a ... Femmes, enfans, prestres, religieuses, et vieils et anciens hommes, ^ tous y furent tuez et meurdris; et moult daultres merveilleuses f cruaultez et inbumanitez y furent faictes , comme jeunes femmes et ^ filles efforcées et violées, et, après le desordonné plaisir prin s délies , ^ les tuer et meurdrir.... *f [Chronique de Louis XI, ad ann. 1468. etc.]
On tuait même dans les églises des gens à genoux. In ccclcsia Minorum XXII occisi fuerunt,quijacehant ad genua audiendo missam ; ad Praedicatores XI fuerunt occisi in ecclesia, et muîti vulnerati; in S. Dhngsio suh turri, et in capella, et similUer in aliis, fuerxmt aliqui occisi... [Adrianus, ihid.^ p. 342.]
* Cette immense tuerie s'explique : le Duc de Bourgogne voulait l'extermination du Peuple Liégeois. Toute la population de la Banlieue s'était réfugiée à Liège. Les cadavres n*embarrassaient guère : on les jetait à la Meuse , qui coulait alors par tout« la Cité ^ in profundos Mosae gurgiies mitteretur. Le mercredi 8 novembre, on ne cessait pas encore de massacrer et de noyer , comme l'atteste une lettre écrite ce jour-là par un Officier Bourguignon : «s Lon ne besoingne présentement ' aucune chose en justice, senon que tous les jours lon fait nyer et 0 pendre tous les Liegois que lon treuve.... ^ C'était un carnage Infâme, sans relâche, sans fin. Juvenes et Virgines, Sencs cum JuniorUms, simid in unum Dives et Pauper, reperti in plateis , ahsconditiin d(mil>us et latHmliSy diverso suppliciorum génère crudeliter interfedi 8UfU. [Chronicon Leod.j dans les Analecta Leod., p. 178.] Les Bourguignons ne pouvaient se rassasier de ces lâches égorgements. Necsaciatus est inhumanus hostis tant multa caede. [Gaguin, ibid. . fol. 147'. ]
La tradition poi*te le nombre des morts à cinquante deux mille : quarante mille hommes, douze mille femmes. Numerantur quadra-
Le pillage se perpétra avec une fureur non moins effrénée. Les maisons étaient fouillées du toit à la cave. Les églises furent forcées, et les autels brisés; pour avoir les reliquaires et les vases sacrés, les hosties et les reliques furent jetées au vent ^ Livres, ornements, tableaux, chefs-d'œuvre d'art, tout fut volé 2.
Le mercredi 2 novembre, le Duc demanda à Louis XI s'il ne fallait pas détruire de fond en comble cette Cité de Liège, cet éternel bouge démocratique. Le Roi dit oui; il ajouta que pour
ffinta millia hominum qui in Civitate trucidail, et duodccim miUin mvUierum quae in aquas projcctae fuenmt, atque suhmersae. [Munsteri Cosnwgraphia universalis , édition de 1550; liv. II, fol! 134.]
* Et si invenerunt ctboria sacramenti EucharistidCy tulerunt vcl excuserunt hostias super altare; similiter oleum sacrum cffuderuni super altaria.... Dans la Cathédrale, tous les autels furent brisés et leurs ornements volés. Milita ctiam altaria in Ecclcsiu Leodiensi fuerunt cassata, et calices ^ et omnia ornanienta altarium ablatu.... Cette église fut aussitôt transformée en écurie. Collegium sumnium in stahulum equorum convertit. [Placentius, Catalogus Antistitum Leodiorum, p. 187.] •
^ Les tableaux , les statues , les manuscrits et les objets d'art dont Liège était si fier, et qui remontaient aux plus vieux temps du moyen-âge, furent partout volés. Bien des œuvres d'artistes Liégeois allèrent orner les manoirs et les églises de la Bourgogne , du Brabant et de la Flandre. A Bruges , nombre de tableaux remarquables , dont on ignore l'auteur et Torigine , proviennent de notre malheureuse Cité , l'école artistique de la Westphalie. En les voyant , il n'est pas un de nos Concitoyens, quelque peu antiquaire, qui ne soit porté à s'écrier : . Ceci est à nous !
Deux mois après cet âpre pillage , lorsque les Chanoines rentrèrent dans leurs Collégiales, ils durent célébrer les offices sans livres, sans ornements, sans calices. Ecclesiae faciehunt officium sivut jtoteratit» quia nec HbroSj nec cali<:es. nec ornamentu habebant, | Adriauus. ibid., p. 34:5.]
se défaire à jamais d'importuns oiseaux, il ny avait rien de tel que de brûler le nid. Le Duc répondit que bien ainsi il ferait. Puis ils se séparèrent, après s'être mutuellement complimentés sur leurs exploits i.
Le jeudi 3, avant de partir pour Maestricht, le Duc fit mettre le feu aux quatre coins de Liège. Il recommanda d'épargner les églises, si c'était possible 2.
* Et cum Dux requisivisset ah eo quid faceret de Leodio, llex respondit per parabolam : Quod x)ater sum habuit altam arhorenu... [AdrianuB, ibid., p. 343.] — Rex Franciae illiberali apophthegmate pranunciavU, exurendtim et esse nidum, qui peUere vellet aves. Cimtas igUur iota succensa fuit, [Suffridi Chranicon Leodiense, dans les Gesta Pantif, Leod,, t. III, p. 174. ]
Il reste ainsi bien acquis à TUistoire , que la résolution du Duc de Bourgogne de brûler la Cité a été prise de propos délibéré, et qu'elle a été approuvée par son compère , le Roi de France.
Pour dominer le Pays, ils jugeaient qu'il fallait anéantir sa Capitale.
Sur ces affreux événements , les Chroniques de Liège gardent un sinistre silence, ou se bornent à rapporter ce qu'en disent les Chroniques étrangères imprimées. — On a craintivement jeté cette ligne au milieu d'un Pâwelhâr du temps : ^ Lan M, IIIJ^ LXVIIJ fut la Noble Cité a de Liège par les maudis Bourgions pitieusement destruite. ^ — Il est vrai , qui eût alors songé à prendre la plume ?
* In die sancti Huberti, Lux declaravit Ecclesias reservari, et resi* duum incendio tradi,.,, Eodem die, incoeperunt incendere Civitatenh [Adrianus, iMd., p. 344.]
Le vendredi 11 novembre, un officier Bourguignon et soixante hommes furent chargés de brûler toute la Chaussée S*-Gilles; ils mettaient de côté ce qu^ils trouvaient bon, et tuaient les habitants cachés ça et là. Le Béguinage S^-Christophe fut brûlé avec l'église, :f à ceste piteuse ruyne et destruction de la Cité, ^ [Nouveaux Statuts des Béguines, de 1482. ] — In die Martini coepit coniburere in Calciata sancti ChristopJiori : habuit secum LX circiter viroSy qui auferébant va quae invenire potcrant , et occidébant Leodienses, quos invenicbant. [ Adrianus, ihid. , p. 345. ]
Ce fut avec ordre et avec régularité que Ton procéda à Tembrasement de cette vieille Cité, lune des plus belles et des plus glorieuses de toute la Germanie. Par nioments, Tincendie se déployait immense. Dans la nuit du 10 au 11, il jetait des rougeurs telles dans Tair, quon les apercevait d'Aix-la-Chapelle ^
Le samedi 12 novembre, le Duc sortit de Maestricht avec ses bandes , se dirigeant vers le Franchimont 2. Pendant huit jours, il le par-
* Chaque matin , on activait avec soin luiceudie. Chitas ex omni parte incendehatur quotidie.,.. Tamen quotidie cotubiirebai ulterms qtwd remanserat^ et per VII scptimunas semxyer de mane incoepU comhurere in divcrsls locis. [Adrianus, ibid., p. 345.] — L'incendie fut d'autant plus intense , que les rues de Liège étaient très étroites , et les maisons construites en bois et torchis (païou).
Le bruit de l'écroulement des édifices était entendu de loin. ^ A s? quatre lieues, nous oyons le bruit comme si nous eussions esté sur a le lieu. Je ne scay , ou si le vent y servoit , ou si cestoit à cause que :? nous estions logiez sur la rivière.... *? [Commines, ïbid.s liv. II. ch. 13.]
lia ruine de Liège eut un retentissement qui porta son nom jusqu'aux extrémités de l'Europe. I^es Annalistes Allemands en parlèrent avec une généreuse indignation. L'un d'eux , le célèbre Trithème , se déclare impuissant à redire toutes les cruautés, toutes les abominations que commirent les Bourguignons dans notre Cité , qui était si ^'emarquable par ses beaux édifices et par ses richesses. Erat aiUew Civitas ipsa sitUf atructuris, aedificiisquc pulcherrima.,., lîerum omnium copia multa, et ingénies divitiac, quae omncs in praedam et direptionew sacvis hostibus uno die cesserunt.... Hoc miserabïle Civitatis e^cidium per Caroluni Burgundiae Ducem perpetratum, tam fuit crudele. saevum, impiiim et immane, ut Uttcris rite commendari meâ nequaquam opéra possit, licet ab his qui tune intei'fuerunt , fu^ritn informcUus. f Trithemii Annales, t. II, p. 467. J
* In crastino Martini, IJux récessif f//* Traj^rfo on^sns^ Franchimont.... [Adrianus. ihid.. p. 34o. ]
courut en tous sens, saccageant Ensival, Yerviers, PoUeur, Spa, Theux, brûlant les maisons, ruinant les usines, démolissant les moulins ^. Alors quun froid rigoureux sévissait, congelant tout, ses soldats traquaient les fugitifs jusque dans les Eagnes, où une foule de femmes et d enfants expirèrent, au milieu des neiges, de faim et de misère 2.
Durant tout Thiver, en quatre mois, il mourut plus de cent mille personnes de tout âge et de toute condition 3.
* Intrans ergo Territorium de Franchemont , occurentes armatos occtdit; fugientibus pepercity et onines Villas igné devastavU, et cunctumPopulum aut trucidavit, aut fugavit.,.. Breviter totum Territorium in solUudinem redegit, combustis crudeliter omnibus domibus ViUamm.... [Ckronicon Leod.y dans les Analecta Leod., p. 228.]
^ Son armée estoit en deux bendes, pour plustost destruire le Païs;- ^ et feit brusler toutes les maisons , et rompre tous les moulins à fer tf qui estoient au Païs, qui est la plus grant façon de vivre quilz ayent. < Et cherchèrent le Peuple parmy les grans forestz, où ilz sestoient ^ cachez avec leurs biens; et y en eut beaucoup de mors et de prins; js et y gaignerent les gens darmes largement, n [Commines, ibid,, ch. 14.]
Dans le Franchimont, on garde encore souvenir de ces tueries et de ces incendies.
* ^ Jy veiz choses increables de froit.... Je veiz une femme morte, :ff et son enfant, dont elle estoit acouchee de nouveau.... Aulcuns de ^ ce Peuple moururent de faim, de froit, et de sommeil. ^ [ Commines, ^nd.y ch. 14.]
' Dans ces cent mille personnes tuées, noyées ou peAdues, on ne nombre pas celles qui, obligées de fuir au hasard , périrent de faim et de froid dans les forêts , sur les chemins , ou dans les pays voisins. Paido ante aetatem nostram, ab Carolo Duce Burgundionum fere ad internitionem et Urbis et Nominis adflicta est Huic non salis fuit supra centum puberum et impuberum hominum milia uno die expiignata Urbe trucidasse,.., non in TJrhe solum, sed fier totam Ditionem,
Les survivants, riches et pauvres, languissaient indistinctement dans la soufrancë , la désolation , Ik détresse.
fm nullae &enH$ éuperésseni reliquicus. [H. Thomas, De TuHffris CommentcMritis j p. 63.] — Cet écrivain, né à Liège vers 1475, ne parle qu*avec douleur de la dernière et affreuse lutte contre le Duc de Bourgogne. Le souvenir en était ehcore tout vitànt dans lePajs, parce qu'il n'y avait pas une famille qui n'eût été privée de plusieurs de ses membres, parce qu'il n'y avait pas un édifice, pas une maison qui, par ses réceiitéft i^éparations, ne rappelât la grande catastl-dphe.
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Le Pays. — Sa décadence. — Mort du Duc de Boui'gogne. — lléveil du sentiment national. — Retour des fugitifs, des bannis. — La démocratie restaurée. — Les États. — Ds conservent Louis de Bourbon pour Prince. — Ils le contraignent de se soumettre aux Paijc, — lie Péron est relevé; — fiourbon essaye de reprendre TàSdendant. — D s^appuie sur Guillaume de La Marck. — Il en est délaissé , et le fait bannir. — Guillaume) attaque Bourbon à force ouverte. — Il le tue. — Le Pays recouvre l'entière indépendance.
La Nation Liégeoise ne pouvait point être détruite i.
Il fallut, bon gré, mal gré, régir ses malheureux restes 2.
' C était lopinion commune, depuis longtemps déjà) on Ta vu^ que la Maison de Bourgogne avait résolu l'anéantissement du Pays Liégeois. Louis XI rappelait ainsi oette fatale convoitise, en 1478 ^ à des esprits oublieux : ^ Ceulx de Liège doivent considérer que depuis le Duc ^ Jehan, qui fut second Duc de Bourgogne, lui et tous ses successeurs ^ ont esté ennemys capitaux dudit Pays de Liège, et nont désiré que la sf destruction et désolation dicelluy. ^ [Dans Plancher^ Histoire générale de Bourgogne; t IV , Pi-., p. 378. ]
* Le Duc de Bourgogne et ses gens croyaient que le Pays de Liège était conqt^té k jamais. Dans un document du l^* juillet 1469, on lit : * Come monseigneur Charles, par la grâce de Dieu Duc de Bourgongne, 5f pour laide et assistence de Nous (Louis do Bourbon) avoU con^uesté < lesdits Cité et Païs de Liège.... ^ — En 1471 , en trflitflnt avec 1«
184 CHAPITEE XI
Le Duc de Bourgogne commit à un conseil de guerre , lequel eut pour chef Humbercourt , le soin de maintenir le Pays dans Tobéissance i.
Ce que Ton appelait la justice, fut administré par un tribunal sûr, composé de sept juges, quatre laïcs et trois prêtres, que présidait un bailli 2.
Roi de France, le Duc stipule pour le Pays de Liège. [Dans Léonard, Recueil des Traitez de Faix, t. I, p. 113, etc.]
Les moindres incidents favorables au Duc, on les faisait célébrer à Liège par des réjouissances. La trêve quil signa avec le Roi de France en 1^76, pubUcata fuit Leodii penultima odobris, etpulsatum fuit ad omnes Ecclesias Leodienses, [Adriani Diarium LeodiensCj dans YAmplissima Colledio, t. IV, p. 357.]
Le Pays était déjà comme une sorte d'annexé du Duché Bourguignon.
' Causae confiscationum, et quae ad guerram spedabant, tractabantur coram domino de Hunihercourt et consiliariis ejus, [ Adrianus, ibid., p. 347.]
' Circa legem Patriae fuerunt instituti in Leodio ballivus, et IV judices saeculares et très de ecclesia , coram quibus tractabantur omnes causae, sicut solebant tractari coram Scabinis. [Id», ibid., p. 347.] * Cette cour fut nommée le Grand Conseil. Elle reçut sa constitution définitive et ses règles de procédure le 29 décembre 1476.. Yt ordonnance débutait ainsi :
if Lotcys de Borbon, par la grâce de Bien, Evesque de Liège, Duc 1? de Builhofi , Conte de Looz , etc. A tous ceulx qui ces présentes ^ vieront, salut. Comme à cause des gueres et divisions que par ,< ci devant ont régné...., justice nat peu avoir son course et nat esté ^ exercitee suffisamment en nous Pays et Seigneuries, et plussieurs gf grand malx et inconveniens soient advenus en iceulx nos Pays et a Seigneuries.... Par layde et assistence de nostre très honnoré ^ Seigneur, frère et cusin monseigneur le Duc de Bourgongne, de a Braibant, etc., nous avons convaincu et encbachiet, hors de nosdis ts Pays et Seigneuries, Ceulx qui principalement avoient esté et estoient ^- cause desdis maulx et inconveniens.... Et combien que pour exercer a ladicte justice, qui est lame et lesprit de bien publicque, et là choese n principale que plus peult entretenir nousdis Pays et Subjects en n bon police, paix et union, nous avons disposé, comis, institué et r ordonné.... *s [Dans le P(îffeZAdr.]
Quiconque faisait montre de ne pas aimer le nouveau régime, ou laissait entendre la moindre plainte, était sommairement exécuté ou banni, et ses biens étaient confisqués ^
Comme il ny avait plus ni lois ni franchises, le Peuple fut chargé de tailles et d'impositions de toutes sortes 2. H eut à fournir des contingents d'hommes armés et équipés, qui furent incorporés dans les bandes Bourguignonnes ^.
* On punissait non pas seulement la plainte un peu bruyante, mais les propos les plus inoffensifs. ^ Tout le Pays gemissoit sous le poids a. d'une cruelle servitude. Personne n^ouvroit impunément la bouche ^ pour se plaindre. Un jour, quelqu'un s'étant émancipé de dire : ^ Que le Duc n^est-il en paradis, fut jeté dans la Meuse, comme s'il ^ eut souhaité sa mort. On y jetta pareillement deux femmes, qui, se <p Toyant maltraitées, avoient dit : Il y a encore des Liégeois,,,. ^ [Bouille, Histoire du Pays de LiègÇy t. U, p. 166.]
* Factaetiam fuit una tallia per parrochias et per Hasbaniam, et oppressi pauperes, — Et taxati fuerunt omnes potentes in Leodio. — Bourbon pressurait à sa guise le Pays. Le Duc s'adjugea le droit d'établir et de lever les impôts... Quod Dominus Leodiensis non posset imponere tattiam in Patria Leodiensi, sed pertineret ad Ducem tamquam Superiorem, [ Adrianus, ibid,, p. 351 , 353.]
' En 1472, la Hesbaye seule fournit un contingent de trois cents hommes. In septembri electi sunt per Leodium et Hasbaniam, qui dèbébant ire ad bellum, drciter CCC. [Id,,ibid,, p. 355.]
En juillet 1475, le Duc projetait d'envahir la Lorraine. Les Liégeois loi offrirent six mille Francs- Archers, entretenus à leurs frais pendant toute la durée de la guerre, s'il daignait permettre de refaire le Pont des Arches et de relever les maisons de la Cité. Il fit accueil à cette offre et à cette prière. Gela est ainsi dit dans une lettre d'un Ambassadeur Milanais, du 1^' août 1475. Ha dicto anchora che Ijcçiesi hanno offerte a Monsignore di Borgogna 7/™ Francharceri , pagatiper tutta questa guerra, et Sua Signoria sia contenta chepossano fart reffare el suo Ponte che era nel mezo de la terra sopra la fiumara che passa per U, et similiter reffare le loro case.,,. [Dans les Dépêches
Humbercourt, oomme moyen de sécurité, s'était éta^bli clans YJle. Il l'avait entourée d'un mur crénelé; il avait fortifié les ponts qui la rattachaient à la Cité. Il était ainsi à Tabri de» attaques de la population, qu'il pouvait accabler à sa volonté ^
L'oppression triomphait.
Il se faisait, peu à peu, un semblant de calme.
Partout il y avait deuil et découragement 2.
des An^tasê&detérs Miîcmaia 9ur les campagneê du Due de Bo/urgognf: GouèvtJ, 1853; 1. 1, p. 197,]
< In diebus iUis, Bominus Leodiensis hahuU unum iractatum ctim Duce^ de transportatione Insulae Leodiensis, [ Adrianus, ibid., p. 346.]
Le Duc , en effet , prenant des précautions en vue de perpétuer son autorité; s'était fait concéder par Louis de Bourbon tout le Vhiâvf d'Ile, c^est-à-dire : if Vlsle de la Cité, en laquelle sont TEglise de if s. Paul et FAbbaye de S. Jacques, et les Ponts diceUe, avec les fi petites Ysles enclavées en ieeulx Popta, et au^^i XIsleau de T^rrefit; IF lesquelles places et lie\i« spnt presentemeiit en ruyne, tel^ et si ^ graqde que lesdits lieux sopt inhabitables... ; pour y faire, construire fi et éditer Ville fermée et t^les {"ortifioations et Ëdifices qui! luy fi pliera..*, ff [Dooum0nt du 1^^ juillet 14Ç9, df^ns le Pâwelhâr,' dam les Analecta Leodi^nsiçk, p, Ô79i etc.]
Humbercourt n'avait^ permis k p^r^onue de résiclçr dans le Vinéve d'Ile, si ce n'est à ses p^rtiçans intiu^es et à 8^8 poldats. Ce.burg avçût une garnison Bourguignpune. Anno 147% ^ Domini^ Pai^ge çw», ce equitibm venit in LeçdiOti ut es^ei ÇqpifaneiM in tnsula- [ Adrianu8| ibid., p, 352.]
< Le Clergé, qui av^t si pcaud^leaseiuent trahi la cause nationale, eut également h souQ'rir de? violences du vainqueur. Sur Tordre du Duo, les cloches des églises, tant de la Cit-é que des Bonnes Villes et des Villages, avaient été brisées, et de leur métal on avait fabriqué des bombardes. CampmM quoque frucias dividehant in minuêias ei ioUebani... In maltls ctmm ecclesiis ChUatis aiqi^ etiam in aliii Oppidis et Villuli^f oc^tnpanae ei' timibus eripiehantur ad usutii ti^mentonm seu bom^avdornm confioiendoruw, erudelem sententiam
La Cité et les Bonnes Villes se relevaient à grande peine de leurs ruines. Elles étaient affreusement dévastées: les rues étaient obstruées de décombres, au point que la circulation était impossible ^
A Liège, pas une seule maison n'était restée debout 2. En juillet 1469, le Duc, importuné par les Chanoines de la Cathédrale et des Églises Collégiales, leur avait permis de reconstruire cent et quatre baraques, pour loger les chapelains et les autres suppôts ^.
sortienies. [Chronicon Leodiense, dans les Ancdecta Ijeodiensia, p. 61 , 181. ]
Nonobstant, au printemps de 1469, Louis de Bourbon et des députés du Clergé allèrent complimenter le Duc. «« Nous soiions transportés ^ devers nostredit Seigneur et Cousin ^ tant pour le remercier des grans ^ peines, travaulx et despenses quil et ses Subgez ont eu et soustenu If pour réduire lesdits Pais en obéissance de .Nous et de nosdit Eglise... ^ Et aussi que faisant démolir les maisons de la Cité , il avoit à grant s: soing, traveil et diligence fait préserver et garder lesdites Eglises, ^ et les personnes, maisons et biens appartenans à icelles.... ^ [Document du 1^' juillet 1469, dans les Analeda Leod,, p. 584.]
* Quand Bourbon voulut rentrer à Liège , en janvier 1469 , il fut forcé de descendre de cheval , pour marcher au milieu des décombres. IvU pedes ad videndum destructionem CivUatis , quia equtM transire non potuisseL [ Adrianus , ibid. , p. 350, ]
* ^ Apres la démolition, à peine pouvoit-on compter dans cette ^ Ville , un peu auparavant si magnifique et si riche en édifices , plus ^ de six mai^Ofis du menu Peuple ; encore étoient-elles a demi-ruinées. «< [Bouille, Histoire du Pays de Lièges t. II, p. 163.]
' C'est ce que constate un document du 1«' juillet 1469, dans lequel Bourbon dit : ^ ... Nostredit Seigneur Frère et Cousin, pour honneur 0 et révérence de Dieu , aiant pitié et compassion du povre Peuple , a fi consenti et accordé , que nous et lesdits d^s Eglises puissions faire . fi construire et reediffier , pour la demourance des chapelains et des fi gens laïs mécaniques, nécessaires pour le service et provision desdits
Dans cette Gité, dans ces Bonnes Villes, misérables, dépeuplées, tout allait s annihilant, le commerce, l'industrie, l'agriculture, les arts.
Insensiblement, la Patrie Liégeoise s'anéantissait.
Elle devenait une Province Bourguignonne.
Tout à coup, dans les premiers jours de 1477, retentit l'incroyable annonce que le Duc de Bourgogne avait été défait à Nancy et trouvé mort dans une mare glacée. (5 janvier ^.)
Lorsque ce trépas fut bien avéré , il y eut une explosion de joie et de colère dans le Pays 2.
^ gens d'Eglise, jusques au nombre de cent et quatre maisons.,.; ^ moyennant et parmi ce que nostredit Seigneur aura et prendra sur ^ chascune desdites cent et quatre maisons trente solz de rente heri> ^ table... «f — In diebi^ illis Dominus Leodiensis Jiahuit unum tractatum cum Duce, de centum et quatuor domibus aedificandis in Leodio, pro mechanicis artibus exercendis. [ Adrianus, ibid.j p. 346.]
' Ce brutal soudard a eu ainsi la honte de périr et de pourrir en terre ennemie , dit très bien un de nos écrivains. Dum ille Nancey hostili terra , captas adhuc et putridus jacet. [ H. Thomas , De Tungris Commentarius , p. 63. ]
* Malgré la ruine et Tépuisement du Pays , le sentiment national se réveilla partout avec une singulière énei'gie. Poi'ro in Terra Leodicnsi uhiqiie nimirum plurimum erat tripudium et gaudium, [Monachi Johannis de Los Chronicon Leodiense, dans les Analecta Leodiensia^ p. 74.]
La Cité de Liège reprit ainsi vie , et les Liégeois redevinrent une Nation. Sed Diis gratia bene habet, floret rursum, et Urbs Leodium, et Leodiorum nomen, aeternumque Deopropitio florebit. [H. Thomas, ibid., p. 63.]
Ces faits amènent cette remarque.
Bien des Peuples avaient été dominés par les deux derniers Ducs de Bourgogne.
Le Peuple Liégeois, seul, eut la volonté de reconquérir la liberté par la force des armes.
Partout, on se remit en possession des armes.
Prenant peur, les Bourguignons s'esquivèrent.
Aussitôt , on tint pour non avenues les violentes sentences Ducales.
Les tailles et les gabelles cessèrent d'être levées i.
En tous lieux, on rétablit les vieilles lois et les antiques usages 2.
Les fugitifs et les bannis revinrent de toutes parts, et se réintégrèrent dans leurs biens 3.
A Liège, les Bons Métiers se reconstituèrent. Leur premier soin fut de revendiquer leurs revenus et leurs propriétés, dont Bourbon s'était emparé à son profit particulier K
' Prohibébantur consuetae exadionea; gàbelïa super rehtis venalibus imposita deposita est, qtuituor aut quinque gabellis excepiis; resumpta sunt anna , et loca opportuna instanter statim exstiterunt fortificata. [Johannis de Los, ïbid,, p. 74.]
* Forro Lex, Statuta et Ordinationes , qt$as Dux Carolus in Leodio et in cundis Patriae Oppidis exercendas praeceperat, facile sunt recocatae et annihïlatae sive cassatae. Peregrina îege aboîita et Patria Lege denuo introinducta, [ Job. de Xos , ibid. , p. 74. ]
* Confiscata .Civium bona compelîébaniur suis praprietariis restitui, [ Id, , ibid, , p. 74 , etc. ]
Rase de Heers rentra aussi dans la Cité. Pour recouvrer son avoir confisqué , il eut à prêter un serment de fidélité à Bourbon. Il soutint d'abord qu'il n'avait nul pardon à demander, n'ayant pas offensé le Prince en défendant la cause nationale; de plus, il n'avait pas commis de félonie, ne tenant de lui aucun Fief. Quod dominus Bazo non annuit , allegans se Bonànum non offendisse, et unam solampartem tenuisse, quare nullomodo peteret veniam; etiiim dicendo se nulla bona a Domino in feudo tenerc; cum similibus verbis. [Âdrianus, ibid,, p. 360.]
Cet austère patriote mourut quelques mois après son retour , accablé par les peines qu'il avait endurées.
* Et more consueto , Ministeria ordinabantur, [ Joh. de Los , ibid. , p. 74.]
Bourbon, privé de son formidable protecteur, se trouvait seul en face du Pays. Il était plus que détesté. Ses excès contre les institutions nationales l'avaient rendu exécrable. Lui seul avait amené tous les désastres de la Patrie. Pour faire le Seigneur absolu, il avait violé toutes les lois d'ordre public et privé ; il avait démantelé et ruiné la Cité et les Bonnes Villes, incendié les chaumières , détruit les récoltes , coupé les arbres fruitiers, anéanti tout commerce, toute industrie; il avait égorgé, enfin, une partie de la population, hommes, femmes, enfants i.
' On trouve une série de grief», non moins accablants , à la charge de Bourbon, dans une Instruction du mois de janvier 1478, communiquée, au nom du Roi de France, à une Députation Liégeoise. Eu voici quelques lignes :
a Item. Ont remonstré la grande désolation eu quoy le Pays de < Liège a esté mis; la diminution et pauvreté où les Habitans sont ^ venus, tellement que tout'le Pays est désolé, les Villes ouvertes, et ^ sans fortifications ne fermetures....
^ Item, Et que veut lestât où ils sont à présent, et quils nont ^ armoys, armures ne autres choses pour la guerre, ils ne se peuvent ^ bonnement déclarer en guerre contre leurs voisins, ne autre chose ^ foire.... ^
Ces misères, ces souit'rances , cette décadence du Pays, c'est le Prince qui les avait voulues :
^ Item. Et chacun a pu voir les grans maux et inconvénients, et * la désolation qui est venue à tout le Pays de Liège par la partialit4* ^ que ledit Evesque, qui a présent est, a prins avec ledit feu Charles If Duc de Bourgogne....
a Item, A le Duc de Bourgogne tiranniquemeut desmoli , ars et if bruslé la Noble Cité de Liège, et plusieurs autres Villes dudit Pay^. ^ et iceluy Pays a rais en totale désolation et ruyne , et l'a tenu et if occupé jusques à sa mort....
it Le feu Duc Charles de Bourgogne tant de maux leur a fait . que
Au fort de sa puissance, il avait été aveuglement féroce. . Dans sa chute, il fut d une infâme bassesse.
Le mercredi 9 avril, les membres des Etats se réunirent à. Liège.
Le lendemain, Bourbon y accourut; il quittait la Cour Bourguignonne i. Appréhendant d'être écarté encore une fois , il se rendit à l'assemblée des Etats. Il y donna lecture d'un acte par lequel Marie de Bourgogne, fille et héritière du défunt Duc, renonçait, en faveur de son cher oncle, Louis de Bourbon, à toutes les prééminences des Diics de Bourgogne sur le Pays 2.
^ oncques tyran n'en fit plus en Pays ne Nation.... ^ [Dans Plancher, BUtoire géfiHsrale de Bourgogne; t. IV, Pr., p. 387.]
* Décima aprilis rediit Dominus Leodiensis ad Civitatem 5«ant, ubi honnestissime fuit receptus. [ Adrianus , iJ)id, , p. 360. ]
Les moines Annalistes exposent les faits qui suivent avec un certain embarras. Ils n'osent critiquer le Prince , qui , pour eux , est avant tout leur Evêque , c'est-à-dire un personnage spirituellement impeccable.
' Voici ce curieux acte de subrogation, du 19 mars 1477 (N. S,) : ^ Nous Marie ^ Duchesse de Bourgoigne^ de Brahant, etc., faisons * ^afmr à tous, que ; En faveur et contemplation de nostre très cher ^ et très amé Oncle TEvesque de Liège, Duc de Buillon et Conte de Loz, ^ et pour la descharge de lame d& feu nostre cher Seigneur et Père , ^ cui Dieu absoille , ayant regart «ux grande^ et eiccessives gommes ^ de deniers quil a levé esdis Pays de Liège et de Loz , depuis di;^ ans ^ ença, en recompense des frais, pertes et dommages par lui euz et if Boustenuz durant les guerres qui ont régné en icelui Pays, mesme- ^ ment afin que nostredit Oncle puist acquérir, pour Lui et pour Nous , ^ le courage de ses Subgets de sesdis Pays , telement que puissons ^ estre servye deulx, sil est besoiug, et que soyons participans aux s? pryeres et oroysons qui se font journelment es eglieses diceulx Pays : tf Avons , pour Nous , uoz Hoirs et Successeurs Duos et Duchesses de ^. Hrtbfknt, donné, cédé, quioté et transporté, donnons, cédons,
Les États ne tinrent aucun compte de ce document. Ils étaient seuls investis de la souveraineté nationale, et ils surent le rappeler à Bourbon. Dans une requête qui, malgré sa forme respectueuse , était impérati ve , ils le prièrent de se soumettre, en bon Prince, aux Paix qui garantissaient les droits individuels et sociaux. (Mardi 15 avril i.)
Bourbon comprit ce qu'on lui demandait en ce ferme langage. Il obéit. Il s'engagea, par écrit, à observer les Paix y et, tout particulièrement, à ne plus faire la guerre, à ne plus conclure d'alliance, à ne plus établir de tailles ou battre monnaie, sans l'autorisation expresse des Etats 2,
^ quictons et transportous , par ces présentes, à icelui liostre Oncle, ^ tout tel droit, querelle et action que avons et povons avoir sur ^ sesdits Pays et Subgetz , au moyen des traictiez de paix faiz de et if touchant lesdites guerres, de quelque grandeur quils puissent estre, «y en nous depportant du tout dicelui droit, querelle et action, et y ^ renonceant à son proufit, sans ce que jamais Nous, ne nosdits ^ Successeurs , en puissons riens demander, en tenant dès maintenant ^ pour nulles et de nulle valeur , quant à Nous , toutes les lettres qui ^ pevent avoir esté faictes et passées desdits traictiez , et mandant à ^ ceulx qui les ont, quilz les rendent à nostredit Oncle sanz difficulté. ^ Tesmoing nostro nom cy-mis, le xix jour de mars lan mil CCCC ^ soixante seize. . Mabie. ^ [Dans le Pâwelhâr; dans le IteeueU des Édiis du Pays de Liège, 1. 1, p. 186. ]
' La requête avait été présentée par la Cité aux États, qui la soumirent au Prince. Celui-ci en apostilla chacun des points. [Dans le Pâwelhâr; dans divers écrits imprimés; dans les Analecta LtO" diensia, p. 625.]
Selon le style de la chancellerie d'alors, la forme de la requête fut obséquieuse , et celle de l'apostille , altière.
* La Cité exprimait sa volonté en ces termes : ^ Veil le consentement ^ que mondit Seigneur donnât de sa grâce especiale à la dernière Joumee
n reconnaissait, après une résistance si longue et si effrénée, qu'il n'avait d'autres pouvoirs que ceux qui lui étaient conférés par le Pays.
Il en vint ainsi, non sans humiliation, à proclamer lui-même l'illégalité de la plupart de ses actes. Il déclara indues toutes les gabelles qu'il prélevait i; il renonça aux poursuites arbitraires et aux condamnations abusives 2; il permit que
ss et Conferation des Troix Estas du Pays , disant quil se voloit conduire ^ et uzeir par leur conseil et délibération : que il vous plaise y tenir la s main, et luypryer: Çmc, comme Prince dhonneur, il ne veuille entrea prendre guerres , alliances, mectre sus tailles, faire battre monoie, ^ ou autre cfioese tochant le faict de son Pais, se ce nestpar la grande ^ délibération et ordinance desdits Troix Estais , comme danchienneté
* U ai esté uzeit. i?
Sur ce point, il y eut cette apostille : s» Jlondit Seigneur est content, tt moiennant ossi qae lesdis Supplians et les Estais ne les pourront
# faire sans ^on gré et consentement s?
' ^ Item. Et veii la grande pauvreté et nécessité desdits Supplians , ^ ayant regart mesmement aux tailles et impositions et autres subvenfi tions quil a convenu faire jusques à ors , et en especial le cours des ^ gabeles en ladicte Cité et Banlieu , quy , sens comparaison , sont eu ^ plus hault pris quelles nont parcidevant esté : quil plaise à la grâce if de mondit très redoubté Seigneur , ayant compassion de ses pauvres if Subges , descharger son pauvre Pays desdites gabeles... n
Apostille : gf Mondit Seigneur est content que Messeigneurs des if Trois Estais donnent leurs Députez pour , en ce qui touche ce présent ^ article, communicquer avecq Luy et son Conseil, auffin quun accord f et moien sen puist faire, ^
' fi Item, Veii la diversité des loix qui durant les guerres ont heu ^ course en son Pays, quil plaise supplier mondit Seigneur : Que dorif senavani un chascun soit iraictez et menez par Broict, par Loy et ^ par Jugement d'Eschevins et d'Hommes, selon que le cas requerra, ^ et que par inondit Seigneur et lesditz Estaiz ordonné en serai. Et if mesmement, que les Officiers de mondit Seigneur ne travaillent per-
? sonne indeubtement et hors Loy.... ^
Apostille : «* Mondit Seigneur vfut un chascun traider par Droit et fi Justice j camtne ban Prince , et selon que le cas le requerra, *
les fugitifs revinssent librement; et reprissent la possession de leurs biens; il restitua aux Bourgeois, aux Bons Métiers, aux Bonnes Villes, les meubles et les immeubles dont il avait autrefois, sans vergogne, fait son gain i.
Le samedi 19 avril, il y eut à Liège des élections magistrales 2. On y procéda conformément aux vieux usages. Chaque Bon Métier nomma dans son sein un Bourgeois. Ces trente -deux Bourgeois choisirent, à la pluralité des voix, deux Bourgmestres ^. Les élus furent installés à une heure après-midi, et prêtèrent au Peuple, au
* ^ Item. Que ceulx qui par coDstrainte, tauxe et assieté descomis ^ aux venditions des heritaiges confisquez , et dont ilz feront apparoir, ^ auroient achapté aucuns cens, «rentes, heritaiges , minnes , parçons ^ de fosses, houttes et ustilles, cawes, pesclieries, ou autres biens if quelconques , quil plaise à mon dit Seigneur den faire lever et oster s? les mains , pour doresnavant en laisser jouyr ceulx asquels tels biens n auroient auparavant estez.... ^
Apostille : s? Fiat. ^
' Si, d'une part, Bourbon reconnaissait la souveraineté desËtats, dWtre part, il ne renonçait pas au gouvernement personnel. Il s'obstinait à faire bénéfice de l'inepte bulle du pape Paul II, qui l'investissait de lautorité la plus absolue.
Le jour même du rétablissement des institutions communales, le 19 avril, s^ Il protestât, par exprès, de rien voUoir accorder , reildre if ou consentir au préjudice de la Sentence Apostolicque donnée et ^ pronunchee à Rome par nostre sainct père Paulus pape, ne au con- ^ traire du contenu de ce qui lui povoit estre adjugiez par icelle.... ;? f Dans le Pâtcelhâr. ]
U ne fut tenu , on le comprend , aucun compte de ces protestations insensées.
^ En ce temps de rénovation , on n'appela plus Maîtres les Chefs de la Cité , mais Bourgmestres . à l'instar des Burgermester des Villes îiibres Allemandes.
Peuple seul, le serment de fidélité prescrit par les anciens Statuts i.
Une chose manquait encore à la Cité, son Péron. Cet antique symbole de la liberté, le Duc de Bourgogne Tavait emporté, en 1467, en signe de triomphe. Une députation alla, en cavalcade, le reprendre à Bruges, et le ramena glorieusement 2. On le releva sur le Grand Marché, aux acclamations générales, le samedi ISjuillet 1478^.
* EUcti fuérunt de mane XXXIl Cives apud Fratres Minores ^ qui intrarUes œnclamm, elegerunt duos Burgimagistros , noMles videlied, GuUlelmum de Waroux et Guillehninn D^Emptinis , qui una hora intraverunt Civitatem.... Qui primo sero apud Minores praestarunèjuratnerUum solUum per Magistros praestari. [ Adrianus , ibid, , p. 361.]
A propos de cette élection magistrale , un de nos Annalistes écrit : a On pourra s'étonner ici, que depuis Tan 1467 jusques à Tan 1477 , on f n'a plus marqué de Maîtres de cette Cité dans leur rang. La raison ^ en est que , dans cet intervalle de tems, la Ville de Liège a été soumise :? à un pouvoir t3n^annique , n'y ayant eu pour lors aucune police ni ^ corps de justice dans cette Cité, et son gouvernement ayant été ^ parement despotique.... if [Loyens, Eeeueil héraldique des Bourguemestres de la Noble Cité de Liège, p. 184.]
* In die S. Barnahae (11 juin), ad rogatum Domini Leodiensis , redudum est in Civitatem Leodiensem insigne fastigium Francisiarum Civitatis Leodiensis, scilicet le Peron , quem Karolus Bux deponi fecerat de fonte Fori Leodiensis, et d^ortari ad oppidum de Brugis inFlandria; et receptus fuit Leodii cum magna jocunditate illa die. [ Adrianus , ibid. , p. 367. ]
* Erectus fuit in Foro suo, unde ablatus fuerat^ XV III juUL [ Id.f ibid,, p. 367. ] — ^ Lan 1478 le Peron de Liège, qui avoit esté ^ prins à la grande prinse de Liège et emporté à Bruges, fut raportez, a et le 18 jullet rassit sur la Fontaine en Marchy à Liège ; à cause de ^ quoy y eut grant joie, a [Chroniques de Liège.]
On ne restitua pas tous les ornements de nos Fontaines. Louvrcx «écrivait en 1735 : ^ Il y a encore sur un pont à Bruges quelques
Une inscription latine, en lettres dor, rappela comment on l'avait perdu et reconquis ^ Elle s'exprimait ainsi:
LE PÉRON QUE Liège glorifie comiE emblème de 1a Patrie a été restauré ici