HIC JACET QUI PATRIAM VENDIDIT
La veuve de Fabry, navrée, se releva fièrement, et dit: ^ .... Ses ^ amis et les bons Citoyens savent que sa vie entière fut dévouée ^ au service de son Pays.... La fortune qu'il laisse sera la dernière ^ réponse à ses calomniateurs. Il est mort en leur pardonnant le tn mal qu'ils lui ont fait ; et son dernier soupir a été pour la prospérité ^ de la République, et la liberté de sa PcUrie ! a
Bassenge, homme d'une rare probité, Républicain rigide, Patriote constant, devint Député au Conseil des Cinq-Cents, puis au Corps Législatif. 11 perdit patience et courage en voyant de près la fausse France, sa fausse République, sa fausse Démocratie, sa fausse Liberté. Au lieu d'accepter de lucratives fonctions du Régime impérial , il pré-
De leur côté, les Aristocrates les plus tenaces ne songèrent plus à une Restauration Episcopo- Princière, quand ils apprirent que l'Empire, par le Traité de Lunéville, abandonnait à la République Française tous les Territoires situés sur la Rive gauche du Rhin. (9 février 1801 K )
fera devenir le modeste Conservateur de la Bibliothèque publique de Liège (1804). Il mourut le seize juillet 1811, âgé seulement de cinquante-deux ans , sans laisser de quoi se faire enterrer. Son dénuement était soulagé par quelques rares amis , que la Révolution avait plaa ou moins enrichis. Il décéda libre, le cœur Liégeois, mais honteux, dans sa Ville natale.
* 4- partir de 1795, il y avait en force intrigues pour soustraire le Pays de Liège et d'autres Contrées voisines à la Domination Française. On écrivait le 15 août 1797 : ss Mais on se demande journellement : le ^ Paya de Liège, ce Pays si convoité depuis des siècles par tous ses ^ puissans Voisins, retournera -t-il au Prince-Evêque et aux Trois ^ Etats? Assurément il doit leur retourner, si ces mots, intégrité de ^ V Empire y signifient ce qu'ils doivent signifier; car le Pays de Liège sf fait bien, pour le moins, partie intégrante de V Empire Germa-- ^ nique.... Quant à la question de Jîéunion du Pays de Liège à la gf République Française sous le nom de Département de VOurte , si elle ^ continue à avoir lieu pour toujours, pour lors il faut encore dire que a nous nous trompions tous autrefois, quand nous pensions que le SI Pays de Liège faisoit partie du Cercle de Westphalie, et que le î? Cercle de Westphalie faisoit partie de l'Empire Germanique... La ^ Nation Liégeoise n*est elle plus partie intégrante de l'Empire? if
Dans les articles secrets du Traité de Campo-Formio , signés le 17 octobre 1797, TEmpereur s'engagea à obtenir de l'Empire Tabandon des Territoires de la Rive gauche du Rhin occupés par la France. C^était donc avec fondement que l'on écrivait : a Le Territoire imporss; tant de Liège est déchiré de l'Empire , et fait partie intégrante de if la République Françoise, s? [Burke, Lettres sur les négociations de la paix; Paris, 1797; p. 47. ]
On ne se montra guère favorable à une cession aussi exorbitante, au Congrès de Rastadt (1798). Plusieurs Diplomates avaient un autre plan : ^ Il consiste : 1^ A réunir la Hollande, les Pays-Bas, la ^ partie de VÉvêché de Liège à la gauche de la Meuse , et le Duché de
Dès ce moment, pour les uns et les autres, s évanouit à jamais lespoir de renaître à Flndépendance l.
Lors de la délimitation des Territoires incorporés à la France, le Pays de Liège- avait été singulièrement démembré.
La partie centrale forma le D^artement dé TOurtSy dénomination tirée de la rivière qui la traversait du Sud au Nord.
La Noble Cité de Liège en devint le modesta Chef-Ueu.
On ne laissa vivre à ses côtés que les Bonnes
^ Joliers, sous un seul et même gouvernement attribué à la Maison «ï d'Orange , avec un titre royal. — 2» A donner à VÉvêché de Liège ^ le Pays de Limbourg.... n [Antidote q,u Congr^^ de fiq$tadt, Ofu Pkm d^tm nouvel Equilibre politique en Europe; Londres, 1798; p. 79.]
Le Traité de paix de Lunéville (9 février-16 mars 1801) mit fin à toutes ces incertitudj^s. L^ Article VI disait en ^/erxfips fprmels : ^f S^ ^ Majesf;é TEmpereur et Roj , tant en son nom qu'en celui de TEmpire ^ Germanique, consent à ce que la République Françoise possède ^ désormais , en toute souveraineté et propriété , les Baya et Bomaànea f situé^ à la rive gauchp dv^ Bhin, et qui faisoiefU partie de VlknpffP te Germanique,.,. ^ [Dans Martens, Eecueil des Traités de paix, t. Vn, p. 540.]
L'opinion générale ne tenait pas ces Traités pour bien définitifs. Dans les Almanachs politiques publiés en Allemagne , dans celui de fio^Aa, par exemple, le Comte Antoine de Méan n'en continue pas moins à figurer, comme Prince-Éfoêque de Liège, sur la Liste des Souverains de l'Europe.
* La Nationalité nominale ne disparut qu'en 1801 , avec le Traité de Lunéville. La Nationalité réelle s'était évanouie quelques mois ^jà avant le Décret de Réunion à la République Française, du l^F pctobre 1795. En effet, obéissant à ui^ simple ayertissement, la Gazette Nationale de Liège du lundi 25 mai 1795 s'intitula, le numéro suivant, Gazette de Liège,
Villes de Huy , de Verviers , de Visé et de Waremme.
Les autres Bonnes Villes, Dînant, Hasselt, Ciney , Tongres , Fosses, Looz , Thuin, Bilsen, Chdtelet, Brée, Couvin, Peer, Saintron, Hamont, Beeringen, Stockhem, Maeseyck, Herck , Maestricht , furent ajoutées à d'autres Départements.
Pour donner au Département de VOurte plus d'étendue au nord et à Test, on y comprit quelques Communes du ci-devant Duché de Limbourg, et tout le territoire de la ci-devant Abbaye-Principauté de Stavelot. Il eut ainsi environ vingt-cinq lieues dans sa plys grande largeur i.
Il était administrativement divisé en trois Arrondissements (Liège, Malmedy, Huy), qui se subdivisaient en trente Cantons, et ceux-ci en trois cent quatre vingt-trois Communes 2.
Il y avait à Liège un Préfet. Le Préfet recevait directement des Ministres les lois et les instructions qu'il devait exécuter. Il y avait un SouS'Préfet à Malmedy , et un autre à Huy.
* Voir, sur cette délimitation première : Nouvelle Division du Territoire du Pays de Liège formant le VI^ Arrondissetneni, ou Département de VOurte; Liège, novembre 1795, in-18. Le dépècement du Pays Liégeois y est fait très sommairement.
* On fit postérieurement divers remaniements des circonscriptions; nombre de Communes, trop petites, furent réunies. — Pour les détails, voir : Tableau statistique du Dépctrtement de VOurte, 1801, p. 3; Tableau politique du Département de VOurte, 1801, p. 6; Quelques Souvenirs sur le Pays de Liège, 1804, p. 16.
Quoique la tyrannique Domination Française n'ait pas été d'une bien
Un Conseil-Général, composé de vingt membres désignés par tiers tous les cinq ans par le Préfet, tenait, chaque année, une session de quinze jours; il émettait son avis sur Tétat et les besoins du Département.
Le Préfet, assisté d'un Conseil de Préfecture de quatre membres, gérait arbitrairement toutes les affaires.
Chaque Commune (Ville, Bourg ou Village) avait une Municipalité, formée d'un Maire, d'un ou de plusieurs Adjoints, et d'un Conseil Municipal.
Le Conseil Municipal était composé de trente , vingt ou dix membres, désignés par le Préfet, selon la population de la localité. Il s'assemblait une fois par année, et pendant quinze jours, au plus.
La justice était rendue par un Tribunal dvil, un Tribunal Criminel, et un Tribunal de Commerce, siégeant à Liège , dans le Palais National ^. Dans le Chef-lieu de chaque Arrondissement (Liège, Malmedy , Huy), il y avait un Tribunal de première instance; et dans chaque Canton, une Justice de Paix.
Le Clergé Catholique, supprimé en 1796 en
longue durée, il est utile de dire quel régime nouveau elle substitua à Tancien.
* L'Administration du Départemenl siégea d'abord à VHÔtél des ci-devant États, rue Hors-Château. — Les Tribunaux siégèrent au Palais National, [Voir VAlmanach du Département de VOurte de 1796,p. 109, 113,etc.]
quelque sorte, avait été rétabli en 1801, en suite du Concordat avenu entre la République Française et le Pape (15 juillet). Le Département forma un Diocèse, dont le siège épiscopal fiit fixé à Liège. A cette occasion, la ci-devant Église Collégiale de S*-Paul fut inaugurée Cathédrale.
JSÉvêque n'eut aucune prérogative politique : il était simplement chargé de veiller aux cérémonies du culte dans Son arrondissement diocésain i.
Ces institutions , placées sous la main du pouvoir central, n'étaient guère dignes d'un Peuple Libre.
Assurément.
Ce fut donc sans nul échange de bienfaits, que la France ravit successivement à notre Pays ses libertés , ses richesses , sa population 2.
* L'installation du nouvel Evêque se fit pompeusement le 22 août 1802. Elle est décrite dans le Mémorial administratif du Département de rOurte, t. Il, p. 530.
Cet Evêque ne ressemblait en rien, si ce n^est par le costume, aux pi-devant Evêques-Princes de Liège. Ce n'était, à proprement parler , qu'un Commissaire Épiscopal.
' Le 11 novembre 1798, un Patriote osait écrire ceci, en ayant soin, toutefois, de mitiger ses assertions :
«s Vive la République !
^' Nous pouvons former ce vœu très sincèrement , nous autres ^ Liégeois, Républicains depuis plus de siècles que la République ^ Française ne compte d'années.
^ Lorsque nous adoptâmes souverainement la grande Nation , elle ^ commencoit à devenir Républicaine; et nous Liégeois-Français, ^ continuions d'être Républicains. Nous ne fîmes que permuter d'acte ^ constitutionnel. Qu'on ne vienne donc pas nous embêter de ^ royalisme....
^ La Constitution Liégeoise, Tune des bonnes Constitutions Repu*
Avant 1795, le Liégeois, maître chez lui, n'avait rien à payer, ni pour sa personne, ni pour ses biens.
Parla Réunion, il fut tout d'un coup asservi à lodieuse conscription i, à d'onéreuses contributions, foncière, personnelle, mobilière et somptuaire, à l'impôt sur les portes et fenêtres, à celui des patentes , etc. 2.
^ blicaines de TËurope , si pas la meilleure , avoit son mérite , puis- ^ qu^elle perpétuoit aux Liégeois le caractère Franc.
^ La plupart des choses excellentes de cette Constitution Liégeoise ^ se retrouvent fondues ou incrustées dans la Constitution Française ; ^ mais nous n'avons plus nos Vingt-Deux , pour pouvoir résister aux g! abus d'autorités, aux foules d'oppresseurs! — Oui; mais nous en ^ sommes plus que dédommagés par d'autres institutions républi- ^ caines : spécialement par les jurys j qui , une fois nommés comme ils ^ devroient Tétre , peuvent offrir le palladium de la sûreté , de la pro- «e priété et de la liberté.... Rien n'empêche qu'il n'en soit de même ^ un jour de toutes autres vieilles véritables institutions républicaines sfi qui seroient à regretter. — Nous n'avions nulle conscription mUi- ** taire..,. ^ [Delloye, Journal général de V Europe; 1 novembre 1798, p. 2.]
On ne doit pas oublier aussi que plusieurs années durant , le fléau des assignats avait ravagé le Pays , et fait d'innombrables victimes. En ce moment , nous avons sous la main un tas à^assignats en feuilles , de toutes les valeurs, pour une grosse somme. Il est peu de noe familles Liégeoises qui ne possèdent encore des poignées de ce ruineux papier -monnaie, qu'il fallait accepter sous peine de mort.
' On avait tant usé et abusé de la conscription , que, en 1814, à Liège, on ne voyait plus, pour ainsi dire, que des vieillards, des femmes et des enfants, sans adultes ou hommes faits. Tout ce qui était jeune se trouvait à l'armée, et devait fatalement périr, soit dans un hôpital , soit sur un champ de bataille.
* if Dois-je faire un tableau des pertes énormes qu'essuient les sp Liégeois spoliés par le Gouvernement Français , qui ne paye point ^ leurs rentes; spoliés par les particuliers, qui ne paient point leurs ^ dettes ; spoliés pur les emprunts forcés , réquisitions , contributions y
Cette domination était dure.
Elle faisait regretter les sages et utiles réformes que la Révolution Liégeoise du 18 août 1789 avait accomplies, ou que la Convention Nationale Liégeoise de 1793 se proposait d'accomplir ^
^ prestations, patentes, timbres, logemens et nourriture des gens de ^ guerre, etc., etc., sans jouir de la Constitution? ^ [Delloye, Tnmbadour Liégeois, 11 février 1797; p. 332.]
s? Après avoir été traités injustement en Pays conquis , après avoir ^ été tenus, comme tels, à de perfides réquisitions, nos fortunes ;* bouleversées, victimes, en un mot, de cent mesures arbitraires,.... st on nous honore, enfin, du titre glorieux de Français! Que 8*enp suit-il? Contributions constitutionnelles, le timbre, Tenregistre- ^ ment, droits de patente, la valeur locative des maisons, etc., etc.; ^ néanmoins, toujours Patriotes — et, pour récompense, on nous fi prive du plus précieux, du plus sacré de nos droits, on mous défend fi de nommer nos mandataires !... Ainsi raisonnent les Liégeois, osa fi vétérans de la Révolution, que Ton s'obstine à méconnoître! # [Delloye, Ihid., mars 1797; p. 539.] — A quelque temps de là, les Liégeois ne purent plus même raisonner, et leur presse fut bâillonnée.
Partout s'élevaient des plaintes semblables, fi 0 Huy! ô ma Patrie! fi quels sont tes crimes? Qu'as-tu fait au souverain maître des destifi nées de TUnivers , qui semble t'avoir marqué du sceau de la réprofi bation, en permettant qu'on t'accable de tant de fléaux à la fois? fi Ennemi du luxe, enfant de la médiocrité, tu devais t'attendre que, fi d'après les principes de VEgalité, tu serais traité d'une manière fi conforme au peu de ressources que tu possèdes; et voilà qu'une fausse fi réputation de richesses , en t'assimilant aux Cités opulentes, t'accable fi d'impositions si exorbitantes, que bientôt tous tes Habitans seront fi réduits à la mendicité, si la vérité et la justice n'accourent à ton fi secours.... fi [Rouchet, Coup d^œilsur la Commtme de Huy; 1798; p. 15.]
' L'un de ceux qui possédaient le mieux le sentiment de la Vie Nationale, Bassenge, écrivait, non sans tristesse, dès 1797, cette page honnête et patriotique :
fi £h! comment sur ces plages ne serait-elle pas aimée, sentie, la fi République? Ici, les saintes Institutions des Peuples Libres étaient fi des plantes acclimatées; ici, les formes Républicaines, les Fêtes
La mendicité et le vagabondage furent les effets naturels d un tel état de choses. Il n v avait plus de sûreté dans les rues de Liège, dès que la nuit était tombée. Dans les Bourgs et les Villages, des bandes de voleurs spoliaient les maisons au vu des voisins effarés ^
La ruine et la désolation étaient dans tout le Département. La dépopulation y était effrayante.
^ Nationales, les Solennités Populaires, les armes dans les mains du *s Peuple , étaient les Anciens Usages.... ie5 InsixtuUons des Peuples sf Libres! Ah, n'oublie jamais, ô Liège, que la plus précieuse, la if plus belle te doit Texistence. Ici , le palladium, la sauvegarde du g! Peuple fut posée ( les Vingt-Deux) ; ce Tribunal Conservateur , ce ss Juri Constitutionnaire qui manque encore à la France, éclairés par *f le génie de la Liberté , tes Ancêtres le devinèrent.... G mes Conci- ^ toyens , mon cœur avait besoin de vous parler de vous-mêmes dans ^ ce beau jour, do vous rappeler vos Ancêtres, leurs vertus, leurs' ^ travaux, leur gloire. Elle est la vôtre.... s? \^Discours j)rononcé à la Maison Commune de Liège le 30 septembre 1797; p. 5.]
Le contentement d'être réuni à la France , s'il était quelque part , n'était que sur les lèvres ; il n'était pas dans les cœurs. On ne rompt pas avec de vieilles traditions d'Indépendance et de Nationalité , avec les pieux Souvenirs laissés par les pères , ' sans ressentir des regrets que tous les avantages matériels ne peuvent adoucir.
Ceci explique pourquoi les vieux Patriotes poursuivaient sans trêve et avec furie Bassenge et ses amis, tt qui ont révolutionnairement s* perdu au jeu la Souveraineté du Peuple Liégeois, et détruit les ^ monumens de la Patrie. ^ [Delloye , Troubadour Liégeois, 5 février 1797; p. 281.]
Les Patriotes avaient la haine tenace. Jamais ils ne* pardonnèrent à la France d'avoir anéanti la République Liégeoise.
* Partout , c'est encore de souvenance , il y avait ruine , ignorance , misère.
Nombre d'habitants , ceux de la campagne , notamment, sans asile et sans pain, n'avaient plus d'autres ressources que le brigandage. Les récits des vols et des assassinats constituent souvent toute la chronique locale des deux insigniiiapts journaux du Département.
nô CHAPITRE XXXVIII
En 1806, Liège n'avait plus que 38,000 habitants; Huy, 4,000; Verviers, 7,000; et la plupart d entre eux étaient assistés par les établissements de bien- ^ faisance ^ Les classes moyennes vivaient dans une pénible gêne, et, comme les plus élevées, elles ne se préoccupaient plus ni des lettres ni des arts 2.
C'était l'égalité de misère.
Et l'on se taisait.
Chaque jour, la situation s'aggravait. Les fonctionnaires et les espions se multipliaient. Les impôts étaient accablants. La conscription était effroyable.
Tout à coup, l'heure de la délivrance sonna.
• ' Vers 1810, la misère était telle, surtout dans les environs de Verviers, que des gens mouraient d'inanition.
' Dans les quelques documents de cette époque policière , on dit la vérité, mais en l'atténuant autant que possible.
Voici trois lignes pour la déplorable situation de Huy en 1798: ^ Sa Population est de 5,000 âmes , dont 3,500 sont inscrites sur le ^ Registre des Pauvres. Il ne reste ainsi de Contribuables que 1,500, ^ dans lesquels 80 particuliers, au plus , sont d'une certaine aisance. ^ [Rouchet, Coup d'œil sur la Commune de Uuy , 1798 ; p. 7. Voir aussi Delloye, Soirées Liégeoises , 27 mars 1798, p. 7.]
Voici trois lignes pour la non moins triste situation de Liège en 1804 : ^ Les recensemens ne donnent à notre Cité que 40,000 habi- 40 tants à peu près, c'est-à-dire une population réduite de moitié ifi depuis le 14 juillet 1789.... A peine 5,000 Contribuables ont-ils pu ^ subvenir aux impositions.... ^ [DeUoye, Trouverre en tournée h I
Pays de Liège, p. 16, etc.]
En ces temps de désastres publics et de malheurs privés, le commerce, on le comprend , aUait comme il pouvait. ^ Le commerce de la Meuse s: est presque réduit actuellement à la seule Ville de Liège , qui a ^ conservé des relations avec la Hollande.... i? [DansCarr, Votfugc en Hollande et en Allspiagnc; Paris, lb09; t. 11, p. 287.]
1795 — 1814 7li
En 1813, les Alliés, culbutant les innombrables armées Françaises, marchèrent sur Paris.
Le samedi 22 janvier 1814, à onze heures du matin , la Ville de Liège > si appauvrie et si dégradée, vît entrer chez elle six Cosaques, chevauchant impassibles.
Elle fut frappée i tOilt à là fois, de stupeur et de joie i.
L'adjonction à îa France était abhottée.
Après dix-sept ans d'une prédominance brutale et désastreuse; les Français s'enfuyaient chargés des haines nationales, de légitimes et profondes haines.
il en frit de même dans presque toute la Belgique. Un Liége.ois réërit : gt Les Èelgës, qui lie s'étaient jamais sbuinis qu'à regret k la ir Doihination Française, dont la tyrannie leur était devenue insup- ^ portable; les Belges, qui attendaient avec tant d'impatience, et ^ depuis tant d'années, leur délivrance, sans oser l'espérer, ont enfin If vu lui^ë ce beati Jour, ce jour taht désiré, etc. ^ [D'Auvin, Mélanges de LUtérature et de Politique pour servir à V Histoire; Liége,làl6;t. li,p. 43.]
Le Pays appréhende une Restauration Episcopo-Princière. — Il est incorporé, par le Congrès de Vienne, au nouveau Royaume des Fai$6-Bas. — Inauguration du Roi, — La Province de Liège, — Renaissance du bien-être matériel et moral. — Révolte des Brabançons et des Flamands. — Les Liégeois aident à fonder un Royaume de Belgique,
Délivré de la Domination Française, le Département de rOurte redevint une sorte de Pays de Liège, sous le nom de Départetnent de Même et Ourte.
Il fut divisé en six Cercles , qui eurent pour chefs-lieux Liège, ïïuy, Verviers, Dinant, Marche et Ruremonde. 11 comprit quarante-six Arrondissements ou Cantons de Justice de Paix, et cinq cent trente-cinq Communes.
Les Puissances Alliées le firent régir provisoirement par un Commissaire général du Gouvernement, assisté d'une Députation Provinciale de cinq Membres. Chaque Cercle fut administré par un Directeur ^.
' On laissa aux Territoires de la Rive gauche de la Meuse If^ Administrations qui existaient à l'arrivée des Alliés. [AJmanach du
Les divers corps de milices furent réorganisés. Ils eurent leurs drapeaux aux couleurs nationales.
Entretemps, le Congrès de Vienne créait le Royaume des Pays-Bas. Il le formait des ci-devant Pays-Bas Autrichiens et des Provinces- Unies ^
Le Département de Meuse et Ourte, le Pays de Liège, restait réservé.
L'attente émut et effraya les amis de la liberté.
La Nationalité Liégeoise allait-elle être restaurée, et restaurée encore au profit d'un Prince- Evéque ?
Après tant d'eftbrts pour séculariser le Pouvoir, après tant de jours d épreuves, allait-on être remis dans la sujétion détestée de la Théocratie 2?
Il n'en fut pas ainsi, heureusement.
Le Congrès de Vienne disposa du Peuple Lié-
D^artement de Meuse et Ourte, 1815; p. 148-152; Bulletin administratif du Département de Meuse et Ourte; Liège, 181i5; 1. 1, p. 5, 6.]
• Les Puissances Alliées s'efiForçaient de pourvoir ^ à rétablissement *f d'un état d'équilibre en Europe. ^ Elles disposèrent de la Belgique, s* en vertu de leur droit de conquête, a [Keverberg, Du Boyaume des Pays-Bas; La Haye, 1834; t. I, p. 76.]
s? Le Royaume des Pays-Bas ne fut formé quelque peu solide , que ^ pour empêcher désormais Tinvasion de la Belgique par la France. ^ [La Belgique et V Europe; Amsterdam, 1832; p. 7, etc.]
* j? Le Traité de Paris avait ramené le Territoire Français dans ^ ses anciennes limites; mais le sort de Liège nen était pas moins s? incertain. Le Pays de Liège formera-t-il, comme autrefois, un i? État Indépendant? Sera-t-il soumis à la domination du Roi de if Prusse, qui voulait avoir la Meuse pour frontière? Entrera-t-il a dans la composition d'un nouveau Royaume ? Dans de si pénibles a circonstances, les Citoyens ne pouvaient combattre pour Texistence ss politique de la Patrie.... ai (1823.)
714 CHAPITEE XXXIX
geois sans l'aveu et contre le gré de oelni-cî. Il tint néanmoins compte des sentiments qui j prév9,laient. Il Tannexa à la Monapohie SollandorBelge, pour placer sous u^ môme (GrOtt?evnement tous les TeFritoires MûsaiiiB K
Le dimanche 14 mai 1815, la Réunion au nouveau Eoyaume fut ofiSciellemâOt proel^^mée ^ Liège, au balustre de THôtel de Vilto, i^ii son des trompettes et des timballes ?. Uije foule
' * Sur les motifs qui donnèrent lieu à la formation du ^OJ(qun|e 4€$ Pays-Bas Unis y voir la Pasinomie Belge, 2« série, 1. 1, p. 446, etc.
a Rien n était plus antipathique que les Populations Hollaiidaises
^ et Belges, # di); I^^wrenoe, pn Bop Cçm^i^n^uiitife ^r le Dmi
International, t. I, p. 194- Assurément, oui, si Top écarte de Y Union
les Liégeois, comme le fait lestement ce Publiciste, à Texemple de
beaucoup d'autres.
Mais 1^ Pays de ^iège, lui, avait toujours eu 4'|^troitea rela|ion8 politiques et commerciales avec les Hollandais. Il avait même possédé en commun avec eux , durant deux siècles, la Bonne Ville de MaestridU. Pendant ce long laps de temps , la parfaite harmonie des deux Peuples n'y fut jamais troublée.
Un Publiciste Français , B. Constant , tenait raisonnablMneni c<mipte da Yélément Liégeois daos le nquypl ^m^lgfipie. ^ Ponr ^voir pne 0 idée juste de Fétat pp}itiq^^ ^t piqr^l du BoyAumi^ disa P^ys-Çae, il gt faut distinguer la Belgique d'avec les apcippnes ffo^nces-Unie^, ^ et ces d«ux Pays du Pays ék Liège ^ qui ej^ dî^èv^ encorp pv son 0 0sprit, 809 babitudes iudustirieUes, ^t ^e ear$tptèrp 4^ ^e^ Qftbit^QS.... ^ [ Tahlew politique du Boyc^ume de^ PajfSrBc^; Paris , 131.7 î P* ^-1
' Jusqu'au 14 mai l^lô, le Pays de Liège avait été adifûnistré, au iiQm des Puissances Alliées, p^r te |jrO|^vern0UF-fié|ïé]ral d^ Baa-Rl|in, qui ]rÔ8i4&it à Aix-la-Cb^pell0.
Dans la Proclamation d^ Cpinmiisairp 4u 6pi des PaysrQa9*lJHiB» datée de I^iège, et publiée )e ^2 n^ai l^lô, pes ^g^•a SOPt k rel^f^> oar elles étaient des prpmfisses :
^ Compatriotas I
«r Les Hautes Puissaopps réuui^^ ^u Cougf^s 4q Vi^pe PQur régler ^ les intérêts de l'Europe , toujours ^niinées 4h i^hm d'j^t(lUif 9on
immense encombrait le Grand-Marché, et elle applaudissait i. ^
Le Roi des Pays-Bas vint prendre possession du Pays. Le samedi 3 juin, à trois heures de l'après-midi, il fit sa joyeuse-entrée dans Liège. Cette solennité eut tout le caractère d une vraie Fête Nationale, Qn était soulagé. Qn était aise
a l)ien-être et son repos sur des bases solides, sont convenues que Iqb s? Pays habités par vous feront dorénavant partie de ceux soumis à la :^ • domination de Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, et qu0 la prise de â? possession s'exécutera aujourd'hui....
^ Habitans de ces Contrées, votre sort est aujourd'hui irrévocablesp ment fixé. Les dispositions qui ont eu lieu à cet égard, promettent ^ un heureux avenir, et terminent le long état d'incertitude, qwi ^ exposa depuis tant d années vos intérêts politiques aux vicissitudes ss des évèuemens. Dès ce moment, vous faites partie des Peuples unis ^ sous la souveraineté de Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, lesquels, ::: par coufomiité de langue, de mœurs, d'usages, d'institutions et ^ d'industrie, par leur commune origine, par l'analogie de leurs ^ intérêts , et par le sort que souvent ils ont partagé dans les siècles ^ écoulés , depuis longtemps se trouvoient déjà étroitement liés.
^ Vous jouirez désormais des niêmes avantages qui leur sont s; assurés.... s? [Dans le Mémorial Administratif du Département de Meuse et Ourte , p. 384 , .etc. }
* Le Journal de Liège du 15 mai rapporte en ces termes le grand événement qui plaça Liège sous le sceptre du Roi des Pays-Bas-Unis :
^ Le son de ^toutes les /cloches a annoncé hier 14 mai le grand ^ événement qui nous donne un bon Roi et une Patrie. Cette journée if mémorable a été terminée par une illumination générale.... ^ — 1?' Les Hautes Puissances Alliées avaient décidé, au Congrès de Vienne, ^ du sort de notre Ville et des Pays situés à la rive droite de la Meuse , is et les avaient cédés à S. M. le Boi des Pays-Bas-Unis; il restait à ^ mettre la dernière main à cette cession , à laquelle est liée notre ^ prospérité future, par la remise des Pays cédés; ce qui a eu lieu le ^ 12 de ce mois. Cette i-emise , et la prise de possession au nom de ^ S. M. le Roi des Pays -Bas -Unis, ont été publiées aujourd'hui is dimanche au Pérou de l'Hôtel de Ville , au son des trompettes et if timballes, et aux acclamations publiques.... s?
et content de voir un Chef qui témoignait aux Habitants une franche sympathie. On lui prodigua d'affectueux cris de Vive le Roi, cris qu'on n'avait plus ouïs depuis Charlemagne dans la démocratique Cité ^.
Cette inauguration fut comme annulée par une subite invasion des Armées Françaises.
Les Liégeois eurent encore à faire acte de Nation.
Ce fut à la bataille de Waterloo , qui se donna le dimanche 18 juin. Deux Bataillons Liégeois, sous leur Drapeau Liégeois, y combattirent à côté des Belges et des Hollandais 2.
Dès lors, il y eut une loyale et sincère union entre les diverses Populations qui composaient la magnifique Monarchie des Pays-Bas ^.
* Les membres de la Compagnie des Bouteux-Foûs (Portefaix), en habits de fête , dételèrent les chevaux de la voiture royale et s'y atte- * lèrent avec des bretelles enrubannées de rouge et de jaune. — Depuis lors, on n'a plus revu dans Liège, en aucune circonstance, des Citoyens jouer cet ignoble rôle de bêtes de somme.
* Van Loëben Sels, Précis de la Campagne de 1815 dans les Pays- Bas, p. 41-42, etc.
Ce n'est, en réalité, qu'après la journée du 18 juin 1815, que le Pays de Liège n'est diplomatiquement plus rien dans le Système Européen. Il disparaît définitivement , dès lors , de toutes les cartes géographiques , comme Etat indépendant.
' A ce propos , B. Constant écrit : ^ Moins habitués à un ordre s? méthodique que les Hollandais, encore moins constitués que les js Belges en corps de Nation, les Liégeois ont un caractère particulier, ^ mais n'ont pas nn Caractère National; et en 1814, de tous les Pays n réunis à la France, celui de Liège était le plus essentiellement a Français, s? [ Tab eau politique du Boyaume des Pays-Bas; p. 13.]
Ce publiciste faisait montre de malveillance intéressée, en débitant
Quant aux Liégeois, ils étaient heureux et honorés d'être les Compatriotes des Hollandais, qui, comme eux, étaient passionnés pour Finstruction, pour les beaux-arts, pour toutes les libertés.
Une Loi fondamentale ^ du 24 août 1815, avait introduit un nouveau système d'administration intérieure ^
Le Territoire avait été divisé en Provinces.
Le ci-devant Département de Meuse et Ourte , notablement circonscrit, fut appelé Province de Liège ^.
que les Liégeois n'avaient pas de Caractère National, et en insinuant qu'ils étaient essentiellement Français,
Nous en appelons à toute notre Histoire : elle dit et redit que les Liégeois ont été toujours d'austères Patriotes, Cela est la preuve, indéniable , d'\in Caractère National.
£t puis, quoiqu'on parlât français dans une grande partie du Pays, on n'y était essentiellement Français nulle part.
Le vrai Peuple, celui qui avait des idées et des mœurs nationales , se rattachait alors par ses sympathies, comme aujourd'hui encore, non à la France , mais à l'Allemagne.
* Sous le nouveau régime, de 1815 à 1830, ce fut une renaissance magnifique. L'industrie marcha librement; le commerce s'étendit; les ruines disparurent; les habitations devinrent plus belles; on se nourrit mieux; on s'habilla avec plus de soin. S enrichir matériellement, cela devint évident, c'était aussi se développer moralement.
A peine né , le Gouvernement s'était ingénié à ranimer les établissements d'instruction qui existaient , et à en créer de nouveaux. Les Communes eurent des Ecoles primaires pour les deux sexes, et les Villes, des Collèges.
La création d'une Université k Liège, en 1817, compléta ce système d'instruction élémentaire et de haute instruction.
* Pour de petits renseignements topographiques, voir : Courtois , Statistique physique , agricole et médicale de la Province de Liège ; Verviers, 1828; t. I, p. 71. Ce travail est très imparfait : on n'y
La Province eut des Députés aux Etats Gênéroux, qui s'assemblg,ient tantôt à La Haye, tantôt à Pruxelles.
L'orgS'Pisation Provinciale était fondée sur les traditions historiques ^
Chaque Ville fut administrée par une Régence, cqinpQsée d'un Conseil de Régence de douze à vingt et un membres, d'un Bourgmestre , et de deux à quatre Echevins,
Chaque Commune fut régie par un Bourgmestre et deuiç Assesseurs, assistés d'un Conseil Communal de six à neuf membres.
Les Nobles de la Province furent réunis en corporation politique, sous la dénomination de Carps Equestre.
L'Administration Provinciale était confiée à des États Provinciaux, composés de soixante-trois Députés des trois Ordres, à savoir: vingt et un de Y Ordre Équestre; vingt et un de Y Ordre des Villes; vingt et un ae Y Ordre des Campagnes. Leurs attributions comprenaient l'exécution des lois générales, et tout ce qui tenait à l'économie intérieure de la Province. Ils s'assemblaient une fois par aqnée. Ils nommaient parmi leurs membres une Députation permanente. Un Commissaire, désigné par le Roi et appelé Gouverneur,
trouve rien sur Tétat financier et commercial de la Province , rien sur ce qui concerne Tindustrie, Tétat de l'instruction, etc.
' Pour des détails , voir le Recueil Politique eé Administratif pour la Province de Liège ; 2« édition , 1829 ; p. 168 et suivantes.
présidait Tassep^Hée des i)tats Pt les séances ^e la Dépift^tioq, ^ssvirait } exécution des lois, et veillait aux intérêts de la Province.
Pes Collèges électoraux renouvelaient par tiers, tons les ans, les piembres 4^ ces diverses a4n)|nistratiops. l\^ étajpnt très restreints: le mipimum du Cens électoral était 4c quinze k quar^^nte florins i.
Cédant à de fâcheuses suggestions, le Boi avait UQp-seulement reconstitué la Npblesse en corps politique: il avait aussi rendu au Clergé OathoUque ^ d'exorbitants privilèges.
Le rétablissement de ces abus fut un grand obstacle à la consolidation du nouveau Royaume,
D'autre part, le Gouvernement fut très malavisé. Fier de la prodigieuse prospérité dont il avait doté le Pays, il se refusa obstinément aux moindres réformes.
En 1830, les Brabançons et les Flamands, à l'instigation de leurs Nobles et de leurs Prêtres, se soulevèrent contre le Roi des Pays-Bas.
Les Liégeois prirent part à l'insurrection 2. Us
* A Liège y on corrigeait la loi, lorsqu'elle était anti-populaire. Ainsi , ^ le dépouillement des bulletins se fait à Liège à portes ouvertes, ^ [Voir le Manuel Électoral de V Habitant des Villes; Liège, 1830; p. 39, etc.]
' Les Liégeois n'avaient aucun motif politique bien grave pour se soulever.
D'autre part, ils commençaient à jouir d'un bien-être matériel tout à fait inconnu trente ans auparavant.
La ruine delà terrible Domination Cléricale, mais surtout la vent«
donnèrent au mouvement un coup décisif. Ils coopérèrent , de la sorte , a la fondation de \EM Belge.
Eévolution qui, peut-être, était inopportune, mais qui, heureusement, grâce aux Liégeois, réussit à être plus politique que religieuse.
Résultat salutaire.
des biens des Corporations religieuses , avaient , peu à peu , enrichi les Popalations , celles des Campagnes d'abord , puis celles des Villes.
L'agriculture , l'industrie et le commerce se relevèrent d une manière inespérée et extraordinaire, pendant le régime Belge -Liégeois- Hollandais.
La Nationcdité Liégeoise disparue. — Résultats généraux. — Les traditions historiques. — Influence du génie des Ancêtres. — Les sentiments de dignité et d'honneur propagés par les Femmes. — Instincts démocratiques. — Conclusion.
Le Pays de Liège, en quelques années, avait subi bien des violences, éprouvé bien des vicissitudes.
De Souverain qu'il était, il était devenu subalterne.
Il avait été changé en Département, puis en Province.
Pour TafiFaiblir et le dégrader tout à la fois, on lui avait ôté presque toutes ses Bonnes Villes, ne laissant avec Liège que Huy, Visé, Waremme, Verviers.
Ses Franchises, ses Libertés, ses Privilèges, antérieurs, pour la plupart, à l'invasion Romaine, lui avaient été enlevés.
Sa fameuse Paix de Fexhe et tant d'autres antiques Paix, qui garantissaient si énergiquement les droits publics et privés, avaient été vouées à l'oubli.
Son célèbre Tribunal des Vingt-Dmx, qui jugeait les Juges violateurs de la Constitution, cette institution politique admirable, n'était plus quuoe souvenance:
Ses Coutumes étaient abrogées.
Son Drapeau rouge et jaune était délaissé.
Ses Monnaies, ses popliîàittîs Skelins, Patârs et Aidans, avaient été écartés avec soin.
En un mot, notre glorieux Pays n'était plus une Patrie.
Soit 1.
Si les Liégeois ont perdu leur Indépendance, ils otit gardé leur Orgueil National.
Toujours, ils seront dignes des Liégeois d'autrefois 2.
* Certes, au siècle dernier, les institutions locales reçurent de profondes atteiiites; néanmoins, dans le détail de la vie privée, le Gouvernement central n^osait être ni trop tracassier ni trop oppressif. La justice était assez bien rendue, le fisc peu vorace, la propriété^ respectée. C'est ce qui explique pourquoi les contèmpor&inB vantaient notre Pays , lorsqu'ils le comparaient aux États voisins.
On peut citer, entre autres, oe curieux témoignage.
En mars 1787, un éminent Publiciste Français, Stirâbeau, qui courtisait la nièce du Prince, séjournait à Liège. Il assista à uti dîner où se trouvaient des Patriotes. On parla des aspirations de la France, puis de l'affaire des Jeux de Spa, et des prétentions du Gouvernement. Tout stupéfait de l'irritation des Patriotes, Mirabeau s'écria : ^ Hé, que pouvez- vous donc désirer encore, Messieurs? ^ Nous serions heureux , nous , si nous obtenions quelques unes des 0 garanties que vous possédez depuis des siècles! ^
* ^ .... Ces vieilles Institutions feront encore longteifi]>B l'admiration fi des amis de la liberté. N'en, doutons point, c'est à elles que nous fi devons ce caractère loyal , généreux et franc qui de tout temps fut fi celui do nos Compatriotes : tant il est vrai que le moral des honuàei
Quoiqu'on fasse, ils conserveront leur Idiome i, leurs souvenirs historiques, leurs traditions démocratiques, la vigueur de leurs mœurs publiques, leur penchant à faire eux-mêmes leurs affaires 2, à élire leurs magistrats, et à ne reconnaître pour autorité légitime, que celle qu'ils ont convention nellement déléguée ^.
^ 6e forme toujours sous Tinfluence des lois qui les régissent, de même a: que les tempéraments prennent, à la longue, leurs prinbipaux if caractères des impressions climatériques. a: [Lebeau, Topographie médicale du Canton de Huy; Liège, 1828; p. 36.]
Il faut ajouter, que les Liégeois connaissent assez bien V Histoire de leur Pays. Us y trouvent l'expression de leurs idées, de leurs mœurs, de leurs habitudes. C'est cette instruction domestique qui forme réellement le Caractère National.
* Aujourd'hui, le français prédomine comme langue littéraire, comme langue des relations et des affaires.
Le wallon a toujours la principale place dans la famille. 11 demeure l'idiome du foyer, des entretiens de l'amitié, des écrivains infimes, obscurs. 11 lui reste ainsi une belle part.
* L'une des qualités de notre vieux caractère national , l'esprit d'initiative, se remarque assez dans l'Ouvrier Liégeois. Quoique peu ou point instruit y il est ingénieux^ inventif. Les Industriels Allemands l'apprécient bien.
' En 1374 déjà, on l'a vu, le Pays de Liège se vantait d'estre d'anchienneté un Pays de Loy et de Maison.
Depuis le XIU^ siècle , l'école politique de Liège n'a pas cessé de professer des doctrines rationnelles.
On peut les résumer ainsi :
Le Gouvernement central n'a qu'un pouvoir de protection.
Il doit exercer ce pouvoir conformément à la loi, par des ministres responsables.
11 ne peut régler l'intérêt national qu'avec l'assentiment (sensus) du Pays.
Pas d'Assemblée nationale unique.
Dans toutes les affaires , il faut le concours unanime des Trois Etats.
Les Villes délèguent à l'assemblée de l'Etat Tiers des Députés , qui
Cette heureuse influence du passé se fera sentir non-seulement dans la Noble Cité de Liège, mais chez ses sœurs, les valeureuses Bonnes Villes , Dinant, Huy, Ciney, Fosses, Thuin, Chàtelet, Cou vin, Saintron, Visé, Bilsen, Brée, Peer, Hamont, Beeringen , Stockhem, Maeseyck, Herck, Looz, Hasselt, Waremme, Tongres, Vervier^, Maestricht.
Il y aura toujours entre elles et Liège une bienfaisante solidarité.
Et toujours, elles se rappelleront que toutes ensemble elles formaient un brave petit Peuple, qui portait patriotiquement son Indépendance, et dont la Nationalité, nominalement, ne doit finir jamais ^
C'était aux Femmes qu'on devait la persistance du sentiment national.
En tout ce qui n'appartenait pas à la vie publique, la Femme Liégeoise a sans cesse été supérieure à l'Homme i. Elle régnait en maîtresse
sont tenus de voter conformément aux instructions des Commettants.
Les Villes et les Communes s'administrent librement. Ce sont des républiques dans la république.
Un tribunal politique (les Vingt-Deux) est nécessaire pour punir le juge vénal et le fonctionnaire vexateur.
En cas de rébellion du Prince, l'insurrection est de droit et de devoir.
L'égalité politique fonde l'ordre public.
L'élection est le point de départ de tout pouvoir.
Pas d'armée permanente.
Franchise de l'individu, et inviolabilité du domicile. Pauvre Hofnme en sa maison Roi est.
* if Les dames Liégeoises, sous tous les régimes, et sous tous les
dans le ménage par son intelligence , par son courage, par Taustérité de ses mœurs. Cest elle qui, épouse révérée et mère obéie, enseignait à la famille les vertus domestiques, Tordre, la régularité, la persévérance, le désintéressement, le goût du foyer i.
La femme Liégeoise n a pas encouru de déchéance. Elle continue de donner à tous.
^ rapports, ont montré plus de tête, plus de tact, plus de judiciaire, ^ plus de perspicacité, plus d'activité, plus de courage, plus de vertus, ^ enfin plus de vrai mérite, que leurs harons^ leurs hons-hommes, ou it leurs bâbaux. ^ [Delloye^ TtfwlhaàQur Liégeois; février 1797, p. 409.]
' Ce qui relevait la Femme , mariée ou non , c'est qu'étant Franche , elle pouvait avoir des intérêts d'affaires aussi bien que les hommes. Par l'habitude de l'étude , elle avait aussi le goût des choses sérieuses , le goût de la culture intellectuelle.
£!n 1738 , elle se distinguait par son amour du travail domestique. ^ Le beau sexe est tellement accoutumé au travail^ que les Femmes ^ des Bourgeois qui vivent de leurs revenus se donnent toute sorte de ^ mouvemenspour les augmenter : elles regardent une boutique comme ^ un amusement ; et tandis que les maris et les pères passent agréait blement leurs jours , les Femmes et les Filles se font un devoir de ^ destiner au travail le temps qu'ailleurs elles donnent au jeu , aux ^ modes et au plaisir.... Peut-on douter qu'une conduite si régulière ^ n'inspire les principes d'honneur^ qui sont les cautions de la chasteté ^ et de la foi conjugale?... ^ [Les Délices du Pays de Liège, t. I, p. 82. ]
Il en était ainsi au XYI^ siècle. ^ Les Femmes de Liège méritent ^ grand honneur , parce qu'elles sont peu curieuses de la beauté du ^ corps, ou de se parer, aorner, farder, desguiser, sont fort rescomif mandées de pudicité et chasteté , et très diligentes aux œuvres pieuses ^ et laborieuses : car elles gouvernent non seulement les enfants et le ^ mesnage, mais encor la boutique , le trafic, acheptent et tiennent ^ registre des mises et des receptes, sont courageuses, endurcies au ^ travail. ^ [De Glen, Des Habits, Mœurs, Cérémonies et Façons de faire anciennes et modernes; Liège, 1601, in-8<>; fol. 117.]