‹ Histoire du pays de LiègeChapitre 10 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

La Révolution Liégeoise est comprimée par les Kaiserliks. — Restauration do r Ancien Régime. — La Terreur officielle. — Fantaisies du Prince. — Il s'investit du Souverain Pouvoir. — Protestation du Bourgmestre Fàbry. — Venue subite des Français; — ils délivrent la Patrie. — La Révolution Liégeoise réhabilitée. — Le vieux Régime constitutionnel est aboli. — La République est proclamée. — Convention Nationale Liégeoise, — Elle décrète la séparation du Pays de Liège d'avec TËmpire. — Elle arrête de démolir la Cathédrale. — L'esprit nouveau.

Les Kaiserliks, au nom de Léopold, réduisirent le Pays de Liège à une odieuse impuissance.

Sous leur protection, on put impunément se permettre tous les écaiis, toutes les violences, toutes les iniquités.

Le lundi 17 janvier 1791, au mépris des promesses de la Diète, Tœuvre de la restauration commença ^.

' Au moment même de l'arrivée des Kaiserliks, nombre de personnes étaient convaincues que le régime du 18 août 1789, en suite des promesses faites, serait maintenu jusqu'après le redressement des griefs. De là, cette phrase rassurante : ^ Nous attendons avec la ^ confiance la plus respectueuse Teffet de nos soumissions à Sa Majesté if Léopold, aux Sérénissimes Princes Electeurs, et aux Tribunaux de j* l'Empire.. .. ^ [Gazette de Liège du 14 janvier 1791.]

Tout ce qui avait été fait depuis le 18 août 1789, fut déclaré nul, et aboli.

Le Conseil Privé et tous les agents du Prince furent réintégrés dans leurs fonctions. Il en fut de raome des Bourgmestres et des Conseillers de la veille du 18 août ^ On reconstitua, tels quels, les Trois États, le tribunal des Échevins, les Vingt-Deux et leurs Réviseurs, les Chambres, les Métiers, etc. 2.

' If Le dimanche 16 jauvier sont arrivés à Liège leurs Excellences ^ les Ministres Directoriaux , Tun, de la part de TÉlecteur Palatin, ^ comme Duc de Juliers ; l'autre , de la part de TËlecteur de Cologne , fi comme Prince-Évêque de Munster. Ces Messieurs, représentant la fi Haute Commission Impériale , viennent pour remettre toutes choses fi dans le même état qu elles étoieut avant le 18 août 1789. En conséfi quence, hier lundi, ils ont rétabli l'ancienne Magistrature de cette fi Capitale , et ils rétabliront consécutivement celles des autres Villes fi du Pays.... fi

Le k^tablissement des Magistrats de la veille du 18 août 1789, fut ordonné par un décret de cette Commission Impériale, du 24 janvier 179L Ce décret fut imprimé, et placardé partout. En voici les premières lignes :

fi La Commission Impériale chargée de Xexéc^ion des Sentences et fi Mandements émanés & la Haute et Suprême Chambre Impériale et fi d*£mpire, ordonne par la présente, Aucthof*Uate Caesareâ, à tous ^ les Bourgmestres, Conseillers et autres membres du Magistrat de fi toutes les Villes du Pays de Liège , qui , par la Rébellion du 18 août fi 1789 , ou depuis jusqu'à ce jour , se sont intrus dans les Magistrats fi respectifs , de se démettre , à vue de la présente , des charges usurfi pées, sous peine d'appréhension et peine corporelle qu*encourront fi irrémisiblement les réfractaires.

fi La Commission Impériale ordonne ultérieurement :

fi l^ A tous les Magistrats et Membres du Conseil des Villes respects tives , qui par ladite Rébellion ont été violemment et méchamment fi déboutés de leurs légitimes fonctions, de les reprendre sans délai»... fi

* Cela se fit en suite d'une sentence de la Chambre Impériale de Wetzlar du 11 février 1791. Ces trois ligues sont ii citer : fi .... Nous

648 CHAPITRE XXXVl

Il fut enjoint de porter des cocardes aux couleurs du Prince, noir et blanc. La cocarde nationale fut prohibée. On Tarracha brutalement aux hommes, même aux femmes.

A Liège, à Verviers, à Saîntron, des émeutes éclatèrent. Partout, les Kaiserliks chargèrent et culbutèrent avec furie les Insurgents, coupables de défendre leurs foyers et leurs libertés antiques i.

Le dimanche 13 février, après le rétaWisse-

:f ordonnons également de restituer, le plus tôt possible, les Cfiatubrea ^ civiques qui existoient avant ladite Rébellion, et, particulièrement, ss de remettre en activité le Tribunal des Vingt-Deux,.,, n

* Tous les attroupements étaient sommairement dispersés. ^ .... Un a: gros de Cavalerie Autrichienne arriva au grand 4^rot, et dissipa la if foule rassemblée à coups de sabre. Quelques hommes du Peuple ^ furent blessés, d'autres tués sur la place.... ^ [Gazette de Leyde , u. 7 de 1791.] — Les Kaiserliks arrachèrent les épaulettes et les parements à d'anciens Volontaires , qui sortaient en tenue militake. Ces brigands, se croyant chez eux, prodiguèrent la bastonnade. sf Nos petites Villes sont abandonnées entièrement au militaire; tout :f s'y fait militairement. Là, pour un mot, un geste, sur le rapport ss du plus vil délateur, les Citoyens sont saisis par une horde barbare, ^ amenés, à la garde montante, sur les places publiques, et sans ^ examen, sans formes, jettes sur des bancs, assommés constitu- ^ tionnellement de coups de bâton, laissés expirans dans ces suppUces. ^ Ces affreuses expéditions ont eu lieu à Verviers, Spa, etc. ^ [Bassenge, Adresse à Sa Majesté V Empereur ^ p. 362.]— ^ Des fi Patriotes Verviétois demandent que Ton poursuive les oppresseurs fi du Peuple, qui leur faisoient donner des coups de bâton par les fi brigands d'Autriche.... fi [Manuel du Républicain y de 1793; p. 190, etc.]

fi Les troupes de l'Empereur et celles du Cercle ont commis beaufi coup d'excès. Elles ont répandu la terreur chez les Citoyens : uu fi ennemi qui les auroit vaincus, ne les traiteroit pas avec plus de fi rigueur.... fi [Levoz, Précis historique de la liévolution de Lihjc: 1791; p. 58.]

ment de toutes choses, le Prince fit sa rentrée dans la Cité.

Il se pavanait béatement dans une voiture à six chevaux, précédé et escorté de ses affidés à cheval et d officiers Autrichiens. Depuis la Chartreuse jusqu'au Palais, les rues étaient bordées de Kaiserliks. Les innombrables cloches des églises et des couvents sonnaient à toute volée. Des arcs de triomphe étaient dressés dans les principales rues. Çà et là, des devises annonçaient avec emphase, en vers et en prose, que le Peuple Liégeois était heureux du retour de son bien-aimé Prince i.

Cette àllé^esse et ce contentement de commande étaient lugubres. Dans le Vinâve d'Outremeuse, des coups de sifflet retentirent. Dans la Ville, on fut silencieux 2.

La réaction sévit avec une rigueur implacable.

Pendant des mois, des hommes passionnés, qui s'intitulaient, les uns Echevins de la Justice Souveraine, les autres, Vingt-Deux élus du Pays de Liège, recherchèrent des milliers de Patriotes accusés d'actions et de paroles prétendues révolu-

* Les discour S; poèmes, chansons, chronogrammes, paskeyes, etc., publiés lors de cette restauration , parurent généralement sous le voile de l'anonyme , comme si Ton était honteux d'exalter li binamc Prince Constantin, Toutes ces pièces officielles , du reste, sont niaises et plates.

* ^ Cette journée de voit se terminer par une illumination générale ; ^ mais une pluie continuelle obligea de la différer. <? [Gazette de Liège du 16 février 1791. ]

tionnaires ^ Us prononcèrent à lenvi dos bannissements, des confiscations, des sentences de mort 2, Ils poussèrent la turpitude jusqu'à faire fouetter sur un échafaud, dressé sur le Marché, des femmes et des enfants qui avaient osé gémir de cotte eflroyable persécution.

* Pour aller plus vite en besogne, les formules des assignations et des mandements d'arrêt ou de bannissement étaient imprimées. On était poursuivi, et comme auteur, et comme fauteur, et comme tit^fgateur de la BébeUion. L'avocat De Bailly écrivait en octobre 1791 : «r Depuis l'entrée des Commissaires à Liège*, je suis attaqué par sept sf procès par-devant le Tribunal des Vingt-Deux, et par d'autres par- 0 devant les Echevins de Liège. Il n'en faut pas tant pour ruiner un s? honnête homme.... ^

Les sentences des Vingt- Deux commandaient ^ à tous Officiers, que ^ tantôt et incontinent cetuy notre Mandement Ëxécutorial à vous <» exécuté, mettes les mains i^udit Banni , en quelque lieu et place que ^ trouver le pourrez dedans clôtures et dehors, excepté seulement ^ Eglises et Cimetières.... Et si à son corps ne pouvez atteo&r et ^ mettre en ferme , mettez les mains à tous biens tant meubles qu'hé- ^ ritages.... ^ — Les sentences des Echevins finissaient par ces mots bénins : ^ .... Vu les actes par nous les Echevins de la Justice ^ Souveraine de la Cité et Pays de Liège, condamnons ledit à être i^ conduit au lieu du BuppUoe , pour illec avoir la tête tranchée jus des ^ épaules pour Texemple d'autres.... ^

* La Commission Impériale ordonnait la mise à exécution des sentences des Vingt-Deux et des Echevins. Bon décret du 8 juillet 1791 , contre les Chefs, Moteurs et Fauteurs de ladite BébellUmy débute ainsi : ^ La Commission Impériale, en conformité des Sentences if émanées de la Suprême Chambre Impériale , contre les auteurs de ^ la Rébellion qui a éclaté au Pays de Liège, lesquelles Sentences ^ enjoignent k ladite Commission de procéder à la saisie des biens ^ appartenants aux Rebelles fugitifs : Décrète par les présentes la tf 5ai^ des biens , meubles et immeubles, ou réputés tels, apparte- ^ nants aux personnes suivantes.... ^

Les décrets de la Commission Impériale étaient ^ imprimés, publiés ^ et affichés en la manière accoutumée. ^ Us paraissaient, en outre» dans la Gazette de Liège.

La Chambre Impériale de Wetzlar et la Dièfe Electorale avaient statué qu'après Yexéoution, les Commissaires Impériaux redresseraient les griefe plausibles de la Nation.

Le Prince se refusa à toute mesure réparatrice, à toute réforme , à toute clémence.

Avec l'approbation des Trois États , où se pressaient ses créatures, il daigna signer une charte confirmative et explicative de la Constitution du Pays ^

Il la publia, le mercredi 10 août, sous le titre d'Edit fondamental et constitutionnel de Son Altesse sur le Pouvoir dEdicter, et sur celui d Aliéner , d Echanger et d'Hypothéquer le Territoire ^.

' Les recès des Trois États étaient honteusement obséquieux. Voici celui de TÉtat Tiers :

^ £n rassemblée de Messeigneurs de TEtat Tiers du Pays de Liège ^ et Comté de Looz , tenue le 8 août 179L

^ Messeigneurs, ayant vu et revu, dans plusieurs délibérations, le s? jUan raisonné sur lequel Son Altesse s^étoit proposé de terminer ^ amiablement les difficultés survenues sur quelques points de notre ^ Constitution, et le projet de la Ijà déclarcUaire à faire émaner en ^ conséquence : ne peuvent que remercier très humblement Son Altesse sf de la modération et des soins extrêmes qu*£lle a mis, tant à la ^ Déclaration de ses Droits et Pouvoirs , qu'à rétablissement clair des ^ justes bornes dans lesquelles elle les croit circonscrits, pour en ^ prévenir et empêcher tout abus, au préjudice des Droits, Libertés, if Franchises, Privilèges réels et personnels de son bon Peuple, et ^ pour le maintien de notre sage et heureuse Constitution. Ne pou- ^ vant qu*applaudir , avec respect et reconnoissance, au projet de Lai ^ déclaratoire qu*£lle a bien voulu leur communiquer à cette fin, ainsi fi qu'aux sages dispositions qu'elle contient, la supplient d'avoir le fi présent Recès pour agréable , et députent les Seigneurs leurs Députés sif à la présente Journée , pour avoir Thonneur de le lui remettre, fi

> C'est le titre de l'édition officielle de la charte; Liège, 1701, in-4<>

Il s y érigeait en maître absolu : il s'investissait du pouvoir de faire les lois, de les interpréter, d en exempter qui lui plaisait, et de disposer, à son gré, de tout ou partie du Territoire, par aliénation, échange et hypothèque. Il astreignait les Trois Etats à sanctionner toutes ses propositions. Il les admettait seulement à lui soumettre, en temps opportun, des représentations convenables ^.

Dans cet acte étrange, il ne respectait rien des traditions, ni des mœurs, ni des Paix. H surprit

de 16 pages. Le préambule est emphatique et pompeux. Le voici: ai Par cette Déclaration de nos Droits ; de ceux de nos bons et fidèles ^ Sujets ; et des Trois États de notre Pays de Liège et Comté de Looz, il leurs légitimes Représentants : Nous n'entendons rien innover à if Fancienne et précieuse Constitution de ce Pays ; mais bien la rétass blir, et la maintenir , telle qu'elle a subsisté jusqu'à la fatale époque ^ du 18 août 1789; en en fixant le sens, par des principes, et dans des ^ bornes, mieux prononcés; et en terminant ainsi quelques doutes, et ^ quelques contestations, que le laps de tems avoit fait naître sur ^ l'une ou l'autre de ses parties, et de ses dispositions.... «^

' Deux articles peuvent être cités : ;? Nous entendons que , par les ss Trois États , il soit reconnu que le Pouvoir de faire des Loix et des gf Ordonnances pour le Gouvernement et la Police de notre bon Peuple, ^ ainsi que le Pouvoir d'en dispenser. Nous appartient, et Nous a 'gg toujours appartenu , comme un des Hauts Régaliens et des Attributs gg caractéristiques inhérents à la Souveraineté.... — Nous entendons, ^ que de la part des Trois Ëtats il soit reconnu , que la propriété du sr Territoire du Pays et de la Principauté Nous appartient , et Nous ig a toujours appartenu ^ et qu'à Nous seul il appartient et a toujours gg appartenu d'en disposer par des actes de propriété , tels que l'aliéner. gt l'échanger et l'hypothéquer.... ^

Le Prince possédait donc la souveraineté , et il le démontrait, avec l'assistance des KaiserHks. Son insolence était logique. Aussi, déclarait-il paternellement au § 2 : Nous n"^ entendons pas que ce Pouvoir soit absolu ni arbitraire..,.

et irrita les Bourgeois les plus bénévoles et les plus timides.

Le Bourgmestre Fabry s'éleva, du fond de sa retraite, contre ces attentats- Il adressa au Pays, le lundi 22 août, ces paroles dignes et rassurantes :

^ Ensuite du mandat spécial par lequel vos 1^ vrais Eeprésentants , les Membres librement ^ élus de rÉtat Tiers , m'ont autorisé à réclamer , ^ à agir au nom de la Nation , je déclare de ^ protester pour elle contre tout ce qui s'est fait ^ dans le Pays de Liège depuis le retour de ^ TEvôque et des siens, soit par les ordres de iP' cet Evêque seul, soit de l'aveu des soi-disant ^ Etats, choisis, appelés par lui pour concourir :;; à établir le Gouvernement odieux qu'il veut ::: substitucr à notre Constitution libre et po- -^ pulaire.

^ A l'acte publié le 10 de ce mois sous le ^ titre de Mandement Spécial et Solennel ^, la préi? sente Protestation suffit, et il est certes inutile, ï? Concitoyens , de relever les assertions fausses , 5f les principes erronés, les nullités nombreuses î? dont fourmille cette œuvre d'une ambition stui^ pide et démesurée ; où , sous l'apparence hypo-

' h'Edit fondamental avait été intitulé : Mandement spécial et solemnel. Il fut imprimé avec ce dernier titre en placard , haut de quatre pieds, en deux colonnes. Il est également intitulé Mandement dans la Gazette de Liège du 17 août I79I; dans Levoz, Précis historique de la Révolution de Liège ^ p. 75, etc.

(354 CHAPITEE XXXVI

^ çrite de respecter Yanoienne et précieuse Constii^' tution du Pays, on la renverse entièrement; où :ii Ton ose vouloir en fixer le sens et les bornes, ^ d'après les vues et les intérêts particuliers de ;^ la cabale opprimante.

^ Il est superflu de répondre à TEvêque, lors^ ^ qu il hasarde cette expression ridicule , par cette ^ déclaration de nos Droits, que le Peijple, seul, a ^ des Droits à faire valoir, et que ses Chefs, ses ^ Magistrats, n'ont que des devoirs à remplir; — if il est superflu de dire que les personnages inté- ^ ressés, achetés ou séduits, qui, sous le nom ^ (ï Etats, ont attribué le pouvoir arbitraire au i^ Prince et au Chapitre, ne sont pas les légitima ^ Représentants du Peuple....

^ Il déclare, en conséquence, que lorsque, par ;? suite d'évènemens , probablement assez pro- :? chains i, la justice suprême amènera le triomphe ^ de la bonne cause, les usurpateurs expieront ^ tous les maux qu'ils ont répandus sur notre p malheureuse Terre.

2? Dans lentretemps, je tiens que FEvêque ac- ^ tuel, les Chanoines de S*^-Lambert, les Membres s:! des soi-disant États, que tous ceux, enfin, qui

* Cette idée y que la violence n^étaît que momentanée, apparaît dans la plupart des écrits du temps. ^ Liégeois 1 ne troquez pas votre * Constitution contre celle que vous présente votre Évêque. Souffres ^ l'oppression qu'il exerce sur vous par le secours des troupes étran- «« gères : ceci n'aura qu'un court espace de tems. Ne vous deshonorei #s pas, cela ne peut plus longtems durer. ^ [Levez, fWcf., p. 102.]

^ contribuent à élever le système monstrueux dé- ::: veloppé dans le prétendu Mandement publié le ^ 10 de ce mois, ainsi que les Juges vendus qui rj: appuient ce système par leurs sentences iniques s? et sanguinaires, doivent être regardés comme ^ ennemis de la Patrie, et poursuivis comme tels ^ par quiconque s'intéresse à son salut et à sa ^ prospérité.

^ Telle est, Liégeois, la Protestation que je crois ^ devoir aujourd'hui publier et répandre en votre ^ nom: je l'adresse à tous les hommes, amis de ^ la Patrie et de l'Humanité, et particulièrement ^ aux Membres de l'Empire Germanique. :^

Police inquisîtoriale, privilèges rendus au Clergé, impôts extraordinaires, atteintes à la liberté indi^ viduelle et à la propriété, absence de toute publicité , insolence prédominante des Kaiserliks : toutes ces humiliations de la servitude, le Peuple Liégeois eut à les endurer ^

' Si la restauration fut si calamiteuse, c'est parce que le cauteleux Léopold d'Autriche y prêta les mains. Dans le Manifeste que les liiégeqis, upis aux Belges, publièrent à Paris en 1702, in-4<> et in-8o, oxx trace ainsi Thistorique de ce lâche guet-apens :

^ Ce Prince si grand , Léopold ^ avait promis d entrer à Liège comme ^ sur une terre amie, avec peu de troupes, et Tolive de la paix à la «? inain. On lui ouvre les portes : il entre en Conquérant dans un ^ Pays qu'il n'avoit pas vaincu ; il le remplit de troupes ; il en désamae 0 les habitans ; il le met à contribution. — Ce Prince si généreux ^ avoit promis sûreté et protection aux personnes, oubli réciproque du 0 passé, enfin une justice impartiale à tpus : et il n'a pas même exigé 0 une amnistie du Prince-Évêque ; et sa force n'a servi que les ven- 0 geanoes de ce Prêtre sanguinaire ; et sous les yeux du Commissaire 0 Autrichien , sous la direction des Généraux Autrichiens , avec l'as-

Pour le Prince et ses complices, ce triomphe du pouvoir arbitraire, c'était Tordre ^

^ sistance des Soldats Autrichiens, les injustices les plus criantes ont ^ été commises, les violences les plus atroces exercées, les emprisonne- ^ mens arbitraires , les assassinats juridiques exécutés , les plus hon- ^ nêtes Citoyens proscrits, un nombre infini de familles réduites à ^ rindigence. Le Peuple a été grevé de cinquante impôts nouveaux, ^ sa contribution ordinaire a été triplée et quadruplée. — Ce Prince 0 si philosophe avoit promis de concourir au redressement des griefs ^ de la Nation , d'interposer sa médiation auprès du Prince-Évêque ^ pour rétablir Tancienne Constitution dans sa pureté primitive , ponr ^ rendre au Peuple le droit de nommer ses Représentants , pour assurer ^ à ces Représentants la puissance de faire les lois, de consentir les # impôts.... £t sous la médiation de Léqpoldy en présence des 0 Ministres de Léopoldy Tancienne Constitution a été entièrement 0 abrogée ; les Etats se sont dépouillés servilement de leurs pouvoirs. 0 L'Evêque a eu Timpudence de se déclarer despote , seul propriétaire ^ du Territoire, Liégeois, seul maître d'en disposer à son gré, de 0 Taliéner, de lé changer, de le vendre, de le céder, seul et unique 0 législateur du' Pays , seul souverain en matière de police , seul distri- ^ buteur de toutes les places , seul dépositaire de toutes les grâces , ^ de tous les privilèges , jusqu'à celui de dispenser de la l<n qui il lui ^ plait ! Voilà quels ont été pour Liège les fruits de la protection de 0 Léopold.,. ^

* Tous les actes de la Restauration sont pieusement résumés de cette façon par un Aristocrate :

if Les Troupes Impériales remirent le Prince en possession de ses gt droits et de ses États; les gens de bien émigrés rentrèrent dans leurs ^ foyers; on rendit Facti vite à la justice et aux tribunaux; chacun ^ rentra dans ses fonctions ; les Municipalités légales furent rétablies; ifi et Tordre et la tranquillité revinrent au Pays. Grâces étemelles à if rimmortcl et juste Empereur Léopold! Il a fait rendre à César ce if qui étoit à César, et à Dieu ce qui étoit à Dieu. ^ [Piret, Abrégé de V Histoire de la Révolution de Liège; Maestricht, 1795 , in-8o, p. 28.]

Un Patriote avait ainsi apprécié ces événements :

ifi On représenta à Léopold combien il seroit injuste de forcer un 0 Peuple généreux d^accepter des conditions honteuses.... Léopold fi promit alors , mais faussement et traîtreusement, qu41 n'iroit à Liège 0 que pour y rétablir la tranquillité et la paix , et faire accorder an «s Peuple le redressement de ses griefs. Ainsi fut trompé ce Peuple

Li}s brigandages oflSciels étaient si excessifs, que la Chambre Impériale de Wetzlar elle-même s en émut. Elle publia, de son propre mouvement, un long décret, où elle essayait de régler, en la limitant, Torgie cléricale et autoritaire i.

Cet aflreux régime se complétait, quand, soudain, la Convention Nationale de France abolit la Royauté, et proclama la République. (21 septembre 1792 2. )

^ bon et loyal. A peine les Autrichiens étoient-ils entrés dans Liège, ^ qu'ils se conduisirent, non comme des pacificateuris , mais comme a des oppresseurs. Ils se livrèrent à tous les excès.... La Chambre a: de Wetzlaer, tout injuste qu'elle étoit, en fut indignée, car par ^ son Décret , aussi long que mal raisonné , elle demanda à l'Evêque if despote le moment où il auroit fini ses vexations, et de le déclarer.... # [Lassence, Frécis de la Révolution de Liège, et des vexations exercées par les Commissaires Impériaux , et le Comité des Prêtres , à la tête duquel étoit VEvêque ; Liège , 1793 ; p. 8. ]

' Le Prince Hoensbroech , qui surmenait ainsi le Pays , mourut à la suite d'une courte indisposition, le 3 juin 1792. Le 16 août suivant, les Chanoines-Tréfonciers lui donnèrent pour successeur son neveu , le Comte Antoine de Méan.

Méan fut, comme son oncle , un £véque bien orthodoxe. Il fut obstinément opposé aux lumières, ennemi des idées nouvelles et du progrès. Il clôtura parfaitement la série des loyaux et doux Princes- Évêques de Liège.

' On ne sait guère ce que faisaient les Liégeois réfugiés en France , à Paris surtout. Quelques documents les montrent parlant dans les Clubs, et suppliant les Français de les assister pour expulser les Autrichiens de la Patrie Liégeoise.

Le 17 décembre 1791 , une Députation de Patriotes avait été admise à la barre de TAssemblée Nationale , pour solliciter la permission de former une Légion de Volontaires Liégeois. La réponse du Président est consignée en ces termes dans le Moniteur universel du 19 décembre: ^ L'Assemblée Nationale applaudit à vos sentiments. Votre oifre :f mérite un examen sérieux; elle s eu occupera avec intérêt et avec ^ prudence. Elle vous invite à sa séance. [Applaudissements.] ^ — La Légion se forma.

Ses armées envahirent les Pays limitrophes, et, de préférence , la Belgique et TAllemagne de- Rhénane.

Le mardi 27 novembre, à sept heures du matin, Timpétueux Du mouriez attaqua» en avant d'Oreye, les Kaiserliks, qui se replièrent lentement. La lutte se continua sanglante à Hognoul, à Waroux, à AUeur, à Hombroux. Elle ne cessa qu'au déclin du jour, à Rocour, que les Français occupèrent i.

L'après-midi, à Liège, la canonnade s'entendit de plus en plus distinctement. A trois heures, le Prince abandonna précipitamment son Palais, s'enfuyant vers la Prusse. 11 entraînait avec lui tous ses affidés, frappés de stupeur 2.

* Ce fut après avoir soutenu un rude combat à Waroujc, que les Kaiserliks se décidèrent à repasser la Meuse. L^attaque d'Orepe w compte point dans cette journée , comme on le voit par ces mots d'une lettre du 2 décembre du ministre de la guerre à Dumouriez : 0 Jai ^ appris hier, Général, votre victoire de Waroux , roccupation de «f Liège , la prise de la citadelle d'Anvers : ainsi , vos armes rendent à f! la fois la Liberté à deux Nations.... sf ^Correspondance du Général Dumouriez; Paris, 1793; p. 118.]

Ces faits de guerre ne sont pas narrés avec une bien grande exactitude , par les Historiens militaires.

* 0 La débâcle de l'Aristocratie Liégeoise, — L'Évêque de Liège, if SOUS Fégide des bayonnettes Autrichiennes, paroissoit braver lorsge # qui le menaçoit , et a voit Tair de tenir contenance dans son noir ^ Palais, lorsque le 27 novembre, vers les trois heures après midi, le ^ canon des François , qui faisoit trembler les Faubourgs de S^-Marif guérite , de S*«-Walburge et la triste Citadelle , fit perdre au Prélat sf ses forces et son audace. Il prit la fuite.... ^ [Feuille Nationale Liégeoise de 1792, p. 111.]

Pour savoir si les Français s approchaient , ça et là les enfants se

Le lendemain, mercredi 28, à neuf heures du matin, les Français et les Réfugiés Liégeois entrèrent dans la Cité. On leur fit un accueil enthousiaste ^

C'était la délivrance ^.

Les Patriotes revenaient avec leur esprit fier et généreux 3.

couchaient et appuyaient Toreille contre terre, pour entendre le sourd retentissement du canon. L'attente était angoisseuse : car tantôt le bruit se rapprochait, tantôt il s'éloignait.

^ Le Prince-Ëvêque est parti le jour même du combat, ainsi que ^ les personnes de sa cour , et celles qui s'étoient attiré Tanimadver- ^ sion du Peuple par des vexations aussi odieuses qu'arbitraires. ^ [ Gazette Nationale Liégeoise du 30 novembre. ]

' Le jour même de l'entrée des Français, le Général Dumouriez écrivait à la Convention Nationale : ^ Je suis à Liège depuis neuf ^ heures du matin; il m'est impossible de vous peindre l'ivresse de ce ^ brave Peuple , et les délicieuses émotions qu'il nous a fait éprouver. ^ Les idées républicaines portent ici le même caractère d'énergie et ^ de raison qu'en France. J'oserais répondre que, sous peu de jours , ^ la Garde Nationale sera parfaitement organisée , et qu'avant quinze ^ jours le Pays de Liège aura une Convention Nationale, ^ [Dans le Moniteur universel du 2 décembre 1792, etc.]

La plupart des Français et des Réfugiés Liégeois étaient bizarrement accoutrés : les uns avaient des sabots, des pantalons, le chapeau rond, la chevelure courte; les autres, des culottes, des habits, le bicorne, les cheveux longs liés et poudrés. Ce qui constituait en quelque sorte l'uniforme , c'étaient leurs énormes cocardes tricolores.

* sf he départ précipité des Troupes Impériales rend en un instant ^ aux Liégeois toute leur liberté, sf [Gazette Nationale Liégeoise du 30 novembre. ] ;

' La situation morale de Liège et celle des autres Villes, se trouvent curieusement exposées dans les documents contemporains. Ce passage d'une lettre d'un Volontaire Angevin, de l'avant-garde de Dumouriez, mérite d'être relevé. La lettre est datée de Liège, Ville Libre, ce 29 novembre 1792 :

j* C'est près du foyer d'un Citoyen, que je vous écris. J'ai déjà bien

Ils n'abusèrent pas de leur heureux retour. 11 ny eut ni émeutes sanglantes, ni massacres judiciaires, ni bannissements, ni confiscations, ni emprisonnements ^.

^ parcouru la Ville, qui, si elle est moins belle que Bruxelles, présente ^ cepeudant le spectacle d'une Cité de premier ordre. Maie ce qui fi me la fait chérir plus que toutes celles que jusqu'ici j'ai vues, c'est ff le sentiment de patriotisme ardent de ses Citoyens. Je n'ai point fi rencontré encore de si brûlant amour pour la liberté, que dans les fi Liégeois. Les paroles ne peuvent suiiirt^ pour les témoignages qu'ils fi nous prodiguent de leur reconnaissance. A la Comédie, ils ont fi couronné notre Général; les airs, les chansons patriotiques se font fi entendre partout; au spectacle, ils ont forcé les comédiens à chanter fi riiymne marseillaise.... Dans les Villes du Brabant, c'étaient les fi Français qui guidaient l'esprit public; ici, ce sont les Liégeois qui fi nous mènent; leur âme, conmie inspirée par un sentiment nouveau, fi se donne un essor d'autant plus vif, qu'ils ont été auparavant plus fi entravés. Ce patriotisme si énergique ne laisse pas d'être extrômefi ment éclairé. Le fanatisme religieux et ce qui peut Talimenter, fi y est en horreur, et bientôt on verra tomber, ainsi qu'en France. fi ces couvents , ces riches collégiales où s'engraissaient leurs oppresfi seurs. Que les Brabançons sont loin de ce degré sublime qu'ont fi atteint nos nouveaux amis! A Bruxelles, et surtout à Louvain, les fi prêtres et les moines tournent toutes les cervelles, et ceux qui fi veulent établir un régime tel que celui de France, y sont abhorrés.... ^ [Grille, Mémoires et Documents sitr la dévolution Française , i III, p. 182. ]

Un autre Volontaire Angevin écrit de son coté : fi Nous voici à Liège, logés, chauffés, choyés, traités comme des fi Princes, s'il est vrai que les Princes soient aujourd'hui des person* fi nages favorisés.... Notre vie à Liège est agréable. Les vivres fi abondent. La Ville est grande, peuplée, riche. On y aime le fi plaisir et le bon vin, comme dans toutes les Villes épiscopales. Les fi arts industriels sont de plus ici en grande faveur. Nous avons fi renouvelé nos culottes et nos chemises , à des prix de moitié moindres fi qu'en France. La toile de Hollande est pour rien , et le drap de fi Verviers, moins fort sans doute et moins corsé que celui de Louviers. fi en a plus de moelleux et plus d'éclat.... fi [Ihid,, t. UI , p. 2^1.]

' fi Les Liégeois que la persécution avoit chassés de leurs foyei>.

1791 — 1793 mi

En souvenir de ce jour, on planta un Arbre de la Liberté devant la Maison Commune. (Dimanche 2 décembre i.)

Une proclamation du Général Français achevït de mettre les Patriotes en délire. Elle portait 2 :

^ alloient y rentrer avec le souvenir douloureux de leurs peines, et ^ peut-être le désir de la vengeance. Ce moment critique devoit ^ alarmer les amis de Tordre et de la paix. Mais le bon Peuple ^ Liégeois s'est encore montré tel qu'il a paru au moment de la Révo- SI lution du 18 août 1789. Libre d'exercer la vengeance, il na pas ^ troublé un seul instant la tranquillité publique. On se porta avec ^ tranquillité aux prisons, où gémissoieiit depuis longtemps les hommes ^ détenus pour la cause de la Révolution.... sf [Gazette Nationale Liégeoise du 30 novembre 1792. ]

Le 29 novembre , les Amis de la Liberté et de V Egalité, assemblés dans la Cathédrale, adoptèrent cotte Déclaration :

sf Nous, Citoyens Liégeois ^ révolutionnairement assemblés, recon- ^ noissons et déclarons :

^ Que la Souveraineté réside dans la Nation seule.

if Que la Nation, c'est la généralité des Habitants du Territoire ^ Liégeois.

^ Que tous les Citoyens sont égaux en droits et en devoirs.

^ Que les Patriotes victimes de la Tyrannie ont bien mérité de la ^ Patrie.

^ Qu'il leuL* est dû une indemnité pour les dommages et intérêts ^ qu'ils ont soufferts.... a

* A l'exemple de Liège, Verviers, Tongres, Huy, etc., se donnèrent une Société des Amis de la Liberté et de VEgaliié. ^ Ces Sociétés ^ marchent d'un pas ferme et éclairé sur les traces des sauveurs de la ^ République Françoise , les Jacobins, Elles consolideront par leurs ^ lumières et par leurs forces réunies la félicité publique. ^ [Feuille Nationale Liégeoise de 1792, p. 115, 143, etc.]

* Dumouriez fit cette Proclamation pour obéir au Décret de la Convention Nationale du 19 novembre, Décret qui fut lu publiquement, et que voici :

^ La Convention Nationale déclare quelle accordera secours et ^ fraternité à tous les Peuples qui voudront devenir Libres. p Elle charge le Pouvoir Exécutif de donner aux Généraux les ordres II. 42

:^ Peuple Liégeois !

;:: En entrant sur votre Territoire pour en :? chasser votre Tyran, je vous annonce, au nom ^ de la République Françoise, qu'au Peuple setd ^ appartient la Souveraineté.

^ Je vous invite à nommer provisoirement des 5? Magistrats, pour veiller au maintien de Tordre

::: pubUc.

^ Les armes de la République Françoise vous :? aideront à rompre les liens qui vous attachoient ^ à l'Empire Germanique,

^ Bannissez de vos foyers les passions, les res- ^ sentimens personnels et tous les germes de dii? vision ; abolissez pour jamais toute distinction :? contraire aux grands principes de l'Egalité; ^ hàtez-vous de jouir du droit que vous avez tous ^ de concourir à la formation de votre Gouver- ::; nement, en vous réunissant en Assemblées pri- ^ maires , pour procéder à l'élection des membres 25 d'une Convention Nationale. Surtout, faites de i? bons choix, car c'est d'eux que dépendra le ^ sort de votre Patrie. ^

La République Française ne se disait point conquérante. Elle respectait le Pays. Elle lui

^ nécessaires pour porter secours à ces Peuples, et défendre les Citoyens ^ qui auroient été vexés , ou pour r oient Têtre, pour la cause de la ^ Liberté.

if . Le Pouvoir Exécutif donnera ordre aux Généraux de la République ^ de faire publier et imprimer cette Déclaration dans tous les Pay» «5 où ils entreront. # [Galette Nationale Liégeoise du mercredi 12 décembre 1792, etc. ]

1791 — 1793 mS

laissait «a chèro Indépendance, et elle «engageait à la lui garantir ^.

Elle annonçait sa résolution en ces superbes termes :

^ Le Peuple François au Peuple Liégeois.

^ Frères et Amis !

^ Nous avons conquis la Liberté; et nous la i? maintiendrons: notre union et notre force en ::: sout Ics garauts.

^ Nous vous oftrons de vous faire jouir do ce :^ bien inestimable qui vous a toujours appartenu, ^ et que vos oppresseurs n'ont pu vous ravir sans :^ crime.

::^ Nous sommes venus pour chasser vos tyrans; i^ ils ont fui: montrez-vous Hommes Libres, et ^ nous vous garantirons de leur vengeance, de ^ leurs projets, et de leur retour.

^ Dès ce moment, la République Françoise pro- ;:: clame la suppression do tous vos Magistrats, 55 civils et militaires, de toutes les Autorités qui

' Le lundi 28 janvier 1793, un CoiumibBaire du Conseil Exécutif de la République Française , Cochelet , se rendit à la Maison Commune , et, en présence du Conseil Municipal, il proclama V Indépendance du Peuple Liégeois. Ces six lignes sont à citer :

«s Votre Républicanisme est le sublime enthousiasme des Représengf tans d'un Peuple qui adore la Liberté. Je vous réitère la promesse «* et rengagement de la République Française , de ne souscrire aucun if Traité f de ne poser les armes j qu^ après raffermissement de la a Souveraineté et de Vlndéiyendance du Peuple Liégeois^ et lorsqu'il s» aura ftdopté un Gouvernement libre et populaire,.., ^ [ Discours au Mnijistrat du Vcupk Liégeois par le Commissaire National Cocheldy p. 8. ]

^ vous ont gouvernés; elle proclame en ce Pays ;^ Tabolition de tous les Impôts que vous supportez, 1^ sous quelque forme qu'ils existent: des droits ^ Féodaux, de la Gabelle, des Péages, des Oc- 1^ trois, des droits d'Entrée et de Sortie, de la ï^ Dîme, des Droits de Chasse et de Pèche ex- ^ clusifs, des Corvées, de la Noblesse, et, gênéi^ ralement, de toute espèce de Contribution et de 1^ Servitude dont vous avez été chargés par vos ^ oppresseurs ^

iî Elle abolit aussi parmi vous toute Corporation ^ Nobiliaire, Sacerdotale et autres, toutes Préro- ;:: gati<^e8, tous Privilèges contraires à l'Egalité.

^ Vous tHes, dès ce moment. Frères et Amis, ;^ tous CitoijeiiSy tous égaux en droits, et tous ap- ::p pelés également à défendre, à gouverner, et à ;î sei'vir votre Patrie.

::? Formez-vous sur le champ en Assemblées de ^ Communes; hàtez-vous d'établir vos Adminis- ^ trations provisoires: les Agens de la République ;? Françoise se concerteront avec elles pour as- ;? surer votre bonheur, et la Fraternité qui doit iî exister désormais entre nous. ^

On s'occupa aussitôt de l'organisation d'un gouvernement conforme aux aspirations nouvelles.

La Principauté constitutiormelle fut abolie 2.

* La plupart de ces servitudes exorbitantes étaient inconnues, od l')i vu , dans le Pays de Liège.

^ Ainsi fut anéantie la vieille et originale Constitution Liégeoisk ,

Une République démocratique fut établie i.

Le vendredi 7 décembre, une Convention Nationale Liégeoise était créée par les Assemblées primaires 2.

que la Paix de Ferhe, en 1316, avait fondée aux applaudissements de tout le Pays.

n est utile d*ajouter aussi, que cette mémorable Paix de Fcxhe avait, constamment, servi à rappeler le Peuple Liégeois au sentiment de sa iiei*té et de sa dignité.

* Le nouveau régime fut décrété au nom de la Société des Amis de la J^iberté et de V Egalité de liiège. Voici un extrait de V Adresse qu'elle envoya à toutes les Villes et à toutes les Communes du Territoire Liégeois :

^ Citoyens, nos Frères et nos Amis!

^ Nous venons de rentrer dans tous nos droits.

sï A Tusurpation du Tyran mitre , succède la légitime propriété du ^ Peuple Souverain.

s» Nous allons nommer nos Représentants, nos Magistrats, nos # Défenseurs.

tfc Enfin, la volonté de tous fera la Loi, à laquelle tous devront obéir.

^ Soyons unis comme les enfans d'une même famille, réglons nos ^ intérêts sans passion, et que la raison, Thumanité, la justice et la ^ générosité deviennent les attributs de notre République naissante.... ^

Une seconde Adresse débutait ainsi :

^ Frères et Amis !

^ Rendus à la Liberté par les armes de la République Françoise , ^ nous avons pensé que le moyen le plus sûr de conserver à jamais ce ^ bienfait précieux, étoit d'appeler promptement le Peuple à l'exercice s? de sa Souveraineté.

ifi C'est dans une Convention Nationale que la volonté de tous, libre- ^ ment exprimée , pourra prévenir l'anarchie , en substituant le règne ^ des Loix aux caprices et à l'arbitraire du Pouvoir tyrannique.... ^

* Le mot Convention avait été emprunté par les Républicains Français à l'Angleterre, où il signifie réunion, assemblée. On l'adopta sans grand examen.

Le 3 janvier 1793 , les Commissaires de la Convention Nationale ,

Camus, Delacroix, Gossuin et. Danton, invitèrent les Liégeois à se donner, d'abord, une Administration générale provisoire. ^ Vous ^ aviez pensé , disaient-ils , pouvoir procéder dès les premiers momens

Elle fut composée de cent- vingt Représentants, dont les pouvoirs étaient illimités.

L electorat et Téligibilité satisfirent amplement les Patriotes. Tout habitant des Villes et des Communautés, âgé de dix-huit ans accomplis, fut électeur et éligible ^

Le Territoire fut divisé , d'après le nombre des Citoyens, en treize Districts électoraux. Chaque District eut un Chef-lieu, où devait s effectuer le dépouillement du scrutin.

fi l\ la nomination d'une Convention Nationale : les Représentans du a Peuple Français vous avertissent de la nécessité d établir , d'abord, if une Administration provisoire. Les choix qui conduiront à une g! Convention Nationale, les préparatifs d'une Assemblée de si haute ^ importance , ne doivent pas être laissés au hasard : il doit exister sf provisoirement un Corps choisi par le Peuple, pour indiquer, d après if les vues du Peuple, le mode de Téleotion à la Convention Nationale . fi et pour maintenir Tordre jusqu'à l'ouverture de ses séances. Vous fi formerez donc , avant tout , une Administration provisoire,,,, fi

En un mot, les. Commissaires, pour empêcher la République Liégeoise de se constituer et de s'affermir , ue voulaient que du provisoire. Tel n'était pas l'avis des vrais Patriotes, fi Car qu'on élise pour une fi Administration générale provisoire du Pays de Liège, ou qu'on fi élise pour une Convention Nationale^ cela revient à peu près au fi même dans les circonstances présentes.... Avant tout, le Pays doit fi être administré, fi [ Journal de Liège : Belation exacte et concise de la Nouvelle Révolution du Peuple Liégems; Liège, 1793; p. 37. ]

Le terme de Convention prévalut à Liège et dans le Pays.

* fi Tout Citoyen ayant atteint l'âge de 18 ans accomplis , jouira du fi droit d'élire et d'être élu, sans être tenu de représenter aucune fi quittance d'imposition.

fi Les Citoyens qui ne sauront pas écrire, nonmieront à haute voix fi les noms de ceux auxquels ils voudront donner leur suffrage, et fi cette opération se fera au bureau, en présence du doyen d'âge, des fi scrutateurs et des secrétaires.... fi [Gazette Nationale Liégeoise du 12 décembre 1792. ]

Liège eut à élire vingt Représentants; Verviers, onze ; Visé , sept ; Tongres , huit ; Stockhem , sept ; Maeseyck, sept; Looz et Hasselt (Hasselt Cheflifeu), neuf; Saintron, sept; Waremme, sept; Huy, neuf; Ciney, huit; Dinant, Rochefort et Agimont ( Dinant Chef-lieu ) , neuf; Cou vin , Florenne , Fosses et Thuin ( Florenne Chef-lieu ) , onze.

Le dimanche 23 décembre , les élections furent achevées dans le District de la Cité. Huit mille six cent et trente Citoyens seulement y prirent part. Les vingt Représentants élus avaient tous bon renom i.

* stf Les vingt Représentans de la Ville , Faubourgs et Banlieue de ^ Liège, y compris Herstal, viennent d'être élus à la Convention ^ Nationale,,., sf [Feuille Nationale Liégeoise de 1792, p. 146.]

Les vingt Représentants du District de Liège furent : N Bassenge, homme de lettres, élu par 3238 voix; Fabry, ancien Bourgmestre; Lesoinne, avocat; N. J. Levoz, avocat; Duper ron, marchand; Gossuin, marchand; Vanderheiden à Hauzeur; Digne ffe, avocat; P. S. Henkart, avocat; Fyon^ colonel; Déllecreyr, colonel; Spiroux, avocat; Hyac.Fabryj rentier; Levoz (d'Esneux); Jehu, avocat; Paquot, avocat; Cralle, taxateur; Defrance, peintre; Chevremont, apothicaire; Et4g. Lhoneux, chanoine. — On leur adjoignit des Suppléants. Il en fut de même dans les Districts.

Voici la liste, un peu écourtée, des Représentants de quelques autres Districts :

Le District de Visé : Moyse , élu par 1236 voix sur 1584 votants ; Rassenfosse, Rener, Piette, Bassenge cadet, Delsemme, Remacli.

Le District de Huy: Briard, par 872 voix; Biron, Fossoul, Favereau, Badet, Lambotte, Seron, Berlaymont de la Chapelle, Chestret, ex- Bourgmestre.

Le District de Ciney: Lambot, par 557 voix; Danthine, Bosard, Moxhon, Sommai, Woot, Omalius, Chantraine.

Le District de Waremme : Francken , par 1664 voix ; Bouchard , Joniaux, Mottard, Detrixhe, Botty, Chestret

Le District de Stockhem : Lambrechts, par 1984 voix : De H eu se],

668 CHAPITRE XXXYI

Le dimanche 30 décembre, la Capitale, les Villes et les Communes se donnèrent chacune une Municipalité.

La Municipalité de Liège fut composée de trente Officiers Municipaux, ayant à leur tôte un Président y qu'ils renouvelaient tous les quinze jours 1.

Cette Municipalité eut la Régence du Pays, en attendant que la Convention Nationale pût en prendre l'administration générale 2.

Le dimanche 17 février 1793, des Représentants se trouvant réunis à Liège en nombre suffisant, la Convention se constitua 3. Elle élut

Boelen, Cauwenbergs, Creyman, De Voet, Lannoy, ci-devant Comte. Le DiMrid de Verviers : Verriers : Dechamps , par 1083 voix sur 1484 votants ; Lonhienne , Derchain , Chapuis, Petitbois ; — le Franchinwnt : Dethier, par 1983 voix sur 2486 votants; Depresseux, Brixhe, Grégoire , Deblon , Jehin.

' On trouve les noms des trente Citoyens qui furent élus Officiers Municipaux, et ceux de leurs Suppléants, dans la Gazette Nationale Liégeoise du 11 janvier 1793, etc.

^ «( La nouvelle Administration Municipale de la Cité aura la S! Bcgence jusqu*au moment où la Nation entière, assemblée en Cm- ^ vention, aura discuté ou prononcé sur les Corps Administratifs, a et que le Peuple Souverain aura , par son acceptation , sanctionné sf ces points constitutifs. ^ [Feuille Nationale Liégeoise à» 1792, p. 149, etc.]

3 £lle ne put siéger plus tôt. ^ Le 14 février , les Membres élus s: pour la Convention Nationale Liégeoise, ou, si Ton veut, pour SI l'Administration générale du Pays , se sont assemblés à la maison des ^ ci-devant Etats; mais n'étant pas en nombre suffisant, ils n'ont pu ^ se constituer. ** [ Journal de Liège de 1793 , p. 236. ]

^ Les Députés à l'Administration générale provisoire du Pays n*ont st pu être réunis qu'aujourd'hui 17, &u ci'deY&nt Hôtel des États, t^n

président le Patriote dont le nom était dans toutes les bouches , le prudent et honnête Jacques Fabry. Elle lui donna Nicolas Bassenge pour vice-président.

Après que les Eeprésentants eurent prêté le serment de défendre la liberté et Tégalité, ils votèrent, à l'unanimité, la séparation du Pays d'avec Y Empire Germanique ^.

Ainsi finit une Alliance qui, depuis plus de deux mille ans, unissait le sort des Liégeois à celui des Germains.

Ces rapports fédératifs annulés, on rédigea une Adresse aux Liégeois. On y proclama l'indépendance du Pays, la suppression de toutes les corporations religieuses, l'abolition de tous les privilèges et des droits féodaux 2.

Le lendemain 18, on décréta la démolition de la ci'devant Cathédrale ^.

* nombre convenu de soixante.... if [Gazette Nationale Liégeoise du 18 février.]

gf Les Liégeois sont toujours les mêmes, fidelles aux lois, sans ^ lesquelles la Liberté, qu'ils adorent, n^est qu*un vain nom. Leur ^ nouveau Gouvernement s^est organisé au sein même de la Révolution , ^ qui s*achève encore. — L'Assemblée administrative provisoire a arrêté ^ que ses membres porteraient un ruban tricolor en sautoir dans Texerif cice de leurs fonctions.... ^ [Moniteur universel du 2 mars 1793.]

* ^ L'Assemblée a proclamé Vlndépendance du Pays, et sa séparation 0 de r Association oppressive de TËmpire. ^ [Gazette Nationale Liégeoise du 18 février 1793.]

* Notre texte reproduit, autant que possible, la phraséologie des documents contemporains, et notamment, du Manuel du Républicain ; Liège, 1793, in^o; p. 186, 188, etc.

> ^ Dans la séance tenue aujourd'hui 18 , la démolition de la Cathé'

En rasant ce fameux monument, que les Ayeux avaient en vain essayé de jetei* bas ^ on croyait détruire à jamais le sombre et funeste pouvoir théocratique 2.

^ drale a été décrétée à runanimité des suffrages. ^ [Gazette Nationale de Liège du 20 février 1798.]

^ Un Membre fait la motion de détruire la Cathédrale. La démolition ^ est décrétée à l'unanimité , mais on arrête que Ton attendra qull y gt ait un Comité de trois Membres établi pour s'occuper de cette démofi lition y aussi nécessaire que celle de la Bastille , relativement à Tor- ^ gueil et à la tyrannie des Tréfonciers. '** [Journal de Liège, p. 266.]

fi L'Assemblée arrête, à l'unanimité, que l'édifice gothique, ei-devant fi appelé Cathédrale, sera démoli ; et qu'il sera formé un Comité de trois fi Membres pour s'en occuper sans délai conjointement avec des gens fi de l'art, fi [Manuel du Républicain, p. 19L]

Dans la séance du 20 , un membre demanda que la décision du 18 Hit rapportée : cette motion fut repoussée à l'unanimité, fi Un Membre fi demande le rapport du décret qui ordonne la démolition de la CaHhéfi drale , 1^ parce que le Règlement veut qu'une proposition ne puisse fi être décrétée dans la même séance, et 2^ parce que cet édifice peut fi servir à un établissement d'utilité publique. Un autre Membre fi observe que le Règlement parle d*une Loi , et non de la destruction fi d'un édifice; et que c'est à Vunanimité des suffrages qu'a été décrétée fi la démolition de la Cathédrale : en conséquence, il demande Tordre da fi jour sur le rapport proposé. — Adopté, fi [ Journal de Liège, p. 274.]

' Ce fut, en quelque sorte, tout le Pays qui vota la démolition de la Cathédrale. Il y avait des siècles, qu'il désirait mettre la main à l'œuvre. En 1789 encore , dans un document du 28 octobre , l'on voit que fi le Peuple menace le Chapitre de démolir la Cathédrale, et de fi piller les archives qui y sont, fi

Le Comité de démolition fut composé , le 28 février , de Lambert Bassenge, de Liège; de Mathieu Joniaux, du District de Waremme; et de l'abbé Sommai, du District de Ciney. fi L'Assemblée arrête que ^ le Comité préposé à la démolition de la Cathédrale sera nommé fi Comité des Travaux publics , et qu'il s occupera de tous les objets fi relatifs aux travaux publics. Ce Comité sera composé de trois fi Membres, l'un des trois renouvelle par quinzaine. Bassenge cadet. fi Joniaux et Sommai sont nommés. ^ [Journal de Liège, p. 314.]

' fi Le prétendu Evêque-Prince de Liège s'imagine que les Liégeois

Les autres églises, collégiales, paroissiales ou conventuelles, furent employées à des usages civils. Elles furent transformées, les unes, en salles d'assemblées, les autres en casernes, en cuisines, en boucheries, en écuries, en magasins de toute espèce. L'argenterie et le mobilier de ces établissements fut utilisé dans l'intérêt public.

Pour faciliter ses travaux, la Convention créa six Comités s dont les membres se renouvelaient, par moitié, tous les mois.

Il y eut un Comité d'Adresses et de Rapports , un Comité Militaire, un Comité d^ Administration , un Comité de Sûreté générale ^ un Comité de Liquidation, qui fut chargé de la vérification des dettes contractées depuis le 18 août 1789.

Le Comité des Finances, composé de huit membres, eut pour attributions de veiller à la rentrée des contributions; de faire verser dans la caisse publique les revenus du ci-devant Clergé séculier et régulier, et ceux de la ci-devant Mense Episcopale; de tirer parti des argenteries des ci-devant Collégiales et Monastères, des cloches inutiles, etc.

Les hommes au pouvoir étaient tout enfiévrés de l'esprit nouveau.

doivent rentrer un jour sous sa domination! Mais le tems des g! chimères est passé. Jamais plus Liège ne souffrira à'Eveque-Despote, ^ Quand il y en aura un, ce sera un Évêque-Citoyen , qui obéira à la if Loi, et à qui il sera interdit de la faire.... «* \^ Journal de Liège , p. 242.]

Ils anéantissaient sans pitié les vieilles Institutions et les vieilles Coutumes, comme faisant obstacle à rétablissement de la Liberté et de l'Égalité 1.

* ^ Toutes les Révoluidons Liégeoises, si toutefois on peut les taxer ^ de ce nom, n*ont jamais atteint leur but, parce qu on ne tabloit pas ^ sur de vrais principes.... Les Représentants d'aujourd'hui n*ont plas ^ à lutter contre des corps puissants, puisque toute corporation est ^ détruite. Qu'ils se mettent donc au-dessus de toute passion : Tan* fi tique corruption, la tyrannie Épiscopale, qui étoit devenue oofi^tfn- * tionnelle, n'existent plus, tous ces ennemis sont vaincus! Républifi cains I il faut maintenant vous vaincre vous-mêmes : il faut que les fi Représentants se distinguent par Tesprit de la philosophie et de la fi raison, fi [Journal de Liège, p. 237.]

Un mariage à Fétat-civil eut lieu, pour la première fois, le mardi 22 janvier 1793, au matin, à la Maison Commune de la Ville Libre de Liège. Ce fut d'un bon exemple. Yerviers eut son premier mariage civil le jeudi 21 février suivant , etc.

La République Liégeoise. — Fédération avec la République Française.

— Les Villes et les Communautés votent sur la question d'une adjonction plus intime avec la France. — Les Autrichiens forcent les avant-postes Français et Liégeois. — Retraite des Français. — Fuite des Patriote^. — Rentrée du Prince-Evêque à Liège. — Rétablissement de l'ancien Régime. — Abolition de toutes les libertés.

— Les Patriotes, réfugiés en France, constituent à eux seuls la Nation Liégeoise. — Défaite des Autrichiens. — Fuite du Prince- Evêque. — Retour des Patriotes. — Leurs désespérances. — Ija Convention Nationale Française décrète l'incorporation du Pays de Liège à la République Française.

A peine constituée, la République Liégeoise se vît en péril et eut à veiller à son salut ^

* Faut-il répéter encore , que la Révolution Liégeoise , comme ses aînées, se continuait sans effusion de sang? Cela n'allait pas trop à quelques têtes chaudes.

Ces détails le prouvent :

Le 24 décembre 1792, le jour même de leur arrivée à Liège, les Commissaires de la Convention Nationale de France, Danton et Lacroix y exprimèrent leur étonnement, à un souper qu'on leur offrait, ^ de ne pas avoir rencontré à Liège deux cents têtes sur des piques; ^ ils désespéraient des choses, puisque Ton ne voulait faire 0 couler ^ aucune goutte de sang. ^ Le lendemain , ils dirent à une députation de la Municipalité : «« Les Peuples de ce Pays sont encore à cent lieues ^ delà Sévdution Françoise; il faut, pour les y élever ^ que dix mille ^ têtes tombent. On tient encore au Fanatisme, à la Religion de ses «r pères : les sourdes menées des Prêtres en étant le mobile f il faut les

Elle avait une position très désavantageuse. Elle se trouvait au milieu de la puissance Austro- Germanique. Elle était fatalement destinée à disparaître, le jour ou TArraée Française se retirerait.

Une nouvelle Restauration paraissait inévitable.

Pour se délivrer à toujours de la tyrannie Episcopo-Princière , il y avait un moyen, un seul, et terrible : c'était la réunion à la République Française ^

^ septembriser j les anéantir..., ^ — Ce doux langage frappa aussi Dumouriez. sf On a, entendu, dit-il, les Commissaires Danton et gt Lacroix faire un reproche aux Liégeois de ce qu^ils n'avaient pas ^ coupé des têtes, et de ce que leur Révolution était trop douce.... ^ Ils ne parvinrent pas à faire couper des têtes, s^ [Mémoires, i III. p. 219.]

Pour que Liège se mît au pas des principales Villes de France, quelques exaltés s'en prirent à TAssemblée Générale. Au procèsverbal du 23 février 1793, on lit ces mots : sf Députation du Club des ^ Sans-Culottes. Elle demande que rAssemblée s'occupe , sans délai , ^ de la formation d^un Tribunal criminel, et de l'érection d'une «s guillotine.... Renvoyé au Comité des Rapports, a? [Dans le Manuel du Républicain y p. 198.] — A la date du 3 octobre 1796, on écrivait ceci : ^ A Liège , fort heureusement , la guillotine n'a paru encore p qu'une seule fois, et c'était pour un assassin jugé légalement ^ [Ûelloye, Troubadour Liégeois, 1796, n® 209.]

' Dans les écrits du temps, ce n'est pas à la France, mais à la République Française qu'on entend s'adjoindre, p Les Patriotes ^ Liégeois désirèrent d'être réunis à la France, quand ils virent qu^elle a adoptoit un Gouverncmeni Républicain, parce que leur antique p Constitution, étonnamment sage eu égard au tems de son organisa- ^ tion, avoit nourri chez eux l'amour des formes Républicaines... ^ [Hyac. Fabry, Réponse à différentes observations, etc., publiée le 28février 1795;p. 46.]

Là-dessus , voir le Rapport fait à la Société des Amis de la Liberté et de V Egalité sur cette question importante : * Le Vays de Liège doit-il demander d'être réuni à la Rc^mblique Françoise ï * Liège.

La mesure était extrême, et répugnait à tous les cœurs. Chaque jour pourtant, elle devenait plus urgente. Elle était d'ailleurs ardemment conseillée par les Commissaires de la Convention Nationale Française i.

Réaction ou progrès, telle était la question. Cest dans ces termes mêmes, nets et précis, que

1793, in-8o de 31 pages. On y cherche à démontrer que le ^ Pays de

# Licge, seul, considéré comme République Indépendante entre les n Puissances qui Tenvironnent, n'a ni les forces ni les ressources if suffisantes pour maintenir son Indépendance contre les Tyrans qui if voudroient y mettre des bornes , ou Tanéantir. ^

' C'est à Danton , homme cupide et sans mœurs , qu'appartient Tidée d'adjoindre la Belgique et le Pays de Liège à la République Française. Par là, il relevait la fortune de la France, en lui procurant d'immenses biens nationaux, magnifique hypothèque de nouvelles émissions d'assignats. [Voir Blanc, Histoire de la Bévolution Française y t. VU, p. 405, etc.]

Le décret de la Convention Nationale Française du 15 décembre 1792, fait dans des vues spoliatrices , avait été très mal vu dans le Paya. Il contrevenait aux promesses premières de la République. On le disait en termes énergiques, sf Ce décret n'auroit jamais dû être publié au ^ nom de la France, qui, par là même, s'érige en maître absolu i dans ^ un Pays qui ne lui appartient pas. Les François sont venus ici pour ^ rendre la Liberté au Peuple ; le Général en Chef proclame la Souve-

* rainée de ce même Peuple, la Convention Nationale la reconnoît dans ^ son Décret, et , tout en le reoonnoissant , donne des ordres contraires : ^ on enchaîne la Liberté de ce Peuple, qu'on veut rendre Libre , on se c9 contredit formellement, on commande à ce Peuple, qu'on reconnoît «K Souverain, C'est, probablement, une nouvelle espèce de Souve- ^ ramené . qui étoit restée, jusqu'à présent, inconnue dans tous les ^ Dictionnaires. Est-il possible qu'un Membre des plus éclairés de la ^ Convention Nationale, que Cambon puisse mettre au jour de pareilles tf absurdités?... ^ [Journal de Liège de 1793; p. 2.]

Comme la République Romaine antique , la République Française était obligée, pour vivre, de conquérir les Pays voisins, afin de les mettre au pillage.

676 CHAPITEE XXXVII

la posèrent les Patriotes les plus sincères et les plus dévoués, Fabry père, Fabry fils, Henkart, Lesoinne, Bassenge. ^ Tout indique , ^ disaientils, ^ le parti que rintérèt et le bonheur de la i? Patrie ordonnent de prendre. Quel Liégeois ^ de bon sens et de bonne foi a jamais pu croire -^ qu'il fût possible de trouver, dans letat des ^ choses, son salut ailleurs que dans les bras de ^ la France? Citoyens, nous le disons hautement: 1^ c'est là le port, le seul port qui nous présente :? un abri sur contre les tempêtes qui si longtemps :^ ont bouleversé nos Contrées.... Notre vœ\i in- ^ dividuel est pour une Réunion qui doit nous ^ soustraire à Tavilissement des préjugés, aux ^ malheurs du despotisme soutenu par Tigno- :? rance, en nous associant à une famille immense, ^ présidée par la Raison, la Liberté, et les hi- ^ mières. r^ (16 janvier 1793 ^.)

Ces paroles amies hâtèrent la solution. Une proposition formelle de s'adjoindre à la France

* Cette Adresse aux Citoyens fut publiée le 16 janvier 1793: elle forme huit pages in-8<^. Elle lit cesser presque toutes les indécisioDs. ^ Si ceux qui ont toujours été à la tête du Gouvernement, si ceux qui ^ ont été le plus exposés à la haine des Tyrans , si ceux , enfin , qui ont ^ toujours emporté la confiance et Festime des honnêtes gens (malgré ^ toutes les infâmes calomnies que les êtres les plus méprisables n ont ^ point rougi de vomir contre eux), n'eussent point publié une Adresse ^ au Peuple , pour faire voir la nécessité de cette réunion , peut-être fi serions-nous aujourd'hui le théâtre de désordres affreux.... Cette fi Adresse est énergique, franche et loyale : elle a entièrement décidé fi la partie du Peuple qui avoit les yeux attachés sur la conduite de ^ ces zélés Citoyens.... fi [Journal de Liège j p. 94.]

fut faite. Elle fut soumise, dans les assemblées primaires, à lexamen et au vote des Citoyens ^

Les procès-verbaux de ces opérations furent transmis à XAsseinblée générale provisoire : ainsi s intitulait, depuis quelques jours, la Convention Nationale Liégeoise.

A la séance du jeudi 21 février, il fut procédé au dépouillement des votes émis par les assemblées primaires de Liège, de Huy, de Verviers, de Ciney, de Visé, de Dinant, de Waremme, et de trois cent quatre-vingt une Communes 2.

* La résolution des Liégeois, de s'adjoindre à la France , était vivement improuvée par le général Dumouriez , qui travaillait à constituer les Républiques Hollandaise , Belge et Liégeoise en une République des PayS'BaS'Unis, 11 supposait qu'il en serait, en qualité de promoteur, le Président y et il jouait déjà ce rôle dans le Palais National de Liège.

Les raisons de Dumouriez contre Tadj onction n'en étaient pas moins très plausibles :

s? Les Liégeois, disait-il, divisés entre eux, crurent s accorder par ^ leur Réunion à la France : ils n*ont fait que mettre le comble à leurs ^ maux précédens, et se priver de tous les moyens de défendre leur ^ Liberté.... Ce qui détermina les plus modérés à joindre leurs vœux ^ à ceux des Sans-Culottes d'Outremeuse en faveur de cette réunion, sf G est que, se trouvant un trop petit Pays pour former un Etat par- ^ ticulier, se méfiant de la disposition des Belges, qui ne voudraient ^ pas sacrifier leur Religion et leur Clergé , se voyant en avant de 0 tout, sans places fortes, leur Pays aisé à envahir, ils crurent que «f devenant Français, la République défendrait leur Liberté. — ^ C'était un faux raisonnement... st [Mémoires , t. III, p. 218.]

' Ce résultat se trouve consigné dans la Gazette Nationale Liégeoise du 25 février 1793 ; voir aussi Manuel du Bépublicain, p. 194 ; Journal de Liège, p. 279, etc. — Il restait ainsi à avoir Tavis des Populations de seize Bonnes Villes et de deux cent quarante Conununautés.

Entraînée par la faconde des Commissaires Français, la majorité des votants, à Liège, avait été favorable à la réunion, mais, toutefois, avec les réserves. Au mois d'août 1794, un Patriote ne cachait point IL 43

Il ny avait eu que 21,519 votants, non compris ceux de Huy et de Binant. Dans ce nombre, 16,089 Citoyens se prononcèrent pour une simple fédération avec la France , et encore à certaines conditions, relatives aux propriétés, aux indemnités et au cours des assignats ^; 5,298 demandèrent une lihion immédiate, sans réserves ni restrictions 2 ; 40 furent pour lajour-

son mépris pour ce vote, tout conditionuel qu*il fut : s Lundi 28 jan- ^ vier 1793. A Liège, Tinfluence des Troupes Françaises, et des ^ Clubs qui s'y établissent sous leurs auspices , est telle , que leâ déma- ^ gogues oligarchiques prennent, à la pluralité de 9660 voix contre 40, ^ la résolution, plus qu'irréfléchie, de se réunir à la France. ^ \Ja% Fastes de VEurope , ou Journal des principaux Événements qui s'y sont passés pendant les six premiers mois de Vannée 1793; Liège, 1794; p. 12, etc.]

Ces lignes , où le vote sur la réunion est si blâmé , s'expliquent.

En ce moment (août 1794), on était délivré des Kaiserliks : on désirait aussi , non moins vivement , être délivré des Français.

* Ces réserves étaient très bien motivées. [Manuel du Itq^hlictm, p. 43-47; Journal de Liège, p. 141, etc.]

Cependant, elles déplurent aux proconsuls Français. ^ Accoter ^ ces conditions , disaient-ils , ne convient ni à l'intérêt ni à la dignité ^ de la Nation Française , et serait d'un exemple contagieux pour les ^ autres Peuples qui tendent à se fondre avec nous. ^ L'un d'eux disait à l'Assemblée Liégeoise ^ que la Réunion n'auroit pas lien, si ^ elle n'étoit nue et simple...; il ne croit pas que, si la majorité da ^ Peuple a voté pour les réserves exprimées dans l'Adresse de la ^ Municipalité de Liège, l'Administration Générale (du Pays) puisse ^ interpréter ce vœu ; et qu'il seroit plus simple de reconvoquer le ^ Peuple dans ses Sections pour connoître sa volonté.... ^ [Dans le Manuel du Répid)licain , p. 197.] On n'eut point égard à ces observations.

* La plupart des nécessiteuses populations du Franchimont voulaient une agrégation immédiate, et sans réserves ni conditions. (3ette proposition fut très mal accueillie à la séance du 23 février. ^ Un if Membre du District de Franchimont dit que ses Concitoyens ayant

nement; 92 so déclai^èfent nettement contre toute adjonctioti ^

L'Union pure et simple, à la grande majorité, était donc rejetée. Il eut fallu, dès lors, une nouvelle épreuve. On parvint, au prix d'un mensonge, à 1 éluder. Environ 80,000 Citoyens s'étaient abstenus de voter: on interpréta leur silence en faveur de l'adoption du projet.

Le Pays voulait le maintien de sa glorieuse Nationalité. Le sacrifice en était résolu d'avance, et, à vrai dire, imposé.

La République Liégeoise pouvait-elle se soutenir d'elle-même? Beaucoup le croyaient. Elle

^ émis leurs vœux purs et simples, ils doivent offrir leur vœu à part.... ^ Un Membre répond que la majorité demandant les réserves, il faut ^ suivre la volonté de In majorité. On ferme la discussion; on met ^ aux voix; et T Assemblée décrète quV)n enven*a des Députés vers la ^ (Convention Nationale pour porter le vœu du Peuple tel qu'il est ^ [Jowrnol de Liège, p. 289w ]

£u général , on désirait , si c'était possible , une simple et efficace 2>ralectf(m de la France. La fusian dans celle-ci netait demandée que par les directeurs de la politique Liégeoise , qui i^^préhendaient une Restauraticm Ëpiscopo-Princiére.

' A la séance du 22 févrîer , il fut statué que n des missionnaires gf continueront à recueillir le vœu des Communes qui n'ont pas encore ^ été assemblées pour cet objet, gf [Manuel du Républicain , p. 197.]

Dans la séance du 19 février , iiyac. Fabry et Lesoinne avaient lu un Rùppcrt sur leur mission dans le Comté de Looz. Ih constatèrent qne les Populations n^étaient point favorables à une Réunion à la France. «? On ne peut point dire, remarquaient -ils, qu'en général ^ Tesprit public n'y soit pa« bon; mais cependant nous nous attendions ^ à y trouver plus d'énergie.... On y aime la Liberté; on y combattroit ^ chaudement |>(wr Vùid^ffendance particulière du Pays; mais on n'y ^ est point familiarisé avec des idées plus étendues.... ^ Ce Rapport fut publié intégralement dans le Journal de Liège, p. 2G7-274.

serait faible , modeste , humble ; mais ne sauraitelle pas, comme Genève, par sa vie intelligente, utile et digne, conquérir l'estime et la considération 1 ? Certes, de telles Individualités, si petites qu'elles soient, sont infiniment respectables. Puis, la France n'était-elle pas là, et la France n'avait-elle pas solennellement ^ promis secours et Fraternité ^ à tous les Peuples qui voulaient devenir Libres? ^

Il fallait se décider, enfin.

Ce fut encore le Bourgmestre Fabry qui assuma la responsabilité publique du parti à prendre. Le samedi 23 février, il émit l'avis que le Pays devait périr. Il en exprimait le regret en ces mots: i:^ Nous souhaitons tous de devenir Français; mais

* Ces aspirations politiques sont relevées par un Voyageur Anglais. Este : A Journey in the year 1793 through Flanders, Brabant and Gcrmany; Londres, 1795; p. 119.

Un Historien Anglais expose ainsi la situation des esprits : ^ .... A if Liège , le parti révolutionnaire adopta immédiatement des mesures :f d'une extrême violence ; il se forma un Club Jacobin j qui bientôt ^ rivalisa d'énergie et de démence avec la société-mère de Paris. a Cependant, le parti démocratique se divisait en deux factions, dont ^ Tune voulait la création d'une BépMique Indépendante , et Ywitre ^ une Réunion immédiate à la France.... ^ [Alison, Histoire de r Europe, t. IY,ç. 161.]

Ceci n'y contredit pas :

is Le Général Dumouriez avait beaucoup de motifs de travailler à ::: cugager les Liégeois à s'ériger en Peuple Libre, l^ Il avait besoin ^ d'une Représentation Nationale Liégeoise pour l'exécution de ses a plans militaires. 2<> Ce Peuple guerrier pouvait lui fournir en quinze g! jours de temps dix mille hommes de très bonne infanterie , outre une se milice nationale de plus de vingt mille hommes. 3^ Son exemple eut if été suivi par la Belgique... 4^ Les deux Républiques eussent opposé sf une barrière à Tanarchie Française.... sf [Mémoires de Dumouriei, t. III, p. 220.]

^ pour mériter cette adoption, faut-il absolument ^ oublier qu'on est Liégeois ^"t ^^

Cette opinion prévalut à l'Assemblée provisoire. Le mardi 26, une Députation de quatre Représentants (Bassenge, Henkart, Lesoinne et Dechamps) se rendait à Paris. Elle portait à la Convention Nationale le vœu du Peuple Liégeois en faveur dune réunion à la France, mais avec les réserves faites touchant les propriétés, les indemnités et les assignats 2.

* Ce n'est pas à l'Assemblée, mais dans une lettre, que Fabry exprima sa pensée personnelle. ^ Un sage Membre , qui ne peut jamais ^ démentir la confiance que les Liégeois ont mise en lui, depuis tant ^ d*années, n'a pu donner son opinion, à raison que le Règlement ^ interdit à tout Président de voter, crainte qu'il n'influence trop ^ ouvertement l'Assemblée. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs

# de publier son opinion, et nous espérons que l'Auteur ne nous eu ^ saura aucun mauvais gré. ^^

La lettre de Fabry débute ainsi : ^ Être libre ou mourir, est notre ^ devise. Mais nous devons encore en avoir une autre : Union et ^ Fraternité. Agissons, parlons, discutons donc en frères; éclaironssr nous les uns les autres. Nous n'avons tous pour but , que de rendre ^ notre Terre Libre et heureuse : ne perdons donc jamais ce but de ^ vue. Que le calme et la franchise président à nos discussions ; que sp jamais la moindre aigreur ne les trouble. — Je l'avouerai, je ne ^ conçois pas comment jusqu'ici il y a eu une différence d'opinion sur te la façon d'émettre notre vœu pour notre Béunûm à la Bépuhlique

* Française. Nous sommes tous, dans le fond, du même avis : nous ^ formons tous le même vœu , et je crois qu'il est aisé de revenir à ^l'unanimité sur la manière de l'exprimer. Expliquons-nous.... ^ [ Journal de Liège , p. 302. ]

* Pour nos Publicistes, la France, comme État, n'avait nulle raison de violenter le Pays de Liège, gf :... Car celui-ci étoit Indépendant ^ et Libre; et dès lors quelles que soient sa force ou sa foiblesse, sa ^ prospérité ou son infortune, son étendue plus ou moins enserrée , ^ ses ressources plus ou moins vastes, il est dans les principes que ses

682 CÏÏAPITÎÎE XXXVII

Penclant que Ion délibérîi,it ainsi sur lexistence de la République Jiiégeqise , Jes Autrichiens avaient rouvert les hostilités i.

Le vendredi l^r mftrs, ils passèrent \^ Roêr. A Aldenhoven, près de Juliers, ils débordèrent plusieurs corps Français et Liégeois, et les mirent en déroute 2,

tf Droits sont les mêmes que ceux de toute autre Nation, fôt-elle mille ^ fois plus forte , mille fois plus riche et plus puissante. Ainsi, les ^ Liégeois pouvoient, sans blesser la justice ni la raison, proposer les if stipulations qu'ils vouloient obtenir : c*étoit le cas d une négociation.... sf Si ce que Fun des deux Peuples trouve nécessaire à son bien-être, if ne convient pas aux vues de Tautre, libre à celui-ci de rejetter les ss propositions... ^ [Hyac. Fabry, fieponsCy etc., p. 51.]

Le Peuple Liégeois ne cherchait qu'à sauvegarder sa liberté. ^ For ^ the People of Liège would he Independent in the extrême.,.. ^ [Esters Journei/ through Germany, p. 122.]

' Au dire des contemporains , tous les désastres de cette campagne furent le fait de la trahison du Général Pumouriez. Le Voyageur Anglais Este, entre autres, sWorce de le démontrer. [4«rat«rii€y through Germany, p. 120.]

' La petite République Liégeoise avait alors pu mettre sur pied trois bataillons, indépendamment de la garde nationale, et un escadron de dragons. — A Aldenhoveq, les Liégeois, attaqués à IHmproviste par des forces supérieures , se défendirent vaiUamment pendant une demi-heure environ; ils durent s'enfuir, tout comme les Français.

C'était donc une bonne calomnie que d^écrire : ^ .... L'une des causes ^ de la trouée d'Aldenhoven et d'Aix-la-Chapelle , est la lâcheté d'un ^ Corps Liégeois, qui, bien retranché, bien armé, et défendu par fi d'exoellens canons, s*est laissé prendre par un détachement de ^ cavalerie Autrichienne, sans faire la moindre résistance. ^ [B^ port des Commissaires de la Convention Nationale près V Armée et dans le9 Pays de la Belgique et de Liège; Paris, 1793; p. 53.]

Ces mêmes CQinmia8aire3 , dans une Proclamation qu'ils publièrent à Liège le 2 mars , dans la soirée , tenaiept un autre laugf^e : ^ «... Ponr ff vous, graves Liégeois, soyes fermes; tenex-vous prêts à marcher fi au premier signal; et si les François ont besoin de secours, allez vons

Le samedi 2 , les Français furent expulsés d'Aix-la-Chapelle; le lendemain, ils furent forcés de lever le siège de Maestricht.

Le lundi 4, le mouvement de retraite se continua, eflTrayant. Du matin au soir, on vit affluer à Liège des soldats Français et Liégeois, débandés , désespérés , des femmes , des enfants en larmes, procession funèbre. Le temps était épouvantable , beaucoup plus froid qu'en plein hiver; la neige tombait à flots.

Le mardi 5, au matin, les Français abandonnèrent précipitamment Liège, et entraînèrent avec eux, pêle-mêle, tous les Patriotes.

Le nombre de ces fugitifs s'éleva, en un moment, à plus de dix-huit mille i.

^ confondre dans leur rangs, et partager avec eux la gloire d^anéantir ^ vos Despotes. ^ [Dans la Gazette Nationale de Liège du 4 mars 1793 ; Journal de Liège, p. 325 ; Bapport des Commissaires, p. 70.]

Cette fusion que Ton demandait n'eut pas lieu alors, comme le prouve ce début d'une Proclamation du 14 mars : ^ Sur l'avis donné ^ par le Général commandant la Ville Libre de Bruxelles, que sf plusieurs of&ciers et soldats de l'Armée François^ et Liégeoise s'y ^ arrêtoient et ^éjournoient à l'insu et contre les ordres de leurs «s supérieurs.... ^ [Esprit des Gazettes, t. XXVn, p. 240.]

* is A rentrée de l'ennemi à Liège, tous les hommes se sont enfuis, ^ laissant fortune, femmes et enfans.... ^ [Prudhomme, Bévolutions de Paris, no 192, p. 515.]

Bassenge en écrit un mot : ^ Partis de Liège dans l'obscurité de la if nuit, à pied, à travers les neiges et les glaces; sachant à peine, deux ^ heures avant notre départ , que ce départ alloit avoir lieu ; n'ayant gs le temps de rien emporter; la plupart, moi entre autres, n'ayant a pas le sol.... if [Le ci-devant Paps de Liège; Lettre à P. Chaussard; avril 1794; p. 161.]

Quant au nombre des Patriotes qui s'enfuirent si subitement , il est

Le même jour, sur les cinq heures de l'aprèsmidi, les Kaiserliks pénétrèrent dans Liège, au son de toutes les cloches,

Ils y firent régner Tordre en publiant cet avertissement victorieux :

^ Il est enjoint aux Habitants de rester parfaite- ^ ment tranquilles, de ne manifester aucun regret, ^ ni mauvaise volonté; et le premier qui se rendra ^ seulement suspect, sera pendu sur le champ i. ^

Le dimanche 21 avril, le Prince fit une sinistre rentrée dans sa ci-devant Capitale.

donné, entre autres, par deux écrivains contemporains bien renseignés.

En 1793 même : a For , no îess thon 18,000 inhabUanis ofLkge if departed witli the French, in their retrecUL, In such anumher ^ as 18,000 persons thus leaving Liège.,., ^ [Este's Journey throngh Germanyy^, 121, 122.]

En novembre 1796 : ^^ La trahison de Dumouriez obligea et ifi l'Administration, et la Municipalité, et 15,000 à 20,000 Citoyens , ^ à quitter la Ville et le Pays, pour se soustraire à la vengeance s* de rÉvêque. Il eut été imprudent de s'y exposer : c'étoit un Prêtre, ^ et qui savoit faire des amnisties selon son métier. ^ [Defranoe, Lettre, p. 4.]

' La violente et barbare Proclamation du Général Autrichien, le Prince de Saxe-Cobourg , est transcrite dans les Registres de la Nobif Cité de Liège, 1793, fol. 97*.

En quelques jours, ce Général préleva dans la Cité, déjà si minée. un million deux cent mille florins. Il eut l'attention de prescrire comment le premier tantième serait payé. Voici ses termes : ^ Les a Magistrats chargés de la répartition de laditte sonmie de six cent ^ mille florins, distingueront ceux dont les opinions étoient révolnif tionnaires d'avec ceux attachés à leur Prince, et les malintentionnés if seront imposés le double, le triple, le quadruple des autres, même a le centuple pour les Chefs ; et les braves gens contribueront avec sf plaisir pour une petite somme, parce qu'ils doivent être charmés tf d'être délivrés des Factieux, s? llbid., fol. 98.]

La contre-révolution fut aveugle, insolente, folle 1-

Partout, on renversa et on brûla, avec une joie farouche, les Arbres de la Liberté.

L'ancien gouvernement, avec toutes ses formes surannées, fut remis en vigueur.

Les Trois États furent rétablis. Les ci-devant Bourgmestres et Conseillers de la Cité , des Bonnes Villes, des Bourgs et des Communautés, furent réinstallés dans leurs offices. Les Baillis, les Majeurs, et toutes les Cours de Justice, furent réintégrés dans le plein exercice de leurs fonctions 2,

On exigea, sous quinzaine, la radiation des mots Y An de la République, Citoyens, Citoyennes, de

* A la gvande surprise de tous , on revit encore un Prince-Evêque , un Chapitre Cathédral, des Collégiales, des Couvents, des Messes, des Indulgences , des Processions. ^ And ail the hlessings were restored^ ^ ofa Prince-Bishop and Chapter, Canofis, Convents, Masses, InduU ^ gencieSf and Processions! ^ [Esters Journey through Germany , p. 119.]

* Toutes ces Institutions, si surannées, furent rétablies par un Mandement du Prince du 9 mars 1793. En voici les passages essentiels :

p Tout ce qui, depuis le 27 novembre dernier, époque de la funeste ^ Invasion des François et de l'itérative Rébellion d'une partie de nos ^ Sujets, peut avoir été entrepris, innové et attenté dans notre Capiif taie, dans nos Villes, dans nos Bourgs, Communautés, et générale- ^ ment dans toute Tétendue de notre Pays , étant absolument nul de ^ fait et de droit, est et sera tenu pour insubsistant....

^ Ordonnons aux Bourgmestres , Conseillers et Magistrats , tant de ^ notre Capitale que de nos Bonnes Villes, Bourgs et Communautés, ^ de rentrer, à vue des présentes, dans toutes les fonctions de leurs ^ charges, en reprenant, d'après leur serment primitif, leur régie et ^ administration respectives, comme auparavant, et en conformité de it nosLoix, Constitution et Règlements.... ^ [Gazette de Liège de 1793, no 1.]

tous les actes et registres publics , et l'on y substitua les formules d'autrefois i.

Pour indemniser les généraux Autrichiens, ainsi que le Prînce-Evéque et ses courtisans, d'énormes impositions furent frappées sur le Pays. Elles furent prélevées arbitrairement et violemment, de porte à porte.

On fut sans merci ni pitié pour tous ceux qui avaient adhéré aux innovations révolutionnaires. On sévit contre ceux qui ne faisaient point une prompte soumission.

C'était uiie réaction idiote autant qu'effroyable, et, parrdessus tout, inutile 2.

Jin ce moment, en effet, le Peuple Liégeois n'était plus dans le Pays de Liège.

Il était à Paris.

Là, s'étaient réfugiés la plupart des Patriotes de la Cité et des Bonnes Villes 3.

* Cela fut ordonné par un Mandement du 15 avril 1793. En voici quelques lignes : ^ Apprenant que durant les troubles de la dernière ^ Rébellion , plusieurs Notaires se sont permis d'employer dans lenrs ^ actes diverses expressions du système anarchique d'alors, telles que, ^ VAn de la République , le nom de Citoyen , au lieu du titre accouturoéi ^ et autres semblables , que Ton affectoit contre Tusage et les fonnoles ^ ordinaires ; et ne pouvant permettre que de telles expressions 2f subsistent dans les actes , non plus que dans les registres , etc. ^ [Gazette de lAège |ie 1793, n^ 19.]

* Le Prince, vaniteux et inintelligent, ignorait qu'on ne ressuscite point des Institutions abolies par une Nation. Il ne lui vint pas à Tesprit d^approprier les formes anciennes aux nouvelles mœurs, pour pacifier tout d^un coup le Pays.

' Les Patriotes n^avaient quitté Liège que pour conserver la Liberté: et si la France les tracassait à ce sujet, ils étaient décidés à partir

Ils y formaient la vraie Nation Liégeoise.

La Commune de Paris leur accorda un local. Ils y tinrent T Assemblée Provisoire Liégeoise,, et y continuèrent leurs travaux comme s'ils se trouvaient toujours dans la vieille Cité ^.

Le dimanche 14 avril, à loccasion de la remise du Local Libre , Paris avait célébré une Fête de THo^italité. Les Patriotes placèrent sur un char antique, décoré des couleurs Liégeoises, la statue de la Liberté et leurs Archives. Sur leur Drapeau on lisait ces mots :

Les Tyrans passeront ; Les Peuples sont éternels.

Le cortège poursuivit sa route au milieu des applaudissements d'une immense foule 2,

en masse pour T^niérique. Ils le disaient hautement;.... ^ freedom ^ is ot^r objed, We Jiqpe to find it in France; hiut ifiiot, çdc^sïwe *î will follow it to America, «* [Este's Journey throt^h Germany, p. 143. ]

* Le Local Libre , offert par la Conunune de Paris , se trouvait dans l'enceinte même de l'Hôtel dp Ville. [Mercure Français ^ t. Il, p. 400.]

' Il y fi de çuriepx détail^ sur cette mtfée officielle des Liégepis à Pi^fis, dans les brochiires et les jjpi(rnau}^ du temps. [Pru^homme, Bévolutions cle Pi^m, t. XVI, p. 162; Moniteur universel dp 15 et du 17 avril 1793, etc.]

Si .... La sensibilité fut e^^trême pour les Liégeois fugitifs ; ils furent ^ reçus avec une cordialité , une effusion adn:iirable qui bonoi*^ à jan^iis j0 Faîne de la France. La Maigpn de Ville devint leur Maispn ; on y ^ reçut leurs arcliiyes; le transpprt qui en f^t fa^t à travers Paris fut ^ ppe solei^pité tpucl^apt^. C*était Liège el|e-p)ême, avec topt ^oi\ If Droit antique , qui yei^ait s^asseoir au foyer de la grande ville. On gi fonda, popr la recevoir, la Féie d^ la Ffaternité. ^ [Miçhelet, flisictir^ de la Révolution française, t. ÎV, p. 43§. Voir «^usei làr dessus Blano, Histoire de la ffévql^fion Frç^nçaise^ t. VIII, p. 242.]

A quelques jours de là, l'Assemblée Liégeoise discuta et adopta un projet d'Adresse, où elle demandait l'annexion du Territoire Liégeois à la République Française ^.

Cette adjonction fut décrétée le mercredi 8 mai, en ces termes :

^ La Convention Nationale, après avoir en- ^ tendu la lecture d'une Adresse des Citoyens de 5? Liège réfugiés à Paris, qui demandent, au nom ^ de leurs Concitoyens, la réunion du Pays de 5? Liège à la France, décrète qu'elle accepte la ^ réunion du Pays de Liège à la République ^ Française 2. ^

* Il est utile d*ajoater ici , qu*en ce moment les Réfugiés Liégeois à Paris se divisèrent en Patriotes et en Jacobins. Ceux-ci furent tout puissants. Ils dénoncèrent au terrible Comité Révolutionnaire le fier Bassenge, comme ayant connu Condorcet; comme ayant provoqué des conditions à la Réunion du Pays de Liège à la France; comme ayafit discrédité les Assignais à Liège, etc. Bassenge subit une détention de deux longs mois, et il eut la singulière chance de ne pas être guillotiné.

* ^ .... La Béunion du Pays de Liège fat acceptée par la Convention, if qui, par cette démarche imprudente, découvrait aux yeux de YEn- If rope une ambition qui devait armer toutes les Puissances contre ^ elle, et se donnait la charge d*un P^uple ruiné, et celle de défendre sf un Pays éloigné et tout ouvert, ou de se déshonorer en Tabandonnant if après son adoption. ^ [Mémoires de Dumouriez, t. III, p. 219.]

La Convention savait à quoi elle s*engageait.

gf .... Mais n'oublions pas les obligations que cette Béunion nous ^ impose. Les Liégeois, de leur côté, nWblient pas leurs devoirs. ^ Leurs Magistrats viennent de s'offrir à la Commune de Paris pour ^ marcher vers la Vendée, et Tarracher des mains des brigands : c'est ^ nous dire assez qu'il faut que nous marchions sous peu vers Liège ^ pour l'arracher des mains des Tyrans. Les petits avantages que ^ nous avons déjà remportés , nous promettent que bientôt les chemins ^ nous seront ouverts : allons-y. Mais n'allons que là. Les Pays qui

Les événements se précipitaient i.

A la bataille de Fleurus (26 juin 1794), les Alliés furent vaincus.

Les Autrichiens rétrogradèrent lentement, dans rintention de s'arrêter derrière la Meuse. Ils se fortifièrent en avant de Rocour.

A Liège, on était dans les alternatives de la joie et de Tangoisse. Enfin, on vit le Prince- Evéque et ses partisans, effarés, faire leurs préparatifs de départ. Ils se sauvèrent le dimanche 20 juillet 2.

Huit jours après, le dimanche 27, au point du jour, on entendit le canon gronder au loin, vers Loncin, puis, peu à peu, vers Ans. Les Kaiserliks reculaient. A sept heures du matin, des tirailleurs déguenillés de Tavant-garde Française apparurent sur les hauteurs de S<^-Marguerite et de S*«-Walburge. Ils descendirent dans la Cité. Us longeaient les maisons le fusil au poing, assistés de Patriotes qui leur criaient : ^ Par ici , Citoyens, par ici! i;^ Les Autrichiens braquèrent deux pièces de canon au milieu du Pont des

* Fenvironnent ne sont pas dignes qu'on y plante l!arbre de la Liberté. ^ Les Liégeois, seuls, seront nos amis.... ^ [Prudhomme, Bévolulions de Paris, t. XVI, p. 306. ]

' Les marches et contre-marches des Armées Autrichienne et Française sont décrites minutieusement dans la Galette de Liège, etc.

« Ce dimanche 20 juillet 1794, le Conseil Privé se trouva, de fait, dissous, par la fuite du Prince et du Chancelier.

C'est donc à ce jour que cessa, à jamais, le fonctionnement du Gouvernement Episcopo-Princier.

Arches : cette batterie leur ftit enlevée après une lutte meurtrière i. Ils s'enfuirent par la Chaussée des Prez et la rue Entre-deux-Portts , à travers ùné fusillade qui partait de tous les soupiraux > et les chaises et les tables qui leur étaient lancées des fenêtres. La Porte d'Amei^cœur fut fermée sur leurs talons, et aussitôt barricadée. Ces fuyards se retranchèrent à là Chartreuse, et se mirent à foudroyer la Cité 2. Us incendièrent tout le Faubourg d'Amercœur, et le ruinèrent rez-terre 3. Ils conservèrent cette forte position

* Du même coup , on fit prisonniers trois centtf Kaiserliks , placés en tirailleurs en Tanneurue et en Pécheurae. {Esprit des Grtuettes, t XXX, p. 149.]

^ ^ Les François entrèrent à Liège par la trahison des Rebelles ^ Liégeois, qui furent au devant d'eux et les amenèrent, par des ^ chemins détournés, rers les hauteurs de S^-Gilles et d'Ans, pendant ^ que les Autrichiens se battoient sur les hauteurs de S^-Walborge ^ derrière la Citadelle. Dans le même tems, la Populace Liégeoise ^ Àes Fâuxbourgs, qui est bien la plus fiere canaille de TËurope, ^ désarma dans Liège et aux portes les garde« Autrichiennes. Enfin , ^ les Autrichiens et les François se trouvèrent pêle-mêle à Liège ; ils ^ se battirent dans les rues et sur le Marché avec la mousqueterie et ^ rartillierîe ; mais les Autriéhiens, arrivés sur le grand Pont de ^ Meuse, tinrent ferme avec deux pièces de canon, tant contre les sf François que contre la Canaille Liégeoise : alors la Populace du ^ Quartier d'Outremeuse arriva par derrière sur les Autrichiens, qui ^ se défendirent en héros; ce qui fit qu'ils durent se retire)- & )a ^ Chartreuse, qu'ils fortifièrent extrêmement, et abandonnèrent la sf Ville aux François. ^ [Piret, Abrégé de V Histoire de la RéveUtéUon de Liège y p. 42.]

* ^ Les François n'inquiétèrent guère les Autrichiens eur le bord fi de la Meuse, sauf quelques escarmoudies près de Maestrichi, et nue fi canonnade de la Citadelle de Liège contre la Chartreuse, ce qui a fi occasionné Tinceudie et le pillage du Fauxbourg d'Ametcarar et

jusqu'au 18 septembre, où ils rabandonnèrent nuitamment ^.

Les destinées du Pays de Liège étaient encore changées.

Cette fois, les Patriotes étaient revenus avec des haines, désormais inapaisables , contre le Clergé et TAristocratie.

Toutes les institutions politiques et judiciaires, tous les usages civils et religieux des temps passés, furent abolis comme contraires à la Liberté et à rÉgalité 2.

^ d*ane partie du Quartier d'Outremeuse. ^ [Piret, ibid,, p. 42.]

Les Autrichiens incendièrent avec des torches tout le faubourg, maison à maison, et, durant trois jours, jetèrent des obus dans la Ville. Six cents maisons furent ainsi ruinées. C'était détruire uniquement pour le barbare plaisir de détruire, car ces incendies, selon Jomini, étaient des ravctges inutiles. [Voir son Histoire criUque et militaire des Ch^erres de la Révolution Francise, t. V , p. 141. ]

Après la retraite des Autrichiens, le Faubourg d'Amercœur se releva comme il put. C'est ce qu'attestent ses modestes maisons. Longtemps encore, elles ravivront les souvenirs populaires sur ces affreux temps.

^ Ce même jour, les Autrichiens avaient été attaqués à Esneux et à Sprimont, et après un vif combat de quatre heures, où ils perdirent deux mille soldats, ils avaient été contraints de faire retraite sur Jnliers, abandonnant aux Français douze cents prisonniers, trente-cinq pièces de canon, une centaine de caissons et cinq drapeaux. Le Corps Autrichien mis en déroute était fort de dix-huit mille combattants, et formait Taile gauche de l'Armée Impériale , dont l'aile droite s'étendait jusqu'à Ruremonde. Cette Armée s'élevait à quatre-vingt-quatre mille hommes. [Voir Jomini, tbid, , t. YI, p. 23, etc.]

* Pas une Voix ne s'éleva pour défendre le Régime Épiscopo-Princier.

En 1799, un Patriote, voyant la cause des Princes-Évêques perdue sans retour, régla leurs comptes en ces termes :

^ Est-il besoin de fouiller l'Histoire de nos Princes, pour les montrer ^ toujours soigneux de nous asservir, toujours épiant l'occasion d em* ^ piéter sur les droits du Peuple, toujours éludant les clauses du

Un Gouvernement provisoire fut établi.

Cinquante Citoyens formèrent Y Adminiglration centrale du ci-devant Pays de Liège.

Les Bonnes Villes et les Communautés eurent des Municipalités.

a pacte inaugural, qu'ils se faisoieut uii jeu alternatif de Jurer et «f d'enfreindre?

^ Rejetez vos regards sur le Siège Episcopal de Liège. Qu'y ^ voyez- vous? — Une succession non interrompue de Prêtres aussi ^ orgueilleux qu'ignorans, hypocrites et licentieux, pusillanimes et ^ haineux I alternativemens armés des torches du fanatisme et du ^ glaive de la tyrannie. Vous y voyiez des ministres d*un Dieu de «r paix...., donner au monde le scandale de tous les vices, de toutes les ^ erreurs, de tous les crimes; insatiables d'autorité, avides de la ^ substance du Peuple: sans foi, sans honneur, sans humanité; se ^ jouant impunément de tout ce que la probité a de plus sacré, la ^ religion de plus respectable, pour assouvir les brutales passions de ^ leur incontinence, ou les fureurs de leurs vengeances.

^ Vous les voyiez, pour asservir la Patrie, excitant les guerres ^ civiles , armant les Citoyens contre les Citoyens , les détruisant Tun ^ par Tautre , ne rougissant pas de paroitre eux-mêmes à la tête d'une ^ faction ; et s'ils sortoient vainqueurs de la lutte , ne mettre fin aux ^ massacres qu'au prix de quelques concessions honteuses, qu'aux ^ dépens des droits de la Nation; s'ils étoient vaincus au contraire, ^ n'être pas avares de nouveaux sermens, et contracter de nouvelles ^ obligations, qu'ils parjuroient à la première occasion &vorable....

^ Notre antique Constitution, notre l?aix de Fexhe étoient jurées ^ par les Princes en présence du Peuple. Us méconnoissoient bientôt :f cette Constitution , cette Paix de Fexhe..,,

^ C'est ainsi que les Liégeois ont lutté pendant sept à huit siècles ^ entre les troubles d'une Liberté toujours attaquée, et les violences gf d'une Tyrannie jamais écrasée. C'est ainsi qu'ils ont combattu ^ contre les efforts des Prêtres , pour le maintien d'une Constitution ^ qui leur assuroit des droits inappréciables, jusqu'à ce qu'un Prince gs de la Maison de Bavière , l'Evêque Maximilien, plus puissant, mais ^ plus méchant encore que ses prédécesseurs, a fini, il y a un siècle,

fi par envahir nos plus justes droits s? [Delloye, Troubadour

Liégeois; août 1799 ; p. 417 et 442. ]

On installa à Liège un Tribunal criminel et un Tribunal civil ^.

C'était le régime de la Démocratie Française.

Institutions simples et grandes tout à la fois, certainement.

On était loin d'être libre, cependant.

Administration centrale. Municipalités, Tribunal criminel, Tribunal civil, tout était placé sous la direction, immédiate et arbitraire, des Représentants du Peuple Français.

Le Pays était traité en pays conquis.

Ce fut une insupportable oppression.

Le Peuple soi-disant Ami, en effet, fut le pire des ennemis.

Tout le Pays Liégeois fut affreusement rançonné. Les fonds des caisses publiques furent saisis par le Payeur-Général de Tarmée. Les ha-

* Voir le BecueU des Arrêtés et Proclamations des Représentants du Peuple François dans le ci-devant Pays de Liège; Liège, 1795; t. n, p. 62, 66, 73, etc.

Le Tribunal Criminel eut des attributions aussi nombreuses que terribles. ^ Le Tribunal connoîtra et jugera en dernier ressort de ^ tous les délits contre-révolutionnaires, lesquels seront punis de ^ mort. — Seront réputés coupables de ces délits : ... Tous ceux qui ^ seront convaincus de correspondre avec les Emigrés.... Tous ceux ^ qui refuseroient les Assignats en paiement.... Les condamnés à la ^ peine de mort seront fusillés.... gf [Ihid, , t. II, p. 7L]

Il commença à fonctionner le vendredi 8 novembre 1793. ^ Le ^ Tribunal Criminel Bcvolutionnaire a fixé Touverture de ses séances ^ publiques au 18 brumaire : elles se tiendront aux 9 heures du s» matin au ci-devant PàlQis du Tyran , dans la pièce qui lui servoit ^ de Chapelle. ::'

11 y avait des milliers de prévenus. Pas un ne fut condamné à la peine de mort, grâce à la mansuétude des Patriotes.

bitants furent soumis à d'exorbitantes contributions de guerre. Les Villes et les Communes furent frappées d'incessantes réquisitions de draps, de toiles, de cuirs, de fourrage, de grain, de farine, de café, de genièvre, de bierre, d'huile, de papier, de bœufs, de vaches, de moutons. Elles eurent à livrer leurs chevaux, leurs voitures, leurs charrettes. Elles étaient indemnisées en assignats, alors que ce papier-monnaie n'avait plus cours en France i.

Les propriétés mobilières et immobilières du ci-devant Prince, des ci-devant Eglises Collégiales, des Abbayes et des Couvents, furent déclarées Biens Nationaux. Elles furent vendues aux enchères publiques.

' Par suite de ces énormes réquisitions, il y eut une horrible disette. Pour ne pas être traité en accapareur, il fallut être porteur d'une carte civique pour acheter du pain. Ainsi le veut un arrêté de la Municipalité de Liège du 28 octobre 1794. Ces passages sont à citer :

i? 1<» A compter du lendemain de la publication du présent Arrêté, ^ il ne sera plus permis aux Boulangers de vendre et délivrer du pain if aux Ilabitans de la Commune, que sur une Carte qui leur sera gt présentée et remise par chaque Citoyen-Chef de famille, ou considéré ^ comme tel.

st 2^ Cette Carte contiendra le nom et le nombre des individus formant s: la famille du porteur, et la quantité de pain nécessaire chaque jour :? à sa subsistance. En recevant le pain , le porteur en payera le priz^ ^ et laissera sa Carte au Boulanger.

sf 3° Aucun Citoyen n'aura le droit de se procurer du pain chez ^ d'autre Boulanger que celui dont le nom sera inscrit sur la Carte ^ qui lui sera délivrée par le Commissaire de son Quartier, et dont le f- modèle suit....

^ ()" Après quatre heures du soir , il ne sera plus délivré du pain.... f [Recueil des Arrêtés et Proclamations, etc., t. U, p. 213.]

Les objets d'art, tableaux, sculptures, vitraux peints, livres, manuscrits, furent enlevés et transportés à Paris.

La valeur des domaines , des terres , des bâtiments, des rentes, des meubles, et des chefs -d œuvre volés par la France, s éleva, en moins dun an, à plus d'un demi-milliard de florins 1.

* £n février 179Ô, on évaluait ainsi , à vue, les principaux biens nationaux : a .... Le Pays de Liège fournira en outre, en Biens ^ Nationaux, pour prix de son affiliation à la République, une valeur ^ de plus de quarante millions,.,. ^ [Hyac. Fabry, Eeponse, etc., p. 50.]

En mars 1798, on recueillait ces données , qui avaient acquis , semblet-il , une espèce de notoriété :

' ^ Les contributions imposées dans les Pays-Bas (Belgique) et Pays ^ de lAège envahis par les Armées Françaises, dans le cours de la

If guerre de la Révolution, ont été de 192,000,000 livres Les

^ valeurs conntics ne sont rien , auprès des valeurs inconnues. Il faut ^ compter par milliards, surtout si Ton calcule ce qu'a coûté aux Pays ^ envahis l'entretien de plusieurs grandes Armées pendant quatre ans, ^ et ce que vaut à la République Française la conquête de tous les ig biens déclarés nationaux, ^ [Delloye, Partie printannière de VAlmanach Liégeois, p. 33.]

Sans trop de témérité , on peut affirmer que la République Française nous extorqua , en biens divers , un demi-miUiard de francs.

Voici ce qu'écrivait en 1799 un Liégeois , l'avocat G. Deleau , mort à Spa en 1813 : ^ Le Pays de Liège a payé pour première Gontri- ^ bution, imposée au moment de son occupation en 1794, soixante if quinze millions. Les revenus de la Principauté, des Chapitres, des ^ Abbayes, des Couvents, des Hôpitaux, des Confràiries, des Villes, i^ des Communautés ; les biens des Absens, dont le nombre alloit , dans ^ le principe, à plus de trente deux mille de toutes les Classes; enfin, ^ l'appropriation à la République de tout ce que le Pays renfermoit ^ de précieux et de riche en métaux et chefs-d'œuvre, présenteroient ^ une valeur immense , s'il étoit possible d'en recueillir tous les détails : ^ je crois ne pas y mettre de l'exagération en l'estimant à plus d'un

Partout on osa protester contre un ordre de choses aussi intolérable, et aussi contraire aux mœurs nationales ^.

Les plaintes furent vaines.

Pour mettre fin aux brigandages des Agents Français, aussi bien que pour se garer de leventualité fatale d une Restauration Épiscopo-Princière, plus odieuse que jamais, des Patriotes dévoués coururent à Paris : ils allaient demander la Réunion, sans condition aucune, et déclarer que le Pays ne tenait nullement, quoi qu'on pût dire, à une Indépendance quelconque.

gi milliard y y compris ce que le Pays a payé en Impositions, Kéqnisisf lions et Contributions de toute espèce.... gf [ Tableau de la Bépfihlique Françoise et des accessoires de son Régime , p. 127.] — Dans ces chiffres, il y a peut-être, comme le dit Fauteur, de Vexagération ; mais fut-il même trop assombri , son tableau de la déprédation Française n^en reste pas moins exact en général. Des renseignements plus détaillés se trouvent probablement dans un autre livre de Deleau, qui a pour titre : La justice aux prises avec les Brigands j ou réclamations en faveur des Habitants de la Principauté de Liège contre Viniquiié des opérations des Fonctionnaires de la Bépublique Françoise , livre qui a dû être publié également en 1799.

* On écrivait en décembre 1794 : i« Le ci -devant Evêque, soutenu :f par ses satellites , n'auroit pas tenu une autre conduite.... £t ce ^ sont des François qui nous oppriment, ce sont des Liégeois qui se ^ prêtent bassement à de semblables opérations!... ^

Dans une Proclamation du 4 décembre 1794 , les Représentants du Peuple Français disaient : ^ Liégeois, c'est avec douleur que les s: Représentans du Peuple se voient forcés de vous parler un langage «* sévère.... Vous vous dites les amis des François, et vous agissez à i* leur égard comme si vous étiez des Autrichiens!.,. # [Gase^c Nationale de Liège de 1794, n^ 33, etc.]

Ou le voit. Les Français rusaient avec des mots , pour légitimer leurs âpres et audacieux pillages.

Circonstances inouies.

Pour sauver la Liberté, il fallait misérablement solliciter Fanéantissement de la Patrie.

Le 9 vendémiaire an IV — h^ octobre 1795 — la Convention Nationale proclama, purement et simplement, rincorporation du Pays de Liège à la Eépublique Française i.

^ Voici les lignes essentielles de ce décret :

if La Convention Nationale , après avoir entendu le rapport de son ^ Comité de Salut Public , décrète ce qui suit :

if I. Le Décret de la Convention Nationale du 8 mai 1793 , qui a a réuni le Pays de Liège au Territoire Français, sera exécuté selon a sa forme et teneur.

^ V. Les Habitans du Pays de Liège jouiront dès à présent de tous sff les droits de Citoyen Français, si d'ailleurs ils ont les qualités «: requises par la Constitution, if [Dans la Constitution de la Eépit- Nique Française et Lois y relatives; Liège, 1795; p. 145.]

Le Pays pendant la Domination Française. — Le Département de rOurte. — Organisation administrative , judiciaire et religiense. — Oppression , ruine , misère. — Arrivée des Casaques. — Délivrance du Pays.

Le renoncement à la Nationalité Liégeoise se fit moitié de gré, moitié de force i.

* n est utile de le redire. Ce fut bien malgré eux, que les Patriotes coopérèrent à Teffacement de la chère Nationalité Liégeoise. Cela apparaît dans leur conduite et dans leurs écrits. On voit même no Aristocrate obscur , Tavocat Henoul , faisant une bonne fois preuve de sagacité et d'intelligence , mais sans arrière-pensée patriotique , écrire ceci le 2 juin 1797 :

sf Lorsqu'au 18 août 1789 les Liégeois s'avisèrent de se révolutionner, ^ on ne s'attendait guères alors à devenir un jour Français y et, qui ^ plus est, Républicain Français, titre qui doit, sans doute, nous gf honorer beaucoup ; et les intéressés qui ont fomenté la Révolte , en at semant la discorde entre les Citoyens, sont eux-mêmes tout étonnés, ^ aujourd'hui , de se trouver transportés si loin de la Paix de Fexhe, gs laquelle a servi de prétexte à ces grands Patriotes , qui ont fini par ^ tuer leur Patrie. Il est donc arrivé tout le contraire de ce que le ^ Peuple attendoit, et de ce que nos profonds Politiques avoientpré- ^ paré.... Ces Politiques croyent s'excuser à présent, en disant que if ce n'est pas tout cela — la Réunion — qu'ils vouloient, mais simple- ^ ment la correction des abus, ou l'Indépendance du Pays.... ^ [De la justice et de la politique envers les Absens des Départements réunis ; Bruxelles, 1797, in-8o; p. 4.]

Il avait été amené à la suite de circonstances funestes i.

Il s'exécuta au milieu du chagrin et du désespoir 2.

Les Patriotes étaient sincèrement Républicains. Ils souffrirent cruellement de ne plus être les maîtres de leurs volontés , les directeurs de leurs (Jestinées ^.

^ C*est, rappelons-le, pour se sauver de la persécution Ëpiscopo- Princière , que Ton s'offrit éperdument à la France, if .... Et d'abord, ^ les Liégeois dévoient se délivrer du Gouvernement de la Prétraille : ^ grand point , qui me paroît le seul fait pour balancer les maux et affreux de nos Révolutions!... gs [Delloye, Troubadour Liégeois, février 1797; p. 330.]

A Liège, et dans la plupart des Bonnes Villes, les traditions de la Fainille étaient hostiles au Catholicisme.

^ Un forcené Jacobin Liégeois, L. Libert, contribuable récalcitrant, écrivait avec découragement le 19 novembre 1795 :

^ .... On ne parle plus que d'exécutions militaires, que de saisie de a mobilier. C'est une f..... Réunion que la nôtre, puisqu'elle ne nous If assure pas la propriété du lit sur lequel nous couchons. ^

' Voici quelques phrases qui montrent le sentiment national perdurant chez les Patriotes :

If La Nation Liégeoise est républicaine: elle voit, parle et agit, s: (1797.)

^ Le Peuple Liégeois n'est patriote que pour aimer la Patrie; il a n'est Républicain que pour se dévouer au bonheur public, sf (1797.)

if \J Esprit public est l'amour de préférence pour son Pays, l'opinion ^ avantageuse des loix qui le régissent , la volonté forte et constante ^ de les faire observer aux autres et de les observer soi-même.... ^ (1798.)

C'est grâce à cet Esprit public , ^ que nos Ancêtres dévoient le génie ^ national pour les arts, le caractère de franchise, les mœurs, le il langage , et tant de nuances qui distinguent encore les Liégeois des ^ Flamands, des Hollandais et des Allemands, nos circon voisins.... ^ (1798.)

^ Paris conserve son caractère; c'est-à-dire, qu'il n'en a point beau-

700 CHAPITRE XXXVJII

Ils devaient obéissance à Y Étranger; à TÉtranger, impérieux, vil, cupide i.

Ce fut avec un sentiment amer qu'ils virent s en aller, peu à peu, tout ce qui constituait leur chère Patrie, ses lois, ses coutumes, ses monnaies, son honneur, son indépendance, sa souveraineté 2.

^ coup.... On y ramasse difficilement les débris de l'Esprit public, ^ dont on dit qu'U y m a plus dans un cabaret de Liège que dans ^ tout Paris.,.. ^ (1798.)

^ Cbez les Liégeois, à peu près comme cbez les Romains, si on ^ défendoit d'accuser les Magistrats, on permettoit de s'en jp^iiidre. ^ L'ignorance et la servitude n'y flétrissoient point l'âme et n'abais- # soient point le caractère républicain. Chacun aimoit à connoître ^ tout ce qui intéressoit la chose publique; chacun avoit son franc ^ parler pour émettre ses idées, et, du choc des idées, naissoient des ^ lumières, dont les Magistrats sages et bienveillans savoient pro- ^ fiter.... ^ (1800.) [Delloye, Soirées Liégeoises, p. 8, etc., etc.]

' L'irritation des Liégeois était d'autant plus profonde , qu ils se voyaient opprimés, au nom de la Liberté, par une Nation émancipée d'hier, eux qui avaient été Libres de temps immémorial. Les Français instruits comprenaient pourquoi nos fiers Patriotes ne se passionnaient point pour les formules sonores d'Egalité devant la loi et de Souveraineté populaire. L'un d'eux écrit pertinemment : ^ Les Liégeois p sont nos aînés en Révolutions.... Nous leur devons des ouvrages ^ lumineux en principes.... ^ [Chaussard, Mémoires politiques sur la BévoltUion de la Belgique et du Pays de Liège en 1793 ; Paris, 1793; p. 403. ]

On était Patriote avec raison. On ne le cachait pas. ^ .... Le ^ Liégeois, plus qu'aucun autre Français, conserve un attachement ^ naturel à ses dieux pénates. En vain auroit-on cherché ici l'absence ^ de l'esprit public, l'égoïsme, l'insouciance, qui, sous la Monarchie ^ en France, naissait de la nullité politique de chaque individu. ^ L'amour de la Patrie, le vif intérêt à la chose publique, ont, de tout ^ temps, distingué les Liégeois, malgré même le tas de prêtraiUes qui ^ encombroient le Pays. ^ [Delloye, Le Coq Liégeois, 7 juin 1799, p. 55.]

' La France traita le Pays avec une déloyauté, avec une injustice

Bassenge, rhonnéte Bassenge^-en pleura et en mourut de douleur, lui qui avait rêvé avec ses vieux amis, les Donceel, les Fabry, les Chestret, une République Liégeoise, où la liberté, Tégalité et le droit n'auraient pas été de vains mots i.

inoubliables. Le généreux Michelet ne dissimule pas Todieux de cette conduite ; il écrit :

^ Toute cette Histoire de Liège est bien dure à raconter pour un ^ Français. Moi, qui Fai reprise et suivie depuis le quinzième siècle, ^ qui, dès Louis XI, ai dit tout ce que ce Peuple a fait et souffert pour ^ la France, je sens comme un pesant remords. Oui, je me sens, ^ comme Français et comme représentant de mes pères, douloureu- ^ sèment responsable et tristement solidaire des maux de ce pauvre ^ Pays, immolé si souvent pour nous. Il périt deux fois, trois fois, ^ pour avoir cru à la parole de nos Rois, qui le mettaient en avant, ^ comme un bouclier , sur le cœur de la France en péril , puis blessé , ^ déchiré, sanglant, le laissaient là pour périr. Hélas I les Liégeois ^ n'eurent g^ère davantage à se louer de la République.... ^ [Histoire de la Révolution Française^ t. IV, p. 427. ]

^ Le digne Jacques Fabry , qui avait toujours été si calme , si austère , si désintéressé, si plein de foi dans sa RépMique Liégeoise, s*éteignit, à septante-six ans, au sein de sa famille, le onze février 1798. Il mourut pauvre et Patriote; mais de plus pauvres et de plus Patriotes que lui , ne tenant nul compte des impérieuses circonstances passées , lui reprochèrent, à Theure de Tagonie, d'avoir trahi et vendu la Patrie Liégeoise. Us inscrivirent sur sa porte cette terrible épitaphe :

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