‹ Histoire du paysage en FranceChapitre 39 sur 59 · I. A. Sensier. Rousseau, p · texte numérisé non relu

I. A. Sensier. Rousseau, p

c'est là le souci prédominant de ces analystes. En face de la nature, c'est toujours d'eux-mêmes qu'il s'agit, et comme ils ne tolèrent que des toiles harmonieuses, ils s'écartent insensiblement chaque jour de leur modèle.

Deux panneaux de Jules Dupré conservés au Louvre, le Matin et le Soir^ sont caractéristiques de ces tendances. Dans une atmosphère indécise, parmi des empâtements vagues, des animaux s'élaborent, on devine des arbres. Gela est loin de la nature sentie par une âme, c'est une sonate de couleurs rêveuse, imprécise qui décèle une tendance dangereuse.

Paul Huet, pour s'y être trop abandonné, ne sera jamais pleinement un maître. Déjà en 1887 il avait donné le il/â!/m, rêverie pittoresque faite de chic. Après lui, après Dupré, les dessins de Victor Hugo où le même instinct s'exaspère. Puis c'est Ravier dont les aquarelles sont maintenant au Louvre. Sonates exquises, de nuances rêvées, c'est un mirage, une fantaisie anglaise à la Turner, auprès desquelles paraissent lourdes les œuvres de Monticelli.

Ainsi conçu l'art est une impasse ; il éblouit, mais il est stérile. Il ne se soutient que chez quelques cerveaux exceptionnels. C'est là l'écueil du Romantisme.

Mais le danger peut s'éviter et Théodore Rousseau y a échappé. Ni l'inquiétude, ni la recherche des effets fugitifs, ni la complexité de sa technique ne l'ont éloigné de la nature. Il voulait tout dire et s'il surchargeait sa palette et sa toile c'est qu'il se savait impuissant à tout exprimer. Il sentait confusément qu'au lieu de désigner les choses, il faudrait les indiquer par des équivalences, les suggérer « substituer l'impression juste à l'imitation rigoureuse * ». Dans son métier savant et embarrassé ger-

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