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I. Notice sur Girodet dans ses œuvres complètes, I, XXXIX

aa6 HISTOIRE DU PAYSAGE EN FRANCE

grêles dont le jet droit imite les colonnades : bouleaux, pins et peupliers. La nature enfin y appelle l'homme et si Tartiste ne se contente pas de plaquer des personnages, s'il accorde leur sentiments au caractère du paysage, c'est encore l'antiquité, c'est la mythologie ou, dans le cas présent, l'histoire sainte qui parlent à son imagination et lui fournissent des héros.

Un autre exemple, Homère et les Bergers^ peint dix ans plus tard, ajoute aux groupes cadencés, aux plans toujours marqués avec une extrême précision, des fabriques estompées sans doute, mais solidement bâties, merveilleusement charpentées.

Ce paysage, inspiré par l'Italie auquel il emprunte ses thèmes, trouve à s'appliquer aux sites de France. Fontainebleau, où Rousseau et Dupré cherchaient à évoquer la variété vibrante de la nature, pi^end un aspect imposant et grave sous le crayon de Corot. Il y consacre en i83i et i833 deux études faites avec un parti pris de simple grandeur.

Tel est le système : rappelons les artistes qui y ont conformé leur œuvre.

C'est, d'abord, Aligny (i 790-1870) simple, froid, abstrait, qui s'inspire du Morvan, puis, au cours d'un voyage en Italie et en Grèce, note des paysages avec une raideur ingriste qui s'approche de la caricature. Dans son œuvre les gris dominent et se marient à des jaune-laitue, verdures pâles opposées à la « noirdure » de Rousseau.

Edouard Bertin (i 797-1871) est à la fois plus distingué et plus humain. Ses dessins, agencés selon le mode classique, ont une tenue peu populaire, mais sont Texpres-

sion d'une âme élevée et rare. C'est la meilleure partie de son œuvre. Il ne demande à la nature ni une confidence, ni une émotion, mais une vérité formelle et quasi parnassienne. Ses études des Ruines (TAgrigente ^ de Massa, de Meta près du golfe de Naples, le Nymphée de la Nymphe Egérie frappent par leur noble ordonnance.

A côté de lui Paul Flandrin (1811-1902), délicat, mais timide, peint, en i843 une page significative. Poussin est aux bords du Tibre, il médite, le pinceau prêt à fixer sa pensée. La campagne est sévère, nue, Ton aperçoit au loin le château Saint-Ange. C'est un hommage juste et ingénieux à un inspirateur.

Il faudrait citer encore Français, facile et inconsistant, Buttura, A. Desgoffes, Benouville, Chevandier de Valdrome.

Le mouvement fut assez fort pour poser son empreinte, au moins temporaire, sur des peintres aux tendances bien éloignées. Il agit naturellement sur les jeunes gens. Marilhat, avant d'être conquis par l'Orient, tire des sites de l'Auvergne des œuvres néo-classiques, Troyon, Daubigny sont un moment entraînés. Daubigny peint en i84o dans une note inaccoutumée un Saint Jérôme; Troyon en 1841, Tobie et l'Ange. Cabat se débat pendant plusieurs années.

Les artistes mûris sont eux-mêmes impressionnés. Paul Huet expose, en 1841, des paysages composés ; en 1843, il donne à un Crépuscule les beautés nobles et vagues du classicisme. Théodore Rousseau même reflète un jour ce souci nouveau de simplicité. Dans le Dormoir d'Apremont, on dirait que son nervosisme, son inquiétude de tout dire, s'apaisent. Decamps révèle des instincts de grandeur et de composition jusque-là insoupçonnés. Les Muses au bain ; Jésus sur le lac de Génésareth sont des œuvres grandiloquentes et épiques. Les fables de La Fontaine, la Grenouille et le Bœuf ou le Héron servent

de prétexte à des paysages où préludent les lignes sobres qui se déploieront dans la Bataille des Cimbres.

Cette influence partout répandue du néo-classicisme vers i84o en montre la force. Sa gloire reste d'avoir produit Corot.

C'est près des néo-classiques les plus déterminés que Corot fit ses premières armes, c'est d'eux qu'il reçut ses premiers encouragements, et, dès 1825, lors de la rencontre de Rome, Aligny, pressentant son génie, disait : « 11 sera notre maître à tous. » A cette époque Corot reçoit les conseils d'Ed. Bertin* et voici le souvenir qu'il en a gardé : « C'est à lui que je dois d'être resté dans la voie du beau. » Et, évoquant ensuite leurs études communes, il ajoute : « Quel instinct ! Quand nous allions tous trois avec Aligny, cherchant un motif dans la campagne de Rome, Edouard était toujours le premier à l'ouvrage et à la bonne place. »

De cette époque datent le Forum et le Colisée, images fidèles et « études très fameuses », disait Corot. Il y cherchait la perspective par des plans solides, « la sévérité et la grandeur des lignes" » et la notation exacte des valeurs avec ces tons gris, roses, argentins si personnels et si sobres.

Avec un minimum d'effort technique il obtient la sensation d'espace et l'impression de vie. De 1827 date le Pont de Narni^ de i835 Agar, de i836 Diane au bain qui marquent une progression constante et, dans le

1. Gautier a associé Berlin, Aligny et Corot dans ses vers, à trois Paysagistes, 1839.

2. Corot, le 5 avril 1840, cité par Moreau-Nélaton, Corot p. gS.

Verger, 18^2, Corot se montre complètement émancipé. La grandeur classique et le noble équilibre des formes resteront la marque de ses œuvres, mais il s'y ajoute encore une poésie intime et émouvante.

Parti de principes rigoureux, d'une pratique volontaire, Corot a transformé toute formule par l'Amour. Il est, avec Prudhon, avec André Chénier qu'il apprit à connaître par hasard en i845, le plus grand peintre classique, classique par le sentiment. Ses personnages parlent pour nous et leur langage est éternel.

Ils disent les lieux communs de l'àme, la tendresse, la mélancolie, le charme de la solitude comme ses paysages lluides et musicaux évoquent les lieux communs de la nature: le printemps, la matinée, le crépuscule. II exprime « le mouvement intime et éternel qui, même en ses heures d'apparent repos, révèle toujours l'âme active du monde ^ ».

Personnages, prairies, bois humides, étangs silencieux se répètent sans trêve dans son œuvre comme un écho de lyrisme intérieur, mais sans nulle monotonie. A mesure qu'il vieillit « la nature le connaît et l'aime et lui parle à l'oreille et lui dit des secrets que ni le sublime Poussin ni le Lorrain Claude n'ont jamais entendus^ ».

Cet épanchement, cette sérénité, cette libération tardive appuyés sur un métier si probe, ce mélange virgilien de grandeur et d'intimité, mènent Corot à la peinture décorative.

En 1847 ^^ signe le Baptême du Christ à Saint-Nicolas du Chardonnet, composition majestueuse, où le dessin est d'une précision extrême; à Mantes, chez M. Robert,

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