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VERS LE RÉALISME

Insafûsance du romantisme et du néo-classicisme.

Influence du milieu. — Préludes du réalisme dans la littérature, dans

la peinture de genre.

Les précurseurs et les ancêtres du paysage réaliste. Théodore Rousseau et Daubigny, guides vers le réalisme. Conclusion.

Au paysage libéré par le Romantisme, ayant acquis par lui une âme et une technique nouvelles s'est opposé un courant d'art contraire, passager, dominé par Gorot :

LE PAYSAGE AU TEMPS DU ROMANTISME 23i

le néo-classicisme. Ces deux tendances ont eu un caractère commun qui est de ne pas considérer la nature en elle-même comme une fin, mais de Tasservir à exprimer une idée ou un sentiment.

Deux œuvres très caractéristiques de leur groupe peuvent nous servir d'exemple : VAgar de Corot a des qualités de symétrie, d'ordonnance, qui ne sont pas dans la nature. C'est plutôt une interprétation des beautés naturelles par une sensibilité humaine, interprétation qui ne choque pas, parce qu'elle est d'accord avec l'âme intime des choses. La Mare de Dupré, plus encore, est éloignée de la réalité. C'est, sous une apparence descriptive une méditation de coloriste. La signification des choses s'efface, le sujet même importe peu. Une paysanne n'est là que pour former un centre clair; des masures ne sont que des taches harmoniques à l'ensemble.

Poète ou styliste, la nature jusqu'alors en vain leur a offert ses beautés, une sorte d'égotisme empêchait de les percevoir. Pour que le paysage accomplisse sa destinée il faut que l'artiste dépouille son orgueil, qu'un sentiment nouveau l'anime, sentiment d'amour véritable, d'humilité qui substitue à la poésie personnelle la poésie des choses elles-mêmes.

Cette évolution logique du paysage a été l'œuvre du Réalisme. L'étude de ce mouvement d'art est ingrate pour l'historien. Il y a eu une ascension lente vers le réalisme sans obtenir immédiatement des réalisations complètes, sans pénétrer dans la terre promise. Il faut dans nombre d'œuvres, dégager une idée destinée à germer plus tard, rechercher parmi des indications vagues, éparses, la marque d'un effort encore inconscient. Là, comme ailleurs, le milieu social est l'élément décisif de l'orientation nouvelle.

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Le Romantisme était né sous la Restauration du renoncement des esprits à la vie extérieure. Il avait servi d'aliment à ceux que le régime nouveau écartait de la politique. Sous la monarchie de Juillet l'activité sociale renaît ; chacun prend à la vie commune une part passionnée : débats parlementaires, émeutes dans la rue, sociétés secrètes, propagande légitimiste, bonapartiste, républicaine, révolutions de Pologne, guerres en Orient, sollicitent constamment les énergies. En même temps, les rêveries humanitaires exercent les imaginations, tandis que, dans les usines, se forme le parti socialiste. De là une succession d'art si opposée. Corot seul échappe à cette influence nouvelle qui se marque chez un Rousseau, un Delacroix, chez les artistes à la personnalité la plus forte, chez les plus fougueux romantiques. Son génie demeure tout rêveur et impassible parce que, célibataire et pensionné par son père jusqu'à cinquante ans, il reste en dehors des conditions sociales. Les modestes rentes dont il vit lui donnent le moyen de s'isoler de son temps, de s'en désintéresser.

Autour de lui, les cœurs s'échauffent, émus par leur temps, par leurs rêves. L'art reflète cet âge d'espérance, de velléités naïves qu'a raillé Musset. L'idée de solidarité s'étend à la nature, dont la conception se modifie. La nature est associée intimement à la vie de l'homme, on perçoit des rapports entre elle et la destinée humaine ; à mesure qu'on la découvre davantage, on l'aime avec plus d'abandon. Elle devient souriante et familière, elle est une force et une source de joie.

Au Salon de i844 Papety, expose son Rêve du Bonheur.

C'est celui d'une nature belle, calme, se prêtant aux efforts humains. Au fond d'un site heureux une vapeur passe, vapeur que l'artiste remplaça ensuite par un temple grec, « ce qui, lisait-on dans l'^r/isie', est peutêtre plus commun, mais ce qui est plus sévère que le socialisme en peinture ».

Les Bœufs de Pierre Dupont et ses autres chansons paysannes reflètent ce goût nouveau pour une nature champêtre, agreste. Désormais les sites pittoresques, les aspects théâtrals du romantisme ne prévaudront plus contre la campagne simple, la nature prime-sautière et féconde. « La plus pauvre allée avec ses baguettes toutes droites sans feuilles, dans un horizon plat et terne en dit autant à l'imagination que les sites les plus vantés ^ »

De cette époque date la passion des voyages, passion saine que viendra seconder le développement des chemins de fer. Et le voyage ne sera plus seulement la quête d'inconnu, d'étrange, de grandiose, c'est un souci de délassement, de repos, d'amour naïf de la nature qui guidera vers Dieppe les bourgeois du Marais.

Une évolution parallèle est marquée dans la littérature.

Dès 1829 paraît Joseph Delorme dont « les seules distractions étaient quelques promenades à la nuit tombante sur un boulevard extérieur ». Et en 1882 Y Arrosoir de Gautier devance la poésie intimiste :

Dans son petit jardin que j'aimais à la voir A grand'peine portant un léger arrosoir Distribuer en pluie à ses fleurs desséchées Par la chaleur du jour, et vers le sol penchées Une eau douce et limpide...

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