‹ Histoire du paysage en FranceChapitre 45 sur 59 · U Artiste, 1 juin 18445 P · texte numérisé non relu

U Artiste, 1 juin 18445 P

■}.. Burty. Lettres d'Eugène Delacroix, p. i3i.

Le poète aime encore :

Dans le Parc Saint-Fargeau voir les petites filles Emplir leurs tabliers de pain de hannetons ^.

Chez Victor Hugo la Révolution de i83o suscite un élan vers le Réalisme. Dans les Chansons des Rues et des Bois, il proclame que :

Rien n'est haut ni bas ; les fontaines Lavent la pourpre et le sayon ; L'aube d Ivry, l'aube d Athènes, Sont faites du même rayon.

C'est le temps où Balzac, avec Tampleur de son génie lucide fouille et dégage Tàme des Paysans, où George Sand décrit avec amour les plaines, les bocages, la nature médiocre de son Berry.

Le mouvement littéraire tend de toutes parts au réalisme; Lart, plus gauchement, mais d'un élan aussi unanime, trahit les mêmes aspirations. Delacroix dans une heure d'élan unique avait peint la Liberté aux Barricades ^ œuvre sublime qui restera isolée dans son œuvre. Des maîtres médiocres, Grenier, Duval Lecamus ou Beaume, s'engagèrent dans le chemin où il n'avait fait qu'un pas.

Leurs essais sont d'une facture sèche, pauvre, et, par défaut d'inspiration, souvent proches de la caricature ou de la niaiserie, mais bientôt le but nouveau se dégage.

Le Maître d'école, les Petits paysans surpris par les loups précèdent les Bambins et les Coups décisifs (i836) où Decamps déploie son génie.

I. Poésies iS20-i83a. Lire encore Paysages, Le Sentier, Farniente, Pan de mur, Point de vue, Villanelle rythmique, etc.

Quelques-uns, non contents du tableau de chevalet, se hasardent à couvrir de grandes toiles. Au Salon de i84i on voit de Barker, des Braconniers de grandeur naturelle; déjà en i838, Jeanron avait offert les Forgerons de la Corrèze aux vues divergentes de la critique.

Tlîoré salue avec sympathie la formule réaliste ; il en entrevoit la grandeur. « C'est de l'art nouveau par la forme et par le fond et l'un ne pouvait aller sans l'autre, car en entrant dans cette sympathie populaire il fallait aussi renouveler en même temps la forme abâtardie, c'est-àdire exprimer tout ce qu'il y a de noblesse et de grandeur dans la nature humaine de toutes les classes. Que M. Jeanron nous fasse donc encore de ces émouvantes peintures... M. Jeanron porte une grande responsabilité, c'est lui qui comprend le mieux la direction de l'art moderne et qui l'exprime avec le plus de verdeur. »

Gustave Planche, au contraire, se croit obligé de défendre la dignité de l'art, il maintient que « la reproduction littérale de la réalité ne suffit pas pour exciter, pour nourrir l'admiration.* » Il ne croit pas que « le procès-verbal appartienne au pinceau" » et il oppose au réalisme les droits de la beauté et du style.

Ces polémiques sont d'ailleurs confuses; par un singulier retour on reproche au romantisme de « trahir dans son œuvre la réalité » et ainsi on l'assimile au classicisme contre lequel il s'insurgea si violemment.

Les courants d'opinion heurtés trahissent l'incertitude d'une période en travail.

Un art nouveau est proche et le mouvement qui le crée s'étend au Paysage.

I. Revue des Deux Mondes, 1828, p. 673. 1. Revue des Deux Mondes, 1837.

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Les paysagistes ont toujours prêché le respect de la vérité, mais cet hommage s'accompagnait de discrètes réticences.

Joseph Vernet conseillait au jeunes gens qui se destinent à l'étude du paysage, de « copier le plus exactement possible, tant pour la forme que pour la couleur, et ne pas croire mieux faire en ajoutant ou en retranchant ». Mais il ajoutait : « On pourra le faire dans son atelier, lorsqu'on veut composer un tableau \ »

De même, la conscience et la simplicité de Corot en face de la nature sont corrigées par le souci du beau dans l'art. Ce qu'il faut peindre c'est la vérité, mais « baignée dans l'impression que nous avons reçue à l'aspect de la nature ^ ».

Les Ingristes avaient le culte du vrai, mais ils recherchaient « avant tout, la beauté des lignes, l'harmonieux balancement des masses^ ».

Ces réserves toujours différentes et toujours renouvelées devaient, quelque jour, disparaître. Il était de l'essence du paysage d'aiguiller vers le réalisme et d'en favoriser le développement.

Déjà la formule nouvelle s'était exprimée : un maître admirable, mais demeuré inconnu, Georges Michel (1763- 1843), peignait des intérieurs de forêts près de Paris avec une recherche de milieu savoureux et simple.

11 avait représenté dans des œuvres saisissantes de

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