‹ Histoire du paysage en FranceChapitre 56 sur 59 · I. Ce chapitre a été écrit par M. Théodore Duret · texte numérisé non relu

I. Ce chapitre a été écrit par M. Théodore Duret

EDOUARD MANET ET LES IMPRESSIONiMSTES 3o3

heurter les notions reçues et les règles acceptées.

11 existait à cette époque une manière universellement enseignée dans les ateliers pour distribuer, en peinture, l'ombre et la lumière et appliquer les couleurs. On ne concevait point que la lumière put être mise sans l'accompagnement obligé et corrélatif de l'ombre. On ne croyait point que les couleurs vives pussent être introduites sans demi-tons intermédiaires. Mais voici où cette technique avait conduit. Comme rien n'est plus rare que l'artiste qui peut réellement peindre dans la lumière, mettre de la vraie clarté sur une toile, quels que soient les moyens ou les procédés, l'opposition constante d'ombre et de soi-disant lumière avait amené la production d'œuvres, d'où en réalité toute lumière avait disparu et où l'ombre subsistait seule. Les parties prétendues en clair, sans vigueur, ne se dégageaient plus sur le noir des ombres.

Presque tous les tableaux du temps se présentaient à l'état sombre. L'éclat des tons clairs, des couleurs joyeuses en avait disparu. La critique et le public s'étaient accoutumés à ce mode éteint de la peinture, ils le jugeaient par l'habitude naturel. On ne s'imaginait même pas qu'il put y en avoir d'autre et on trouvait excellente la production de peintres, tenus pour des maîtres, se succédant, depuis longtemps, dans une même voie.

Tout à coup Manet, en i863, au Salon des refusés avec son Déjeuner sur l'herbe^ et, en i865, au Salon avec son Olympia ' venait présenter des œuvres d'aspect nouveau. L'ombre appelée à faire opposition perpétuelle à la lumière n'apparaissait plus. Manet peignait clair sur clair. Les divers plans se succédaient en se profdant

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