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Musée du Louvre

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dans la lumière, tout lensemble était coloré. Les parties que les autres eussent mises dans l'ombre étaient faites par des tons moins clairs, mais cependant toujours colorés et en valeur. Aussi ses œuvres donnaient-elles la sensation de quelque chose d'outré. Elles heurtaient la vision. Elles produisaient, sur le public de ce temps, Teffet de la pleine lumière sur le hibou. Les couleurs claires juxtaposées faisait l'elTet de taches. Elles passaient pour du « bariolage », Le mot avait été dit. dans la Gazette des Beaux-Arts, par Paul Mantz, un des critiques les plus autorisés du temps.

Manet souleva une telle animadversion, les railleries, les insultes, les caricatures qu'il suscita furent telles qu'il acquit bientôt une immense notoriété. Il vit tous les yeux fixés sur lui. 11 fut considéré comme un barbare. Son exemple fut déclaré pernicieux. Il devint un insurgé, un corrupteur à exclure des Salons. Devant VOlympia. riiostilité fut générale. Les uns riaient, haussaient les épaules et ne voyaient là sujet qu'à un méprisant dédain, mais d'autres s'indignaient, montraient le poing et eussent voulu crever la toile. Il fallut la protéger, des gardiens furent préposés à sa surveillance.

Manet avait pensé que son originalité de forme et de fond, se produisant dans de grandes œuvres, comme le Déjeuner sur l herbe et l'Olympia, lui attirerait la reconnaissance du talent qu'il se sentait, qu'on verrait en lui un maître à ses débuts, qu'on le saluerait comme un novateur, qu'il entrerait ainsi dans la voie du succès et de la faveur publique. Ce qui lui venait, était un renom de révolté, d'excentrique. Il passait à l'état de réprouvé.

Il s'établissait, entre le public et lui, une séparation profonde, qui devait le maintenir toute sa vie dans une bataille sans fin. C'est lui ainsi qui, en soutenant sans fléchir une lutte ardente, a ouvert la voie à ceux qui

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devaient venir après lui, leur a facilité la tâche et préparé le succès. Car c'est surtout l'exemple des injustes mépris dont il a été l'objet et des iniques attaques qu'il a eues à subir, qui devait d'abord apprendre au public à changer d'attitude envers les novateurs, et à ne plus repousser sans examen les formes neuves et imprévues qui pourraient apparaître.

La peinture en tons clairs débarrassée d'ombre, que Manet était venu inaugurer, appropriée au paysage, offrait des avantages et ne pouvait manquer de faire naître un art aux traits nouveaux. Le peintre disposant des ressources procurées par l'emploi des tons clairs, fut à même d'appliquer ces couleurs éclatantes, qui correspondaient aux effets variés que les scènes naturelles lui offraient. On put voir ainsi apparaître sur ses toiles les plaques de lumière que le soleil, passant à travers le feuillage étend sur le sol; on put voir reproduits les verts tendres et aigus, qui couvrent la terre au printemps; les champs brûlés l'été par le soleil prirent des tons roussis; l'eau n'eut plus de couleur propre, mais les reçut toutes en succession.

A la pratique de peindre par tons clairs vint s'ajouter, pour métamorphoser la peinture de paysage, celle de peindre en plein air, directement devant la nature. Ces innovations qui ont amené la forme d'art appellée impressionniste, ont dû leur complète adoption aux relations nouées par Manet, entre 1866 et 1870, avec un groupe d'artistes : Pissarro, Claude Monet, Sisley, Renoir, Cézanne. lisse réunissaient le soir, pour causer de leur art, au café Guerbois, à l'entrée de l'avenue de Clichy. Leurs recherches, à cette époque, portèrent surtout sur l'emploi des tons clairs, appliqués à la peinture, exécutée directement en plein air.

Ce n'est pas que la pratique de peindre en plein air fût

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restée entièrement ignorée et qu'ils en fussent de tout point les inventeurs. Gonstable en Angleterre, Corot et Courbet en France l'avaient connue avant eux. Manet et ses amis, en venant peindre en plein air, ne faisaient donc que s'engager dans une voie déjà ouverte, mais où cependant on n'était encore entré qu'avec réserve. Leur origiginalité fut de s'y engager tout entiers.

Les devanciers n'avaient peint devant la nature qu'accessoirement, le plus souvent pour prendre des notes et obtenir des études préliminaires, à transformer plus tard en véritables tableaux à l'atelier. La grande innovation de Manet, et de ses amis les Impressionnistes, fut de transformer une pratique occasionnelle en procédé systématique. Leurs tableaux de paysage, ou de scènes avec fonds de paysage, quelles que fussent leurs dimensions, durent être tout entiers commencés et terminés directement devant les scènes à représenter. De ce fait l'ordre des motifs, dans la peinture de paysage, s'est modifié et étendu.

L'ancien paysagiste, arrangeant dans l'atelier les études faites au dehors, avait recherché des sites jugés particulièrement nobles, pittoresques et, comme tels, tenus seuls pour dignes d'être reproduits. Mais le peintre adonné à la pratique d'exécuter ses tableaux entièrement devant la nature, ne s'est plus préoccupé, au même degré, des sites à choisir et des motifs à rechercher. Frappé par un effet momentané de l'atmosphère, de la lumière ou de la végétation, il le fixait sans s'inquiéter du lieu où il le découvrait. Il était sur une grand'route et il l'introduisait sur la toile avec les arbres ébranchés qui la bordent, et ce motif lui semblait aussi noble que tout autre. 11 se trouvait devant un village et il le peignait avec les jardins potagers ou les champs de légumes, qui pouvaient l'entourer. Lorsqu'il rencontrait de l'eau, il ne se demandait

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