NEW-JERSEY-EST
Anglelerre, surlout dans le Massachusells, principal foyer
du Puritanisme.
Lassés du fardeau d'une province si difficile à gouverner, les représentants de Carteret mirent à l'enchère ses possessions dans le New-Jersey-Est, ainsi que son droit au gouvernement de la province'. C'est pour nous chose étrange, de voir une prérogative souveraine devenir l'objet d'un encan, comme Ton ferait de la chose la plus vulgaire I Cependant en y regardant de prés, on s'explique cette situation exceptionnelle. La concession dont il s'agit, comme celles de New- Vork ctdu Maryland, embrassait sans distinction, le territoire cl le droit de le gouverner à des conditions déferminées. C'était un contrat transmissible, sujet à révocation par une Cour supérieure, en cas d'inexécution. Toutefois la prérogative souveraine ne pouvailjamais être entièrement aliénée, et il y avait un droit suprême qui restait appartenir au roi cl au parlement, et qu'il était aisé de faire triompher devant la justice. Dans ces circonstances, on pouvait permettre ces aliénations qui attiraient une compétition favorable au succès de la colonie, et par conséquent, à l'avantage de la GranJî- Bretagne.
Les Quakers avaient déjà fait une expérience heureuse dans le' Jersey-Ouest, ils jugèrent utile de saisir l'occasion qui s'offrait d'acquérir Ia*partie Est, alors en vente. Déjà elle contenait cinq mille habitants répartis en divers contres, tels que Shrewsbury, Middletown, Piscalaway, Woodbridgo, Elisabethlown, Bergen, etc. La grande majorité de la population n'appartenait point à la secte des Quakers, mais ceux-ci pouvaient accroître beaucoup leur nombre, de manière à y avoir un ojr la prééminence. Dans ce but, William Penn et onze autres Quakers d'Angleterre s'associèrent, et achetèrent pour eus en 1682, la colonie de Carteret avec tous les avantages
' Grahame's Colonial hislory, 2' vul., p. 350.
NOUVEAU GOUVEnNENENT. 1^3
qui y étaient attachés. Il y avait un danger sérieux h conjurer : je veux parler de la résistance qu'une population puritaine pouvait opposer à un gouvernement dirigé par des Quakers. Soit que celle considération eût agi sur leur esprit, soit qu'ils eussent en vue de fortifier leur influence à la cour, les douze acquéreurs de Caiieret associèrent à leur entreprise douze autres personnage? considérables d'Angleterre et d'Ecosse, parmi lesquels on remarquait le comte de Pèrtli chancelier d'Ecosse, et lord Drummood secrétaire d'État de ce royaume. Ni les uns ni les autres n'étaient Quakers. Il semble que les membres de cette société n'aient pas eu grande confiance dans la parole du duc d'Vork et dans ses actes antérieurs, car ils lui demandèrent une nouvelle charte, en termes explicites, et elle leur fut accordé par une patente "u 14 mars 1682, avec pleins pouvoirs de gouvernement. Citait trop peu encore : ils sollicitèrent de Charles II une lettre royale pour le gouverneur, le conseil et les habitants delà province, attestant la régularité du titre dos nouveaux possesseurs tout h la fois au sol et au gouvernement, et réclamant pour eux obéissance complète'.
Après l'obtention de cette laveur signalée, ils organisèrent le nouveau gouvernement. Robert Barclay écossais d'origine, l'un des hommes les plus distingués parmis les Quakers, fut nommé gouverneur à vie, avec dispense de résidoncc et faculté (le se substituer un lieutenant-gouverneur. Il semble que rienn'ait été changé il la charte première donnée par George Carleret et Berkeley ; elle clail assez libérale pour que les colons pussent en être satisfaits. A la faveur de la nouvelle administration qui était très-paternelle, l'Ecosse presbytérienne alors en proie h. la persécution, envoya des centaines de familles dans l'Est-Jcrsey. Parmi tes émigrants, on voyait des gens dches ameiianl avec eux beaucoup de serviteurs, même
' Gordon, p. 51 .
*6* NEW-JERSEV-EST.
des cuUivatears peu fo^unés dont ils TOulaiont faire des colons {uirtaireâ. Le nombre el la qualité de ces nouveaux venus furent une véritable source de fortune pour la colonie, car tes Écossais partout où ils émigrèrenl, se firent toujours ^marquer par une grande application au travail, ef beaucoup de sévérité de conduite. Ce n'était pas trop du caractèreplein de bonté et de justice de Barclay, pour attirer des Ecossais presbytériens dans ce pays où lord Perth leur persécuteur avait un intérêt important. Mais ici, les rôles se Irou- Taient changés : en Ecosse, ce grand seigneur était l'exécuteur deshautcs œuvres de Charles II; en Amérique au contraire, le soin de sa propre fortune lui faisait désirer avant tout, le peuplement de sa colonie. Peu lui importait que les Écossais ûxilés y pratiquassent une rehgion qu'il réprouvait ailleurs. Telle était la moralité des gens de cour de cette époque 1 Aussi a-t-on droit de s'élonncr de l'association de William Pcnn avec ces hommes sans principes, lorsqu'il s'agissait du gouvernement de tout un peuple. L'élonnemenf n'est pas moins giand quand on le voit abandonner l'Amérique pour se rapprocher de Charles II et de Jacques II dont il é(ail le fevoril
BaolloB IT
it\r IHTERHËDUIRB DES DEUX PARTIR8 DE U CCiLOHIE.
L'avénement du duc d'York à la couronne sous le nom de Jacques II (1685), menaça d'être fatal aux deux colonies. Ce prince tenait à réaliser une idée qui n'était pas nouvelle pour lui, et qui consistait à réunir sous un seul gouvernemeni, les provinces de la Nouvelle- Angleterre, celle de New- York, et les deux branches de New-Jersey. Il exigeait qu'on lui rendit les chartes qu'il avait vendues lui-même, comme due d'York, oubliant sans doute qu'il en avait touché le prix. Irrité de la résistance qu'il éprouva des deux côtés, il lit commencer une poursuite en déchéance, sous de frivoles pr^estes.
■ DntzedbyGoOglc
ÊTATINTERHÉDIAIRE. 155
Maisheureusemenl, sa chute prévînt les conséquences déplorables de ce manque de foi.
Cependant à l'Est comme' à l'Ouest, il existait des lirailloments de plus d'une sorte : d'abord, l'accoiid ne régnait point parmi les Propriétaires; les lieiis qui les ratlachaient aux colons devaient s'en ressenlir jet se relâclier. D'un autre côté, dans le New- Jersey-Est, il se manifestait de grandes rivalités entre les habitants d'origine anglaise, et ceux venant d'Ecosse, sans compter les luttes bien naturelles entre deux sectes qui, quoique bien rapprochées de principes, araient cependant un grand éloignenoent l'une pour l'autre. Dans le. New-Jersey-Ouest aussi, il s'était introduit une certaine variété de population peu favorable au gouvernement quaker.; Enfin la colonie de New-York réclamait une espèce de suprématie sur le New-Jersey qui se serait trouvé son (ributair* pour les droits de navigation. Mais celte prétention ne pouvait se soutenir, et la cour de Westminster en fît justiceT«n accordant un bureau de douane spécial pour cette demièro province.
Le moment vint où les Propriétaires des deux parties de New-Jersey voyant que leur grand nombre nuisait à leurs fonctions souveraines, et que l'esprit investigateur et frondeur du peuple était de plus en pins diflicile à gouverner, considérant aussi que leurs dissensions deviendraient fatales h leurs intérêts, comme possesseurs du sol, ils entrèrent en pourparlers pour rétrocéder leurs pouvoirs de gouvernement. Après de nombreuses conférences desliriées à discuter les conditions de cette abdication, l'on se mît d'accord, et un traité de rétrocession fut conclu avec la couronne le 47 avril 1702. La colonie entière devint dès ce moment, province royale '.
* Gordon, p. 5t.
NEW-JERSET-UNL
■ «Gtlon V
OOnraRSEHENT W)Ï*L. — VARIÉTÉ d'orIOISES. — COUHERCB. — tGRICDLTURB, MITICULTÉS DB eODVIRHEMEHT. — DISSENSIDflS.
La reine Anne alors princesse régnante, réunit les deux branches de New-Jersey en une seule province, dont elle confia le gouvernement à son parent lord Cornbury dtSjù gouverneur de New-York. Les chartes sous la protection desquelles ce pays s'était développé, disparurent et ne furent point remplacées par un pacte analogue. Les règles de ce gouvernement tout arbitraire, étaient simplement contenues dans un cahier d'instructions données au représenlantroyal. En voici la substance :
La province était remise aux mains d'un gouverneur et (l'un conseil de douze membres, et aussi à une assemblée générale, à chacun dans les limites de ses atlributions. .4 la reine seule appartenait la nomination des membres du conseil. Le choix s'en Taisait sur une liste fournie par le gouverneur, laquelle ne pouvait contenir que des noms d'hommes de bonnes mœurs, propriétaires et non endettés. Ce représentant de la royauté avait droit de suspendre le conseil, mais par un acte motivé, transmis ensuite en Angleterre.
L'assemblée générale composée de vingt-quatre membres, était sounûse à l'élection des propriétaires foncieis possédant un immeuble de cent acres, ou des valeurs mobilières équivalant à cinquante livres sterling.
Pour élre éligible, il fallait posséder mille acres de terre. Le mandat de délégué comportait une durée de temps indéterminée.
L'assemblée convoquée, prorogée ou dissoute, à la volonté du gouverneur, se composait de deux branches distïncles,
GOUVERNEHENT ROÏAL. IbT
dont l'une formée des membres du conseil, et l'autre, des délégués des ccnsilaires.
Les lois soumises au veto du gouverneur pouvaient, malgré son approbation, être annulées par la couronne.
Le gouverneur, avec l'assentiment du conseil, a^'^it le droit d'instituer des cours de justice, et d'en nommer les)uges ; lui-même, avec les membres du conseil, constituait la cour d'appel.
La liberté religÎGuseélalt accordée à tous les cultes, escrplé aux catholiques. Le gouverneur avait la recommandation expresse de lenir la main à la célébration du dimanche, et à l'administration de la communion suivant le rite anglican. Aucun ministre ne pouvait être ordonné sans un cerlificat de l'évâquc de Londres, atleslant ses bonnes mœurs et sa soumission QUI règles de conformité.
Ordre était donné de ne tolérer aucune presse dans la colonie, pour prévenir les dangers attachés à la publicité '.
Lorsqu'on compare ce nouvel état de choses avec le gouvernement précèdent, on ne peut se rendre compte de la conduite des colons et des Propriétaires qui, sachant bien ce qu'était un gouvernement royal, ne firent aucun effort sérieux pourprévcnir «ne pareille extrémité. Cependantquelquedures que fussent les insiructions de la couronne, les colons restaient armés d'un droit qu'on ne pouvait leur enlever, celui de voter, par l'inlcrmcdiaire de leurs délégués réunis en assemblée générale, les tases tiéccssaires pour assurer la marche des affaires. Il en était de même du traitement du gouverneur, et l'on sait par l'expérience des autres colonies, combien était puissante cette prérogative pour amener l'autorité executive à de fréquentes transactions sur des matières qu'elles ne pouvaient dominer.
Arant d'aller plus loin, disons quelques mots de l'Étal de New-Jersey, à celte époque.
' Bancroit, p. Z96.
lias NEW-JERSBY-l)NI.
On estime que la population totale de cette colonie-iiiiie pouvait s'élever à vingt mille âmes, à la fin du dix-seplièmc siècle. Dsiis ce nombre, douze mille individus, principalement puritoins et presbytériens, étaient établis à l'Est; et huit mille composés surtout de Quakers, résidaient à l'Ouest. :Une estimation plus modérée fixe le cbilTre total à quinze mille seulement ', en se fondant sur ce que la Pensylvanie à peine créée, attira à elle la majeure partie des Quakers venant d'Angleterre; et aussi eu égard à la grande diminution de l'émigration après la révolution de 16Sd. Les colons du calle anglican étaient peu nombreux, si l'on en juge par le .nombre de leurs ministres, car on n'en comptait pas plus de deux dans toute la province.' Malgré la répugnance des Qua- Jters pour toute force organisée, la milice comptait quatorze cents hommes. La colonie se trouvait entraînée malgré .elle," dans la destinée de celle de New- York dont la frontiore était incessamment menacée, et pour la déFensc de la- . quelle des efforts communs s'imposaient à tous. La localisation distincte d'éléments divers de population coninbuaù maintenir longtemps, une variété de physionomie, de caractère et d'habitudes que la différence des races et des sectes aurait suflî à produire. L'esclavage perpétuel, la servitude temporaire existèrent là comme ailleurs, aucune secte ne put s'honorerdelesavoirproscrifs. Cependant on voit qu'en 1696, des Quakers de New-Jersey et de Pensylvanie réunis en conseil, décidèrent qu'un appel serait fait à tous leurs coreligionnaires -pour les déterminer à renoncer à l'emploi des esclaves, ou tout au moins à de nouvelles importations. Mais cette démarche n'eut aucune suite, et l'on voyait encore des esclaves rouges et noirs dans le New-Jersey, bien après la révolution de 1776. IjC commerce des deux parties de la province s'était développé, en dépit des entraves dont les gouverneurs de New-York
' iloltnes's Annals, S' vol., p. 45i et Gordonj p. 57.
jbïGoogIc ;
GOUVKRNEUENT ROYAL. fSO
avaient semé sa route. Les exporfalions consistaient en produits d'agriculture, à destination des Indes occidentolcs ; puis en fourrures et tabac pour l'Angleterre ; et en huiles, poissons et autres provisions variées qu'on fournissait à l'Kspagne, au Portugal, et aux Canaries. La colonie eut aussi à se reprocher comme ses voisines, la piraterie et la traite des hommes de couleur. Ce désordre moral atteignit toutes les provinces, et il ne parait pas qu'aucuneyait échappé. Burlington avait déjà une manufacture d'éfoiïes de lin el de laines, mais elle ne pouvait fournir une longue carrière, en face des lois prohibitives de l'Angleterre.
New-Jersey devenue province royale, fut pendant un certain temps sous l' administration executive du gouverneurde la colonie de New-York, mais à tous autres égards, l'exislence de chacune d'elles était distincte. Cornbury le premier gouverneur, outre-passait ses instructions, moins par excès de zèle, que pour tirer partie des concessions qui lui seraient demandées ; aussi faisait-il trafic de sa charge, et le déplorable élat de ses affaires le rendait accessible à toutes les corruptions. Samuel Jennings, alors président de l'assemblée générale, l'accusa un jour « d'être la marchandise des factions! n Son passage au pouvoir est signalé par les moyens frauduleux qu'il employa pour obtenir une législatureà sa dévotion, aussi lui alloua-t-elle un traitement fel qu'il le désirait, pour deux aniiûes consécutives ; avantage qui lui avait toujours été refusé précédemment. 11 suspendit le cours de la justice e( accorda des luonopoles excessifs. 11 souleva surtout contre lui les Quakers qu'il entendait soumettre au serment, malgré un long usage appuyé sur la charte originaire. Eniin la mesure devenue comble, la législature lui refusa tout subside. Des deux parts, on ei)voya des pétitions à la reine poui* faire cesser ce grave conflit, et ce n'est qu'en 1709, que l'on obtint la révocation si longtemps sollicitée, de ce déplorable gouverneur.
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ICÛ NEW-JERSI-Y-EST.
Pendant un grand înlervallc de lemps, les dinicuUés se mutliplient enlrc t'assembli^c et le représentant royal. La rapide et nombreuse succession de ceux-ci, témoigne tout à la fuis, de l'antagonisme croissant de la métropole avec les colonies, du besoin de la plupart des gouverneurs de tirer profit de ïeur silualion, et enfin de l'esprit turbulent de ces populations qui s'agilent parfois sans raison sérieuse. Je vais dégager de la période nouvelle qui s'étend jusqu'à la révolution de 1776, les faits qui ont une portée réelle, négligeant ceux qui n'olfrent qu'un intérêt secondaire ou ne sont que la reproduction incessante des difficultés que j'ai déjà signolécs.
Sous Georges I", le parlement d'Angleterre avait rendu un biii déclaré perpétuel pour l'AnglcIcrre, et obligatoire pendant cinq ans seulement dans les colonies ; et aux termes duquel, les Quakers dispensés du serment dans certains cas, ne pouvaient y échapper dès qu'ils prenaient possession de fonctions publiques, ou qu'ils exerçaient la mission dcjun'sou de lémoins au criminel, dans les aflaires capitales. On voulait faire application de cet acte aux Quakers de New-Jersey, mais chose remarquablel le président d'une cour de justice, appelé à statuer sur un cas de celte nature qui se présenbit devant lui, refusa d'exiger le serment des jurés quakers, en se fondant sur ce que le bill anglais élait contraire aux prérogatives de la province. Il était impossible de fouler aux pieds d'une manière plus cavalière, un bill rendu dans la pleine puissance du parlement, et qui, depuis la suppression des chartes, ëlait certainement obligatoire. Mais le chef de justice ayant pour lui l'opinion de la majorité, sa sentence fut exécutée. C'est une des nombreuses anomalies de la législation des colonies où l'on voulait faire entrer le droit anglais, même quand il répugnait à l'esprit des institutions coloniales, à des précédents bien établis, et au caractère des habifanis. Mais, sauf pour les lois fiscales qui intéressaient le commerce et l'industrie d'Angleterre, les lois des colonies
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INSURRECTIO?!. m
prévalurent loujours, à cela près de quelques intermittences de peu de conséquence.
Les colons, en rédamant un gouvernement provincial ou royal, croyaient s'affranchir du payement des quUrents qui avaient formé le sujet de luttes si vives à l'origine de l'Est- Jersey, mais si George Cartcret, préférant la paix de la colonie à l'exercice d'un droit douteux , abandonna tacitement ses prétentions, il n'en fut pas de même de sescessionnaires. Les poursuites qu'ils exercèrent avaient un caractère odieux qui provoqua des résistances ouvertes. Les habitants de plusieurs contrées se liguèrent et reçurent dans leurs rangs, même des individus qui n'avaient aucune raison valable à opposer aux titres invoqués contre eux. Les ofOciers de justice eurent à subir des luttes à main armée, et les prisons ne sufllsalent plus aux arrestations. Mais vaincus un jour, les insurgés reprenaient bientôt l'offensive, ils forçaient les lieux de détention et délivraient les prisonniers. Ce déplorable état de choses dura plusieurs années pendant lesquelles le règne des lois fut suspendu, et la justice méprisée. L'assemblée générale refusa de s'associer à toute mesure qui prêterait force à la loi, et ce désordre gouvernemental se prolongea longtemps encore pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle. Cependant les Propriétaires obtinrent, après d(f nombreuses sollîcilalions, qu'une commission d'enquête fût envoyée d'Angleterre pour prendre connaissance exacte des faits. La cour de chancellerie procédant avec sa lenteur proverbiale, n'avait point encore statué sur un des dilîérendsqui lui étaient soumis, lorsque éclata la révolution d'Amérique.
La réunion dans une seule main, du gouvernement des colonies de New-York et de New-Jersey, portait un préjudice réel aux intérêts de cette dernière qui était de beaucoup inféj-ieure à l'autre. On sollicita longtemps la séparation des deux administrations, mais c'est en 1758 seulement, que la couronne fit droit à ces justes demandes. Depuis lors, ces
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JOa NEW-JERSEY.
provinces n'eurent plus rien de commun excepté les dangers que leur créèrent les guerres avec lesFrançab et avec les Indiens.
Malgré ces troubles intérieurs, la colonie prospérait, grâce à l'exbtence laborieuse et frugale de ses habitants. Cependant l'accroissement de sa population n'était pas on rapport avec celui des autres provinces. La raison qu'on en donne est que beaucoup d'hommes de la génération qui s'élevait, avides de nouveautés, d'inconnu, émigrèrent continueUement et contribuèrent à peupler d'autres provinces. Toutefois le recensement de 1790 portait le chiffre de la population blanche et libre, à cent soixante-douze mille sept cent seize habitants, indépendamment des esclaves dont le nombre montait à onze mille quatre cent vingt-trois '.
Secilou VI
BAFFORTS t>B Là COLOniB AVEC LES INDIENS.
Les Indiens qui peuplaient le New-Jersey lors de !a prise de possession par les Européens, étaient des rameaux détachés des nations appelées Mengwe et Lenape, et composaient de petites tribus connues sous les noms de ÂssunpinkH, Rankokas, Mingoes, Âifflastakas, Mantas, Raritans, etc. D'autres nations importantes n'habitaient la province qu'occasionneliement, tout en y maintenant leurs droits de possession sur certains territoires. On les appelait les Naraticengs, les Capi* tinasses, les Gacheoes, les Muncys, les Minîsinks, les Poinp^ Ions, les Senecas, les Mohawks, et peut-être d'autres encore de la confédération des Cinq nations.
Ces tribus ne vivaient pas toutes en bonne intelligence, quelques-unes d'elles étaient mômesouvent en guerre entre elles. Cependant les Européens établirent avec eux les rapports les
* Gordon, appendix, p. ÏS-SO.
plus bienveillants, et ils purent en acquérir des terres considérables pour un prix insignifiant; surtout les Suédois et les Hollandais qui, les premiers, vinrent se fixer dans ces régions. Tous ces pionniers furent Irès-Iicureuï de trouver une cordiale hospitalité chez ces peuplades primitives qui leur fournirent en blé et en gibier, toutes les provisions qui leur manquaient, et sans lesquelles probablement, ils eussent péri de feim et de misère- Ceux qui, plus tard, vinrent avec Carteret créer le New-Jersey-Est, ne reçurent pas un moins bon accueil, à la faveur du traité d'alliance fait par la colonie de New-York avec les Cinq nations.
Les acquisilions de terres se firent de deux manières suivant les époques : le principe voulait que le roi, ou ceux qui le représentaient en vertu de chartes de concession, fussent considérés comme souverains propriétaires du sol, sauf le droit de possession des Indiens. L'extinction de ce droit par achat ou autrement, ne devait avoir lieu qu'au profit de ce souverain qui aliénait ensuite le sol par parties, moyennant une quilrettt perpétuelle. Dans le New-Jersey-Est, les premiers cmigrants achetèrent directement des Indiens, en vertu d'une licence du gouverneur de New-York ; ce qui suivant eux, les affranchissait du payement des quitrents, tandis' qu'on leur objectait que cette prestation était sous dhtendue, comme hommage au souverain. De là, les luttes dont j'ai parlé plus haut. Mais plus tard, il fut bien établi, dans cette province comme dans toutes les autres, qu'aucune acquisition de terre ne pouvait être faite valablement des Indiens par des parti* culiers. An roi seul ou à ses représentants était réservée cette prérogative, non pas uniquement comme marque de souveraineté, mais encore pour éviter les fraudes dont les indigènes étaient trop souvent victimes dans les transactions privées. Cette matière fut plusieurs fois réglementée, notamment en 1705, à l'époque où le New-Jersey fit retour à la courannei
Les habilanls des deux parties de la cblonie, malgré la ri-
164 NËW-JEKSEV.
gueur apparenfe de leurs sentimerils religîeui, et malgré surtout le caractère paisible des tribus de ces contrées, usèrent envers elles, des mômes traitements que les habitants des pays voisins, en les excitant à la consommation du rhum et d'autres liqueurs enivrantes, en empiétant sur leurs possessions, et en infligeant l'esclavage h des hommes de cette race. Cet esclavage porta principalement, il est vrai, sur des Indiens venus des Indes occidentales ; mais peu importait le lieu d'origine de ces malheureux, c'est la condition qu'on leur infligeait qui était à déplorer, et qui témoignait d'un profond mépris pour la race entière. On chercherait vainement dans les annales des Puritains et des Quakers de New- Jersey, aucun effort sérieux fait par eux pour christianiser et pour civiliser les indigènes. Une seule idée prévalait parmi ces. hommes si âpres dans la défense de leurs privilèges: c'était l'abus du droit d'autrui, Telle était la cause de ces dépossessions qui, sous le titre mensonger de traités, refoulaient les tribus par des moyens plus ou moins avouables, dont la tendance était l'eiitinction de la race.
Tant que les rapports entre les colons et les Indiens n'embrassèrent que des intérêts locaux, ceux-ci supportèrent avec beaucoup de résignation le sort qui leur était fait ; mais quand la France e't l'Angleterre vinrent à se mesurer en Amérique, elles cherchèrent à se faire des auxiliaires parmi les tribus mécontentes. Les provinces les plus intéressées au maintien de la bonne harmonie étaient, au premier rang: New- York et New-Jersey. Mais lors de la guerre de 1756, les désaffections contenues se donnèrent carrière, et l'on vit certaines tribus de l'Ouesf prendre fait et cause pour l'ennemi commun. Aux premiers indices d'une défection, des craintes vives s'emparèrent des esprits, l'assemblée générale nomma une commission chargée de faire une enquête sur les, griefs des Indiens, afin d'y porter remède et de tàclier de rétablir la confiance chez des voisins si redoutables. Les plaintes re-