DIFFICULTÉS DE GOUVERNEMENT. 1S
rôle d'iiomme de cour ne le servait guère auprès de ces gens simples: on ne voyait pas surtout la nécessité de payer le traitement d'un gouverneur qui eût été inutile, si Penn fdt resté dans la province pour l'administrer. ,
Ces prétentions contraires, qui n'étaient exemptes ni d'exagération ni d'injustice, furent l'objet de discussions qui s'envenimèrent (1685-1686). Penn, désespérant de convaincre l'assemblée, imagina, pour lui forcer la main, toute une théorie singulière qui ferait douter de son véritable libémlisme . Il prétendit que la charte par lui donnée (charte provinciale), dépendait de l'exécution des conditions qu'il y avait mises, et que, du jour où les colons s'en affranchissaient, il n'y avait plus contrat, mais un simple acte de bon plaisir sujet à révocation, à sa volonté. 11 chargea en conséquence ses commissaires, dans le cas oîi ils ne seraient point satisfaits de la marche du Conseil, d'en changer eux-mêmes le personnel, encore bien que, d'après la charte, cette élection appartint au peuple ; comme aussi d'abroger les lois faites depuis son départ de la colonie, quoique ce pouvoir supérieur n'appartint, d'après la charte royale, qu'à la couronne seule; enfîn de rechercher toutes les infractions commises par le Conseil ou par l'assemblée générale, et de prononcer la déchéance de ces corps délibérants '.
Penn se méprenait complètement sur la nature des rapports qui s'étaient formés entre lui et les colons, à l'abri de la charte royale. Celle-ci dominait la sienne : elle était la loi suprême pour tous, et il ne dépendait pas de lui de changer la condition politique du peuple. C'est ce que comprirent trèsbien les commissaires qu'il avait] chargés de cette mission, et qui jugèrent prudent de tenir secrètes leurs instructions, sans y donner suite*.
Qu'on se rende compte du chemin qui a été fait depuis
■ Gordon, p. 90.
* Gordon, p. 89-90, et appendix, p. 608.