‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 53 sur 130 · SÉPARATION DES COMTÉS · texte numérisé non relu

SÉPARATION DES COMTÉS

que s'agrandir : Jacques II devenu odieux h ses sujets, Tut chassé du trône, et la révolution protestante appela à lui succéder, Guillaume de Hollande. Penn touchait de trop près au souverain déchu, pour n'être point enveloppé dans la môme proscription en Angleterre. La réaction ne lui épargna point les attaques, même les plus déloyales et les plus absurdes : on crut l'accabler en l'accusant de catholicisme, de jésuitisme. Deux fois arrêté sous l'inculpation de haute trahison, à raison de sa correspondance avec Jacques alors en fuite, il fut acquitté pour insuffisance de preuves. C'est alors qu'il se résolut à partir pour l'Amérique. Mais au moment de s'embarquer, une troisième accusation vint fondre sur lui avec un degré de gravité de plus, c'est-à-dire avec la crainte fondée d'une subornation de témoins, destinée à le perdre. Il prit le parti de se cacher; mais si sa personne fut sauve, les choses tournèrent autrement pour son gouvernement dont le dépouilla un ordre du Conseil privé (1690) '.

Cette décision n'était point aussi arbitraire qu'elle le parait au premier abord, car ces populations, bien loin de setlévelopper dans le calme et avec le respect des institutions acceptées par tous, étaient fort agitées. Dés 1689, une scission grave éclata entre la Pensylvanie proprement dite, et les trois comtés Delaware. Ceux-ci mécontents du gouvernement commun qui leur avait été imposé, et dont tout l'avantage suivant eux, profitait exclusivement à leure voisins, réclamèrent hautement une existence distincte, car la charte royale de Pensylvanie ne leur était point applicable. Leur altitude fut telle, qu'on dut adhérer à leur demande. Un gouverneur spécial leur fut alors donné par Penn lui-même, non sans un vif mécontentement '.

I Ilildreth, 2- vol., p. 98.

' ibid.

PENSÏIVANIE bT CONTÉS DELAWABE.

- RESTAirnATIOtl DE rENN.

Une autre cause de discorde plus profonde tourmenlait cette pro\ince, car un schisme s'était éle\é au sein du Qm~ keritme. George Keith écossais d'origine, et l'un des hommes les plus instruits et les plus habiles de cette secte, s'atlafjua un jour (1692), au fond de la doctrine môme, en tant que Credo religieux ; et de plus, il la déclara inconciliable avec le gouvernement civil et politique, en ce qu'elle repoussait des choses jugées indispensables pour le maintien des sociétés, à savoir : le service militaire, et l'emploi de la force pour le soutien de la loi pénale. Il condamnait en ouli-e la pratique de l'esclavage, comme répugnant aux vrais principes. Quelques-uns de ses arguments bons en eux-mêmes, se trou- 'vaient affaiblis par la forme violente qu'il employait pour les oppuyer. Avec plus de modération, il aurait pu faire voir que ce qsi blessait davantage ses adversaires, c'était moins l'argument politique, que le schisme religieux qui menaçait de diviser profondément la secte, et de beaucoup l'alTaiblir.

Keith fut désavoué dans un grand meeting annuel des Quakers, mais il en forma un autre en opposilion avec celui-ci, et il y attira bon nombre dedissidenisparmi lesquels oo comptait des hommes de grande considération. Il appela ce nouveau groupe Quakers chréliens. L'irritation était grande partout, et à l'occasion d'une brochure que Keith publia au milieu de ces controverses, et dans laquelle il ne ménageait personne, surtout un nommé Jennlngs qu'il avait déjà apostrophé dans un meeting de Quakers, il fut mis en jugement et condamné par une cour composée de ses adveisaires, ayant Jennlngs lui-même pour président. Celui-ci dirigea l'accusation avec une passion et un mépris des convenances judiciaires tel, que l'accusé ne pouvait voir en lui qu'un

SCHISME m KEITH. 193

ennemi. L'imprimeur de la brochure fut aussi appelé en justice, mais il échappa à la condamnation. Toutefois, trouvant peu de sûreté à rester en Pensylvanie, il enleva son imprimerie qu'il transporta à New-York*.

Sans nier aucun des torts de Keith quant à la forme, il n'en est pas moins certain que le fanatisme religieux eut plus de part à cette perturbation de la colonie, qu'aucune considération d'autre nature. La condamnation pécuniaire était insignifiante, mais le point grave consistait dans le blâme public infligé par un tribunal séculier. Keith ne resta pas longtemps à la tête des dissidents, il partit pour l'Angleterre, s'y fit ordonner ministre de l'Ëglïse épîscopale, secte qu'il n'abandonna jamais depuis, et il revint ensuite en Pensylvanie.

Voltaire qui ne se fait pas faute d'introduire souvent le roman dans l'histoire, raconte cet incident en ces termes :

« Un seul homme fut banni du pays (Pensylvanie). Il le méritait ; c'était un prêtre anglican qui s' étant fait Quaker, fut indigne de l'être. Ce malheureux fut sans doute possédé du diable, car il osa prêcher l'intolérance. Il s'appelait George Keith. On le chassa, a Etc., etc. *.

Pour redresser cette fable, il faut dire que Keith au lieu de commencer par se faire ministre anglais, finit au contraire par là. 11 ne prêcha en aucune façon l'intolérance; loin de là, il en fut la victime. Il ne subit qu'une condamnation pécuniaire et ne fut jamais banni, car après avoir été ordonné ministre, il revint dans la colonie. Enfin loin d'être isolé dans ses doctrines, il entraîna avec lui dans le sdiisme, un certain nombre de dissidents dont quelques hommes très-considérés.

Le reproche d'intolérance ne fut point épargné aux Quakers qui tenaient dans leurs mains le pouvoir politique, et avaient l'ascendant religieux. On les accusa d'hypocrisie pour ne pas mettre leur conduite en rapport avec leurs principes.

' Uiidreth, 2* vol., p. 171, et Gordon, appendix, p. 608. ■ Diciionnaire philowphique, vol. VII, p. 522, \* Quakers.

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