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discussions acrimonieuses et violentes et pour des résolutions extrêmes, créèrent autour d'eux beaucoup de tribulations, et contribuèrent à détruire l'harmonie si nécessaire au début. Si l'on fait ensuite la part de la variété des sectes auxquelles appartenaient les autres èmigrants, et l'absence de principes chez bon nombre d'entre eux, on remarquera que tout concourait à répandre dans cette province , les semences de troubles qui ne devaient point larder à se développer et à l'agiter pour longtemps.
A part un petit groupe d'Écossais presbytériens qui émîgrèrent dans la Caroline en i684, sous la conduite de lord Cadross, et qui furent promptement anéantis et dispersés par les Espagnols établis à Saint-Augustin (Floride), on ne voit plus d'individus de cette origine venir par groupes s'établir dans la province. Ce n'est guère qu'un demi-siècle après la fondation, que des Irlandais du nord de l'Irlande, et des Allemands s'y fixèrent. Ils n'eurent donc aucune part aux événements qui signalèrent ces commencements laborieux.
Mais aux éléments d'origine anglo-saxonne, mélangés comme on l'a vu de quelques fragments de population hollandaise, s'en ajoutèrent d'autres qui étaient de nature à les modifier, mais qui, tenus pendant longtemps et systématiquement à l'écart, ne purent exercer, si ce n'est fort tard, une influence appréciable sur le caractère général des habitants : je veux parler des Huguenots. Déjà à une époque antérieure à la révocation de l'Êdit de Nantes, ces protestants émigrèrent dans la Caroline du Sud, de diverses parties de la France. Les provinces qui en fournirent le plus grand nombre furent le Languedoc, la Saintonge, le Poitou, la Touraine, la Biscaie. Quelques villes plus spécialement y contribuèrent, telles que : la Rochelle, Bordeaux, Poitiers, Saint-L6, Dieppe, Saint- Quentin, etc. La colonie américaine les attirait tout pa^ ticulièrement : on leur en avait beaucoup vanté le climat, et ils espéraient dans ce pays neuf, une liberté absolue de
conscience qu'on ne trouvait même pas dans la plupart des autres provinces d'Amérique.
Indépendamment de cet attrait particulier qui pouvait déterminer leur résolution, ils avaient encore un autre stimulant. Le gûuveraement anglais considérait les Huguenots comme une précieuse acquisition pour développer tes res- . sources de ses colonies^ surtout la Caroline qui, suivant l'idée communément répandue, devait rivaliser avec le midi de la France pour la production de l'olivier, du mûrier, de la vigne, et pour l'élève du verà soie. Aucune dépense n'était épargnée pour atteindre ce but, et profiter des fautes de Louis XIV. DêslôTd, Charles U lui-même fréta à ses frais, des bâtiments chargés de ces émigrants ; d'autres suivirent cet exemple. Un alla jusqu'à faire des collectes en Angleterre dans le mémo but, sous te règne de Jacques II ; et le Parlement, fait bien insolite! vota un subside de 15,000 livres en leur faveur*.
La trace des Huguenots s'aperçoit dès le principe. Ils figurent dans la première distribution de terres faite par les Propriétaires en i663, et dans celles qui suivirent, en 1677 et 1683. Mais c'est en 1679-1680 que cette nature de population s'accroît notablement. Elle prend surtout des proportions plus grandes, à mesure qu'on approche de 1685, date de la fatale révocation de l'Ëdit de Nantes. On sait qu'ils se fixèrent en grande partie à Charleston ; d'autres s'établirent sur te bord méridional de la rivière Santee, contrée signalée depuis, pour sa prospérité et l'hospitalité raflinée de ses habitants. Malheureusement on n'a point conservé les chifïres de ces émigrations qu'il serait bien intéressant de consulter aujourd'hui, pour déterminer la part d'influence due à l'élément français dans la succession d'événements considérables où la Caroline a joué un rôle actif, quelquefois même à titre de partie principale.
' Baipd, p, IdO.
Ce n'était point une tdche aisée de faire vivre en bonne intelligence tous ces fragments déclassés de population qui, dès l'origine et presque en ni(^,me temps vinrent fonder ce pays, et à des titres divers apportaient avec eux tant de causes d'antagonisme. Il fallait inspirer à un grand nombre d'entre eux, d'origine anglaise, des habitudes de travail et d'ordre qui leur étaient complètement étrangères, sous peine de voir se produire les troubles qui désolaient la Caroline du Nord et nuisaient à son expansion. Mais le travail était pénible : celui des champs surtout paraissait épuiser promptemcnl tes forces des blancs, à cause de l'action énervante du climat, et de l'insalubrité de ce pays marécageux. C'est pour leur venir en aide que dès 1671, le gouverneur Yeamans fit venir des iles Barbades, des noirs d'Afrique qui furent plus tard presque tous employés à l'agriculture à titre d'esclaves. Telle fut la cause pour laquelle cette province reçut, moins que les autres, des serviteurs engagés {indented servants) de race blanche qui ailleurs, furent d'un si puissant secours pour le défrichement du sol et les pénibles labeurs du désert.
La race rouge ne fut pas plus épargnée que la race noire, non pas qu'on la soumit tout entière à l'esclavage, mais il se faisait un trafic des Indiens qui étaient capturés à la guerre ou autrement. Il faut donc dire que dans aucune colonie, on ne vit dès te principe, autant d'éléments hétérogènes en présence, alors qu'il fallait créer l'unité ; et autant de causes d'affaiblissement, quand il était impérieusement nécessaire de former un faisceau, aux portes de la Floride dont les habitants tout à la fois Espagnols et catholiques, nourrissaient une haine implacable contre leurs voisins Anglais et protestants.
C'est dans ces conditions que se créa la Caroline du Sud. Examinons sa marche au point de vue gouvernemental.
J'ai dit que pour les premiers émîgrants qui arriva ent dan'
GOUVERNEUENT. SM
la colonie, on adopta un gouvernement temporaire approprié à leur petit nombre, et ne tenant cnnpte pour ainsi dire ^e d'une manière nominale, de la charte grand modèle qui était réservée pour de plus hautœ destinées. Le premier soin du gouverneur fut donc d'organiser une représentation populaire constituant avec lui et avec le Conseil le pouvoir lègislaUr.
En 1674, ta Caroline, dont h population s'était beaucoup accrue, comportait une or^nîsation plus développée. Yeamans de même que Sayle, avait déjà succombé victime ducli> mat.West nommé gouverneur temporaire, modifiala forme du gouvernement pour la mettre le plus possible en rapport avec le grand modèle. It décida qu'il y aurait à l'avenir un gouverneur, et deux chambres dont l'une appelée chambre haute ; quant à l'autre dite chambre basse, elle était composée des délégués élus par les freemen. Ces trois branches du pouvoir formaient la l^islalure. Des élections curent lieu immèdiatement pour la chambre basse, et une fois le parlement constitué, plusieurs lois furent faites et soumises à la ratification des Propriétaires. Ce sont les premières dont il ait été conservé trace dans ce pays '.
Les gouverneurs pendant quelques années, se succédèrent assez rapidement, car ils n'étaient pas tous fidèles observateurs des instructions qu'on leur expédiait d'Angleterre. Cette cause, jointe au peu d'habileté de quelques-uns d'eux pour se concilier la bienveillance des colons, et à leur soif ardente du gain qui ne les rendait guère scrupuleux sur les moyens de faire fortune, peut rendre compte de ces fréquentes mutïUions. West entre autres, était accusé de se prêter à des manœuvres frauduleuses dans un intérêt tout personnel. A, cette époque, les mers des Indes occidentales étaient infestées de pirates qui, tantôt avec des lettres de marque, tantôt de
' .Carrolt, 1" vol., p. 73.
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m CAROLINE DU SUD.
leur propre initiative, se livraient à toutes sortes de déprédations surtout sur les possessions et sur la marine espagnoles. Nous avons déjà vu qu'ils s'étaient avancés Jusque dans les eaux de la Delaware ; et maintenant il leur convenait mieux d'entrer dans le port de Charleston pour y trafiquer, à des prix très-avantageux pour les colons. Ceux-ci leur fournissaient des vêtements, des armes, des munitions et des provisions de toutes sortes, qui étaient payées très-libéralement avec l'argent volé aux Espagnols. Cette conduite peu loyale des babitants de la Caroline, en opposition directe avec les instructions des Propriétaires, et en violation pendant m temps, des traités faits par l'Angleterre avec TEspagne, était favorisée par West et par Quarry son successeur qui en tiraient profit. Le gouvernement anglais, jaloux de la puissance de l'Espagne, ferma longtemps les yeux sur ce scandale; mais un exemple devenait nécessaire ne fût-ce que pour abriter sa position, et l'on révoqua le gouverneur Quarry sur ce motif qu'il avait toléré l'entrée de ces corsaires dans le port de Charleston (1684).
L'esprit d'insubordination s'était déjà glissé dans la colonie, et des partis s'étaient formés sous des bannières opposées. L'un d'eux voulait l'obéissance aux lois d'Angleterre et ia suprématie de l'Église anglicane. L'autre, composé plus particulièrement de dissidents, réclamait une entière liberté d'action dans la voie politique et religieuse. Tous avaient une répulsion profonde pour le système gouvernemental imaginé par Locke, et que les Propriétaires tenaient à mettre en action. Ceux-ci avaient envoyé quelques lois temporaires dont ils demandaient l'acceptation, maïs les Caroliniens avec une ténacité extrême qui est restée l'un des traits de caractère de la population actuelle, semblaient avoir pris à tftche de repousser toute demande qui leur serait faite, quel qu'en fdt l'objet et quelque juste et profitable que fût la mesure à eux soumise : la plupart avaient une impatience excessive d'indé-
REJET Dli GRAND MODÈLE. Sfi5
{tendance absolue. Malgré les recommandations contraires qu'on leur adressait, ils^rent aux Indiens du voisinage une guerre d'embuscade, dans le seul but de faire des prisonniers et de les vendre comme esclaves. Ils s'opposèrent à toute poursuite judiciaire pour dettes par eux contractées hors de la province, et ils répugnaient à l'acquit des quitrentSy quoique le titre qui les y oblig^eât'fût encore de date bien récente. L'extension de la colonie rendait nécessaire sa division en districts pour Ëiciliter les élections : mais les habitants de Charleeton et du voisinage plus nombreux que les autres, s'opposèrent à cette mesure sans égard aux intérêts légitimes qu'ils sacrifiaient. Le mépris de foute autorité était si grand chez eux, que l'assemblée générale, de son propre mouvement, vota en 1686 une levée d'hommes et des subsides pour envahir la Floride, en représailles disait-on, des attaques des Espagnols, alors que ceux-ci ne faisaient que se défendre contre les Caroliniens qui avaient donné asile aux pirates leurs ennemis. Mois les Propriétaires prévenus à temps, arrêtèrent par leurs remontrances l'exécution de ce projet qui eût pu compromettre gravement les intérêts de tous*.
Les vues des Propriétaires différaient trop de celles des colons pour qu'aucun gouverneur scrupuleux observateur de SOI) mandat, pût réussir à satisfaire les deux intérêts en présence. Au gouverneur Moreton succéda James Colleton frère de l'un des Propriétaires; sa mission plus spéciale était d'obtenir enfin l'application du^raurf wiodè/e. 11. convoqua à cet effet une assemblée à laquelle il soumit cette proposition, mais elle fut péremptoirement rejetée, sur le motif que le grand modèle n'avait riea d'obligatoire pour les colons; leur seule loi étant celle qui avait été proposée et acceptée par tous, au début de la colonie. Le gouverneur faisant acte d'om-
' Bildretti, 2*toI., p. 37 et suiv.
su CAnOLlNE DU SUD.
nipolence, ordonna l'eipulsion des membres qui s'étaient montrés les plus hostiles ; mais ceux-ci protestèrent immédiatement contre cet excès de pouvoir, et contre toutes autres résolutions qui pourraient être prises sans leur concours. L'assemblée fut alors dissoute. On procéda aux élections, et les freemen ne choisirent pour leurs délégués que ceux qui promettaient de s'opposera toutes-demandes du gouverneur, quelles qu'elles fussent*.
^ La Nouvelle assemblée s'étant réunie en session en 1687, fit un corps de lois dites fondamentales qu'elle opposa au grand modèle, pour le remplacer entièrement. 11 est presque inutile de dire que les Propriétaires y refusèrent leur sanction. Ce n'était que le prélude d'une crise plus grave : car lorsque Colleton exigea le payement des qmtrenls, l'assemblée ordonna l'emprisonnement du secrétaire de la province, fit saisir les registres publics et brava le gouverneur. Cependant celui-ci ne pouvait rester spectateur impassible de cette sédition, et il chercha à ressaisir son pouvoir, à l'aide de la milice qu'il convoqua sous le fallacieux prétexte d'une expédition contre les Espagnols. Mais cette milice elle-même était composée des freemen, et quoiqu'il eût proclamé la loi martiale, personne ne venant à son aide, la colonie tomba dans le désordre. Chacun ne suivait plus d'autre guide que sa volonté ou son intérêt, et professait le plus grand mépris pour toute autorité constituée (1687).
L'anarchie n'était pas seulement dans le pays, on la trouvait aussi dans le Conseil nommé par les Propriétaires. On vit même ce fait fort bizarre, d'un gouverneur de la Caroline du Nord, nommé Seth Sothel qui, après avoir été chassé par les habitants de cette colonie à raison de ses eïactiiai3.etdQ,rarbitraire deson administration, se réfugia dans la Çaroiine du Sud, se mit à la tête de l'opposition, et en sa qualité de Pro-
' aUdreth, 2* vol., p. 42. .— -. .
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priétaire, réclama l'office de gouverneur. Une nouvelle assemblée ayant élé convoquée et élue révolutioniiairement, Colleton chef du pouvoir esécutif fut déposé, et Seth Sothel mis en son lieu et place (1690).
Où trouver dans cette contusion aucun principe, aucune règle, un point d'appui quelconque pour les natures droites et élevées? La Caroline du Sud avait déjà vingt ans d'existence, et qu'y remarquait-on 7 l'La piraterie encouragée et soutenue malgré le gouvernement et au mépris du droit des gens, uniquement parce qu'elle était favorable au commerce I 2* La chasse aux Indiens et la mise en esclavage de ceux dont on s'emparait, pour en faire l'objet d'un trafic très-avantageux, en violation des lois sacrées de l'humanité, et en dépit des remontrances de l'autorité coloniale! En fait de gouvernement, le mépris le plus absolu du pouvoir, à moins qu'il ne se fit complice de ces scandales ! Certains auteurs ont cherché à rejeter l'état calamiteux de la Caroline sur les prétentions des Propriétaires à un gouvernement absolu. Sans vouloir aucunement justifier la constitution de Locke, que tout, au contraire, oblige à condamner, sans nier l'influence de cette cause sur les troubles de ce pays, a-t-on le droit de rejeter sur les Propriétaires la connivence à la piraterie et le vol des Indiens ? Ne s'y étaient-ils pas montrés fort hostiles? Que dire alors d'une population qui faisait montre avec beaucoup d'éclat de ses sentiments religieux, et dont les actions étaient si contraires à ses principes^Enfaisant une juste part aux institutions, qu'on entre donc une bonne fois dans la vie pratique, pour déterminer d'une manière équitable, la part de chacun dans la considération de l'ensemble !
Le choix fait par l'assemblée, de Seth Solhel pour gouverneur, ne pouvait s'expliquer, car ses antécédents dans la Caroline du Nord le rendaient indigne d'occuper ce poste élevé, au Sud. Le changement de lieu ne pouvait détruire sa nature perverse, aussi ne larda-t-il point à se révéler tout entier à
ceux qui s'étaient jetés aveuglement dans ses bras. 11 multiplia les actes arbitraires' et surtout les exactions les plus criantes ; cependant on le tolérait, parce qu'à d'autres égards sans doute, il favorisait les colons. Mais quand il eut comblé la mesure, ceux-ci s'emparèrent de lui dans le but de l'embarquer de force pour l'Angleterre. Cet homme descendit alors aux plus basses supplications pour obtenir d'être jugé par l'assemblée générale, car il craignait par-dessus tout, d'être rais en présence des Propriétaires dont il avait compromis les intérêts. Sa demande fut accueillie, et l'assemblée s'étant constituée en cour de justice, le condamna sur les treize chefs d'accusation articulés. On n'exigea de lui qu'une renonciation à rentrer dans la colonie, surtout k prétendre y gouverner jamais (1690).
Les Propriétaires avaient fait beaucoup de sacrifices pour faire entrer la Caroline dans une voie prospère, mais ils ne voulaient point y engloutir leur fortune; et les ressources qu'ils en espéraient étaient loin de -répondre à leur attente. Les qttUrettis souvent mat payées ou refusées étaient insuffisantes pour faire face aux charges du gouvernement. De là, un grand alanguissement de ce pouvoir supérieur qui allait en raison inverse de l'accroissement de fortune des habitants. La sédition prenait des forces dans cet état de choses, mais elle ne mesurait pas assez la limite où elle devait s'arrêter. U y avait en jeu plus que l'aulorité et l'intérêt des Propriétaires : la métropole depuis longtemps était armée de lois fiscales qui frappaient ces colonies : force était de s'y soumettre. Cependant l'esprit de résistance était tellement entré dans la vie de ces jeunes populations, qu'elles s'iog^aient de toutes manières à y ëchapper^ et an bureau de douane créé tout exprès à Charleston, ne pouvait d^ouer les fraudes qui se multipliaient à l'infini, et qui étaient o^iées par la Cato* Une du Nord. Le roi Jacques II, jaloux de tous les gouvenie^ méats de Proptiétaires, et épiant tes occa»ons favoraUes de
HUGUENOTS NON NATURALISES. S$7
ressaisir un pouvoir dont son frère et son père s'étaient si incoDsidérémenl dépouillés, profila des entraves que rançon' trait t'csécutioD des lois anglaises dans la Caroline, pour assigner les Propriétaires devant l'autorité judiciaire d'Angleterre, à un d'annulation de leurs chartes qui se trouvaient violées dans leurs parties essentielles (1685). Cette circonstance grave pour tous, gouvernants et gouvernés, ne fut conjurée qu'au moyen d'une négociation habilement proposée à la Couronne, pour la cession volontaire de ces chartes & conditions débattues. On voulait gagner du temps et l'on y réussit, car ricn n'était plus aisé que de faire traîner en longueur les pourparlers engagés.
Après l'expulsion de Seth Sothel, Philippe Ludwell déjà gouverneur de la Caroline du Nord, fut appelé à gouverner en même temps celle du Sud (1691). Quelque juste et bienveillant que pût élre ce fonctionnaire, il assumait une lâche très-ardue, car il se trouvait en face d'intérêts, de partis, et de sectes bien opposés et bien opiniâtres; il ne tarda point à s'en convaincre. Charleston continuait à faire le commerce avec les pirates et à leur donner asile en violation des lois et des traités, et au mépris des recommandations des Propriétaires. Ludwell, qui prenait à cœur l'exécution loyale de son mandat, fît mettre en jugement quelques-uns de ces corsaires, mais il marchait contre le courant populaire, et à chaque accusation, l'on réussissait à rendre ces poursuites vaines et stériles. Lorsque le gouvernement révolutionnaire de Seth Sothel fut renversé par les mêmes mains qui l'avaient élevé, les Propriétaires rejetèrent en masse toutes les lois passées durant son administration. Parmi elles en figuroit une qui fil naufrage avec le reste, et qui accordait la naturalisation aux Huguenots. Lud-well voulut par un acte séparé donner force à cette loi, mais le vent populaire est changeant^ et comme dans l'intervalle, l'émigration huguenote s'était de beaucoup accrue, l'on n'accueillait plus ces étrangers
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qu'avec défiance. Les mâmes hommes qui conseDlaient à les naturaliser quand ils ne formaient qu'un feible noyau, les réduisaient à l'état de parias, du moment où leur influence aurait pu grandir avec leur nombre ' I Quelque part qu'on jetlé les yeux, on ctierche des principes, on ne trouve que des intérêts et des passions I Qu'il me soit permis d'entrer à ce sujet, dans quelques détails.
Les réfugiés français s'étaient établis en grande partie, dans le comté de Craven où ils demeuraient étrangers à tous les troubles de la colonie. Plusieurs d'entre eux avaient acheté des propriétés importantes, en remploi du prix de celles qu'ils possédaient eu France et dont ils s'étaient dépouillés. Leur existence paisible et laborieuse leur avait conquis la bienveillance du gouverneur qui était d'ailleurs chargé par les Propriétaires, de leur conférer les mêmes droits et libertés qu'aux colons anglais. Dans l'économie de cet arrangement, leur comté était appelé à fournir six représentants à l'assemblée générale. Mais les colons d'origine anglo-saxonne s'y opposèrent, en prétendant que ces faveurs dépassaient les prérogatives des Propriétaires, et qu'elles étaient contraires à la loi d'Angleterre. Il est bon de remarquer que la tactique des hommes de cette origine dans toutes les colonies, a toujours suivi les fluctuations de leurs intérêts et de leurs passions : suivant l'occurrence, ils invoquent ou repoussent la loi anglaise et les statuts locaux ; et s'ib veulent triompher de l'une et des autres, ils font appel alors à une sorie de droit supérieur h la loi humaine. Dans l'espèce, le droit anglais paraissait devoir leur suf&re parce qu'il était hostile à tout individu d'origine étrangère. Ainsi d'après eux, le parlaient anglais seul, pouvait accorder la naturalisation et tous les droits qui en découlent; aussi longtemps que cette faveur leur manquait, les étrangers non naturalisés étaient inhabi-
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