‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 84 sur 130 · CONDITION CIVILE DES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

CONDITION CIVILE DES HUGUENOTS

les à recevoir aucune concession de terres, à titre de propriétaires. Les mariages qu'ils pouvaient contracter entre eur manquaient de sanction tant qu'ils n'avaient pas été célébrés par uD ministre du culte anglican. De ce raisonnement sortait cette conséquence, que les enfants issus de ces unions non consacrées par des ministres antipathiques aux Huguenots, étaient bâtards et ne pouvaient recueillir les successions de leurs pères et mères. Ënfm ces réfugiés non naturalisés étaient incapables d'élire et d'être élus pour le parlement colonial, de servir comme jurés et de rendre témoignage en justice '. La considération du malheur des Huguenots, l'intérêt même qu'avait la colonie b se les attacher par les liens les plus étroits, rien ne put triompher de cette haine de race instinctive et profonde, qui était la même dans tous les rangs. Était-ce bien là cependant l'idée qui présidait aux déletininalions de la Couronne, lorsqu'elle dirigeait à ses frais sur la Caroline, un certain nombre de Huguenots, et que le parlement leur accordait des subsides? Ne voulait-on faire de ces malheureux que des serviteurs destinés k enrichir ce pays, sans profit et sans considération pour eux! Si la loi anglaise était peu favorable aux étrangers, l'assemblée générale n' avait-elle pas le droit d'accorder la naturalisation ii qui bon lui semblait? N'avait-elle pas usé de ce droit quelque temps auparavant, par un bill qui eût été exécutoire sans les circonstances au milieu desquelles il prit naissance? Comment pouvait-on supposer que les réfugiés français se résigneraient à cet hilotisme qui les frappait dans leurs intérêts, dans leur dignité, dans leurs affections les plus intimes? Ils en appelèrent à la justice des Propriétaires, mais ceux-ci dont l'influence sur la colonie était nulle, se bornèrent à donner les meilleures assurances de concours sans rien promettre au-delà, quoiqu'ils fussent très-favorablement dis-

' CaiToll, l"ïoI., p. 103.

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posés en faveur de ces émigranls. On allait donc voir se pro^ longer encore l'agonie d'une classe d'hommes qui s'élaient livrés à la bonne foi publique, et qui, au lieu d'obtenir des droits certains, n'avaient qu'une existence tolérée.

Les colons d'origine anglaise tinrent bon, et lors de la composition d'une nouvelle assemblée en 1691, on refusa d'admettre aucun représentant pour le comté français '. Cetic situation précaire et humiliante fut l'objet de représentations fréquemment répétées, mais telle était la faiblesse du gouvernement, qu'il ne put de longtemps, obtenir le règlement de cette matière d'une manière conforme à la loyauté. Cette jalousie ombrageuse était la mt^mc pour les Huguenots établis dans la colonie de New-York, ainsi qiie je l'ai montre plus haut. Il fallait donc attendre du temps et des circonstances, une amélioration de leur sort politique. Ce temps fut long, et les colons anglais leur rendirent bien amer le pain du refuge.

Les résistances qu'éprouvait le gouverneur Ludyrell dans la plupart des circonstances de son administration le décourageaient. La perception des quitrents rencontrait de fréquentes résistances, la piraterie était toujours favorisée et stimoK'e par les habitants, la justice devenait vénale, et les moindres incidents étaient autant de sujets de troublœ entretenus par les rivalités de sectes et de partis. Ce gouverneur ne voyant aucune issue h cette situation, résigna ses fonctions pour les deux Carolines en 16S)8. A cette époque on divisa l'administration lies deux colonies comme cela avait lieu antérieurement, et Thomas Smitli l'un des membres du Conseil de la Caroline du Sud en devint le gouverneur, tandis que Thomas Harvey-fut choisi pour le même poste dans la Caroline du Nord.

Les Proprièlaires comprenant enfin que toute lutte était inutile pour faire prévaloir leurs idées, et désirant faciliter

» Carroll, I" vol., p. 104.

Dotzeci!ïGoOg[c

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à leurs représentants ladministration de ce pays, consentirent de leur plein gré, à abandonner le système de gouvernement du grand modèle, « pour satisfaire disaient-ils, au vœu des populations » (1693). La pensée était bonne quoique tardive, mais en réalité cette résolution n'avait pas une grande portée, car cet acte n'ayant jamais été sérieusement appliqué, la marche des affaires ne pouvait se trouver améliorée d'une manière sensible par ce retrait *.

A peine Smith fut-il entré en fonctions, qu'il s'aperçut de la difficulté extrême d'amener une entente satisfaisante avec les colons. Il les connaissait de longue main, car étant membre du Conseil sous le gouvernement de Colleton, il avait conseillé la proclamation de la loi martiale comme le seul moyen de gouverner celte effervescente population. Après un trèscourt exercice de ses fonctions, il se reconnut insuffisant pour sa tâche et offrit sa démission sans plus attendre. 11 l'accompagna d'un avis donné aux Propriétaires dans l'intérêt de tous, et qui consistait à charger l'un d'eux des fonctions de gouverneur, pour donner plus de relief à cette position, et arriver plus efficacement à rétablir le calme et l'harmonie.

Adminisiratibn d'Arclidale. - Corps de lois repoussé.

Les Propriétaires prenant l'avis de Smith en sérieuse considération, choisirent parmi eux pour ce poste difficile qui, une fois encore allait comprendre les deux Carolines, John Archdale, homme très-considéré appartenant à la secte des Quakers, et dont les idées politiques et religieuses très-libérales, devaient lui concilier l'esprit des populations (i694-95). Ses premiers actes montrèrent immédiatement l'esprit dont il était animé, car en composant le Conseil, il assura la majorité aux dissidents. C'était justice, car la ma-

1 HUdreth, 3- vol., p. âil.

jeure partie des colons était étrangère à l'Église anglicane, mais on lui en sut gré. Il fît remise de certains arrérages de rente dont la prescription était plus ou moins douteuse ; il chercha à amener la paix et la concorde entre les habitants, surlout entre les sectes, et il y réussit en grande partie. Enfin quoique Quaker, il fît passer une loi de milice que le \oisinage des Indiens et des Espagnols rendait nécessaire pour maintenir sur un lion pied une force défensive. Quand Archdalc cruisa mission remplie avec succès, il songea à retourner en Angleterre, et délégua tous ses pouvoirs à Joseph Blake qui comme lui, appartenait à une secte dissidente (i696|. Cette nomination parait coïncider avec l'immigration dans la colonie, d'un certain nombre d'individus du Massachusetts tous de la secte purilaine,quisétablipent à vingt milles en arrière de Chaileslon, et créèrent mu village appelé Dorchester, du nom de la ville qu'ils avaient abandonnée (1698).

Le crédit de Blake fut assez promptement et assez fermement établi, pour qu'il se crut autorisé à proposer deux mesures qui, naguère encore, eussent soulevé la province. D'abord il fil doter l'Église épiscopale de Charleston d'un revenu annuel destiné à l'entretien d'un ministre, et de l'Église elle-même. Puis, il proposa une loi dont l'objet élail d'accorder aux Huguenots la naturalisation avec les privilèges politiques dont jouissaient les autres habitants. Une circonstance vint en aide à cet acte de réparation : je veux parler du traité de paix de Ryswick intervenu entre la France et l'Angleterre en 1697, et par lequel Louis XIV, cessant de protéger la cause de Jacques II, reconnaissait Guillaume comme roi de la Grande-Bretagne. Ce projet de loi ne s'appliquait pas uniquement aux réfugiés français, il concernait aussi tous les autres habitants d'origine étrangère, auxquels la naturalisation manquait pour en faire des citoyens. Les esprits mieux préparas, adoplèicnt cnUn cette résolution libérale qui ne pouvait que relier plus solidement entre eux, les divers

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fragments de populotion de la Caroline. La seule condilion imposée à celte faveur fut le serment d'allégeance au roi d'Angleterre dont ils devenaient les sujets coloniaux (1698).

Si l'on se reporte ù l'époque de la première immigration française, on voit combien fut longue et pénible cette lutte de race avant d'arriver, non pas à une fusion, mais à un simple apaisement d'un préjugé extrêmement persistant, que des similitudes de croyances religieuses étaient impuissantes à étouffer. Ce tableau est un peu différent de celui qui nous est présenté par M. C. Weiss, lorsqu'il dit que « partout en Amérique on s'empressa de conférer aux réfugiés des droits politiques, ot que dans la Caroline, ils restèrent en dehors des luttes de parti, et ne songèrent même pas à en profiter '. Cet honorable historien parait ignorer les réclamations incessantes des Huguenots à plusieurs époques , pour obtenir la naturalisation et la jouissance des droits politiques qu'on leur refusait obstinément, 11 régnait tant d'arbitraire en cette matière, que le gouvernement anglais fut obligé d'intervenir et de publier en 1740, des règles invariables de naturalisation qui missent les immigrants élrangeis à la race anglo-saxonne, à l'abri de toute inimitié locale. J'en ai parlé à l'occasion de la Pensylvanie, je n'insisterai pas sur ce point.

Quoique jeune encore, la colonie avait déjà traversé plusieurs phases politiques très- critiques, et l'on pouvait croire le moment venu de donner aux institutions plus d'homogénéité, et de leur imprimer un caractère de tîxité bien désirable pour avancer d'un pas plus sûr, vers les hautes destinées de ce peuple. Archdale avait mis à profit son séjour en Amérique, en étudiant les besoins de la population et en s'èclairant auprès des hommes qui lui inspiraient confiance. De retour en Angleterre, il suggéra à ses Co-Propriétaires une série de mesures destinées à asseoir le gouvernement d'une

' Uiitoire da Réfugié» proUstantt de France, l" vol., p. 592.

manière durable. Elles furent l'objet de discussions approfondies, etl'on arrêta une espèce de corps de lois qui fut envoyé au gouverneur de la Caroline, pour être soumis à l'approbation de la législature. Mais soit que les principes fondamentaux de ces lois fussent en désaccord avec les idées démocratiques des habitants, comme l'assure M. Bancrofl, soit au contraire, au dire d'autres écrivains, que toute mesure destinée à mettre un frein à l'indépendance personnelle absolue, qui avait précédemment formé le trait distinctif de ce peuple, lui fut antipathique,les lois nouvelles eurent le sort de toutes celles qui les avaient précédées : l'assemblée les repoussa en masse-sans les discuter, comme si l'on eût commis quelque grave méprise, en les lui adressant '.

Si les Caroliniens faisaient si peu de progri^s dans la science politique, ils réussissaient mieux au point de vue économique. Les forêts d'arbres résineux dont ce pays abonde, leur offraient d'immenses avantages, car outre le bois qui trouvait un bon débouché pour la marine anglaise, ils pouvaient en extraire de la poix, du goudron, de la térébenthine. Mais le climat qui les éprouvait beaucoup leur faisait préférer l'esploilation des Iwis, comme mieux appropriée à leurs forces physiques et exigeant moins d'industrie, tout en prot;uranl de raisonnables bénéfices. C'est vers la fin du dix-septième siècle seulement, que les premières semences de riz furent apportées dans la (^roline par le capitaine d'un briganlin venant de Madagascar. Le récit qu'il fit au gouverneur du merveilleux succès de celte graine dans les Indes orientales, suggéra l'idée d'en faire l'essai. Les premiers résultats ayant dépassé toute espérance, ce produit s'acclimata et devint bientôt l'une des principales ressources non-seulement pour l'alimentation , mais comme moyen d'échange avec l'étranger. C'est de là que date le grand accroissement des noirs dans la colonie,

• CarroU, l"T0l.,p.J25.

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