DE JUILLET
ET ['OPINION ^^ élections nouvelles eurent lieu au mois de
ANGLAISE juillet 1830 : l'Opposition, en dépit de la pression
ministérielle, fut plus forte de cinquante voix. Alors Charles X, par quatre ordonnances, déclara dissoute la Chambre nouvelle avant qu'elle eût été convoquée, restreignit le corps électoral.
supprima la liberté de la presse. A Paris, le parti « du drapeau tricolore » répliqua par une insurrection, dont le succès était encore incertain lorsque commencèrent, le 30 juillet, en Angleterre, les élections des bourgs. Charles X était en fuite et Louis-Philippe lieutenant général du royaume, lorsqu'eurent lieu, le 5 août, les premières élections des comtés. Deux jours plus tard, Louis-Philippe était roi des Français.
A la nouvelle des événements de Paris, une émotion indescriptible s'empara du pays : elle ne fut pas favorable au ministère. Une légende populaire tendit à s'établir, selon laquelle Wellington était le complice du coup d'état de Polignac. N'était-il point, par son frère lord Cowley, ambassadeur à Vienne, par son beau-frère Sir Charles Bagot, ministre à la Haye, en relations étroites avec cette coalition monarchique qui, depuis dix ans, en Espagne, au Portugal, en Italie, et finalement en France, avait placé le parti de l'absolutisme au pouvoir? Polignac n'était-il pas ambassadeur de France à Londres quand Charles X l'avait appelé à devenir premier ministre? Commensal fréquent, ami intime de Wellington, n'étaitil pas parti accompagné de ses vœux, muni de ses conseils? Et le coup d'État qu'il avait tenté d'accomplir à Paris, n'était-ce pas le prélude d'un coup d'État analogue que Wellington, vieux soldat, essaierait peutêtre un jour ou l'autre de réussir à Londres? La dissolution précipitée du Parlement britannique n'était-elle pas elle-même une tentative de violenter l'opinion nationale? L'insuccès de Polignac, la chute de Charles X, venaient heureusement de déjouer le complot : le nouveau Parlement fut beaucoup moins maniable que ne l'avait été le Parlement de 1826.
Il ne s'agissait pas, bien entendu, sous le régime électoral d'alors et dans l'état de décomposition des partis, d'une bataille rangée entre deux groupes de candidats, ayant respectivement, sur toute l'étendue du royaume, adopté un programme identique. L'Opposition, très disparate, comprenait des radicaux, de simples' libéraux, des whigs aristocratiques, les hommes du groupe de Camiing, les ultra-tories; et les whigs étaient loin d'avoir fait à Wellington, au cours des derniers mois, une guerre acharnée. La mêlée était si confuse qu'il fut même permis aux ministériels de prétendre qu'ils avaient gagné des voix. ISiais des calculs dignes de foi établirent qu'ils avaient gagné une vingtaine, perdu une cinquantaine de sièges : donc, en fm de compte, une perte de trente voix environ^. Encore
l.Tbe Result of the General Election; or, What has the Duke of Wellington gained hy Ihe Dissolution'} pp. 10 sqq. — Brougham au duc de Broglie, 15 août 1830 (Wellington, Desp., Cont. vol. VII, p. 174). — Le Ministère prétendit avoir, au total, gagné vingt et une voix {The Resuit of the General Election..., p. 10. — Cf. Reply ta a Pamphlet, entitled 'What has the Duke of Wellington gained bij the Dissolution'}' by a Graduate of the University of Oxford) ou vingt-trois (lord Grey à la princesse Lieven, 3 sep-
faut-il bien voir quelle pouvait être la nature de leur majorité,si tant est qu'ils en conservassent une. Ils avaient une forte majorité en Irlande, où la disparition des « francs-tenanciers à quarante shillings » avait rendu prépondérante l'influence des grands propriétaires; l'unanimité des voix en Ecosse, où les élections étaient une comédie; plus un nombre suffisant de bourgs de poche anglais. Mais on constatait que, sur deux cent trente six membres élus par des circonscriptions plus ou moins populaires, soixante-dix-neuf seulement étaient ministériels, seize étaient neutres, cent quarante et un appartenaient à l'Opposition*. Quelles étaient d'ailleurs les questions sur lesquelles portaient les discours des candidats? Jusqu'aux derniers jours de juillet, c'étaient la suppression de l'esclavage et la nécessité d'économies financières. A partir du moment où Paris fut entré en révolution, la question proprement constitutionnelle prit le pas sur toutes les autres. Non que la personne même du monarque fût en cause comme en France. George III était mort, et le nouveau roi était populaire : il passait, à tort ou à raison, pour ami des réformes. C'est aux privilèges de l'aristocratie qu'on s'en prit, à l'influence exagérée qu'elle exerçait sur un corps électoral trop restreint. Partout où les élections furent réelles, les candidats se sentirent tenus de promettre, sous une forme plus ou moins explicite, une réforme de la représentation parlementaire.
Les radicaux exultaient. Pour eux, la Révolution de Juillet, c'était le recommencement de 1789; c'était la France, et l'Europe entière après elle, s'acheminant, à l'exemple des États-Unis d'Amérique, vers un régime de démocratie pure. A Londres, à Birmingham, ils recommencèrent, comme en 1819, à déployer le drapeau tricolore; ils organisèrent de grands meetings de sympathie à l'adresse des insurgés parisiens ^ et ouvrirent des souscriptions pour les victimes de juillet ^. Le docteur Bowi'ing, traducteur de la Marseillaise, fut leur délégué à Paris; il se vanta d'être le premier Anglais auquel le nouveau roi Louis-Philippe eût accordé une audience ^; et le jeune John Mill, le jeune Roebuck, le jeune Austin,
tembre lS30;Correspondenc€ of princess Lieven and Earl Grcy, vol. II,p.76). — V.encore sur ces élections : The Resuit of the Pamphlets ; or, What the Duke of Wellington bas to look to. — The Country without a Government ; or, Plain Questions upon the unhappy State of the Présent Administration (par Brougham). — 2^he Duke of Wellinpton and the Whigs. — The Country well governed;, or Plain Questions on the perplexed state of Parties in Opposition.