‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 131 sur 158 · Greville Memoirs, 16 juin · texte numérisé non relu

Greville Memoirs, 16 juin

5. Greville Memoirs, 31 décembre 1839 : Parties are violent, Government weak, everybody wondering what will happen, nobody seeing their way clearly before them

d'Ignorance et de Faim à leurs pieds ^ ». On pouvait se demander maintenant s'il n'avait pas été prophète en effet. Le mouvement qui se déchaînait était dirigé par des hommes comme Bronterre O'Brien, traducteur de la « Conspiration de Caïus Gracchus Babeuf » et biographe de Robespierre, comme Harvey, qui faisait profession d'être le Marat, 1' « Ami du Peuple » anglais. Les ouvriers qui se pressaient aux meetings radicaux portaient des cocardes tricolores et des bonnets phrygiens, et préparaient la réunion, à Londres, d'une « Convention » du prolétariat britannique -. Ces torches qui éclairaient les réunions nocturnes, quels incendies allaient-elles allumer ^? La nuit même où Stephens prononça contre le régime tyrannique des grandes usines une de ses plus violentes diatribes, une usine flamba à Ashton.

Il y avait cependant, chez les conservateurs, des politiciens avisés qui prenaient les choses moins au tragique. Cette agitation insurrectionnelle coïncidait avec la saison où l'on procédait à la revision des listes électorales; et ils constataient que les résultats étaient extrêmement favorables à leur parti, la peur de la révolution ramenant aux tories un nombre considérable d'électeurs *. Ils voyaient l'embarras du ministère whig, obhgé soit de tolérer les désordres, et par là de mécontenter tous les hommes d'ordre, soit de les réprimer, et par là de tomber en butte à une impopularité aussi lourde que celle dont avaient jadis souffert les tories après Peterloo. En septembre lord John Russell, parlant à Liverpool, traça le programme d'une politique de tolérance absolue^; et on lui

1. The French Révolution, a Hislory. Book VIL chap. vi. — Dans sa biographie de John Sterling (Part. Il, chap. vu), Carlyle cite cette phrase écrite le 6 mars 1839 par John Stei hng dans son Journal : « English politics seem in a queer state, the Conservatives creeping on, the Whigs losing ground; like conibatants on the top of a breach, while there is a social mine below which will probably blow both parties into the air ». — Pour des ex';>ressions, un pt u antérieures, des mêmes alarmes, v. Sir James Graham à Sir Robert l'e;l, juillet 1837 : Surcly thèse outrages (certaines violences qui s'étaient produites au cours de;, élections générales) fatally rescmble the fiendish temper of the French Révolution (C. S. Parker, Sir Robert Peel, vol. II, p. 349). — Greville Memoirs, 18 février 1838 : ... Parke, wlio is an alarmist, had just before said that he had never doubted when the Reform Bill had passed that England should become a repubhc; and v,'hen Broug lam said taat he gave the Ballot five years for its accomplishment, Parke said : ( And in five ycars froni that we shall hâve a republic ».

2. London Democrat, n° 2, 1839 : In the Démocratie Association, the Jacobin Club again Uves and flourishes, and the villainous tyrants shall find to their cost that England too has her Marats, St Justs and Robespierres (cité par F. F. Rosenblatt, The Social and Economie Aspects of the Chartisi Movement, 1916).

3. Manchester Guardian, 12 décembre 1838; Morning Chrunicle, 14 décembre 1838.

4. Times, 20 septembre 1838. — Cf. 12, 25 septembre; 4 octobre 1838.

5. R. G. Gammage, History of the Chartist Movement, p. 92. Voir sur ce discours le débat entre lord John Russell et Sir Robert Peel, H. of C, 5 février 1839 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLV, pp. 108, 117).

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reprocha ce discours, comme un encouragement au désordre. En décembre, cédant aux instances des industriels, il lança une proclamation interdisant les meetings aux flambeaux, et mit Stephens en arrestation ^. Aussitôt le Times s'indigna : pourquoi persécuter Stephens, alors qu'on ménageait O'Connell qui poussait l'Irlande à l'insurrection, Hume qui se faisait l'avocat des rebelles canadiens^? Le Times avait, dans le courant de l'été, systématiquement ignoré la revendication du suffrage universel, et présenté l'agitation septentrionale comme n'étant toujours qu'une agitation contre la Loi des Pauvres. Puis il avait été assez préoccupé par la gravité du mouvement révolutionnaire, en septembre, pour suspendre sa campagne contre la loi de 1834. Il se rassura en décembre, traita de nouveau comme négligeable la revendication du suffrage universel, et se solidarisa avec Stephens.

En somme, vers le mois de janvier, Oastler et Stephens pouvaient se dire que leur tactique avait réussi. Ils avaient pris leur revanche sur la coalition d'O'Connell, de Roebuck, de Lovett et de Thomas Attwood. Les municipalités radicales qui, l'été passé, avaient toléré, patronné les manifestations populaires, leur devenaient hostiles : quand les agitateurs demandaient à disposer de l'Hôtel de Ville pour y tenir une réunion, presque toujours cette faveur leur était refusée ^. O'Connell, qui dans ses discours, sinon dans ses actes, ne connaissait pas la mesure, se déchaînait à présent contre les « Chartistes * ». Roebuck et Francis Place, délégués par le meeting de Londres pour prendre part aux travaux de la « Convention », donnaient leur démission. Ces défections affaiblissaient à l'intérieur du Chartisme le parti modéré, ce qu'on appelait le parti de la « force morale ». Il resta maître du mouvement à Londres, où les extrémistes ne trouvaient de disciples que parmi les misérables tisseurs en soieries de Spitalfields ; à Edimbourg pareillement ^. Partout ailleurs triompha le parti de la « force physique », comme l'avait baptisé Feargus O'Connor. C'était celui qui, par ses violences ainsi que par son programme, servait le mieux les desseins de la démagogie tory. « L'agitation chartiste, écrivait le Morning Chronicle, n'est que l'agitation de VAnli-Poor-Law déguisée *. »

1. R. G. Gammage, History of the Chartist Mouement, p. 98. — Ann. Reg., 1838, Chron., pp. 168 sqq.

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