‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 136 sur 158 · R. Cobden, Russia, chap. iv {Works, vol. I, p · texte numérisé non relu

R. Cobden, Russia, chap. iv {Works, vol. I, p

conclusion du traité de commerce anglo-autrichien de 1838. Il essuyait, en revanche, un revers dans les négociations engagées, à la date de 1836, avec la Prusse. Or, de toutes les nations continentales, c'était la Prusse qui, en ce moment même, portait le coup le plus dur aux exportateurs anglais : le Zollverein venait de grouper vingt-cinq millions d'Allemands par un seul système de protection douanière contre les importations étrangères ^.

Les exportateurs anglais trouveraient-ils, en Amérique, une compensation à ce marché européen qui semblait se fermer? Là-bas aussi, l'horizon était menaçant. Aux États-Unis, les agriculteurs du sud s'étaient, quelques années auparavant, insurgés contre le protectionnisme qui leur était imposé par les industriels de la Nouvelle-Angleterre : ils avaient obtenu un abaissement graduel des droits qui devait les ramener en dix ans au taux immuable de 20 p. 100. Mais le tarif était révisable en 1842, et les protectionnistes préparaient leur revanche; ils la prendraient certainement si l'Angleterre ne répondait pas à ces concessions par des concessions équivalentes. Même histoire dans l'Amérique du Sud : le Brésil dénonçait le traité de commerce très favorable qui, conclu en 1829, devait expirer en 1844 \

Il était vrai de dire en un sens, comme le voulait Robert Owen, que le monde souffrait d'une crise de surproduction générale. Seulement cette crise, selon les libre-échangistes, n'était pas, comme le voulait Robert Owen, explicable par des causes inhérentes au régime capitaliste; elle tenait à une mauvaise distribution des produits. En Angleterre, il y avait excès de produits manufacturés, insuffisance de produits agricoles : avilissement de la valeur des premiers, hausse de la valeur des autres. Ailleurs, il y avait insuffisance de produits manufacturés, excès de produits agricoles : ceux-là étaient hors de prix, ceux-ci s'écoulaient à vil prix. Or, les auteurs de ce désordre, c'étaient les grands propriétaires anglais qui avaient fait voter par le Parlement les lois sur les grains. Supprimer ces lois, ce serait

1. Un seul pays en Europe restait grand ouvert aux importations anglaises, c'était la Turquie. Mais Cobden, pris d'une soudaine et déconcertante admiration pour le protectionnisme russe, n'éprouvait que pitié à l'égard du libre-échangisme turc. « The very stringent laws which Russia has passed against the importation of our f abri es, are indications of the same variety of character, evincing a désire to rival us in mechanical industry : whilst the apathy with which the Turk sees every article of our manufactures enter his ports without being stimulated to study the construction of a loom or spinning frame, is but another manifestation of his inferior structure of intellect » {Russia, chap. i; Works, vol. I, pp. 187-8).

2. V. pour l'ensemble du problème, Commercial Tarif fs, and Régulations of the Several States of Europe and America, together with the Commercial Treaties between England and T'oreign Countries, 1841-2 ; — et aussi : G. Poulett Scrope, Memoir of the life of the right honourable Charles Lord Sydenhani, pp. 76 sqq.

permettre que le jeu des échanges devînt normal entre les manufacturiers britanniques et les agriculteurs étrangers Ce serait rendre aux usines anglaises leur prospérité compromise. Ce serait donner aux ouvriers, non pas précisément du pain à bon marché, mais purement et simplement du travail.

Tels étaient les arguments que, vers cette fin

ALARMES d'année 1838, les agitateurs chartistes et les

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LIBRE-ÉCHANGISTES ^g^tateurs hbre-echangistes commencèrent à se

PENSENT TOUCHER renvoyer, non par le livre et le journal, mais en A LA VICTOIRE réunion publique, devant les foules ouvrières.

Les libre-échangistes intervinrent dans les meetings chartistes, et demandèrent à l'assistance d'adopter un amendement à la résolution proposée, de revendiquer, en même temps que le suffrage universel, l'abolition du Corn Law. Les chartistes ripostèrent en dérangeant les meetings libre-échangistes, où il ne voulaient voir que des manifestations bourgeoises dirigées contre le parti de la démocratie.

La rapidité avec laquelle se propageait le mouvement libre-échangiste était bien faite, en vérité, pour inquiéter les chartistes. Un certain Paulton, qui semble avoir le premier, dans le courant de l'été 1838, inauguré le système des conférences libre-échangistes, partit en tournée à la fin d'octobre, et, après avoir parlé à Manchester, s'en alla à Birmingham, où le conseil municipal, deux mois plus tard, se prononça en faveur de l'abolition du Corn Law ^. Il se promena de tous côtés, porta l'offensive jusque dans des comtés purement agricoles comme le Norfolk : il se vanta en janvier d'avoir parlé, dans sept comtés, devant quatre-vingt mille auditeurs ^. Dans la première quinzaine de janvier, de grands meetings furent tenus à Manchester, à Leeds, à Liverpool ^. Les parlementaires, les ministres, allaient-ils se laisser ébranler? Le 28 janvier 1839 se produisit un fait où les ennemis du Corn Law crurent voir le signe de la victoire imminente. Le Times, si habile à suivre, à deviner les mouvements de l'opinion, soucieux apparemment de ne pas se laisser devancer par un ministère qu'il détestait, se rallia à la thèse libre-échangiste.

Il avait jusqu'alors gardé le silence sur la campagne des hommes de Manchester : s'il avait, une fois ou deux, mentionné le mouvement, ce

1. A. Preniice, Hislory of the Anti-Corn-Law Leagtie, vol. I, p. 77. — Un amendement chartiste de T. C. Sait à la motion libre-échangiste fut rejetée par 34 voix contre 12. { J. Th. Bunce, Ilistory oj... Birmingham, vol. I, pp. 165-8).

2. A. Prentice, History of the Anti-Corn-Law League, vol. I, p. 103.

3. Northern Star, 19 janvier 1839 (meeting de Leeds). — A. Prentice, History of the Anti-Corn-Law League, vol. I, pp. 95-6.

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n'avait été que pour le critiquer aigrement \ Tout d'un coup, dans un leader sensationnel, il retourna contre le système de l'échelle mobile le reproche jadis adressé, après 1815, au système du droit fixe : il essaya de démontrer que le régime douanier actuel, avec les perpétuelles oscillations qu'il provoquait dans les cours, ne pouvait pas même être considéré comme avantageux pour les propriétaires fonciers; qu'un droit fixe était préférable à une échelle mobile. Que d'ailleurs ce droit fixe devait être extrêmement modéré, et calculé de manière à compenser tout juste les taxes exceptionnelles auxquelles l'agriculture était soumise. Tant pis si les propriétaires des grands domaines et leurs fermiers devaient renoncer à s'enrichir par la culture des céréales. Car il s'agissait ici des intérêts non seulement de la classe agricole mais de la nation tout entière. Le Times ne permettrait pas aux whigs de rapetisser la question en en faisant une question poh tique : c'est en dehors de toute préoccupation de parti qu'il dénonçait « le système oppressif des Corn Laws ^ ».

Pendant la quinzaine qui suivit, le Ti/nes abandonna la question du Poor Law pour celle du Corn Law. Il devint le bulletin officiel de la propagande libre-échangiste. Propagande de plus en plus intense à mesure qu'approchait la date de l'ouverture du Parlement. Des pétitions étaient signées dans toutes les grandes villes du ivjyaume. Le 22 janvier, YAnti-Corn-Law Association de Manchester se constituait définitivement, et nommait son bureau qui allait devenir bientôt le bureau, non d'une association locale, mais d'une « Ligue Nationale ». Elle décida de procéder comme on avait procédé en 1812 pour obtenir l'abrogation des Orders in Council, comme procédaient en ce moment même les chartistes pour demander le suffrage universel, et d'envoyer à Londres des délégués pour porter les pétitions au Parlement, suivre de près les débats de la Chambre des Communes, aider au besoin de leurs conseils les orateurs qui y prendraient part. Le Parlement se réunit le 6 février. Le moment était venu où, après ces longs mois de vacances parlementaires au cours desquels les deux agitations -avaient « mûri », les deux revendications populaires allaient se trouver portées devant la représentation légale du pays. En même temps que le Parlement, s'assemblèrent à Londres les délégations rivales des meetings chartistes et de V Anti-Corn-Law Association de Manchester.

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