‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 135 sur 158 · A. Prentice, History of the Anti-Corn-Law League, p · texte numérisé non relu

A. Prentice, History of the Anti-Corn-Law League, p

4. H. of C, 15 mars 1838 {ParL Deb., 3rd ser., vol. XLI, pp. 909 sqq.). Voir p. 911 : It might be said, that this was not a fit time to bring forward the question, because there was no exciteraent on the subject. But he thought that it was not wise to postpone the considération of so important a subject until there would be neither cahnness nor leisure to discuss it. — Sur les relations de Villiers avec les utilitaires, voir J. S. Mill, Autobiography, pp. 77, 126, 128. — Greville Memoirs, 22 avril 1839 : Charles Villiers, who is a very leading man, and much looked to among them, probably, besides that he really is very clever, on account of that aristocratie origin and connection which he himself affects to despise, and to consider prejudicial to him.

5. Le Scotsman et le Taii's Edinburgh Magazine à Edimbourg; le Glasgow Argus; le Manchester and Salford Advertiser et le Manchester Times; le Sun de Perronet Thompson à Londres.

directe de ces mêmes propagandistes qui avaient inspiré l'article du Manchester Times, signèrent une pétition en faveur de l'abrogation des Corn Laws . Quand enfm, au mois d'août, il apparut que la moisson serait mauvaise, que la disette était à craindre avec la venue de l'hiver, le moment parut opportun pour appliquer le programme tracé au mois de février par le Manchester Times ^.

Le 10 septembre, John Bowring, revenant ASSOCiATio\ un voyage d études quil avait conduit jusqu en

DE MANCHESTER Egypte, fut reçu à Manchester par une soixan-

taine d'amis du libre-échange. Dans les discours qui furent prononcés à la fin du banquet, on s'étonna que Manchester n'eût pas encore, à l'exemple de Londres et d'autres villes anglaises, formé une Anti-Corn-Law Association^. Et cependant, si l'on n'en formait une, comment espérer secouer l'apathie de la Chambre de Commerce, qui, après sa manifestation du mois de février, s'était de nouveau endormie? Une série de réunions fut tenue, en petit comité. On décida qu'une cotisation de 5 s. seulement serait exigée, afin d'étendre le cercle des gens auxquels on ferait appel. Dès le 4 octobre, on avait recueilli cent adhésions. Le 11 octobre fut constitué le comité provisoire *.

C'est la semaine suivante seulement que le nom de Cobden fut ajouté aux noms des autres membres. Pendant tout le mois de septembre, il avait voyagé en Allemagne. Très découragé, avant son départ, par ce qu'il appelait 1' « ignorance opaque » des ouvriers anglais, persuadé que seules les panacées pouvaient les séduire ^, il semble que la décision prise en son absence par ses amis de Manchester ait complètement changé le cours de ses idées. Le voici maintenant qui refuse de prendre au tragique l'agitation chartiste. Tant mieux si elle secoue l'apathie du pays. Les radicaux sont ignorants et étourdis sans doute : le sont-ils

1. Prentice, Hisiory o/ the Anti-Corn-Law League, vol. I, p. 80. — Cf. Times, 4 mai 183S sur le rapport de la Handloom Weavers' Commission.

2. Manchester Guardian, 11 août 1838 : article intitulé The Weather and the Corn Laws; 25 août 1838 : article intitulé Prospects of the Harvest. The Corn Laws.

3. Nous n'avons pu dresser la liste des localités où avait été suivi l'exemple donné à la fin de 1836 par l'Association londonienne. Le Tail's Edinburgh Magazine, janvier 1838 (n. s. vol. V, p. 66), signale la formation de sociétés dans l'Ouest de l'Ecosse, groupées en une Central Anti-Corn-Law Association for the West of Scotland.

4. A. Prentice, History of the Anti-Corn-Law League, vol. I, pp. 64 sqq. — Report from the Select Committee on Import Duties, together with the. Minutes of Evidence, ... 6 août 1840, pp. 157 sqq. (déposition de J. B. Smith).

5. R. Cobden à W. Tait, 17 août 1838 (John Morlev, Life of Richard Cobden, éd. 1896, vol. I, p. 127).

moins que les classes dirigeantes? « Je crois qu'il est temps encore de rallier les éléments épars autour de la question des Corn Laws ^ »

A première vue la thèse libre-échangiste semblait plus séduisante que la thèse chartiste. Les chartistes offraient au peuple le droit de vote, d'où les nouveaux électeurs tireraient peut-être plus tard toutes sortes d'avantages, mais qui ne pouvait, par lui-même, améliorer matériellement le sort des pauvres. Les libre-échangistes, sans s'embarrasser de revendications politiques, promettaient aux pauvres un bien immédiat et palpable, le pain à bon marché. Les chartistes pouvaient, il est vrai, répondre qu'ils étaient d'accord avec les manufacturiers de Manchester pour demander l'abrogation du Corn Law, mais tenaient pour absurde d'espérer qu'on l'obtiendrait du Parlement sous le régime électoral actuel. Si telle était cependant l'attitude des plus modérés parmi les chartistes, de ceux qui, comme Lovett, allaient bientôt professer une philosophie sociale singulièrement voisine de celle de Charles VilUers et de Cobden, O'Connor au contraire, qui, en sa qualité de propriétaire foncier irlandais, avait toujours été un protectionniste déclaré, donna tout de suite au Chartisme une orientation différente. Il y fut aidé par les révolutionnaires, Bronterre O'Brien en tète : ceux-ci déclarèrent l'abolition du Corn Law inutile pour l'amélioration du sort des travailleurs, si d'abord on ne supprimait le salariat.

La loi ricardienne des salaires veut que l'ouvrier reçoive, pour prix de son travail, la quantité de subsistances strictement nécessaire pour lui permettre de vivre et de faire vivre sa famille. Que le coût de la vie s'abaisse par l'abaissement des droits perçus sur l'importation des denrées alimentaires, et le salaire réel de l'ouvrier n'en sera pas modifié : c'est le salaire évalué en numéraire qui s'abaissera, afin que le salaire réel se maintienne immuablement au même niveau. Il y avait quinze ans déjà que le coopérateur William Thompson, l'individualiste Thomas Hodgskin, avaient utilisé la loi de Ricardo, pour montrer que le prélèvement du profit par le capitahste était la véritable cause de la misère ouvrière. En vain les libre-échangistes firent appel à la statistique pour montrer que la hausse et la baisse des salaires ne suivait pas nécessairement la hausse et la baisse du prix des denrées alimentaires; que de 1833 à 1835, par exemple, le pain étant à bon marché, les salaires n'étaient pas tombés en conséquence ; que, le prix du blé ayant ensuite doublé, les salaires n'avaient pas augmenté ^.

1. R. Cobden à son frère, 5 octobre 1S38 (John Morley, Life o1 Richard Cobden éd. 1896, vol. I, p. 126). '

2. T. Tooke, Hisi. of Priées, vol. III. pp. 51-3; — Report from the Select Commiitee on Import Duties, 1840, V, déposition de Joseph Whetstone.

Les propagandistes du libre-échange avaient trop souvent, par leurs explications, prêté le flanc à l'objection chartiste. Ils ne se lassaient pas d'insister sur ce point que la loi du succès commercial, c'était ce que Cobden appelait le « talisman du bon marché », the talismanic law of cheapness ^ : comment les manufacturiers anglais pourraient-ils lutter à armes égales avec les manufacturiers étrangers, si leurs ouvriers coûtaient deux fois plus à nourrir? Ce qu'ils attendaient de l'abolition des droits à l'importation des céréales, ce n'était donc pas l'amélioration du sort des ouvriers c'était de la main-d'œuvre au rabais.

Avertis par la réplique chartiste du péril que faisait courir à leur cause une argumentation maladroite, Richard Cobden et ses amis comprirent qu'il leur fallait porter ailleurs l'effort de leur polémique. Cobden, Bowring, tous ceux qui avaient voyagé sur le continent ou en Amérique, avaient vu que partout s'organisait la concurrence aux manufactures anglaises; et ils en trouvaient la raison dans la politique protectionniste que les propriétaires anglais avaient instituée à leur profit. Car les nations continentales ne pouvaient acheter les objets manufacturés anglais qu'avec les produits de leur agriculture; or, les Corn Laii;s fermaient le marché anglais aux blés du continent. Les nations continentales, ne pouvant écouler leur blé en Angleterre, se trouvant par conséquent dans l'impossibiUté de payer les objets manufacturés que l'Angleterre leur offrait, n'avaient d'autre ressource que de se faire manufacturières à leur tour. Les Corn Laws protégeaient directement l'agriculteur anglais, indirectement l'industriel étranger.

Les nations étrangères ne se contentaient pas en vérité de cette protection indirecte que constituaient à leur profit les Corn Laws. Elles maintenaient, ou renforçaient, leurs propres lois douanières. Vainement le midi vinicole de la France manifestait en faveur d'un libre-échangisme modéré : le nord industriel, plus puissant que jamais depuis la révolution de juillet, n'accordait au gouvernement anglais que les maigres concessions du tarif de 1836; et déjà, en 1839, le gouvernement français parlait de relever les droits sur l'importation des filés de lin : tout ce que les négociateurs anglais obtinrent, ce fut que la France renvoyât à deux ans d'échéance ce relèvement de droits. La Russie protégeait obstinément ses industries naissantes *. Naples frappait les produits manufacturés d'un droit d'entrée de 100 p. 100. Le gouvernement espagnol, que l'on aurait pu considérer comme étant à la merci des exigences anglaises, restait attaché au vieux système prohibitif. Le Board of Trade marquait un seul succès par la

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