‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 158 · ÉMEUTES · texte numérisé non relu

ÉMEUTES

Q ^ de Madrid : mais la contagion, ayant mainte-

LES CAMPAGNES nant son foyer à Paris, faisait beaucoup plus de

ANGLAISES ravages. Elle gagnait les cantons suisses, la

république de Hambourg, la Hesse, la Saxe, le Brunswick. Elle gagnait enfin, dans la deuxième quinzaine de septembre, la Belgique : catholiques et libéraux belges mirent Bruxelles et les autres grandes villes en état d'insurrection contre le roi des Pays-Bas. Ainsi se trouvait posé pour l'Angleterre un grave problème, Charles X n'avait pas été sans inquiéter la diplomatie britannique par ses velléités conquérantes : la France révolutionnaire n'allait-elle pas, comme en 1792, manifester les mêmes velléités sous une forme plus dangereuse? Du jour au lendemain, il pouvait se produire une intervention française en Belgique. Déclareraiton la guerre à la France? Mais le pays était radicalement hostile à toute espèce de guerre : et, pour les partis les plus remuants, depuis deux mois, l'alliance avec la France de juillet tendait à devenir une espèce de dogme. Wellington négocia un armistice entre l'armée hollandaise et les insurgés belges. Ils se réservait sans doute de faire agréer plus tard, par la Belgique et la Hollande, un arrangement en vertu duquel la Belgique, tout en restant autonome, reconnaîtrait la suzeraineté des Pays-Bas. Il n'en est pas moins vrai que, pour l'instant, le ministère tory, capitulant une fois de plus devant la révolution, reconnaissait, d'une manière au moins provisoire, l'indépendance de la Belgique.

Le trouble gagna l'Angleterre elle-même. Dans le comté de Kent, au moment de la moisson, certains fermiers essayèrent de remplacer la maind'œuvre anglaise par la main-d'œuvre irlandaise, qui s'offrait à très bas prix : les ouvriers anglais expulsèrent les Irlandais. Puis, au moment de battre le grain, les fermiers essayèrent d'économiser sur les salaires en employant des machines : les ouvriers brisèrent les machines. Les désordres se propagèrent dans le Sussex, dans le Hampshire, dans le Wiltshire; puis l'agitation, remontant vers le Nord, traversa le Berkshire, l'Oxford-

1. V. sa lettre à lord Aberdeen, 13 août 1830 {Despatches, Cont., vol. VII, p. 159) et son grand Mémorandum upon ihe existing state of our relations with France, founded upon the treaties of 1815-18, 14 août 1830 {Ibid., pp. 162 sqq.).

shire, se répandit sur les comtés de l'Est, sur le Buckinghamshire, le Huntingdonshire, le Northamptonshire. Seize comtés furent atteints ^ Les ouvriers intimidaient les immigrants irlandais, détruisaient les machines agricoles, incendiaient les meules. Un légendaire « capitaine Swing » prit la place qu'avait occupée dans le Nord, vingt ans plus tôt', le « capitaine Ludd », et terrorisa les campagnes. Des bandes circulaient, se livrant à des manifestations menaçantes. Elles s'attaquaient aux overseers de la loi des Pauvres, accusés de dureté excessive dans l'application des règlements ^. Elles s'en prenaient aux fermiers, obtenaient par intimidation des relèvements de salaires ^ : 2 s. par jour et davantage. Parfois, s'improvisant les alliés des fermiers, elles prenaient leur parti contre les clergymen de l'Église anglicane : au moment où ceux-ci venaient percevoir leur dîme, on se jetait sur eux, on exigeait qu'ils abandonnassent le tiers ou la moitié de leur récolte. Première manifestation nettement anticléricale du peuple des campagnes '.

Il est difficile d'expliquer cette brusque fermentation par l'action exclusive de causes économiques : aucun facteur nouveau n'intervint alors, pour rendre les ouvriers agricoles des comtés du Sud plus misérables qu'ils ne l'avaient été depuis des mois et des années. L'exemple de la France fut l'élément décisif. Deux ans plus tôt, les paysans de la Picardie et du Boulonnais avaient incendié les meules : après la Révolution de Juillet, les ouvriers du Kent trouvèrent naturel d'imiter leurs frères français ^. C'est à la suite d'une tournée de Cobbett, orateur radical, que les désordres éclatèrent dans le Kent, le Sussex, le Hampshire. Des plaie On trouvera le meilleur récit des troubles ruraux dans les Polilical Leiters de William Carpenter, 15, 21 octobre, 6, 11, 18, 25 novembre. 4. 7 et fin décembre 1830. — V. aussi PoZ. Reg., 13,20 novembre; 4, 11, 25 décembre 1830 (vol. LXX, pp. 722 sqq., 784 sqq., 872., «99 sqq., 929 sqq., 971 sqq., 1077 sqq.): 8, 15 janvier 1831 (vol. LXXI, pp. 80 sqq., 182 sqq.); //. of L., 2 novembre 1830 : discours de lord Winchilsea, de lord Ciamden et du duc de Richmond {Pari. Dcb., 3rd ser., vol I, pp. 18 sqq.); et Extracts frcm Informaticns... as to... Poor Laiis, 1833, pp. 14, 27, 30 sqq., 76, 136, 144, 178-9.

2. Le mot « Swing » désignait, dans le langage des campagnes anglaises, la pièce de bois volante du fléau {Pol. Reg., 13 juillet 1833; vol. LXXXI, p. 72).

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