Pol. Reg., 13 novembre 1830 (vol. LXX, pp
4. J. L. and B. Hammond, The Village Labourer, pp. 232-36 (Sussex), 241-2 (Hampshire).
5. V. le placard qui fut répandu en décembre 1830 dans le Hampshire : « The flags of freedom and liberty are flying over the chuu^hcs and steeples on the continent; rise, Englishmen, and assert your rights, and pull dowii priest raft and oppression. The ReformBill is only a stepping-stone to our future advantagcs. Down with the tiihesl àovn\ with the taxes! down with the places! and do^\^l with the pension^! » {Pol. Reg., 3 août 1833: vol. LXXXL p. 300).
6. Miss Martineau, Hist. of the Thiriy Years' Peace, Eook IV. rhap. I, éd. Bohn, vol. II, p. 397. — J. A. Roebuck, Hist. of the Whig Minisiry of 1S30, to ihc passinq of the Rcform Bill, ^x)l, I, p. 334.
cards, répandus dans les campagnes, étaient rédigés selon les règles de la phraséologie jacobine et française; et on exhortait le bas-peuple à se rappeler « Bruxelles et Paris ^ f>. Quand le gouvernement se décida à sévir, il constata parfois que les suspects étaient, non pas des ouvriers des campagnes, mais des forgerons, des menuisiers, des artisans de toutes sortes, agitateurs par passion politique plutôt que par misère -. Les tories voulurent que des émissaires venus de France eussent été les organisateurs de cette rébellion rurale : jamais ces allégations de lord Eldon, de lord Falmouth ^ ne reçurent un commencement de confirmation. 11 n'en est pas moins vrai que si, de France en Angleterre, il n'y eut pas propagande, il y eut manifestement contagion.
Ces émeutes ne furent pas terribles. Les ouvriers agricoles se bornaient à des déprédations matérielles, se contentant, lorsqu'ils mettaient la main sur un landlord impopulaire, de lui faire subir des brimades. Si un château était attaqué, quelques jeunes gens, armés de fusils de chasse, suffisaient pour tenir la fouie en respect. Insistons surtout sur le fait que ces désordres étaient essentiellement locaux. Le Nord et le Nord-Ouest industriels, qui avaient surmonté enfin la crise de 1825 et connaissaient de nouveau des jours prospères, les ignorèrent ^. Mais la région qui était en proie au désordre, c'était le voisinage immédiat de la capitale : de sorte qu'un bourgeois de Londres, cerné en quelque sorte par l'émeute, pouvait difficilement se défendre contre l'impression que toute la campagne anglaise était livrée à l'anarchie. A cette anarchie, il fallait trouver un remède ; le ministère tory jugea qu'il n'en était pas capable.
Les économistes expliquaient que la démoralisation du bas peuple des campagnes méridionales était due à l'application relâchée, dans cette région, de la Loi des Pauvres. Fallait-il en entreprendre la réforme en un sens restrictif? Le ministère tory se sentait trop discrédité pour braver à ce point l'impopularité; et d'ailleurs il s'agissait ici d'un remède de longue haleine. Fallait-il faire intervenir la force armée, jeter les coupables en
1. Carpeiilei's Polilical Letters : A letter to Earl Grey, 25 novembre 1830.
2. Report from the Select Committee appointed to inquire into the stale... of Houses in which Béer is sold. Min. oj Ev. : déposition du rev. Robert Wright (Pal. Reg., 3 août 1833; voL LXXXL p. 287).
3. H. of L., 29 novembre 1830 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. L PP- 680, 682).
4. England in 1830; heing a letter to Earl Grey, laging before him the conditions of the people as described by themselves in their pétitions to Pailiameni, 1831. Ce sont les 185 pétitions dépouillées par le Rev. W. N. Molesworlh (The his!ory of the Reform Bill'of 1832, 1865, pp. 73-'J5). Or ces extraits des pétitions ne nous disent rien du Lancashire, rien du Cheshire, rien qui soit important du Yorksliire. Toutes les plaintes viennent des régions agricoles. — A. Prentice, Hi.U. Skekhes cj . . . Manchester, p. 173 : In the great manufacturing districts there \vas no rising : the people there better knew the cause of the rioting.
prison, les faire pendre? A la moindre démarche, Wellington serait accusé de vouloir être le Polignac anglais, et pourrait, au lieu de réprimer une émeute, provoquer une révolution. Il se prépara à abdiquer.
L'ouverture de la session parlementaire se CHUTE faisait proche. Inévitablement, la question de
DE WELLINGTON. j^ réforme électorale allait être posée. Elle
FORMATION ,.,,,.. i , ....
DU MINISTÈRE était débattue dans le groupe qui se réunissait
DE LORD GRE Y à i'Albanv sous la direction de lord Althorp; et
Brougham, qui venait de se faire élire, dans des circonstances retentissantes, par la vaste circonscription populaire du Yorkshire, fut autorisé à introduire une motion en ce sens. Non que les whigs se montrassent très avides de prendre le pouvoir. Ils auraient volontiers laissé au ministère tory la responsabilité de résoudre cette difficile question. Ils avaient vu Wellington, dans le courant de l'été, entrer en négociations avec le groupe de Huskisson : n'était-ce pas le signe qu'il se résignait à quelque transaction libérale? La mort dramatique de Huskisson, écrasé par une locomotive le jour même où, à l'occasion de l'inauguration du chemin de fer de Liverpool à Manchester, il allait se réconcilier publiquement avec le premier ministre, n'avait pas interrompu les négociations. C'étaient les amis de Huskisson qui s'étaient finalement dérobés ^ L'Opposition persistait à croire que le ministère prendrait l'initiative d'une réforme modérée.
Le Parlement se réunit le 2 novembre, et tout de suite il apparut que Wellington choisissait un autre parti. Le Discours du Trône promit des économies budgétaires, la répression des désordres agraires, mais fut muet sur la question de la réforme parlementaire; au sujet de la Belgique, une phrase alarma les libéraux. Au cours des débats qui suivirent, Wellington s'exphqua catégoriquement. « Le système actuel de représentation possédait la pleine et entière confiance du pays... S'il lui incombait le devoir de donner à un pays quelconque un parlement,... il n'osait affirmer qu'il formerait un parlement pareil à celui que l'Angleterre possédait aujourd'hui : car la nature humaine ne peut pas, d'un seul coup, atteindre une telle hauteur. Mais il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour constituer un parlement capable, en quelque mesure, de produire les mêmes résultats. Non seulement donc il n'introduirait pas un bill de réforme, mais en ce qui le concernait, tant qu'il occuperait un poste quelconque dans le gouvernement du pays, il croirait de son devoir de s'opposer à
1. Sir G. Cornewall Lewis, Administrations o/ Great Britain from 17S3 to 1830, p. 471. — Sir H. L. Bulwer, Li/e o/ Viscount Palmerston, Book VI, éd. Tauchnitz, vol. I, p. 330
tous les projets que, dans cet ordre d'idées, d'autres pourraient introduire ^. »
Paroles imprudentes dont Wellington n'avait certainement pas calculé la portée. S'il s'était borné à déclarer, en termes modérés, son scepticismeà l'égard des idées réformatrices, et à exprimer l'opinion qu'il n'appartenait pas au parti dont il était le chef de faire des expériences à son gré dangereuses, il aurait parlé le langage d'un homme d'État. Car les événements de France avaient certainement affaibli sa position, déjà moins forte en j uillet qu'elle ne l'avait été six mois ou un an plus tôt ; et les whigs, s'il faisait la réforme électorale, ne lui en sauraient pas gré comme ils lui avaient su gré en 1829 d'effectuer l'émancipation catholique. Ils ne le poussaient dans cette voie, maintenant, que pour l'humilier et le perdre ". Mais pourquoi ce langage hautain, excessif, par lequel Wellington semblait prendre plaisir à provoquer l'opinion ^? Depuis le temps où Canning, tory libéralisant, tenait impunément le même langage, il s'était produit trop d'événements graves : l'émancipation catholique en Angleterre deux ans plus tôt, et maintenant en France la Révolution de Juillet, Les paroles de Wellington enflammèrent l'esprit révolutionnaire.
A la Rotunda, près de Blackfriars Bridge, chaque soir des discours jacobins étaient prononcés. On distribuait des cocardes tricolores. On préparait une manifestation hostile à Wellington pour le 9 novembre, jour où le roi, accompagné de ses ministres, viendrait dîner au Guildhall. Le bruit
1. H. of L., 2 novembre 1830 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. I, p. 53).
2. Lord Grey à la princesse Lieven, 7 octobre 1830 : « You are greatly mistaken if you think this will assist the Ministers, as the Cathoiic question did. I certainly shall support a proposai for Parliamentary Reform, but the Ministers will not find in me, in this as in the former occasion, a personal defender. If moves of the kind are in contemplation, be assured that those who make them feel that they are nearly reduced to checkmate, which is inévitable without a false move on the part of their adversaries (Correspondence of princess Lieven and earl Grey, p. 104). — Brougham à Chalmers, vers la même date : Really slavery cannot now expect much longer protection from a government so weak, that it is even about to give Parliamentary Reform as a sop, and to save itself for a few months (Rev. W. Hanna, Memoirs of Ihc life and writings of Thomas Chalmers, vol. III, p. 289 n.).
3. Sur l'intransigeance absolue et sincère de Wellington, ses propos intimes, sa correspondance ne laissent pas de doute. V. lettre de la princesse Lieven à lord Grey 9 novembre 1830 : The Duke of Wellington has told me that ail would go ofï well ; that he was sure of his position; that he would carry out ail lus intentions; that Reform could no more be carried through without him than the Cathoiic question; that he would hâve nothing to do with it; and consequently that nothing would be done. In a Word, he feels perfectly sure of his position (Correspondence of Princess Lieven and earl Grey, vol. II, p. 115). — Quelques mois plus tard, il est moins optimiste, mais reste intransigeant et écrit au duc de Buckingham, le 2 avril 1831 : I am opposed to ail reform; and can, without personal, or, indeed, public inconvenience, avow my opinion. Indeed, I believe that some advantage is gained by the knowledge which the public hâve of my opinion on this subject (Wellington, jDespa/r/?es, Con/., vol. VII, p. 423).
10 LA RÉFORME ET LE PREMIER PARLEMENT RÉFORiVIÉ.
se répandit dans le bas peuple que Sir Robert Peel armait « sa » police de <( coutelas » pour réprimer la manifestation. Les ministres, de leur côté, furent informés que les radicaux préparaient non pas une démonstration paisible, mais une insurrection. Étaient-ils moins nombreux, moins organisés, que les républicains qui avaient, à Paris, réussi à changer la forme du gouvernement? Wellington, s'il essayait de résister, avait-il autant de soldats à sa disposition que Polignac en avait eu? Les ministres, après délibération, décidèrent, à la veille même du jour décisif, qu'il n'y aurait pas de visite royale dans la Cité. Si hautain à la fois et si faible, le Cabinet était visiblement condamné à très brève échéance. La motion de Brougham était inscrite à l'ordre du jour du 16 novembre. La veille, sur une motion de Sir Henry Parnell relative à la liste civile, le ministère se trouva en minorité de vingt-neuf voix. Wellington démissionna le lendemain : trop heureux qu'il lui eût été permis de se faire battre, sur une autre question que celle de la réforme électorale \ par [une majorité disparate dont les ultra-tories formaient l'appoint. Mais il se méprenait étrangement s'il croyait que la solution immédiate du problème pût être conjurée, maintenant que les whigs se trouvaient portés, presque malgré eux, au pouvoir, par un contre-coup de la Révolution de Juillet.
L'opinion désignait unanimement lord Grey pour recevoir la succession de Wellington. Lorsque lord Lansdowne et le groupe de la « Revue d'Edimbourg », en 1827, avaient appuyé la politique de Canning, il était resté obstinément attaché à l'autonomie du vieux parti. Sans doute il avait depuis lors envisagé la possibilité d'une coalition avec Wellington; mais, celui-ci n'ayant pas un instant songé à engager de négociations avec lui, sa réputation d'inflexibilité politique n'avait pas été atteinte. II était le whiggisme incarné. Sans doute encore, depuis le temps lointain où, quarante ans plus tôt, il avait inauguré sa carrière politique en dénonçant les abus du régime électoral, son enthousiasme réformateur avait souvent fléchi. Il s'était depuis 1822 complètement désintéressé de la question de la réforme parlementaire; et il avait eu soin d'expliquer, en 1827, que, s'il se séparait de Canning, sa brouille n'avait rien à voir avec cette question -. Mais la Révolution de Juillet l'avait de nouveau converti; et il s'était, au cours de la discussion de l'adresse, lie au parti de la réforme parlementaire par une déclaration catégorique. Appelé par le roi, il ne mit à son acceptation qu'une condition : il demanda qu'il lui fût permis de former un ministère uni sur la question de la Réforme. Le
1. Wellington au duc de Northumberland, 17 novembre 1830 (Wellington, Dsspatches, Cont., vol. VH, p. 361).
2. H. of L., 10 mai 1827 (Pari Deb.. n. s., vol. XVII, p. 731).
roi consentit, accréditant par ce consentement le bruit suivant lequel il était acquis à la cause du libéralisme. En deux ou trois jours, le ministère fut constitué.
La formation du ministère de lord Grey eut le caractère d'une sorte de révolution mondaine. Pour la première fois depuis cinquante ans, les grandes familles tories perdaient le pouvoir; et Devonshire House, Lansdowne House, Holland House, devenaient des salons gouvernementaux. Lord Grey était un aristocrate à l'ancienne mode, naïvement persuadé qu'en prenant, avec sa coterie, la direction du mouvement réformateur, il allait restaurer, dans toute sa splendeur, le vieux wliiggisme aristocratique du xviii^ siècle. Il commença par pourvoir abondamment tous les siens. Lord Durham, qui depuis bien des années, alors qu'il s'appelait John George Lambton, faisait campagne pour la réforme parlementaire, eut le sceau privé, et une place dans le Cabinet; à lord Howick, EUice, lord Duncannon, George Barrington, George Ponsonby, Wood, des postes moins importants, mais bien payés, furent distribués. Lord Althorp eut l'échiquier et la direction de la Chambre des Communes. Lord Lansdowne fut président du conseil privé, lord Holland chancelier du Duché de Lancaster. Le duc de Devonshire fut lord chambellan. Lord John Russell fut Paymaster of the Forces. Le clan aristocratique auquel on donnait le nom du Stafford Interest reçut les satisfactions qu'il demandait : Sir James Graham eut l'amirauté et Stanley fut secrétaire pour l'Irlande. Graham et Stanley avaienL tenu des rôles parlementaires de premier plan au cours de la session de 1830.
La majorité qui avait renversé Wellington était d'ailleurs une majorité de coalition. Il entra dans le ministère un tory, le duc de Richmond. Quant au groupe des amis de Canning, sans chef depuis la mort de Huskisson, il rallia le parti whig, et en fut généreusement récompensé par lord Grey. WilHam Lamb, devenu depuis deux ans lord ^lelbourne par la mort de son père, eut l'intérieur, lord Goderich les colonies, Grant le Board of Control; lord Palmerston devint ministre des affaires étrangères. Lord Grey aurait voulu donner les affaires étrangères soit à lord Lansdowne soit à lord Holland : ce fut seulement sur leur refus qu'il dut Tolfrir à Palmerston ^. Celui-ci avait joué un rôle très effacé, comme secrétaire à la guerre, dans les administrations qui s'étaient succédé au pouvoir de 1809 à 1828; mais, sorti du Cabinet avec les autres hommes du groupe de
1. Lord Tavistock ix lord John Russell. fin 1830 :... Lord Grey... informs me that the Foreign Office is now quite out of the question for you. Lords Lansdowne and Holland having declined it, they hâve given it to Palmerston — not a very popular aj^pointment, I fear. (Spencer Walpole, Life of lord John Russell, vol, I, p. 160).
Caiining, il s'était brusquement signalé à l'attention générale par les discours excellents qu'il avait prononcés en 1829 et en 1830 aux Communes pour stigmatiser la politique extérieure de Wellington et de lord Aberdeen au nom des principes de Canning ^. En faisant de lui son ministre des affaires étrangères, lord Grey rendait bon gré mal gré hommage à la mémoire de celui qu'il avait naguère si vivemment attaqué, de concert avec Wellington. La Révolution de Juillet avait accompli cet apparent miracle. On espéra qu'un disciple politique de Canning serait mieux placé qu'un autre pour tenir tête aux puissances du Nord, et avoir des relations cordiales avec la France de Juillet.
N'y avait-il vraiment dans ce ministère aucune infusion de sang nouveau? Les intellectuels du parti whig obtinrent quelques satisfactions, dont l'une à première vue peut sembler éclatante : Brougham devint lord chancelier. Mais c'est qu'on voulait se débarrasser, à la Chambre des Communes, de son encombrante personnalité : or il n'y avait pas moyen d'acheter son départ à meilleur compte. Sans être, à proprement parler, membres du ministère, Jeffrey et Cockburn devinrent, le premier Lord Advocate,\e deuxième Solicitor General pour l'Ecosse : la « Revue d'Edimbourg «faisait partie de la nouvelle coalition. D'autre part Poulett Thomson, le libre-échangiste de Manchester, devint vice-président du Board of Trade : il dut subir d'insolentes remarques quand, simple négociant, il prit place sur le banc du gouvernement ^. Et c'est tout : Mackintosh dut se contenter d'un poste subalterne au Board of Control. Jamais ministère plus aristocratique n'avait gouverné le pays. Sur quatorze membres dont se composa le Cabinet, quatre seulement siégèrent aux Communes. Sur ces quatre, lord Palmerston était un lord irlandais, grand propriétaire; Sir James Graham, un baronet, grand propriétaire aussi; lord Althorp, désigné pour être le leader de la Chambre des Communes, était l'héritier présomptif de la grande famille des Spencer ^.
1. Greville Memoirs, 11 juin 1829 : ... Palmerston's speech... they say was exceedingly able and éloquent... He has been twenty years in office and never distinguished hiraself before...but...the great men having beenremoved from the House of Gommons by death or promotion, he has launched forth, and with astonishing success.
2. Croker à lord Hertford, 22 novembre 1830 (Croker Papers, vol. H, p. 78).
3. Sir John Walsh, Observations on the Ministcrial Plan of Reform, 1831, pp. 24-5. « As a body — ajoute Sir John \Yalsh, — with the exception of the followers of >L Canning, who do not appear to be the leaders now, they are totally inexperienced, and untried in their management of state affairs. »