‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 42 sur 158 · A. Ure, Philosophy of Manufactures, pp. 298 sqq · texte numérisé non relu

A. Ure, Philosophy of Manufactures, pp. 298 sqq

3. Fielden, Curse of thc Fadory System, 1836, p. 34 : any Factory Bill, to be effective, must reslrict the labour, not only of children, but of those oldor hands with whom they worked; for that the work of bothwas so connected, that it could not be carried on by the adult hands without the assistance of the younger. But this fact our adversaries always attempt to turn against us.

4. Fadories Inquiry Commission. First Report of Central Board of Commissioners, p. 47.

5. V. notamment son ouvrage intitulé Laiv of Population : a Trealise in Six Books, in Disproof of the Super- fecundity of Human Beings and devcloping the Real Principle of their Increase, 1830, qui eut les honneurs d'une réfutation de Macaulay, Ed. Rev., juillet 1830, art. I (vol. LI, pp. 297 sqq.). Pour une première exposition de sa philosophie sociale au Parlement, voir H. of C, 11 octobre 1831 (Pari. Deb., Srdser., vol. VIII, pp. 498 sqq).

une défense de Wesley ; ami de Wilberforce, il s'était fait dans le Yorkshire son agent politique; il était à Leeds le surintendant d'une grande École du Dimanche ^. Un contemporain nous a laissé son portrait : c'est le portrait et presque la caricature du prédicateur évangélique. « Il y avait dans sa contenance tant de sérieux, tant de solennité, qu'un étranger aurait pu s'y tromper et le prendre pour un clergyman... Sa voix était pleine et sonore : mais il avait cette espèce de nasillement qu'on entend souvent dans la chaire- ». Quand nous racontons l'histoire du mouvement qui a conduit à la législation anglaise des fabriques, ne méconnaissons pas la diversité des affluents qui ont contribué à grossir le torrent; mais la source du fleuve, c'est le piétisme, le sentimentalisme évangélique.

Sadler introduisit immédiatement la question à la Chambre des Communes ^ obtint la nomination d'une commission parlementaire d'enquête, présida aux travaux de la commission, rédigea finalement le projet de loi qui devait apparaître comme la conclusion de l'enquête. Le bill, applicable à toutes les manufactures du royaume, interdisait le travail de nuit aux ouvriers âgés de moins de dix-huit ans, ne permettait pas que des enfants âgés de moins de neuf ans fussent mis au travail, fixait certaines règles relatives à l'hygiène et à la sécurité dans les manufactures, édictait les peines qui, à la deuxième récidive, sur la décision de deux Juges de Paix, pouvaient envoyer le déhnquant en prison ^. Vinrent les élections de décembre. Sadler se porta candidat à Leeds, et fut battu par le jeune Macaulay, candidat du libérahsme ministériel. Les partisans de la journée de dix heures durent se mettre, dans le Parlement réformé, en quête d'un nouvel avocat. Ils auraient pu choisir Fielden, le manufacturier radical, partisan violent de la protection légale des travailleurs qui avait prêché d'exemple en introduisant dans sa fabrique le principe de la journée de dix heures. Ils préférèrent lord Ashley, qui était, comme Sadler, un conservateur et un évangélique. Deux évangéliques furent les intermédiaires de la négociation engagée entre Sadler et lord Ashley. L'un, Sir Andrew Agnew, un whig, membre de la majorité ministérielle au Parlement. L'autre, le rev. G. S. Bull, un dergymûn anghcan qui avait pris, dans le Yorkshire, une part active à la campagne des Short Time Committees ^.

1. Memoirs of the life and wriiin(/s oj M. T. Sadler, pp. 19, 11.

2. [J. Grant], Random RecoUedions of )he House of Gommons, p. 102.

3. H. of C, 16 mars 1832 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XI, pp. 340 sqq.).

4. On trouvera un résumé du bill dans le Poor Man's Guardian du 30 mars 1833.

5. E. Hodder, Life and Work of the Earl of Shaflesbury, pp. 80-1. — • A la Chambre des Lords le protagoniste de la législation des fabriques est lord Kenyon, un évangélique aussi.

On touchait au moment critique : quelle allait être, vis-à-vis des revendications ouvrières, l'attitude du nouveau Parlement, du premier Parlement réformé? D'abord les adversaires du «Bill des Dix heures » essayèrent d'opposer au bill de lord Ashley qui était, sauf de légères modifications, une copie du bill de Sadler, un contre-projet de lord Morpeth : on se serait contenté d'étendre à tout le textile les dispositions que le bill de Hobhouse, en 1831, avait édictées pour le coton ^. La manœuvre ne réussit pas, et le bill de lord Ashley eut le pas sur celui de lord Morpeth. Alors les manufacturiers introduisirent une motion, à l'effet de soumettre la question à l'examen d'une commission royale, et, le 3 avril, à la faible majorité de soixante-quatorze voix contre soixante- treize, dans une Chambre aux trois quarts vide, ils obtinrent gain de cause ^.

Non sans soulever de bruyantes protestations. LA COMMISSION Pourquoi une nouvelle enquête, après l'enquête

-^ , . ^^^ ^ dirigée par Sadler en 1832? et s'il fallait à

Lé 1 LA LOI

DES FABRIQUES toute force ouvrir une nouvelle enquête, pour-

DE 1833 quoi en confier le soin, non à une simple com-

mission parlementaire (Committee), mais à une commission royale (Royal Commission), émanation du pouvoir exécutif, dont la procédure était représentée comme inquisitoriale : les témoins entendus à huis clos, les dépositions non sténographiées? Bref, toutes les clameurs d'usage chaque fois que le ministère libéral nommait une commission : mais cette fois c'était la masse ouvrière qui protestait. Quand les commissaires, ayant réparti l'Angleterre industrielle en quatre districts, s'en allèrent, par groupes de trois, visiter chacun de ces districts, ils se heurtèrent partout à une sorte d'obstruction ouvrière. Leur arrivée déchaînait des manifestations hostiles, presque des émeutes. Ils furent brûlés en effigie ^. Aux yeux de tous, la nomination de cette grande commission n'était qu'une mesure dilatoire : elle paraissait destinée à ajourner, sans délai défini, une réforme que les ouvriers tenaient pour urgente.

En réalité, la commission mena ses travaux avec une extrême rapidité. Le 17 juin, le bill de lord Ashley étant venu en seconde lecture, lord Althorp put annoncer que le rapport de la commission serait bientôt

1. H. of C, 8 février 1833 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XV, p. 390). Sur le bill de lord Morpeth, voir Leeds Mercury, 12 janvier, 9 février 1833; Leeds Intelligencer, 14 février, 23 février 1833.

2. //. of C, 20 mars 1833 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVL p. 1001); 3 avril 1833, motion VVilson Patten (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVH, p. 79).

3. Alfred, Hist. of the Fadory Movemcnt, vol. II, pp. 33 sqq. — Sur les incidents qui se produisirent à Huddersfield, voir le récit d'un témoin oculaire dans Hanna, Memoirs of ... Thomas Chalmers (vol. III, p. 366), et Paor Man's Guardian, 29 juin 1833.

déposé, et, sans en attendre le dépôt, exposer dans leurs grandes lignes les conclusions auxquelles les commissaires avaient été conduits par leur enquête. Ces commissaires n'étaient pas des opportunistes qui cherchaient la formule d'un compromis entre les exigences ouvrières et les exigences patronales. Sur les trois membres du bureau central des commissaires — ceux qui restaient à Londres pendant que leurs collègues enquêtaient sur place en province — deux, Southwood Smith et Edwin Chadwick, étaient des doctrinaires, disciples de Bcntham : déjà nous les avons rencontrés. Le secrétaire du bureau central, John Wilson, appartenait pareillement au groupe des amis de Bentham : il venait de faire, comme les Austin, le pèlerinage d'Allemagne ^. Ils opposaient au projet de lord Ashley un projet différent, fondé sur un autre principe.

Le reproche qu'ils adressaient au bill de lord Ashley, c'était d'être un bill hypocrite, qui était présenté comme un bill pour la protection des enfants, qui visait en réalité la limitation légale de la journée de travail des adultes. Or, les Benthamites, d'accord sur ce point avec les simples libéraux, considéraient toute limitation de ce genre comme impraticable ou condamnable. Les commissaires demandaient, en conséquence, que le travail des manufactures fût protégé par la loi jusqu'à treize ans seulement, et non pas jusqu'à dix-huit ou vingt et un ans. Le bill de lord Ashley étant revenu en discussion à la Chambre des Communes le 18 juillet, lord Althorp fit adopter un amendement en ce sens à une très fortç majorité : deux cent trente-huit voix contre quatre vingt-treize. Alors lord Ashley se reconnut battu, et remit aux mains de lord Althorp le soin de conduire la suite des débats -.

D'autre part, et précisément parce que le bill avait pour objet véritable la protection des adultes, il était très mal conçu pour la protection des enfants. Il posait le principe de la journée de dix heures pour les ouvriers âgés de moins de dix-huit ans : mais dix heures de travail par jour, c'était trop pour un enfant de dix ou onze ans. Or l'État avait le droit, selon la doctrine benthamiqué, d'intervenir pour protéger ceux

1. J. S. Mill à Sterling, 20-22 octobre 1831 {Letters of John Stuart MilL vol. I, p. 18). — Cf. sa lettre à Carlyle du 11-12 avril 1833 : It is a real satisfaction for me to know, and in some cases to hâve even been able somewhat to help on, several men who are now gaini;}g, by dint of real honesty and capacity, a considérable and increasing influence, thougii not an externally visible one, over the underworkings of our government (Ibid., vol. I, p. 45).

2. H. of C, 18 juillet 1833 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XIX, p. 913). — Cf. Fadories Inquiry Commission : First Report of Central Board of Commissioners, pp. 33-4. Une concession fut faite à lord Ashley, à Fielden et à leurs amis. On introduisit dans la loi le principe de la journée maxima de douze heures jusqu'à dix-huit ans. En d'autres termes, on étendit à tout le textile les dispositions de la loi de 1831 (s. 3). Cf. Fadories Inquiry Commission : Supplementary RepoH, pp. 14-5.

qui visiblement ne pouvaient pas être considérés comme des agents libres, capables de conclure des contrats. Les commissaires proposaient, et ils obtinrent gain de cause, — que la journée maxima de travail, — pour les enfants âgés de moins de treize ans, fût de huit heures seulement. Le bill de Sadler et de lord Ashley avait encore un grave défaut : il ne s'inquiétait nullement de l'emploi que ferait le petit ouvrier de ses heures de loisir, une fois sa journée de travail terminée ^. Les commissaires demandaient qu'à tout enfant travaillant dans une fabrique fût imposée la fréquentation d'une école : effectivement le bill qui fut voté spécifia que les enfants dont le travail serait limité à quarante-huit heures par semaine devraient fréquenter une école pendant deux heures par jour ouvrable.

Cette dernière mesure était manifestement boiteuse. L'État ne fournissait aucuns fonds pour pourvoir à l'éducation des enfants. Il s'en remettait, pour créer les écoles, aux manufacturiers, qui prélèveraient l'argent nécessaire sur les salaires des enfants employés par eux ^. Ce n'en était pas moins une première victoire pour le principe « prussien » de l'obligation scolaire ^. Au moment même où le benthamite Roebuck ne réussissait pas aie faire agréer parla Chambre des Communes, les Benthamites Southwood Smith et Edwin Chadwick le glissaient dans la législation anglaise par le biais du Fadory Bill. Ces articles de la loi nouvelle obtinrent l'adhésion enthousiaste de bien des parlementaires radicaux ou libéraux avancés, tel que Hume ou Poulett Thomson, à qui toute législation des fabriques répugnait ^. Le Commissaire Tufnell, qui partage leurs préventions^ explique que ce qui le réconcilie avec le bill et lui permet d'en assumer la responsabilité, c'est que le bill, à bien prendre les choses, « est moins une loi des fabriques qu'une loi d'enseignement * ».

1. Voir la déposition de Rowland Detrosier, Fadories Inquiry Commission. First Report of Central Board, Evidence taken by Central Board, p. 19 : The evils of the factory system are twofold : they are physical and moral... I ani not sure thatthe différence of two hours would produce ail the sanative elïects that are anticipated by the humane individuals who are endeavouring to obtain the passing of that Bill,.. To render that measure really efficient it must be accompanied by educational provisions, and those too of a compulsory nature, independent of sect or party.

2. La Chambre des Communes avait mis dans la loi un article qui donnait les ressources nécessaires. Il fut supprimé par la Chambre des Lords à la demande de lord Salisbury (London and Westminster Review, octobre 1836, art. viir. The Fadories; vol. XX, pp. 205-6).

3. H. of C, 13 août 1833 {Pari. Dcb., 3rd ser., vol. XX, pp. 585-6). — MacCulloch à lord Ashley, 28 mars 1833 (E. Hodder, L//<? and Work of the Earlof Shaftesbuni, pp. S5-6).

4. Fadories Inquirq Commission. Supplemcntary Report of Central Board : Report by Mr. Tufnell, p. 227 : This measure has no more claim to be called a factory bill than an éducation bill. — C'est à ce point de vue que se place, pour louer la loi nouvelle, un excellent article de VEdedic Revieiv (janvier 1834, art. i. National Education on Just and Comprehensive Principli's, 3rd ser., vol. XI, pp. 1 sqq.). — Voir surtout, pour

Sur un autre point encore l'influence des disciples de Bentham se fit sentir. Plusieurs lois des fabriques avaient été votées depuis le début du siècle, mais elles n'avaient pas été appliquées. Pour éviter qu'il en fût de la nouvelle loi comme des autres, les commissaires envisagèrent la création d'un service d'inspection et de contrôle. Il était absurde de s'en remettre, pour punir les délinquants, aux Juges de Paix des comtés, qui n'avaient aucune compétence spéciale, qui souvent étaient des manufacturiers devant lesquels les individus lésés n'osaient pas même porter plainte ^. Voici donc, ou jamais, l'occasion de substituer aux Juges de Paix, suivant le système cher à Edwin Chadwick, des fonctionnaires rétribués pour l'exécution de cette tâche spéciale. Non point peut-être des fonctionnaires locaux, résidant dans les diverses régions industrielles : le Parlement aurait reculé devant les frais d'une pareille création. Mais tout au moins des fonctionnaires peu nombreux, résidant à Londres, et s'en allant périodiquement visiter les provinces. Il y en eut quatre, qui répartirent le pays en quatre « circuits » : c'était un triomphe pour un des principes essentiels de la philosophie politique de Bentham, le principe de la centralisation administrative.

Ainsi se trouve mise en lumière la double origine de la loi de 1833. Sous sa forme première, le Fadory Bill fut inspiré par le parti évangélique, dont l'influence était si forte à tous les étages de la bourgeoisie anglaise. C'est pour obéir aux exigences du sentimentalisme piétiste que le premier Parlement réformé vota, à peu de semaines de distance, la loi qui abolissait l'esclavage et celle qui protégeait les petits ouvriers des fabriques^. Il y

l'interprétation de la loi par le groupe des Benthamites orthodoxes, London and Weslminster Review, octobre 1836, art. viii. The Fadorics (vol. XXVI, pp. 174 sqq.).

1. Faclories Inquiry Commission. Report of Central Board of Commissioners. p. 69.

2. Edward Bulwer Lytton, England and the English, Book. Kl, chap. iv (l'^'" éd.. pp. 335-6): Even wliere. in the case of the loyal and subordinate Wesleyan, the politicsgenerally may incline to the powers that be, some individual point, some isolated but stirring question — to-day the Slavery question, to morrow the Factory Bill — occurs on which the Wesleyan no less than the bold and gênerons « Independent » is united with the most popular opinions. — Non bien entendu que les vvesleyens aient fait campagne en bloc contre la servitude des petits ouvriers des fabriques, comme ils avaient fait contre l'esclavage des nègres des Antilles. Trop d'entre eux étaient des manufacturiers. Le Patriot, organe nonconformiste (19 janvier ISSS) cite un cas où les wesleyens. à Bradford, refusèrent l'usage de leur chapelle aux organisateurs d'un Ten Hours Bill Meeiing. Mais les Primitive Methodisis se présentèrent alors pour leur offrir ce que leur refusaient les méthodistes wes'.eyens. — Le Bridsh Magazine, organe du High Cburch, est nettement hostile à la législation des fabriques (l^mars 1833; vol. lILpp. 318 sqq.; 1" novembre 1833; vol. IV, pp. 365-6.— f' janvier 1834; vol. V, pp. 59-60). Au contraire, YEclectic Review, organe des dissidents libéraux, est nettement favorable (octobre 1832, 3rd ser., vol. VIII, pp. 328-249). Cf. Patriol, 9 janvier 1833. — Il y aurait également lieu d'étudier Li prt prise par les \ves!eyen^ à l'agitation qui entraîna le vote de ÏAnti-Trnrk Bill de 1831 (1 and2 Wiii. IV, c. 37),. W. Smith, un nonconformiste protagoniste du bill, réclame la réforme, primitivement.

avait cependant une différence entre ces deux lois, La première est une loi d'émancipation : la voter, c'était faire droit, du même coup, aux revendications libérales et aux revendications piétistes. La deuxième est une loi de protection : elle semble heurter de front les préjugés des économistes libéraux. Mais les disciples de Bentham, bien qu'ils fussent, à tant de points de vue, les disciples d'Adam Smith et de Ricardo en même temps que du grand utilitaire, étaient loin, comme nous avons eu déjà l'occasion de le faire voir, de professer, à l'égard de toute intervention bureaucratique de l'État, cette aversion systématique qui devait, trente ans plus tard, caractériser Richard Cobden et Herbert Spencer. Et c'est eux qui, dans les conditions que nous avons vues, donnèrent au bill sa forme définitive. Il ne faut pas même dire que le bill benthamique ne fut qu'une version atténuée du bill évangélique. Ce fut un bill différent, à beaucoup d'égards mieux conçu pour qui se place au point de vue même où se plaçait lord Ashley : nous voulons dire qu'il fut plus astreignant. 11 eût été plus astreignant encore si le cabinet et le Parlement avaient pris en considération tous les vœux de Southwood Smith et de Chadwick. Les inspecteurs auraient eu des pouvoirs plus étendus pour le contrôle de l'hygiène des fabriques ; et le principe de la responsabilité patronale en matière d'accidents du travail aurait été, dès 1833, inscrit dans la législation britannique ^.

Tel quel, le bill donna satisfaction. Quelques FERMENTATION radicaux, au Parlement, firent entendre des

ET PAYSANNE protestations, le trouvèrent trop timide^ :

mais c'étaient de faibles protestations, impuissantes contre la volonté réfléchie du groupe de Bentham. Le grand organe

au nom du clergé wesleyen de Dudley. Voir H. of C, 16 mars 1830, discours de W. Smith : the petitioners... expressly state intheir pétitions, that they are much disinclined to meddle in political matters, but being continually made sensible of the distress arising from the System, they thought themselves bound to lay their pétition before the House (Pari. Deb., n. s., vol. XXIIl, p. 387). — A rapprocher du Factory Ad, les deux lois votées pour protéger, puis interdire le travail des petits ramoneurs (4 and 5 Will. IV, c. 1. — 3 and 4 Vict., c. 85); — V. les détails au sujet de la deuxième de ces lois : H. of C, 14 avril 1840, intervention de lord Ashley; et H. of L., 6 juillet 1840 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. LUI, p. 1092; vol. LV, p. 433).

1. Factories Inquiry Commission. First Report of Central Board of Commissioners, p. 73 : We conceive that it may be stated as a principle of jurisprudence applicable to the cases of evil arising from causes which ordinary prudence cannot avert that responsibihtj' should be concentrated, or as closely as possible apportioned on those who hâve the best means of preventing the mischief... It is only the proprietor of the machinery who has the most effectuai means of guarding against the dangers attendant upon its use.

2. Voir, par exemple, H. of C, 12 août 1833 : discours de Torrens {Pari. Deb., 3rd ser., vol XX, p. 53).

tory, le Standard, ne cessa de faire campagne pour le bill primitif de lord Ashiey : mais le parti conservateur, à la Chambre des Communes, se rallia au bill gouvernemental. Il ne semble même pas que lord Ashiey se soit résigné de très mauvaise grâce à l'échec de son propre bill : sans doute était-il effrayé par les violents propos de Sadler et d'Oastler. Chose singulière : les milieux révolutionnaires à Londres ne firent pas mauvais accueil à la loi nouvelle. Ils n'aimaient guère Sadler et Oastler; et lorsque ceux-ci furent accusés par un journaliste du Yorkshire d'avoir détourné à leur profit une partie des fonds recueillis par eux aux fins de leur propagande, Hetherington, le rédacteur en chef du Poor M an' s Guardian, enregistra soigneusement ces bruits diffamatoires. Trop heureux, semblet-il, s'il pouvait aider la classe ouvrière à secouer le joug de ces deux « méthodistes » M D'ailleurs, la loi, si on savait la lire, était ainsi faite qu'il était possible aux ouvriers de l'utiliser en vue de revendications inattendues. A peine votée, elle donna naissance à une nouvelle agitation. Les commissaires, les ministres, avaient expliqué, pour rassurer les manufacturiers, que la réduction de la journée de travail des enfants à huit heures n'impliquait pas une réduction correspondante du temps quotidien de travail de l'usine. Rien n'empêchait de mettre successivement au travail, dans le cours de la même journée, deux équipes d'enfants, deux « relais » : les machines fonctionneraient de la sorte pendant seize heures consécutives ^. Les machines, soit : mais les ouvriers adultes? Travailleraient-ils seize heures aussi? Et n'aurait-on abaissé à huit heures la journée de travail des enfants que pour relever à seize la journée des adultes ^? Or, la « loi des fabriques » offrait aux ouvriers un moyen pour échapper à ce danger. Elle posait, pour la première fois, le principe de la journée de huit heures. Elle ne le posait, sans doute, qu'au bénéfice des enfants âgés de moins de treize ans; mais pourquoi ne pas le générahser, et l'étendre aux adolescents, aux adultes? Le 1^^ mars 1834 devait être

1. Poor Man's Guardian, 6 juillet, 7 septembre, 28 septembre, 2 novembre 1833. — Voir en particulier l'article du 2 novembre : ... We hâve long been accustomed to hear the changes rung on Oastler and Sadler, and Sadler and Oastler, ad nauseam. — They hâve had the patronage of the Factory Exchequer; and ail the swaddlers — the humbugs — and the money-loving London press, who, Nvithout any real feelings on the subject, but for the base purpose of courting popularity, hâve been loud in their applause of thèse Wilberforces the second... — Sur les attaques dont Sadler et Oastler étaient l'objet dans le Yorkshire (affaire Poster), voir également Morning Chronicle, 17 et 25 décembre 1833. — Les deux agitateurs semblent bien n'avoir commis d'autre crime que de très mal tenir leur comptabiUté.

2. Factories Inquinj Commission. Report of Central Board of Commissioners, pp. 53, 58-59, 64. — Voir à ce sujet les débats, H. of C, 12 août 1833 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XX, p. 530).

3. Pal. Reg., 14 décembre 1833: Mr. Fielden's Letter to Mr Cobbett (vol. LXXXII, p. 652). — Cf. Leeds Intelligencer, 22 juin 1833.

le premier jour d'application de la loi : il fallait que ce jour-là les ouvriers de tous âges refusassent de travailler plus de huit heures, et sortissent de l'usine en même temps que les enfants visés par la loi. C'est ici la première origine de la revendication des huit heures.

Fielden préconisa cette idée, promit de réaliser lui-même la réforme dans ses ateliers à la date fixée. Il se mit en rapports avec Cobbett, qui n'avait jamais été partisan bien chaud de la législation des fabriques — il y avait sans doute, dans ce mouvement, trop de « méthodistes » pour son goût —, mais qui adhéra tout de suite à ce projet d'agitation nouvelle. Robert Owen se joignit à eux ^. II avait été en quelque sorte submergé par la grande vague démocratique qui, de 1830 à 1832, avait passé sur l'Angleterre. Maintenant les ouvriers lui revenaient, désenchantés de l'action politique, séduits de nouveau par l'idée de l'action sociale, ou, comme nous dirions aujourd'hui, de l'action directe. Il incorpora la revendication des huit heures au programme de la « Société de Régénération Nationale » qu'il venait de fonder, et dont les visées étaient plus ambitieuses. Il s'agissait de grouper tous les travailleurs en un syndicat unique, qui devrait, à un jour fixé que Robert Owen déclarait proche, faire sentir, par une grève générale, sa puissance, et se transformer en une vaste coopérative pour l'exploitation en commun des moyens de production. Les ouvriers entrèrent en masse, pendant les premiers mois de 1834, dans le Grand National T rades Union de Robert Owen '^. Non seulement les ouvriers de l'usine, mais aussi les ouvriers de la terre. Les campagnes du sud, où les propriétaires avaient essayé de reprendre à leurs ouvriers quelquesuns des avantages consentis en 1832, se cou\Tirent de syndicats. Les mêmes désordres agraires se produisirent qu'en 1830 et 1831 ^

Lord Melbourne, pour lutter contre un mouvement qui commençait à alarmer la bourgeoisie, ne demanda pas de lois nouvelles, ne prit pas directement l'initiative des mesures de répression. Mais il encouragea les autorités locales à appliquer rigoureusement les lois existantes. Au mois de mars 1834, six ouvriers du Dorsetshire, d'inofîensifs méthodistes dont deux étaient des prédicateurs locaux, furent condamnés, pour prestation de serments illégaux, à sept ans de déportation. C'est le 18 mars que la cause

1. Pour toute cette affaire, voir Poor Man's Guardian, 28 décembre 1833; Pol. Rcg., 7, 14, 21 décembre 1833 (vol. LXXXII, pp. 624 sqq., 641 sqq., 752); Morning Chronicle, 7, 8 décembre 1833, 23 janvier 1834 (une protestation d'Ebenezer Elliott et de quelques autres).

2. S. and B. Webb. Hist. of Tradc Unionism, 2^ éd., 1920, pp. 133 sqq.

3. Morning Chronicle, 5, 26 novembre 1833 ; Pol. Reg., 23, 30 novembre; 14 décembre 1833 ; 1 " et 8 février 1834 (vol. LXXX n, pp. 468 sqq., 524 sqq., 670 sqq. ; vol. LXXX I II, pp. 259 sqq., 332 sqq.).

fut jugée; et, dès le 15 avril, le gouvernement les embarquait pour l'Australie ^. Cette sentence provoqua dans les milieux radicaux une indignation extrême ^. Mais il faut reconnaître que la politique de lord Melbourne réussit. Les travailleurs anglais se virent rejetés sur la défensive. Personne n'entendit plus parler du programme de la journée de huit heures; et la seule manifestation ouvrière, au printemps de 1834, ce fut un grand défilé des corporations de métiers à travers les rues de Londres, pour protester contre la condamnation des six Dorchester Labourers. Le défilé impressionna l'opinion bourgeoise par le nombre de ceux qui y prirent part : cent mille hommes suivant les évaluations les plus audacieuses, certainement trente mille ^. L'exemple des révolutions parisiennes préoccupait toujours en Angleterre les classes dirigeantes : Lyon venait de s'insurger, et il est possible que certains révolutionnaires, à Londres, aient songé à un coup de main armé *. Mais la manifestation fut rassurante par son caractère pacifique.

Suffisait-il cependant de réprimer les troubles lorsqu'ils se produisaient* quitte à les voir se reproduire un an, deux ans plus tard? Ne serait-il pas possible d'en découvrir la cause, et, par la suppression de la cause, d'en prévenir à jamais le retour? Entendons bien que les troubles qui préoccupaient vers cette date en Angleterre les classes dirigeantes, ce n'étaient pas les troubles qui, d'une manière presque chronique, agitaient les districts du nord. Le grand événement dont le souvenir obsédait les hommes d'État, c'était la Révolution française, dont les journées de juillet semblaient annoncer le retour. Or la Révolution française avait commencé par une révolution agraire et par une révolution parisienne. Ce qui paraissait donc à craindre maintenant, c'était, avec l'esprit révolutionnaire des radicaux de Londres, cette anarchie rurale par laquelle Londres était en quelque sorte cerné. Aucun doute, d'ailleurs, sur les causes de cette anarchie. Si les comtés du sud en étaient infestés, si les comtés du nord en étaient exempts, c'est parce que dans ceux-là, à la dilïérence de ceux-ci, on avait pris l'habitude de distribuer des allocations à tous les ouvriers, en vue d'améliorer leur condition, chaque fois que leur salaire était inférieur à un certain salaire considéré comme normal. D'où

1. S. and B. Webb, Hist. o/ Trade Unionism, 2« éd., 1920, pp. 143 sqq. Sur la légalité de la condamnation des Dorchester Labourers, voir la curieuse correspondance de lord John Russell avec lord Melbourne, 2, 6, 9 octobre 1835 (Early Correspondence of lord John Russell, vol. U, pp. 132, 138, 143).

2. Voir Westm. Rev. juillet 1834, art. m. The Dorchester Labourers (vol. XXI, pp. 52 sqq.).

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