Greville Memoirs, 7 juin
anglaises, que de se laisser prendre à cette apparence. On raconte que Coleridge, peu de temps avant de mourir, comme il observait l'assaut livré à l'Église d'Angleterre par un si grand nombre d'ennemis coalisés — catholiques, protestants, libres-penseurs —, la déclarait condamnée puisqu'elle avait soulevé tant de haines, et dans des camps si différents. Comme Greville, il se trompait. Il aurait dû comprendre qu'elle allait être sauvée par le caractère disparate de cette coalition hostile.
Au premier rang de cette coalition se trouvent les catholique d'Irlandes : et c'est assez déjà pour la rendre suspecte à l'opinion anglaise. Car les Anglais n'éprouvent pour les Irlandais que haine et que mépris. Non pas seulement les Anglais des classes bourgeoises. Le bas peuple ne pardonne pas aux ouvriers irlandais de venir, dans les campagnes du midi, dans les usines du nord, faire concurrence à son travail et gâter ses salaires. Nous avons vu que les troubles agraires de 1830 avaient commencé par une émeute d'ouvriers du Kent contre les immigrants irlandais. Dans le nord, des incidents de ce genre sont en quelque sorte quotidiens. Pendant un temps, cette agitation anti-irlandaise s'est confondue avec l'agitation générale; elle peut même avoir contribué, en aggravant le désordre, à hâter le vote de la Réforme. Mais, à présent que la crise est franchie, l'alliance d'O'Connell avec les radicaux anglais est pour ceux-ci une cause de faiblesse. Pendant toute la session de 1833, la question de la réforme de l'Église a été présentée au public comme une question plus irlandaise qu'anglaise. Le public anglais s'en désintéresse en conséquence; il devient sourdement hostile à certaines idées qui naguère ne l'effrayaient pas. Si le parti du disestablishment et du disendowment de l'Église, c'est le parti des vils Irlandais — the low Irisli —, la cause de l'Église redevient la cause de la nation : que l'Église ait la sagesse d'accepter un minimum de réformes nécessaires, sa position de nouveau se trouvera bien forte.
Dans leur lutte contre l'Église Établie, les catholiques irlandais ont pour alliés les protestants des sectes. Par elle-même cette alliance est hétérochte : les alliés ne doivent-ils pas fatalement s'apercevoir tôt ou tard qu'ils détestent l'Église pour des raisons extrêmement différentes? Mais il y a plus : les sectes protestantes elles-mêmes ne constituent pas un bloc homogène. Sur cette question de la séparation de l'Église et de l'État, elles se divisent.
Il y a une fraction du monde nonconformiste qui assiste avec mauvaise humeur au mouvement ascendant des idées libérales et démocratiques. Le méthodisme wesleyen n'a jamais aimé à être confondu avec les Dissidents ; rameau détaché de la Basse Église, Haute-Église du nonconformisme, il se pique de neutralité entre l'Église Établie et les sectes, aspirant à
pénétrer l'une et les autres, par l'influence de sa prédication, d'un esprit nouveau conforme à l'Évangile. En 1829, la « Conférence » n'a pas eu l'occasion de se prononcer collectivement sur la question de l'émancipation catholique, tant les débats ont été rapidement enlevés dans l'intervalle de deux conférences annuelles : mais les wesleyens, tout le monde le sait, ont été en majorité hostiles à l'émancipation. Elle s'est, un peu plus tard, désintéressée de la question de la réforme électorale, exhortant ceux qui suivent ses instructions à ne pas négliger le salut de leurs âmes en se passionnant outre mesure pour les questions politiques du jour^. Peut-être les wesleyens sont-ils en majorité des tories : leur grand homme, le Rev. Jabez Bunting, n'a-t-il pas déclaré que « le méthodisme était aussi opposé à la démocratie qu'au péché- »? La Conférence, par des prescriptions expresses, enjoint aux wesleyens de ne pas s'afTilier aux trade unions, en d'autres termes, pour parler son langage, « à des associations qui ébranlent les fondements de la liberté vraie, qui usent de serments illégaux, de menaces, de violences pour enrôler des membres nouveaux et atteindre des fins susceptibles d'ébranler la société' ». Maintenant que la séparation de l'Église et de l'État est en jeu, la Conférence adopte, à l'égard de cette nouvelle agitation, la même attitude de neutralité hostile. Elle déplore « les violentes controverses qui sont engagées sur les affaires tant civiles qu'ecclésiastiques »; déclare « essentielles » « les formes du gouvernement ecclésiastique », et recommande aux fidèles de ne point prendre un intérêt trop chaud à ces querelles *.
C'est une attitude difficile à comprendre pour certains membres des sociétés locales. Mais Bunting et la Conférence bravent leurs résistances et les surmontent. Un ministre wesleyen du Lancashire, le Rev. Joseph Rayner Stephens, accepte, sans en référer à son supérieur hiérarchique.
1. Adresse de la Conférence de 1831 : We live in times of great political ferment and agitation. Take heed to yourselves, brethren, « lest your hearts be overcharged with cares of this life ». Let not worldly politics engross too much of your time and attention. — Adresse de la Conférence de 1832 : ... it... seems probable that many of you may, in a short time, be required to take part in contests for the représentation of your respective towns and counties in Parliament, to whom such strife will be new, and the moral effect of them upon your minds untried, and unanticipated... We remind you that the Kingdom which you seek « is not of this world i. You may innocently exerci e the privilèges which belong to you as members of civil Society; ... but can you, with perfect security to your religious char.; et er and your peace of heart, become the ardent agents of political parties? (Minutes of Confcrenct, vol. VII. pp. 74, 183. de 1832).