T. P. Bunting, The Life of Jabez Bunting, vol. I, p
3. Adresse de la Conférence de 1833 (Minutes, vol. VII, p. 306).
4. Adresse de la Conférence de 1833 (Minutes, vol. VII, pp. 305-6).
le poste de secrétaire d'une Church Séparation Society : il est suspendu comme ayant manqué à « l'esprit pacifique et antisectaire » du méthodisme wesleyen ^. Alors une sorte d'insurrection éclate dans les groupes méthodistes du Lancashire : un grand nombre de laïques, sous la direction du ministre Warren, prennent possession des chapelles locales, refusent d'accepter le contrôle de leur surintendant ^. La Conférence soumet l'affaire aux Cours Supérieures de Justice et elle remporte la victoire. Un jugement du Vice-Chancelier, confirmé par le Chancelier, donne pour la première fois à la Conférence, à l'organisation centrale du Wesleyanisme, une sorte de consécration juridique ^. La même année, toute l'organisation du méthodisme est revisée, de manière à donner aux membres laïques un contrôle limité sur la gestion financière des Églises, mais à maintenir en revanche à la Conférence son entière autorité spirituelle et son caractère exclusivement ecclésiastique *.
Les conservateurs commencent à rendre justice à cette secte si peu sectaire. Le Quarterly Review fait l'éloge des wesleyens ^. L'archevêque de Canterbury, à la Chambre des Lords, les remercie publiquement pour l'attitude qu'ils ont adoptée dans la querelle de l'Église avec les sectes ^ Phillpotts, l'évêque d'Exeter, fameuxpour la fougue de son zèle ecclésiastique et tory, les exhorte amicalement dans un mandement à vouloir bien rentrer dans le sein de l'Église ^ : le bruit court avec persistance que des négociations ont été engagées entre lui et Bunting pour la réunion des wesleyens avec les anglicans*. Et c'est une chose caractéristique que
1. Pour l'affaire Stephens, v. Minutes, vol. VII, pp. 417-9. — John Wilks, le seul membre du Parlement qui appartînt à la connexion méthodiste, fut « excommunié » par les wesleyens en 1834 : il était suspect en sa qualité de Ubéral avancé, et fut accusé, entre autres choses, d'avoir, à un banquet donné en l'honneur du radical Duncombe, tenu des propos dont la moralité était douteuse {British Magazine, !«' septembre 1834; vol. VI, pp. 196-8, 318-9).
2. A. Stevens, History of... Methodism, vol. III, pp. 368-9. — Minutes of Conférence, vol. VII, pp. 542 sqq.
3. V. dans A. Stevens, History of ... Methodism, vol. III, pp. 368-9, les éloges prodigués par le Vice-Chancelier à la connexion : « It is my firm beUef, that to that body we are indebted for a large portion of the religions feeUng which exists among the gênerai body of the community, not only of this country, but throughout a great portion of the civilized world besides ».
4. Pour les détails de cette nouvelle constitution, voir Minutes, vol. VII, pp. 548 sqq., 573 sqq.
5. Quart. Rev., février 1835, art. vu. The Church and the Voluntarg System (vol. LUI, p. 193n.. p. 197).
6. H. of L., 1" août 1834 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXV, p. 860).
7. A. Stevens, History of ... Methodism, vol. III, pp. 290 sqq.
8. Christian Advocate, 16 septembre 1833. — Cf. Pusey au Rev. R. \V. Jelf, 16 février 1834 : I hope yet some means may be devised by which the Wesleyans at least may be reunited to the Church (H. P. Li'ddon, Life of E. B. Pusey, vol. I, p. 286) — et le dialogue comique, dans le Coninijsby de DisraëH (livre II, chap. ii), entre
ces avances faites par les wesleyens au clergé officiel, par cehii-ci aux wesïeyens, ne nuisent pas sérieusement aux wesleyens dans l'opinion publique. Pendant quatre ans seulement, au moment de la crise provoquée par les Warrenites, le nombre des wesleyens demeure en Grande-Bretagne à peu près stationnaire aux environs de 290 000. Puis le mouvement ascensionnel reprend. Leur nombre passe, en Angleterre et dans le pays de Galles, de 248 592 en 1830 à 323 178 en 1840 ^
Ce qui est vrai du méthodisme wesleyen ne l'est pas des sectes qui se sont formées au sein du Wesleyanisme lui-même, se détachant précisément de la « connexion « fondée par Wesley parce qu'ils ne la trouvent pas animée d'un esprit assez démocratique. Les membres de la « Nouvelle Connexion Méthodiste », les « Méthodistes Primitifs », les « Chrétiens Bibliques », les « Méthodistes Protestants », et ceux qui viennent, sous la direction de Warren, de prendre le nom de « Méthodistes Associés », fraternisent avec les congrégationalistes et les baptistes pour demander la démocratisation et la laïcisation de l'État. Tous ces groupes forment le gros de l'armée anti-anglicane dans l'Angleterre proprement dite. Mais, si cette armée est affaiblie, sur son aile droite, par l'hostilité du parti orthodoxe que représentent les wesleyens, elle est affaiblie par surcroît, sur son aile gauche, par la défection du parti socinien et latitudinaire. Ceux-là reprochent aux protestants démocrates, aux Political Dissenters^, d'ébranler la foi en ébranlant l'Église, et, en se mêlant à la lutte des factions, d'oublier le ciel pour la terre. Ceux-ci leur adressent un reproche contraire : ils les trouvent trop dogmatiques, trop fanatiques. Le libéralisme intellectuel dont ils se piquent les rend, par un détour inattendu, plus indulgents à l'égard de l'Église Établie.
La presse du Dissent se divise. Ni ÏEclcdic Review, le vieil organe de
Lord Fitz Booby et le grand agent électoral du parti conservateur. « The Wesleyans ! said Tadpole. We never counted on the Wesleyans! » « I am told thèse Wesleyans are really a very respectable body, said Lord Fitz Booby, I believe there is no very material différence between their tenets and those of the Establishment. I never heard of them much till lately. We hâve too long confounded them with the mass of the Dissenters, but their conduct at several of the latter élections proves that they are far from being unreasonable and disloyal individuals. When we corne in, something should be done for the Wesleyans, eh Rigbv? »
1. Voici les chiffres,' année par année. 1830 : 248 592; 1831 : 249 119 (la crise politique a ralenti le mouvement ascensionnel); 1832 : 256 272; 1833 : 279 970; 1834 : 291 939 ; 1835 : 290 988 ; 1836 : 293 132 ; 1837 : 292 693 ; 1838 : 296 801 ; 1839 : 307 068 ; 1840 : 323 178.
2. C'est de cette époque que semble dater l'expression, bientôt couramment employée pour désigner les membres des sectes dissidentes qui « font de la politique » V^oir Congregaiional Magazine, novembre 1835 : the individuals who are denominated n certain quarters Political Dissenters (vol. XI, new séries, p. 687).
la bourgeoisie dissidente, ni le Congregational Magazine, ne sont favorables aux revendications extrêmes des sectes. Le Christian. Advocate demande la séparation de l'Église et de l'État, mais ile Patriot est indécis et changeant. Particulièrement intéressante à observer est l'attitude du groupe des unitariens. Rejetant le dogme de la divinité de Jésus-Christ, ayant dans toute la première partie du siècle fait presque ouvertement profession d'une sorte de matérialisme, ce sont à peine des chrétiens. Ils sont en relations étroites d'amitié avec le groupe de Bentham. L'unitarien BowTing a capté la confiance du grand homme vieillissant; John Mill écrit dans l'organe des unitariens, le Monthly Repository de Fox, et fonde en collaboration avec eux le London Review. Inversement les unitaires sont en guerre ouverte avec les congrégationalistes et les baptistes qui travaillent à les chasser du vieux comité « des trois Dénominations », à les expulser même de leurs chapelles, alléguant qu'ayant été fondées jadis pour l'enseignement du dogme de la Trinité, elles ne peuvent être laissées aux mains de ministres qui violent la volonté des fondateurs. Or, ces unitaires, loin de rivaliser de radicalisme avec les sectes plus orthodoxes, refusent d'appuyer les revendications extrêmes de celles-ci : la séparation de l'Église et de l'État, la suppression du banc des évêques à la Chambre des Lords. Leurs pasteurs sont des gens cultivés qui fréquentent les hommes d'État, préconisent une politique de compromis et reprochent aux « fanatiques » du congrégationalisme de compromettre leur cause, dans ce qu'elle a de légitime, par leur intransigeance. « J'ai été convoqué, écrit l'un d'entre eux, par le Comité Uni (mieux vaudrait dire désuni), et j'ai refusé d'y aller. L'état des Dissidents est déplorable. Ni entente commune, ni confiance; presque désavoués par le gouvernement. Dans ces circonstances, les hommes qui tiennent à la pureté des principes, et ont le sentiment de l'honneur, n'ont d'autre parti à prendre que de se tenir à l'écart ^. »
Même froideur, à l'égard de la thèse de la séparation, parmi les intellectuels du parti vainqueur en 1832, radicaux ou libéraux avancés. Détachés de la foi chrétienne, ils n'ont jamais aimé les évangéliques, pas plus ceux de l'Église que ceux des sectes, pas plus ceux qui dans les sectes sont partisans du maintien de l'alliance de l'Église avec l'État, que ceux qui demandent à grand bruit qu'elle soit dénoncée. Bien que les sectes protestantes soient dans les circonscriptions électorales l'appoint de leur majorité, ils les froissent constamment par des provocations gratuites.
1. Le Rev. Robert Aspland au Rev. R. Rrook Aspland, 17 mars 1834 (R. Brook Aspland, Memoirs of... the Rev. Robert Aspland, 1850, p. 535).
Lord Brougham, comparaissant à titre de témoin devant une commission de la Chambre des Lords, attribue l'accroissement de la criminalité dans les basses classes à la prédication de l'antinomianisme par les protestants fanatiques^; Roebuck, en réunion publique, dénonce le « misérable fatras » des scrmonnaires des sectes ". Encore deux ou trois ans, et tout le monde sera d'accord pour attribuer les échecs électoraux subis par un certain nombre de radicaux notables en 1837 à l'abstention des puritains qui ne veulent pas voter pour ces moralistes trop libéraux *. Tous les hommes de ce groupe continuent donc à se déclarer, pour la forme, partisans de la séparation de l'Église et de l'État; mais est-il sûr qu'ils en soient, au fond, les partisans bien ardents? Voici que certains High Churchmen en viennent à préférer le régime de la séparation de l'Église et de l'État, si l'alliance est pratiquée de telle sorte que l'Église subisse le joug d'un État sceptique et incroyant. Les libéraux inversement commencent à apprécier une alliance qui permet à des ministres whigs d'imposer à l'Église des évêques dépourvus de fanatisme : si l'Église était séparée de l'État, Whately ne serait pas archevêque de Dublin.
Il faut noter enfin, chez certains intellectuels, une sorte de désenchantement. John Stuart Mill, destiné par son père depuis l'enfance à devenir un jour le chef de l'école utilitaire, a raconté dans un livre classique la crise qu'il traversa vers cette date. Ses amis Maurice et Sterling subissaient l'influence de Coleridge, de la métaphysique allemande, et, l'un après l'autre, se faisaient ordonner prêtres anglicans. Stuart Mill, qui ne pouvait les suivre, éprouvait cependant le même malaise qu'ils avaient éprouvé avant de se convertir, sentait l'insuffisance sentimentale de la doctrine utilitaire, la nécessité de la compléter par quelque emprunt à une source étrangère, de corriger en quelque sorte Bentham par Coleridge. Le hasard le mit en contact avec deux missionnaires saint-simoniens, venus de Paris pour opposer le millénium de Bazard et d'Enfantin au millénium d'Irving, au millénium de Robert Owen; et il crut avoir trouvé dans la religion saint-simonienne cette foi nouvelle qui, sans le condamner à revenir aux dogmes morts, lui permettrait de combler le vide de son âme. Carlyle, dont il était devenu l'ami intime, subissait la même influence. Pendant deux ou trois ans le jeune Carlyle et John Stuart Mill, plus jeune encore, se crurent philosophiquement d'accord : ils communièrent en Saint-Simon.
1. J. Waddington, Congre gational History, Continuation ta 1850, pp, 389-390..