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LES INSTITUTIONS DE CRÉDIT ET LES CRISES

La nouvelle société économique repose sur BANQUIERS DE ^^ principe que chaque chef d'entreprise sait

PROVINCE ET DE i i x i i

LONDRES. LA BANQUE ^^'^^ P^^^' ^" ^"^^^"^ ^^ "'^"^ ^^ ^""^-^ ^^"^- D'ANGLETERRE poraires, écouler chaque année plus de pro-

duits qu'il n'en a écoulé l'année précédente, et, en forçant l'offre qu'il fait de ses marchandises, accroître chaque année le nombre de ses clients, la demande de sa clientèle. Il sait môme qu'il peut employer, à étendre sa production, plus que ses disponibilités. Normalement, constamment, il emprunte. Il a donc besoin des services d'un banquier, pour lui avancer les capitaux nécessaires. Un vaste système de banques, qui date de plus d'un siècle, sert, ou devrait servir, de régulateur à l'organisation industrielle du peuple anglais.

A la périphérie du système se trouvent les banques provinciales, les country banks, dont Adam Smith trouvait déjà le nombre exagéré, mais qui se sont encore multipliées pendant les années qui ont suivi la Guerre de l'Indépendance américaine. Un commerçant, un manufacturier, un boutiquier, se met d'abord à faire en petit le commerce d(; l'argent, recevant des dépôts, avançant de l'or sur lettres de change. Il demande seulement à n'être pas obligé de rendre l'argent déposé sans délais; en attendant, il s'en sert pour faire l'escompte. Bientôt, trouvant que cet ordre d'affaires est trop absorbant pour être cumulé avec d'autres opérations, il devient purement et simplement un banquier, spécialisé dans l'art d'effectuer, pour le compte des industriels

et des commerçants, les paiements et les recouvrements, s'ingéniant à les rendre aussi économiques et aussi expéditifs que possible ^ Ici, comme dans toutes les branches de Factivité commerciale en Angleterre, c'est l'individualisme qui prévaut. Sur vingt-huit ou trente sociétés par actions qui font la banque en Ecosse, une statistique de 1819 en compte vingt où le nombre des actionnaires est inférieur à quinze, et ne dépasse quelquefois pas deux ou trois ^. En Angleterre, la formation de joint stock banks est prohibée ; ce sont des banques dirigées par des individus isolés, des banques privées, qui pullulent^. Malgré les crises qui, périodiquement, entraînent la liquidation d'une foule de maisons, le nombre en va toujours croissant. Elles étaient trois cent cinquante-trois avant la crise de 1797; elles sont trois cent quatre-vingt-six en 1800 ^. Elles sont six cent quarante-six en 1810 après une nouvelle crise*; sept cent soixante et une en 1813, après une troisième crises Une nouvelle période d'embarras s'ouvre en 1814, et va se prolonger jusqu'en 1817 : quatre-vingt-neuf banques succombent au cours de ces trois années ^. Mais l'expérience passée est faite pour inspirer confiance aux banquiers. En dépit de tant de désastres, le système gagne toujours en amplitude.

La coutume d'accumuler à domicile des pièces d'or et d'argent se perd dans les campagnes anglaises. Le numéraire, à peine reçu, disparaît chez les banquiers, qui trouvent plus facilement, à mesure que se développent le commerce et l'industrie, des placements avantageux pour cet argent. En Ecosse, où les banques jouissent d'un régime plus libéral qu'en Angleterre, s'est généralisé le système des cash accounts ''. La banque ouvre à un individu un crédit d'une certaine somme — 2 000 ou 3 000 1., par exemple — sur la garantie de deux personnes dont la solvabilité est connue. Les banques écossaises ont d'ailleurs la réputation d'accorder à leurs créanciers des facilités

1. Sur cette histoire primitive des banques, voir Thornton, Enquiry, chap. vu. — Cf. Sir William Forbes, Memoirs of a banking house, 1860 (histoire de la banque Coutts, d'Edimbourg).

2. Appcndix to Lords' Report on the Resumption of Cash Payments, 25 avril 1819, cité Ed. Rev., fév. 1826, no. LXXXVI, art. I. Thoughts on Banking (vol. XLIII, pp. 282-283).

3. An Account of the number of country banks in England and Wales ... distinguishing ... the number of partners concerned in the banks of each county, 1819. En janvier 1811, pour 649 banques, 1 947 associés, en janvier 1812, pour 625 banques, 1812 associés; en janvier 1813, pour 643 banques, 1967 associés; en janvier 1814, pour 689 banques, 2 069 associés; en janvier 1815, pour 696 banques, 2 164 associés.

4. G. Chalmers, Considérations on Commerce, Bullion and Coin, éd. de 1819, pp. 227 sqq. — Voir ses observations critiques sur les statistiques officielles.

5. An Account of the number of country banks in England and Wales ..., 1819.

6. 27 en 1814; 25 en 1815; 37 en 1816. Marshall, Digest, vol. II, p. 172; Pebrer, Taxation, p. 284.

7. Hume, Balance of Trade, Essays, éd. Green and Grose, vol. I, pp. 339-340. — Adam Smith, Wealth of Nations, Book II, chap. n, éd. Thorold Rogers, vol. I, pp. 297-298.

exceptionnelles de remboursement. L'Angleterre ignore cette pratique : tout au plus certains banquiers consentent-ils à faire des avances sur hypothèques ou sur la garantie qu'offre un fonds de commerce *. C'est par l'escompte des effets de commerce que le capital sort des banques pour être employé à la production, La méthode a pris, dans le Lancashire, une telle extension que des effets à un ou deux mois, tirés sur Londres, constituent une sorte de monnaie fiduciaire par laquelle s'effectuent, à l'exclusion de toute autre, les gros paiements commerciaux^. A mesure que la circulation des lettres de change se généralise, le numéraire devient moins utile. Les banquiers découvrent que, pour faire face aux retraits de dépôts, ils n'ont pas besoin — il s'en faut de beaucoup — de conserver une réserve égale au chiffre des dépôts. Mais alors pourquoi ne pas étendre leur clientèle, accroître la circulation, en s'instituant émetteurs de papier-monnaie et en faisant l'escompte avec des billets remboursables à vue? On estime que, de 1810 à 1815, les banques privées, dans les provinces, mettent en circulation des billets pour une valeur de 20 000 000 1. environ'. Telle maison, en 1810, en faisait passer à ses clients pour une valeur de 700001.*. Les billets de la Banque d'Angleterre perdent du terrain devant le papier des banques privées. A cinquante ou soixante milles de Londres, ils cessent d'être en usage ^. Un peu plus loin commence la région où les fermiers et les boutiquiers refusent les billets de la Banque d'Angleterre, dont l'aspect leur est trop peu familier. Des coupures d'une demi-guinée sont signalées en 1802 ^ Cobbett affirme avoir aperçu, en 1810, des coupures de sept shillings'. Des billets de valeur aussi minime en viennent à suffire presque à tous les besoins de la circulation courante.

Arbitres du crédit, les banquiers constituent à travers l'Angleterre une corporation très influente. Cobbett fait le compte des châteaux qu'il voit racheter par ces squires d'un nouveau genre, — country rag merchants, comme il les appelle, marchands de chiffons en vérité, puis-

1. Gold Bullion Committee, Min. of Ev., p. 76. — La pratique est désapprouvée par la majorité des banquiers (/6id., pp. 163, 211).

2. Thorntori, l'Jnqiiiry, pp. 43-44 n. — Gold Bullion Committee, Min. of Ev., p. 178.

3. Ed. Rev., fév. 1826, no. LXXXVl, art. l. Thomjhts on Banking (voL XLIll, pp. 272- 273), donne les chilTres suivants, empruntés à une statistique dressée par Mr. Sedgvvick/ Chairman of the Board of Stamps, d'après le nombre de timbres distribués aux banques provinciales. 1810 : 2181«f)00 1.; 1811 : 214.^3000 1.; 1812 : 19944000 L; 1813 : 22r)U7 0(M) I.; 1814 : 22 70!) 000 L; 18i.'i : 19 011 000 1.

4. Gold Bullion Committee, Min. of Ev.. pp. 330-331. ."). Gold Bullion Committee, Min. of Ev., p. 16.").

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