‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 236 sur 387 · Life, vol, IV, p. 180 : Journal, 24 avril · texte numérisé non relu

Life, vol, IV, p. 180 : Journal, 24 avril

l'attention du public anglais au cours des vingt dernières années — duel d'un premier ministre et du chef de l'Opposition, duel de deux membres du même Cabinet, — l'usage entre visiblement en décadence, il est dans la marine et dans l'armée l'objet d'une répression sévère* : c'est en effet de la propagande évangélique^. Il faut attribuer à la même propagande les protestations de l'opinion, chaque jour plus bruyantes, contre les plaisirs brutaux où se complaît non seulement le bas peuple anglais, mais l'aristocratie elle-même. Séances de pugilat offertes par des professionnels aux habitants des grandes villes. Combats de coqs. Combats d'ours ou de taureaux avec des chiens : contre un ours, ou un taureau, attaché à un poteau, on lance toute une meute, et le combat, savamment suspendu au moment opportun, peut se prolonger plusieurs jours sans que l'ours ou le taureau succombe'. Les « Saints » font des efforts répétés pour obtenir que le Parlement, par une loi, protège les animaux contre la cruauté des hommes; à la Chambre haute lord Erskine leur apporte une assistance zélée*. De grands débats, auxquels les premiers orateurs du Parlement prennent part, s'engagent sur la question. Windham est l'ardent défenseur de ces passe-temps cruels : il dénonce la conspiration des Méthodistes avec les Jacobins pour rendre le bas peuple sérieux, triste, raisonneur, mécontent. Il l'emporte ; la loi réclamée par le parti évangélique n'est pas votée, et on continue à organiser des combats de taureaux au cri de Windham and Liberty''. Mais est-il besoin de lois nouvelles? En 1811, l'Attorney General, consulté, déclare qu'un combat de taureaux, par le fait que, donné sur la voie publique, il entrave et rend dangereuse

1. Voir Brenton, Life of lord Saint-Vincent, vol. 1, pp. 409 sqq., l'interdiction faite par l'Amirauté à lord Saint-Vincent d'accepter le duel que lui réclame Sir John Orde. — En 1812, un conseil de guerre casse un lieutenant, « for scandalous and infamous behaviour », parce qu'il a voulu forcer des officiers qui se querellaient à se battre en duel {Examiner, i" nov. 1812).

2. Après le duel de Pitt avec Tierney, Wilberforce songea à faire condamner le duel au Parlement par une résolution de principe (Life, vol. II, pp. 281-282).

.3. Dans les rixes du Lancashire, on a le droit d'étrangler son adversaire, de l'assommer à coups de souliers ferrés. A partir des premières années du xix* siècle seulement, les Juges de Paix se mettent à réprimer sévèrement ces pratiques (Daines, Lancashire, vol. III, pp. 75-76). — UExaminer du 19 fév. 1815 signale à Pcnznnce une variante du buU-baiting : On Saturday week, near Penzance, some men and boys, accompanied by two young women, amused themselves with tail-piping a dog, which they had procured for that purpose. Ilaving fastened a bullock's horn to ils tail, they turned the affrighled animal loose, and followed it with brutal exultation ... The practice of tailpiping or, as it is thcre called pralling dogs, we believe, ranks as an amusement next to bull-l)aiting in the estimation of the lower orders in the neighbourhood of Penzance.

4. Campbell, Lives of the lord Chancellors, vol. VI, pj). 0(17 sqq. — Voir les débats parlementaires, //. of C, 2, 18 avril 1800; 12, 1.3, 15 juin 1809; — //. of L., 15 mai. 2 juin 1809; 17 avril, 8 mai, 14 mai 1810 (Pari. Hist., vol. XXXV, pp. 202 sqq. ; Par/. Deb., vol. XIV, pp. 989, 1029, 1071, pp. .5.^3, 830; vol. XVI, pp. 630, 846, 880).

5. Life of Wilberforce, vol. II, pp. 365-366. — Cf. Ilowitt, Rural Life of England, 1840, p. 522,

la circulation, constitue ce qu'on appelle dans le langage du droit anglais a nuisance, et peut donner lieu à des poursuites K Est-il même besoin de lois? D'année en année, les combats d'ours et de taureaux se font plus rares - : la propagande évangélique est si efficace qu'il n'est même pas nécessaire de recourir à la répression pénale. f Le parti évangélique s'occupe encore de protéger les enfants pauvres 1 contre l'oppression patronale. Nous avons vu la part qu'il prend au I vote des lois qui règlent, dans les fabriques, la condition des enfants I assistés'; il s'inquiète également d'améliorer par une loi la condition I misérable des petits ramoneurs de Londres \ La réforme du régime j des prisons, l'adoucissement du droit pénal, ne sont pas l'œuvre directe du parti. Bentham est un disciple de Voltaire et d'Helvétius; Romilly, un disciple de Bentham. Mais John Howard, le premier réformateur des prisons, était un Dissenter; Élizabeth Fry, William Allen, qui se préoccupent de toutes ces questions, sont des Quakers. Le réveil évangélique n'est pas sans avoir exercé une influence sur leur zèle philanthropique. Wilberforce sympathise avec tous. Chaque fois que Romilly prend la parole à la Chambre^ des Communes pour demander, en tel ou tel cas particulier, l'abolition de la peine de mort, Wilberforce intervient dans le débat pour appuyer de son autorité la proposition de Romilly^. Lorsqu'en 1812 Sir John Burdett, le démocrate révolutionnaire, demande l'abolition de la peine du fouet dans l'armée, Romilly se lève après lui pour adhérer à sa motion, tout en faisant des réserves sur plusieurs opinions émises par Sir John Burdett dans son discours ; et Wilberforce parle à son tour pour adhérer, avec de nouvelles réserves, aux opinions émises par Romilly^. Comment accorder tant de mansuétude avec la dure philosophie morale des évangéliques? N'y faut-il pas voir la contagion, involontairement subie,

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