‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 102 sur 205 · MARLBOKOLGH ET LA GUERRE · texte numérisé non relu

MARLBOKOLGH ET LA GUERRE

de défaite, mais l'incapacité de ses ofGciers et l'obstination des Hollandais lui firent perdre le fruit de ses victoires.

Les prudents stratégistes de son temps, étaient surtout stupéfaits de la vigueur et de l'audace de ses plans. Malgré son âge déjà avancé, Marlborough avait conservé la hardiesse et l'impétuosité de la jeunesse. Au commencement de la campagne de 1702, il résolut de porter, sans tarder, la guerre au cœur du Brabant. Ce plan échoua par la timidité des commissaires hollandais ; mais sa marche hardie sur la Meuse refoula les troupes françaises et lui permit de s'emparer des forteresses les unes après les autres. La capitulation de Liège termina une campagne (Jui arrachait aux Français le cours inférieur du Rhin et délivrait la Hollande de toute crainte d'invasion. Les succès de Marlborough eurent d'autant plus de retentissement, que les autres alliés avaient à subir des fortunes bien différentes. En Italie, le prince Eugène de Savoie montra son habileté en surprenant les Français dans Crémone, mais sans en tirer d'avantages réels. Une descente des Anglais sur la côte espagnole échoua complètement. En Allemagne, les Bavarois se joignirent aux Français, et leurs forces réunies défirent les troupes impériales. Aussi est-ce de ce côté que Louis XIV résolut de poursuivre ses avantages. Au printemps de 1703, une nouvelle armée, sous les ordres du maréchal de Villars, délivra de nouveau l'P^lecteur, serré de près par les forces impériales; une querelle qui s'éleva entre les deux généraux en chef empêcha seule les Français et les Bavarois de marcher sur Vienne. ,

En attendant, la pusillanimité des députés hollandais servait à souhait Louis XIV dans les Pays-Bas. Marlborough avait été créé duc et magnifiquement récompensé des services rendus l'année précédente; mais les députés des Etats Généraux déjouèrent ses espérances dans cette seconde campagne. Malgré sa sérénité habituelle, il eut un mouvement de dépit, lorsqu'ils refusèrent de se joindre à lui pour attaquer Anvers et la Flandre française; il fallut les prières de Godolpbin et du grand pensionnaire Heinsius pour le décider à retirer sa démission. Malgré ses victoires sur le Danube, les fautes de ses adversaires sur le Rhin et le secours inattendu d'une insurrection en Hongrie, les difficultés de Louis XiV^ croissaient de jour en jour. L'adhésion du duc de Savoie à la Grande Alliance menaçait ses armées en Italie d'une destruction complète, et le Portugal, en entrant aussi dans la coalition, vint offrir une base d'opération aux alliés contre l'Espagne. L'énergie du roi de France ne fit que grandir avec les difficultés ; et, tandis qu'il envoyait le duc de Benvick, fils naturel de Jacques II, contre le Portugal, et que trois petites armées cernaient les Etats du duc de Savoie, l'élite des troupes françaises rejoignit l'armée bavaroise sur le Danube. Louis XIV avait conçu le plan hardi de hâter le dénoùment par une victoire qui lui permettrait de dicter la paix à l'Empire, sous les murs de Vienne.

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Blenheim. — Le coup de maître de Louis XIV excita Marlborough à y répondre par un autre coup d'éclat, au printemps de 1704. Il montra à cette occasion une discrétion et une audace qui trompèrent à la fois ses alliés et ses ennemis. L'armée française de Flandre ne vit dans sa marche sur Mayence que le désir de transporter la guerre en Alsace. On décida les Hollandais à permettre d'éloigner leurs troupes de la Flandre et de les mener jusqu'à Coblentz, sous prétexte d'une campagne sur la Moselle. Ce ne fut que lorsque Marlborough eut traversé le Xeckar et pénétré au centre de l'Allemagne, pour se porter sur le Danube, que l'on comprit le véritable but de ses opérations. Après une inarcho difficile et périlleuse à travers les campagnes accidentées du Wurtemberg, il rejoignit l'armée impériale commandée par le prince de Bade, emporta d'assaut les hauteurs de Donauvverlh, passa le Danube et le Lech, et pénétra au cœur de la Bavière. L'imminence du péril amena sur le théâtre de la guerre les deux armées, qui luttaient l'une contre l'autre sur le cours supérieur du Hhin. L'arrivée du maréchal de Tallard avec trente mille hommes de troupes françaises, sauva pour le moment l'électeur de Bavière de la nécessité d'une soumission; mais la jonction de Marlborough avec le prince Eugène rendit les forces des deux armées égales en nombre. Après quelques marches et contre-marches, les adversaires se rencontrèrent sur la rive droite du Danube, entre la petite ville de Hochstœdt et le village de Blindheim ou Blenheim, qui ont donné tous deux leurs noms à une des plus mémorables batailles de l'histoire. A un certain point de vue elle est unique dans l'histoire. La race germanique tout entière s'y trouvait représentée par les Anglais, Hollandais, Hanovriens, Danois, VVurtembergeois et Autrichiens, qui suivaient Marlborough et le prince Eugène. Les Bavarois et les Français, qui comptaient, comme leurs adversaires, une cinquantaine de mille hommes, étaient campés derrière une petite rivière coulant à travers un terrain marécageux jusqu'au Danube. La position était assez forte, le front de l'armée se trouvant couvert par les marais, la droite par le Danube, la gauche par le terrain accidenté d'où sortait le fleuve; enfin Tallard s'était non-seulement retranché, mais il possédait une artillerie très-supérieure à celle des alliés.

Marlborough se trouvait pour la première fois libre d'agir à sa guise : « J'ai tout lieu d'espérer « , écrivait-il avec calme, « que tout marchera à souhait, car j'ai enh'u des officiers prêts à m'obéir sans discuter, tandis qu'en Flandre, j'étais obligé de soumettre mes plans à l'approbation d'un conseil de guerre. " Les obstacles étaient cependant si formidables, que bien que les alliés se fussent mis en mouvement dès le lever du soleil, le prince Eugène, qui commandait l'aile droite, ne put franchir le fleuve qu'à midi. L'infanterie anglaise le passa immédiatement à gué, sur la gauche, et attaqua le village de Blenheim, où le gros de l'infanterie française s'était retranché; mais l'attaque fut repoussée après une lutte achar-

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née, et à l'autre bout de la ligue, les Français surent tenir le prince Eugène en respect. Ils croyaient leur centre hors de toute atteinte; Marlborough le choisit justement pour son principal point d'attaque; ayant fait faire une route artiGcielle à travers le marais, il put enfin lancer huit mille hommes à cheval sur la cavalerie française, qui se croyait à l'abri. Deux charges furieuses, commandées par Marlborough en personne, décidèrent de la journée. Le centre de l'armée française fut refoulé vers le Danube et obligé de se rendre; l'aile gauche se replia en désordre sur Hochstcedt; la droite, enfermée dans Blenheim et privée de tous moyens de fuir, tomba aux mains des ennemis; vingt mille hommes seulement réussirent à s'échapper, douze mille avaient été tués et quatorze mille faits prisonniers. L'Allemagne était désormais délivrée des Français, et Marlborough, qui poursuivit les restes de l'armée française jusqu'en Alsace, se rendit bientôt maître de la basse Moselle. ALais les pertes de la France ne pouvaient s'évaluer seulement au nombre d'hommes et de forteresses ; une centaine de victoires depuis Rocroy avaient appris au monde à regarder l'armée française comme invincible, lorsque la nouvelle de la défaite de Blenheim et de la capitulation de l'élite de ses soldats rompit enlin le chnrme. Dès lors ce furent les alliés victorieux qui répandirent partout la terreur, et le nom de Malbrough devint une sorte d'épouvantail pour les enfants français.

Ramillies. — Kn Angleterre même, la victoire de Blenheim contribua puissamment à modifier la politique du gouvernen)ent. Les tories avaient résolu de s'assurer la majorité dans la Chambre des communes, en excluant les non-conformistes de tous les corps municipaux qui nommaient la plupart des députes des bourgs. Les dissidents protestants étaient jusque-là autorisés par l'Acte de tolérance à acquérir le droit d'occuper des fonctions publiques en recevant, une fois par an, la communion dans l'Eglise établie, sans pour cela cesser d'appartenir h leur congrégation particulière. Pour supprimer ce système de ^ conformité occasionnelle ^ , les tories voulurent soumettre les non -conformistes à un serment, et Marlborough prêta d'abord les mains à cette manœuvre. Mais les lords repoussèrent le bill toutes les fois qu'il leur fut présenté; on s'aperçut bientôt que leur résistance était encouragée sous main par Marlborough et Godolphin. Tout tory qu'il était, Marlborough ne voulait ni la domination exclusive des tories, ni le réveil des luttes religieuses qui eut entravé la guerre. Ce fut en vain qu'il essaya de reconquérir la faveur de son parti, en décidant la Reine à former, avec les dîmes et régales payées par le clergé à la couronne, un fonds destiné à augmenter les revenus des petits bénéfices, fonds qui porte encore le nom de Libéralité de la reine Anne (Queen Anne'sBounty). Les Communes montrèrent leur irritation en refusant d'ajouter une dotation au titre ducal conféré à Marlborough après sa

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première campagne, et les grands seigneurs tories, avec lord Nottingham à leur tête, commencèrent à faire tout leur possible pour empêcher la continuation des hostilités. Ils quittèrent enfin les affaires en 1704, et Marlborough les remplaça par des tories plus modérés et favorables à la guerre; Robert Harley devint secrétaire d'Etat, et Henry Saint-John, homme d'un mérite éminent, fut nommé secrétaire à la guerre.

La marche du duc à travers l'Allemagne envenima encore la lutte politique. Les tories ardents et les jacobites menacèrent, si Marlborough échouait, de l'envoyer à l'échafaud, et il fallut la victoire de Blenheim pour le sauver de la ruine. Peu à peu, et presque malgré lui, le duc s'éloigna de son propre parti pour se rapprocher de celui qui soutenait réellement sa politique. Profitant du grand triomphe national remporté à Blenheim, il prononça la dissolution du Parlement; les élections de 1705 lui envoyèrent, comme il l'espérait, une majorité favorable à la guerre, et il réussit à unir les tories modérés qui lui restaient fidèles avec la Junte vvhig. Pour acheter l'appui des whigs, les sceaux furent confiés à William (Couper, et lord Sunderland reçut l'ambassade de Vienne.

Cette alliance déjouait les attaques du parti de la paix, et Marlborough se sentait rassuré'sur la marche des affaires à l'intérieur; mais il eut à supporter de nombreuses déceptions sur le continent. Son plan d'attaque le long de la Moselle ne put réussir par suite du refus des Impériaux de se joindre à lui. Lorsqu'il perça les lignes françaises sur les bords de la Dyle, les généraux hollandais retirèrent leurs troupes, et sa proposition d'attaquer le duc de Villeroy dans les plaines de Waterloo fut repoussée par les commissaires des Etats Généraux en plein conseil de guerre, aux cris de c Mort et massacre! ^ A ce dernier coup, il perdit son calme ordinaire et éclata en reproches : « Si j'avais eu cette année la même autorité que l'année dernière, j'aurais remporté une plus grande victoire que celle do Blenheim. ^ Sur ses plaintes, les Etats rappelèrent leurs commissaires, mais l'année était perdue, et les alliés ne firent aucun progrès en Italie ni sui- le Rhin. Leurs espérances n'étaient soutenues que par les exploits romanesques de lurd Peterborough en Espagne. Libertin , étourdi et sans principes, Peterborough avait un véritable génie militaire; avec une poignée d'hommes, il s'empare de Barcelone, reconnaît les anciennes libertés de l'Aragon, et soulève la province en faveur du second (ils de l'Empereur, qui avait été reconnu roi d'Espagne sous le titre de Charles III. La Catalogne et la province de Valence se joignent à l'.^ragon, et se déclarent pour Charles.

Pendant ce temps Marlborough passait l'hiver de 1705 en négociations avec Vienne, Berlin, Hanovre et la Haye, et se préparait à une nouvelle campagne. Jaloux de sa liberté d'action et fatigué des généraux impériaux et hollandais, il avait conçu le projet de traverser les Alpes et d'envahir l'Italie ; ses plans échouèrent par suite de l'opposition des alliés ; mais il

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