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LA REVOLTE JACOBITE

secrétaire d'État, lord Townshend ; il avait à côté de lui comme second secrétaire d'État le général vStanhope, qui fut élevé à la pairie. C'est la qualité de beau-frère de Townshend, plutôt que la confiance en ses talents, qui fit appeler successivement Walpole aux postes de payeur général de l'armée, de chancelier de l'Échiquier et de premier lord de la trésorerie, dans la nouvelle administration.

A peine établi, le nouveau ministère eut à combattre une tentative désespérée du Prétendant pour s'emparer du trône. Il n'avait aucune véritable chance de succès, car les jacobites militants étaient peu nombreux en Angleterre, et les tories étaient dispersés et découragés par la chute de leurs chefs. La mort de Louis XIV avait enlevé tout espoir d'une aide venue de France; le concours attendu de Suède fut un leurre; mais, malgré les avertissements de Bolingbroke, Jacques résolut d'agir seul ; et sans en informer son nouveau ministre, il ordonna au comte de Mar de soulever les provinces du Nord en sa faveur. Pour les Ecossais, le triomphe des whigs, c'était l'affermissement de l'autorité de la maison d'Argyle, et les clans des Hautes Terres, rivaux des Campbell, étaient aussi désireux de les combattre sous les ordres de Mar, qu'autrefois sous Dundee et Montrose. .Malheureusement le comte de Mar ne ressemblait en rien à ces chefs fameux. Six mille highlanders le rejoignirent à Perth ; mais sa lâcheté et son peu d'esprit de conduite paralysèrent son armée, ce qui permit à Argyle de rassembler ses troupes et de marcher contre lui. Après l'engagement indécis de Sheriffmuir, le Prétendant, qui était arrivé trop tard sur le lieu du combat, se montra plus indolent et plus incapable encore que le comte de Mar lui-même; à la fin de 1715, la nouvelle de l'arrivée des troupes anglaises obligea le prince à passer sur le continent, et les clans se dispersèrent dans les montagnes.

En Angleterre, le danger passa comme un rêve. A l'avènement de George, il y avait eu quelques émeutes ; mais le bruit d'une insurrection dans les Highlands et d'une invasion française rallia tories et xihigs autour du trône ; l'armée se déclara chaleureusement pour le nouveau roi. La suspension de Vhabeas corpus et V arrestation du chef des jacobites, sir William Wyndham, les terrifièrent. Pas un homme ne bougea dans l'Ouest quand Ormond apparut sur la côte de Devonshire et fit un appel aux armes. Oxford seul, où l'Université était un foyer de jacobitisme, montra quelques velléités d'insubordination, et un petit nombre de gentilshommes campagnards du Xortliumberland se soulevèrent sous la conduite de lord Deruentwater et de M. Forster. L'arrivée de deux mille highlanders, envoyés par le comte de Mar, les poussa à marcher sur le Lincolnshire, où les catholiques se trouvaient le plus nombreux; mais, enfermés bientôt à Preston, ils furent contraints de capituler.

Le ministère profita du triomphe des uhigs pour accorder aux non-conformistes le rappel de la loi contre les schismatiqueset de celle de la conformité

occasionnelle, el pour tenter une importante modiGcation constitutionnelle. Sous le règne de Guillaume, la durée du Parlement avait été fixée à tr^is ans par un bill spécial; maintenant que la Chambre des communes était le principal pouvoir dans l'État, un changement était devenu nécessaire; pour maintenir les whigs au pouvoir, on vota le bill septennal, qui donnait au Parlement une durée de sept ans. L'insurrection jacobite amena un changement encore plus important dans la politique extérieure de l'Angleterre. Au moment où, par suite du débarquement de Jacques en Ecosse, George désirait ardemment séparer entièrement la France de la cause des Stuarts, la situation générale de l'Europe poussait à la conclusion d'une paix entre la France, l'Angleterre et la Hollande.

Les whigs et l'Europe. — Depuis la mort de Louis .XIV (1715), la France avait été gouvernée par le duc d'Orléans, régent du royaume pendant la minorité du jeune Louis XV. Le duc était le |)lus proche héritier du trône, si Philippe d'Espagne restait fidèle à sa renonciation à la couronne de France, renouvelée par le traité d'Ulrecht. Mais on savait que Philippe n'avait pas l'intention de s'y conformer, et le rêve de tous les Espagnols était de reprendre tout ce que l'Espagne avait jadis possédé. Une pareille tentative eût été un défi lancé à toute l'Europe,, car la Savoie avait acquis la Sicile, l'Autriche possédait les Pays-Bas, Xaples et le Milanais; la Hollande regardait les places de la Barrière comme nécessaires à sa sécurité, et l'Angleterre ne voulait pas renoncer au commerce d'Amériqne. Le cardinal Alberoni, premier ministre de Philippe V, eut l'audace de tenter une si périlleuse entreprise. Tandis que le Roi intriguait contre le régent en France, Alberoni promettait de soutenir la cause jacobile afin d'empêcher l'Angleterre d'entraver ses desseins.

Il essaya d'abord de recouvrer les provinces que Philippe avait perdues en Italie, et fit pour cela des préparatifs de guerre plus formidables que ceux que l'Espagne avait vus depuis plus d'un siècle. En 1717, il était maître de la Sardaigne. L'Angleterre et la France se rapprochèrent immédiatement, et conclurent une alliance (1717) qui assurait en Angleterre la succession de la maison de Hanovre, et en France celle de la maison d'Orléans, dans le cas où le jeune roi Louis XV viendrait à mourir sans postérité. La Hollande se joignit, quoique à contre-cœur, aux deux pays alliés. Quand en été 1718 les forces espagnoles débarquèrent en Sicile et s'emparèrent de l'ile, l'apparition d'une escadre anglaise dans le détroit de Messine fut suivie d'un engagement où la flotte espagnole fut détruite presque tout entière. Alberoni, pour venger cette défaite, équipa une armée que devait commander le duc d'Ormond, pour soulever de nouveau les jacobi'tes en Ecosse; mais sa flotte fit naufrage dans le golfe de Biscaye, et l'accession de l'Autriche et de la Savoie à la Triple Alliance laissa l'Espagne isolée contre l'Europe presque entière.

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Les troupes françaises, qui envahirent le nord de l'Espagne, contraignirent Pliiiippe V à renvoyer son ministre et à renoncer à la Sardaigne et à la Sicile. La Sicile échut à l'Empereur, et le duc de Savoie fut compensé de cette perte par l'acquisition de la Sardaigne, qui lui valut le titre de roi. L'œuvre du traité d'Utrecht fut complétée par la renonciation de l'Empereur à toute prétention sur l'Espagne, tandis que Philippe renonçait de son côté au Milanais et aux Deux-Siciles.

Le ministère Stanhope. — La lutte qui venait de finir avait montré les difficultés que créait pour l'Angleterre la double position de son souverain. Au fond de son cœur, George s'intéressait plus à son électorat qu'à sou royaume. Il était menacé en Allemagne par la Suède, irritée de ce que le roi de Danemark, après avoir profité de l'absence de Charles XII, alors en Turquie, pour s'emparer de Brème et de Verden, les avait cédés au Hanovre. L'envoi d'une (lotte dans la Baltique pour tenir la Suède en respect associe la politique anglaise à celle du Hanovre; Charles répondit cà cet acte en s'alliant avec Alberoni et avec le tzar Pierre le Grand pour rétablir les Stiiarts. Heureusement pour la nouvelle dynastie, sa mort devant Fredericlishall mit fin à tous ses projets; mais la menace (le son intervention avait amené la dislocation du ministère anglais. Les ministres avaient consenti à prendre le parti du Hanovre contre la Suède, parce que la possession de Brème et de Verden, frès-utile au Hanovre à qui elle ouvrait un débouché sur la mer du Nord, était aussi de la plus haute importance pour l'Angleterre^ en mettant entre des mains amies les emboucltures de l'Elbe et du VVeser, c'est-à-dire les principales voies du commerce anglais en Allemagne. Mais ils avaient refusé de faire un pas de plus. Le mécontentement du Roi fut secondé par des intrigues intestines dans le ministère, et, en 1617, Townshend et U'alpole avaient dû résigner leurs portefeuilles. Les lords Sunderland et Stanhope conservèrent la direction du nouveau ministère, et leur premier acte eut pour but de maintenir la suprématie des whigs par une modification constitutionnelle.

L'influence qu'avait donnée à Harley la nomination de douze pairs, créés pour obtenir la ratification du traité d'Utrecht, avait montré que la couronne possédait les moyens de changer la majorité dans la Chambre des lords. Le ministère présenta, en 17:20, un bill dont la paternité fut attribuée à lord Sunderland, et qui prétendait assurer la liberté de la Chambre haute en limitant les pouvoirs de la couronne, en ce qui concernait les créations de pairies. Le nombre des pairies aurait été déclaré immuable, et l'on n'aurait pu à l'avenir en créer de nouvelles que lorsqu'il se serait produit une vacance. On donnait à l'Ecosse vingt-cinq pairies héréditaires au lieu de seize. Ce bill fut énergiquement combattu par IValpole. Cette loi aurait en réalité rendu le gouvernement impossible, puisque le système représentatif fait de la Chambre des

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communes et du ministère, qui en est l'organe, les rouages essentiels de la machine gouvernementale. Ce n'est que par la prérogative de la couronne, exercée d'après les avis d'un ministère responsable, que les pairs peuvent être forcés à se soumettre à la volonté de la Chambre basse en cas de désaccord avec elle ; la proposition de Sunderland aurait amené le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif dans une impasse. C'est l'opposition de Walpole qui fit rejeter le Bill de la Pairie, et son succès força ses rivaux à le faire rentrer dans le ministère ainsi que Townshend, il est vrai, dans des postes subordonnés.

La rentrée de Walpole aux affaires permit bientôt de distribuer les rôles d'une manière plus juste. Le développement subit du commerce anglais avait développé une fièvre de spéculation. liCS richesses inconnues de l'Amérique espagnole avaient toujours agi comme un charme sur les imaginations anglaises depuis le temps des boucaniers ; Harley avait protégé une Compagnie des mers du Sud, qui affirmait qu'on arriverait à réduire la dette publique si on lui accordait le monopole du commerce avec les Espagnols. L'Espagne, toujours jalouse, ne voulait accorder aucune facilité au commerce étranger. Le traité d'Utrecht ne donna à l'Angleterre que le droit de prendre part à la traite des nègres et d'envoyer sur les côtes de l'Amérique du Sud un seul navire à la fois ; malgré cela, la Compagnie revint à la charge, offrant, en échange de nouveaux privilèges, de payer la dette p'ublique qui représentait un intérêt annuel d'environ un million de livres (vingt-cinq millions de francs). Walpole avertit vainement le ministère et le pays de se défier de ce rêve extravagant. Ils perdirent la tète; l'année 1720 vit crouler compagnie sur compagnie, jusqu'à ce qu'une réaction inévitable eût amené une ruine universelle.

Cet effondrement conduisit Stanhope au tombeau. Plusieurs de ses collègues avaient reçu des gratifications de la Compagnie de la mer du Sud pour favoriser ses fraudes; Craggs, secrétaire d'Etat, mourut d'effroi pendant l'enquête, et le chancelier de l'Echiquier Aislabie fut envoyé à la Tour ; c'est au milieu de ce désastre que Walpole remonta au pouvoir. Eu 1721, il devint premier lord de la trésorerie, et Townshend reprit son poste de secrétaire d'Etat; mais leurs situations respectives étaient interverties. Townshend avait été le chef de la précédente administration. Maintenant Walpole était bien décidé, pour se servir de ses propres paroles hien caractéristiques, « à ce que la raison sociale fût Walpole et Townshend, et non plus Townshend et Walpole •■ .

Politique pacifique de Walpole. — Si aucun ministre n'a été plus maltraité par les poètes et les historiens, il en est peu dont les mérites aient été plus appréciés par' les vrais honuiies d'Etat. Au point de vue / politique, le temps pendant lequel il gouverna fut un temps d'immobilité

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