QUERELLE AVEC LA PRESSE
par le Parlement, Topinion publique chercha un organe dans la presse. En dépit de l'abolition de la censure après la révolution, la presse avait été lente à conquérir l'influence politique. Sous les deux premiers George, son développement fut retardé par l'absence de^^jratïés^ sujets de discussiorfppïtr l^înfériorité des^ écrivains et surtout par la léthargie politique de l'époque. Ce ne fut en réalité qu'à l'avènement de George III, quand Pitt réveilla l'esprit national et fit renaître' dans le payM l'intérêt pour les affaires publiques, que la presse devint une puissance politique. Ce fut dès lors par les journaux que l'opinion publique en appela des décisions de la Chambre, et ils serviront, sous la pression de la haine populaire, à amener la chute de lord Bute. Le Noi'lh Briton, rédigé par John Wilkes, dénonça le cabinet, blâma la paix avec une grande violence et osa le premier attaquer directement le ministre.
Wilkes était un homme sans aucune valeur morale ; mais il savait admirablement s'attirer les sympathies populaires, et, par une singulière ironie de la fortune, c'est à lui que les Anglais doivent trois des plus importantes réformes de leur Constitution. Par sa défense des droits des électeurs contre le despotisme de la Chambre des communes, il fit comprendre à la nation la nécessité d'une réforme parlementaire. Il dirigea le débat qui devait mettre fin au vote secret dans les débats du Parlement. 11 affirma enfin le premier le droit absolu de la presse k discuter les affaires publiques.
Dans ses attaques contre Bute, il ne fut que l'organe du mécontentement public. C'est surtout à ses attaques que l'on dut la retraite de Bute. Mais Grenville avait plus de force de résistance, et <i peine avait-il reformé son ministère, qu'il résolut d'abattre l'opposition grandissante contre le Parlement, en frappant son chef. Dans le numéro 45 du Norlh Briton, Wilkes avait critiqué le discours du trône, et un mandat d'amener avait été lancé contre '« les auteurs, imprimeurs et éditeurs de libelles séditieux ^ . Quarante-neuf personnes furent arrêtées, et, en dépit de l'inviolabilité parlementaire, Wilkes fut envoyé à la Tour. L'arrestation était si illégale qu'il fut aussitôt relâché par ordre de la cour des plaids communs, mais il fut immédiatement poursuivi comme libelliste, et la Chambre des communes condamna son journal, qui se trouvait encore poursuivi devant la justice ordinaire comme un a libelle faux, scandaleux et séditieux « . La Chambre des lords, au même moment, traita de blasphématoire un pamphlet trouvé parmi les papiers de Wilkes, et autorisa les poursuites. Wilkes se réfugia en France, et fut bientôt exclu de la Chambre des communes. Les deux Chambres se constituant ainsi arbitrairement en cour de justice, lord Grenville terrorisa la presse et lança deux cents citations contre différents journaux; mais cette manière de faire souleva une indignation générale. On entendait de tous côtés les cris de : ^ Wilkes et la liberté! « Loin d'être réduite au silence, l'opi-