‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 131 sur 205 · LI\DÉPEIVDA\CE DE L'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LI\DÉPEIVDA\CE DE L'AMÉRIQUE

nion avait été exaspérée par le coup porté contre Wilkes, et six ans plus tard l'insuccès d'une poursuite dirigée contre un journaliste anonyme surnommé ^ Junius « , pour sa Lettre au Roi, établit le droit pour la presse de juger la conduite non-seulement des ministres et du Parlement, mais du Roi lui-même.

L'acte du timbre. — (jrenville se montra dans toute cette lutte sans prévoyance et sans force; IIlTt preuve de la même insouciance dans les difficultés qui surgirent en Amérique. La guerre dirigée par Pitt avait coûté des .sommes énormes à l'Angleterre, et le grand ministre se vit obligé de faire des emprunts très-considérables. La dette publique s'élevait à cent quarante millions de livres (3 milliards 500 millions), elle premier soin du ministère Grenville fut de chercher à faire face aux nouvelles charges de la nation. Comme une portion des subsides avait été dépensée pour la défense des colonies américaines, Grenville résolut de leur en faire supporter leur part. Bute et le Roi étaient d'accord sur ce point, mais leurs plans visaient plus loin que la question financière. Le nouveau ministre déclara qu'il appliquerait rigoureusement les lois sur la navigation qui assuraient à la mère patrie lé monopole du commerce américain, (ju'il lèverait des impôts dans les colonies pour faciliter le service de la dette, et surtout qu'il ferait sentir aux colonies leur dépendance vis-à-vis de l'Angleterre. Le commerce direct entre l'Amérique et les colonies françaises ou espagnoles des Indes occidentales était entravé par des droits prohibitifs; mais on y échappait par un système général de contrebande. Les droits furent réduits, mais ils furent rigoureusement appliqués, et l'on envoya des forces navales considérables sur les côtes d'Amérique pour supprimer la contrebande. Aux revenus qu'on attendait de cette mesure, on voulait ajouter une taxe sur le timbre, qui devait frapper tous les actes juridiques rédigés dans les colonies.

Les plans de Bute tombèrent en même temps que lui; mais Grenville était tout à fait d'accord avec Bute dans ses projets financiers, et maintenant qu'il se trouvait à la tête d'une administration forte, il procéda à l'exécution des plans formés pour frapper l'Amérique de taxes de douanes et de taxes intérieures. Vn de ces premiers actes consista à appliquer rigoureusement les lois de navigation, et à réprimer la contrebande entre l'Amérique et les iles espagnoles. ^Quelque dures et maladroites que. fussent ces mesures, les colons en reconnaissaient la légalité. 11l' montrèrent seulement leur irritation eu s'engageant à ne plus se servir de^ marchandises anglaises jusqu'à ce qu'on diminuât les taxes. Mais l'autre plan du ministre, celui qui consistait à établir un impôt dans l'intérieur même de la colonie, en reprenant le projet des contributions indirectes ou d'impôt sur le timbre, que le bon sens de IValpole avait rejeté autrefois, avait bien plus de gravité que la suppression de la contrebande. A la diffé-

LE MIMSTEUE ROCKI\GHAM.

rence des actes do navigation, il constituait un changement radical dans les ' relations de l'Angleterre avec ses colonies. Aussi le reçurent-elles bien différemment. Pour les colons, un pays ne devait être taxé que lorsqu'il était représenté au Parlement, et l'Amérique n'envoyait pas un seul député aux Chambres britanniques. Les assemblées coloniales se réunirent alors ; elles j protestèrent toutes, sauf la Pensylvanie, contre toute ingérence du Parle- ' ment dans leurs finances intérieures. Le ALassachusetts marqua nettement le point de vue auquel il se plaçait. « Les prohibitions conunerciales ne sonJLjii équjtabjesjii justes ; mais le droit de s'imposer soi-même est la base des-libei'tés anglaises. Ce droit une fois nié, toute liberté est perdue.') Ce point de vue fut accepté par les assemblées de toutes les colonies, et elles envoyèrent en Angleterre, pour y porter leur protestation, Benjamin Franklin, un simple imprimeur de Philadelphie qui, par ses découvertes scientifiques, s'était fait un nom parmi les savants (1765). Franklin trouva peu de personnes, en Angleterre, disposées à soutenir la cause des colons. Grenville ne voulait pas changer ses plans, à moins de recevoir l'assurance que les colonies s'uniraient en vue d'une taxation commune, assurance que Franklin ne pouvait lui donner. L'acte du timbre passa dans les deux Chambres aussi facilement que s'il s'était agi de voter un octroi quelconque.

Le ministère Rockingham. — A peine l'acte du timbre était-il voté qu'une injure faite à la Reine douairière, dont le nom fut omis dans une loi de régence, raviva la querelle qui couvait toujours entre le Roi et le ministère. George offrit encore le pouvoir à Pitt. Mais Pitt était pour ainsi dire isolé. Le seul ami qui lui restât, lord Temple, son beau-frère, refusa de l'aider à former un cabinet , et il se sentit trop faible , ainsi abandonné, pour faire aucune nouvelle combinaison avec les whigs. Le Roi n'eut plus d'autre ressource que de se tourner vers le marquis de Rockingham, alors à la tête du gros du parti; mais la faiblesse du ministère Rockingham, formé en juillet 1765, se montra dans ja^ lenteur qu'il apporta à régler les affaires d'Amérique. Frankirir ne voyait pas~TJ^atrtrïrissTie-poirr les colonies, une fois l'acte voté , que la soumission ; mais les colons ne voulaient pas entendre parler de soumission. Des émeutes éclatèrent dans toute la Nouvelle-Angleterre quand on apprit l'arrivée du papier timbré, et les collecteurs d'impôt effrayés abandonnèrent leurs postes. Les Etats du Nord et ceux du Sud se rapprochèrent dans le danger commun. L'assemblée de Virginie fut la première à refuser formellement au Parlement anglais le droit d'introduire des taxes dans les colonies, et à demander le retrait de la loi. Le .Massachusetts non-seulement s'unit aux demandes de la Virginie, mais proposa un congrès de délégués de toutes les assemblées coloniales pour s'entendre en vue d'une action commune. Fn octobre 1765, ce congrès

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350 I/IMDÉPEiVnANCE DE L'AMÉRIQUE (1761-1785).

répéta la protestation et les demandes de la Virginie. Quand cette nouvelle fut connue en Angleterre, à la fin de l'année, tous les regards se dirigèrent vers Pitt. Comme ministre, il avait, longtemps auparavant, rejeté un projet d'impôt sur les colonies. Il était malade et absent quand l'impôt sur le timbre avait été voté; mais il prit entièrement le parti des Américains et défendit leurs droits constitutionnels. Il glorifia leur résistance, que le Parlement qualifiait de rébellion. « A mon avis n , ditil, « ce royaume n'a aucun droit de prélever des taxes dans les colonies... L'Amérique est obstinée! L'Amérique est presque en rébellion ouverte ! Sire, je me réjouis de voir que l'Amérique a résisté. Trois millions d'bommes assez morts à tous les sentiments de liberté pour accepter volontairement la servitude, eussent été de dignes instruments pour asservir le reste de vos sujets. »

Abrogation de l'acte du timbre. — Tout le monde désirait que Pitt reprit le ministère; mais les négociations entamées entre lui et les whigs écliouèrent. La différence radicale de leur politique et de celle de Pitt leur fut adniirai)lement expli(|uée par le plus pénétiant penseur en politique de ce temps. Quand Edmond Burke était arrivé à Londres, en 1750, il n'était qu'un aventurier irlandais, pauvre et inconnu. L'étendue de ses connaissances lui gagna dès l'abord l'amitié de Jobnson, et sa puissance d'imagination, qui imprimait un caractère original et vivant à ses connaissances, semblait lui promettre une carrière pliilosophique et littéraire; mais ses goûts le portaient vers la politique. Il devint secrétaire de lord Uockingbam, et entra au Parlement sous sou patronage, en 1765. Ses discours sur Vaçle du timbrent la guerre d\Amériqjje lejrgn^ dirent bientôt célèbre/. Son extérieur massif de quaker, sa petite perruque, ses lunettes rondes, ses poches toujours pleines de papiers, toute son apparence ne laissaient guère deviner un grand orateur, ni surtout le caractère spécial de son éloquence. Il y avait en. lui une ardeur passionnée, une fantaisie poétique, une étonnante richesse de ressources, une facilité inouïe à passer de l'ironie au pathétique, de l'invective à la douceur, des plus brillantes images aux arguments les plus serrés. Son genre d'éloquence était tout nouveau en Angleterre. La clarté d'exposition de IValpole, les appels émouvants de Chatham faisaient place à l'expression passionnée d'une véritable philosophie politique. « J'ai plus appris de lui que (le tous les livres que j'ai lus! n s'écriait Fox dans un élan de généreuse admiration. Si le raisonnement de Kurke avait un caractère philosophique, il n'en résultait aucune froideur de ton ou d'expression ; le fond même de sa nature était poétique. Ses idées, conçues par la raison, étaient façonnées et colorées .par la splendeur enflammée de son imagination. Une nation était pour lui une grande société vivante, complexe ; dans sa structure, et dont les institutions, fruit des âges écôuIesTl^nt^r

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