WILKES ET LE PARLEMEXT
nouveau du côté de Wilkes. En 17G8, il profita des élections pour revenir de France, et fut élu député par le comté de Middlosex, l'un des plus grands de l'Angleterre, et dont le vote représentait bien, par conséquent, l'opinion publique. Ce choix était, en effet, une condamnation de la Chambre des communes et des tendances du ministère. Le ministère et la Chambre reculaient devant une nouvelle lutte avec l'agitateur; mais cette lutte, le Roi avait hâte de la reprendre. Après dix ans de lutte et d'insuccès, George croyait toucher au but. Les deux forces qui l'avaient entravé étaient maintenant paralysées. Les uhigs étaient irrémédiablement divisés, et, de plus, discrédités aux yeux du pays par leur hostilité contre Pitt. Fitt, de son côté, avait subitement disparu de la scène. Le ministère était sans appui dans le pays; quant au Parlement, il s'abandonnait de plus en plus aux hommes qui cherchaient leurs directions auprès du Roi lui-même. Une seule forme d'opposition restait ouverte au mécontentement public, et le peuple s'y porta avec plus de vivacité que jamais.
George III écrivit à lord Xorth : « Je crois important de vous dire que l'expulsion de M. Wilkes est absolument nécessaire, et qu'elle doit être effectuée, y. Les ministres et la Chambre s'inclinèrent devant sa volonté. Wilkes, qui n'avait pas comparu devant la cour de justice pour répondre à l'accusation de libelliste, fut déclaré hors la loi et jeté comme tel eu prison. Il y eut de graves émeutes à Londres et dans tout le pays. Le ministère était déchiré par des dissensions intestines. Lord Shelburne menaça de donner sa démission. Chatham donna la sienne (1768)-, et sa retraite laissa le ministère dans l'absolue dépendance du Roi.
En 1769, la Chambre des communes traduisit Wilkes à sa barre pour crime de libelle, comme punissable par la justice ordinaire, et l'expulsa de son sein. Il fut aussitôt réélu par le comté de Aliddlesex. Jusqu'alors la Chambre des communes, malgré sa violence, était restée dans la stricte légalité, car son droit d'expulsion était reconnu de tous. Mais le défi du Middlesex la poussa plus avant. Elle décida que M. U ilkes, ayant été expulsé du Parlement pendant la présente session, ne pouvait plus être éligible pendant toute la durée du Parlement, et il décréta une nouvelle élection. Le Aliddlesex répondit à cette insolente prétention de restreindre la liberté des électeurs en nommant Wilkes une troisième fois. La Chambre, exaspérée, se laissa entraîner à une mesure plus révoltante encore. Elle expulsa de nouveau le député du .Middlesex, et quand il fut réélu une fois encore à une immense majorité, elle vota que l'adversaire deWilkes, le colonel Luttrell, aurait du être nommé, et qu'il était le représentant légal du Middlesex. Xon-seulement la Chambre des communes avait arbitrairement limité les droits électoraux de la nation, mais elle s'était arrogé ces droits en faisant de Luttrell un membre, bien que les propriétaires du Middlesex eussent affirme par quatre fois leur volonté d'avoir
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Wilkes pour représentant. Aussitôt le pays tout entier se souleva avec indignation contre cette violation des lois constitutionnelles. Wilkes fut nommé aldern]an de Londres , et le lord maire, les aldermen et les notables demandèrent au Roi la dissolution du Parlement. Une lettre de blâme envoyée par Londres et Westminster disait hardiment : « Qu'il arrive un moment oià l'on voit clairement que les hommes ont cessé d'être des représentants. Nous sommes à ce moment-là. La Chambre des communes ne représente pas le peuple.» Junius, un auteur anonyme, attaqua le gouvernement dans des lettres qui, malgré leur ton rancunier et impudent, donnèrent une nouvelle force à la presse par leur clarté, leur élégance, la perfection de leur style et la puissance terrible de leur invective.
La réforme parlementaire. — L'orage grondait en vain, il ne parvenait pas à vaincre l'obstination du Roi. L'imprimeur des lettres de Junius fut poursuivi, et toutes les pétitions et remontrances de Londres furent rejetces avec hauteur. Au commencement de 1770, Chatham, délivré de la maladie qui' l'avait si longtemps retenu loin du Parlement, Gt sa réapparition à la Chambre des lords. Il s'empressa de dénoncer les usurpations de la Chambre des communes, et proposa un bill qui les déclarait illégales. Son génie politique lui fit comprendre le premier que de semblables mesures ne suffisaient pas, aussi longtemps que le Parlement ne représenterait pas le peuple d'Angleterre. Il fit un projet de réforme qui augmentait le nombre de députés des comtés, la partie la plus indépendante de la Chambre. II ne put pas aller plus loin, car il ne trouva presque aucun adhérent pour le soutenir. Les tories et les amis du Roi n'étaient pas disposés à accepter des projets qui eussent diminué l'influence royale. Les whigs de lord Rockingham eux-mêmes étaient contraires à la réforme parlementaire. Ils se détournaient avec dédain de l'agitation populaire par laquelle seule l'opinion publique pouvait s'exprimer, et que Chatham encourageait, tout en blâmant ses extravagances. C'est à partir de l'époque des querelles entre Wilkes et les Communes que commença l'influence des meetings publics sur la politique anglaise. Les réunions d'électeurs dans le Middlesex en faveur de Wilkes furent le prélude des grands meetings du Yorkshire, oîi la réforme parlementaire commença à être sérieusement discutée par les propriétaires terriens. C'est ce mouvement en faveur d'une réforme et l'établissement de comités associés dans le pays tout entier pour la soutenir, qui montrèrent pour la première fois toute la puissance de l'agitation politique. Des sociétés politiques, les clubs, contribuèrent à exciter et à guider l'opinion publique. On vit surgir un grand nombre d'orateurs représentant diverses idées politiques , et exerçant une influence sérieuse; l'esprit de discussion se répandait de plus en plus , et il devenait évident que le Parlement aurait bientôt à compter avec les sentiments du peuple entier.