FI M DE LA GLERKE
l'Angleterre, n'ayant ancune armée à opposer aux volontaires, se voyait dans l'impossibilité de résister.
La chute de lord Xorth rappela les whigs au pouvoir avec lord Rockingham à leur tète (mars 1782), et Rockingham eut la lourde tâche de satisfaire les Irlandais et de mettre On, n'importe à quel prix, à la guerre d'Amérique. Des deux côtés, il fallait se résoudre à des concessions humiliantes, et il fallait que la nécessite fut bien pressante pour que les Chambres consentissent à céder. Le Parlement d'Angleterre renonça, par une loi constitutionnelle, à sa suprématie législative et judiciaire sur le Parlement d'Irlande, et l'on entama des négociations avec l'Amérique et ses alliées. Au milieu des embarras de l'Angleterre, ses ennemis devenaient de plus en plus menaçants. L'Espagne ne voulait accepter la paix que si on lui rendait Gibraltar. La France demandait que l'Angleterre renonçât à toutes ses possessions dans l'Inde, <à l'exception du Bengale. Mais la force de l'Angleterre était sur mer, et à ce moment elle y reparut en maîtresse. L'amiral Rodney, le plus grand des marins anglais avec X^elson et Blake, rencontra la flotte espagnole au cap Saint-Vincent, et quatre vaisseaux seulement parvinrent à lui échapper et à atteindre Cadix (16 janvier 1780). Au commencement de 1782, il fut appelé aux Indes occidentales par les succès de l'amiral français de Grasse, et le 12 avril il réussit, au moyen d'une manœuvre qu'il fut le premier à employer, à rompre les lignes ennemies et à chasser la flotte française de l'Atlantique. En septembre, les flottes des alliés furent repoussées devant (iibraltar par l'héroïsme d'Elliott.
L'Amérique ne voulut pas prolonger la lutte pour la seule satisfaction de ses alliés. En novembre, ses commissaires signèrent les préliminaires de la paix. L'Angleterre conservait sur le continent américain le Canada et Terre-Xeuvc, et reconnaissait l'indépendance absolue des États-Unis. Le traité de paix avec les Etats-Unis fut le prélude des traités de Paris avec les deux branches de la maison de Bourbon. La France ne gagnait rien par les traités de Paris et de Versailles. L'Espagne recouvrait la Floride et Minorque. L'Angleterre, de son côté, avait agrandi son empire dans l'Inde; elle conservait le Canada, elle conservait les Antilles, elle avait assuré sa domination sur les mers. Mais à la fin de la guerre, elle pensait plus à ses pertes qu'à ce qu'elle conservait. C'en était fait pour jamais de ses colonies d'Amérique. Il n'y a pas à s'étonner si, au premier moment, après une pareille perte, l'Angleterre se crut au bord de l'abîme, et si les Bourbons crurent que sa situation prépondérante dans le monde était à jamais ébranlée et perdue. L'avenir devait bientôt prouver à quel point ces apparences étaient trompeuses..