L'I\ DÉ TENDANCE DE L'AMÉRIQL'E
communes pour éludier la question. On examina avec une sévérité impitoyable toute la conduite de Clive. Celui-ci se plaignit amèrement dans la Chambre des lords de ce que, tout baron de Plassey qu'il était, on le mît en accusation comme un voleur de moutons ; mais il ne put éviter le vote de blâme qui condamnait la corruption et la perOdie dont on avait fait usage durant les premiers temps de l'empire anglais dans l'Inde. Toutefois, la justice de la Chambre des communes s'arrêta là. Quand ses accusateurs passèrent de la censure du gouvernement dans l'Inde à la censure de Clive lui-même, le souvenir de ses hauts faits arracha à la Chambre un vote unanime disant que a Robert lord Clive rendit alors à sa patrie des services importants et méritoires ^ .
Warren Hastings. — Par l'Acte de 1773, Warren Hastings fut nommé gouverneur général du Bengale et superintendant général des trois présidences. Hastings était sorti d'une famille noble, depuis longtemps ruinée, et la pauvreté l'avait déterminé tout jeune à accepter une place de secrétaire dans la Compagnie. Clive discerna bientôt ses mérites, et, aj)r('s Plassey, l'entraîna dans la vie politique. L'habileté administrative qu'il déploya durant cette période troublée l'éleva par degrés au poste de gouverneur du Bengale. Aucun homme n'était mieux fait pour cette position (|ue le gouvernement anglais avait créée sans en soupçonner la réelle importance. Hastings était doué d'une puissance d'organisation et d'une autorité tout <à fait extraordinaires. Son premier soin fut d'établir l'empire de la Compagnie sur le Bengale en abolissant le gouvernement des princes indigènes; car, bien que leur autorité fut purement nominale, elle entravait l'administration du pays. Le nabab ne fut plus que le pensionnaire de la Compagnie, et la nouvelle province fut brutalement, mais habilement organisée. Hastings se servit des employés et des commerçants de la Compagnie pour former ce corps de fonctionnaires publics qui, aujourd'hui encore, est un des plus remarquables résultats de la domination anglaise dans l'Inde. Le système législatif linancicr qu'il établit à la hâte était, malgré ses imperfections, bien supérieur à tout ce que l'Inde avait vu jusque-là. Il réprima la corruption avec une main aussi ferme que celle de Clive; mais il sut gagner l'affection des nouveaux ^^ civiliens i , comme il gagna celle des Hindous. Bien qu'il réussît à augmenter le revenu du Bengale et à envoyer chaque année à la Compagnie un excédant d'un demi-million, il le flt sans augmenter les charges des natifs ou s'aliéner leur bon vouloir. Sa connaissance approfondie du pays et la sympathie qu'il éprouvait pour ce peuple de l'Inde le dirigeaient dans son gouvernement. A une époque où leur langue n'était envisagée que .comme- un' moyen de traiter les affaires commerciales, Hasliugs avait étudié tous les idiomes des Hindous; il connaissait leurs coutumes et savait comprendre et ménager les sentiments qui les
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animaient. Sa popularité fut immense, sans exemple dans l'iiistoire des gouverneurs du Kengale ; et, un siècle après ces grands événements, les mères indiennes berçaient encore leurs enfants au nom de Warren Hastings.
L'Inde et la guerre américaine. — Jusque-là , malgré la grande influence dont elle jouissait dans le Sud, la Grande-Bretagne n'était maîtresse absolue que du lîengale. Warren Hastings comprit les dangers que les Mabrattes pouvaient faire courir à la domination anglaise. C'étaient des bandits de sang bindou qui, postés dans les bauteurs qui dominent la côte occidentale, faisaient de là des expéditions à travers toute Tlnde, et avaient fondé dans le (iuzerat, à Malwa et à Tanjore des principautés nominalement soumises au cbef suprême des Mabrattes, qui régnait à Poonab. Warren Hastings eut pour but d'empêclier les Mabrattes d'envabir toute l'Inde et d'y prendre la place qu'y occupait autrefois le Grand Mogol. Il s'altacba les princes indigènes, ceux de Bérat et d'Onde, par exemple, par des traités ou des subsides, écrasa sans scrupules les Bobillas pour fortifier son allié le nabab d'Oude, et surveilla avec une jalousie inquiète, et jusque cbez les Sikbs, toutes les autorités qui dans l'Inde pouvaient tenir tête à l'Angleterre. La France, jalouse du pouvoir des Anglais dans l'Inde, avait cbercbé à soulever contre eux les Mabrattes, et par l'intermédiaire de leur cbef, la France put exciter toute la confédération contre les présidences britanniques.
Hastings lit face au danger avec une promptitude de résolution remarquable. Ses difficultés étaient grandes. Depuis deux ans, ses démarcbes étaient entravées par l'opposition de son conseil. Puis, quand il en eut raison, il se trouva en butte au mécontentement de la Compagnie, qui réclamait sans cesse de l'argent. Enfin la couronne elle-même menaçait de le rappeler. Son propre général, sir Eyre Coote, était avare, capricieux, prompt au découragement ; il fallait le morigéner comme un enfant. Cbaque courrier apportait à Hastings des plaintes et des blâmes. Mais il demeura maître de lui, et nous ne voyons dans sa conduite aucune trace des embarras qu'on lui suscitait. Dans la guerre contre les Mabrattes, il poursuit son but avec une ténacité que ni les erreurs de ses subordonnés, ni l'insuffisance de ses soldats ne purent ébranler. Il essuya défaite après défaite, et quand enfin il réussit à remporter un succès, il vit s'élever contre lui dans le Sud un danger plus grand et plus accablant encore.
Un aventurier militaire, Hayder Ali, avait fondé sur le plateau de Mysore avec les ruines d'anciennes principautés un empire uni et puissant. Malgré son absolutisme, aucun prince indigène n'était aussi juste que Hayder, aucune politique n'était aussi ferme que la sienne. Son esprit lucide discerna rapidement la puissance réelle de l'Angleterre , et ce ne
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fut que la conduite misérable du conseil de Madras qui le décida à faire la guerre aux Anglais, la considérant comme moins redoutable que leur alliance. Malgré son cage avancé, il avait conservé toute sa vigueur militaire, et ce fut à la tête d'une armée bien disciplinée, munie d'une nombreuse cavalerie et appuyée par tout un train d'artillerie, qu'il envahit en 1780 la plaine du Carnatic. La petite troupe d'Anglais qui essaya de lui tenir tête fut repoussée dans Madras, et Madras même était menacé. On rapporta cette nouvelle à Hastings au moment où il commençait à triompher des Mahratles; aussitôt son parti fut pris : il signa précipitamment la paix, et expédia à la hâte toute son armée à Madras. L'arrivée de Eyre Coote arrêta la marche de Hayder, et en 1781 la victoire de Porto Novo le repoussa jusque dans ses forteresses de Mysore. L' .Angleterre, qui vit ses possessions diminuer de tous côtés durant la guerre d'Amérique, réussit à conserver toutes celles qu'elle avait dans l'Inde; et bien que les projets de conquêtes formés par Hastings ne se soient pas réalisés alors, cependant l'annexion de Béuarès, le développement des possessions anglaises sur le (iange, la soumission d'Oude, l'apparition des armées anglaises dans l'Inde centrale et la défaite de Hayder posaient les fondations de l'empire indien, que son génie avait audacieusement entrevu.
Fin de la guerre. — Tandis que l'Angleterre triomphait en Asie, la guerre d'Amérique devenait désastreuse pour ses armes. Lord Cornwallis avait tenté d'attaquer la Caroline du Nord ; mais son collègue, le général Clinton, lui ayant refusé son appui, il fut obligé d'y renoncer et de se retrancher dans Yorktonn. Une marche inattendue de Washington l'amena devant l'armée anglaise au moment où la flotte française tenait la mer, et Cornuallis, cerné de toutes parts, voyant ses troupes en proie à la famine, dut se résigner à une capitulation aussi humiliante que celle de Saratoga. Cette nouvelle tomba comme un coup de foudre sur l'infortuné ministre qui, jusque-là, pour obéir aux ordres du Roi, avait agi contrairement à ses propres convictions. Lord Norlh sentait depuis longtemps l'inutilité de tous ces efforts. Il se mit à arpenter la chambre en gesticulant et en répétant : « Tout est perdu « , et il donna sa démission. L'Angleterre semblait en effet sur le bord de l'abîme. L'Irlande, encouragée par la crise américaine, s'agita de nouveau. Une troupe de quarante mille volontaires avait été levée en 1778 pour la défense de l'ile contre une invasion française. Leurs menaces de rébellion accompagnaient les réclamations de leurs deux chefs parlementaires, Grattan et Flood, qui demandaient l'abrogation de l'Acte de Poyning, par lequel le Parlement irlandais avait perdu l'initiative législative. Ils voulaient aussi qu'on reconnût la Chambre des lords irlandaise comme une cour d'appel suprême. C'était, en réalité, prétendre à l'indépendance nationale, mais