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PITT ET LES REFORMES

encore causer un réel dommage à la prospérité générale de l'Etat. Le livre fut publié en 1776, au moment où commençait la guerre d'Amérique, et Pitt l'étudia pendant tout son séjour à l'université de Cambridge. Depuis lors, il regarda Adam Smitii comme son maître. Dès son entrée au ministère, les principes du ll'ealth of nations devinrent la base de sa politique. Les dix premières années de son gouvernement furent le point de départ d'une phase nouvelle dans la politique anglaise. Pitt fut le premier ministre qui comprit le rôle important que l'industrie devait jouer dans la prospérité du monde. Il n'était pas seulement un ministre de paix et un Gnancier, comme Walpole, mais un homme d'Etat, comprenant que le meilleur gage de la paix était l'extension et la liberté du commerce international, que l'économie des deniers publics n'avait pas seulement l'avantage de diminuer les charges générales, mais aussi celui de laisser des capitaux plus considérables entre les mains de l'industrie, et que les finances, considérées jusque-là seulement comme un moyen d'augmenter les revenus de l'Etat, pouvaient devenir un puissant levier de développement politique et social.

Pitt et les réformes. — Si Pitt ne parvint à tirer que peu de bien de ces principes^ c'est qu'il eut à compter avec l'ignorance et les préjugés de son temps, et surtout que ses plans furent réduits à néant par la Révolution française. 11 appuyait son pouvoir sur les classes commerçantes, et cellesci croyaient encore que prospérité signifie or et argent, et que les monopoles étaient le meilleur moyen de favoriser le commerce. 11 fallut beaucoup de patience et d'habileté pour amener les négociants et les squires de campagne qui l'avaient envoyé à la Chambre à accepter ses projets de réforme. Nous voyons par l'échec de la première grande mesure qu'il proposa, combien il était impuissant encore contre les préjugés de ses concitoyens. La question de la réforme parlementaire avait été soulevée, nous l'avons dit, lors de la guerre américaine. Chatham avait demandé qu'on augmentât le nombre des représentants des comtés, car ils formaient la partie la plus indépendante de la Chambre des communes. Le duc de Richmond parla de suffrage universel, de districts électoraux égaux et de Parlements annuels. Wilkes anticipa le Rejorm bill, voté plus tard, en proposant de supprimer les privilèges des bourgs pourris et de reporter les membres qu'ils nommaient sur les comtés ou sur des villes plus populeuses et plus riches, ll'illiam Pitt avait fait de cette question la sienne, en la mettant en avant dès son entrée au Parlement; et l'un de ses premiers actes comme ministre fut de proposer un bill (1785) qui aurait amené la disparition graduelle des bourgs pourris, et en annulait immédiatement trente-six dont il transférait les députés aux comtés. Il obtint du Roi de s'abstenir de toute opposition, et tenta d'acheter les sièges des a bourgs pourris -^ à ceux qui les détenaient,

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en leur offrant ou compensation une somme égale à leur valeur vénale. Mais la majorité de son propre parti s'unit aux whigs pour empêcher le bill (le passer. Les abus les plus frappants dans le Parlement, ceux contre lesquels Chatham et IVilkes s'étaient élevés, avaient pour la plupart disparu. La corruption des députés avait cessé. Burke, par son bill de réforme administrative, avait porté un coup décisif à l'influence royale en supprimant une foule d'emplois inutiles, de postes à la cour, de charges diplomatiques ou judiciaires qui ne servaient qu'à favoriser la corruption. EnGn, depuis le récent triomphe de l'opinion publique qui avait porté Pitt au pouvoir, on s'inquiétait moins du mauvais vouloir que le Parlement avait opposé jusque-là à la volonté nationale. Pitt n'en vit pas moins sa proposition rejetée, et Wilberforce raconte qu'il en futu terriblement désappointé et abattu » . Il vit clairement quel était l'état des esprits dans la Chambre et dans le pays en général ; et, tout en conservant intacte l'opinion qu'il avait défendue, il ne tenta plus de la mettre en avant.

Pitt et les finances. — L'échec de sa réforme constitutionnelle fut plus que compensé par les succès de son système de finances. Quand il entra au ministère, le crédit public était tombé aussi hs^s que possible. La guerre d'Amérique avait doublé la dette nationale; et cependant des sommes importantes restaient non consolidées, tandis que les revenus étaient considérablement réduits par suite d'un vaste système de fraude qui transformait toutes les villes des côtes en autant de nids de voleurs. Tout d'abord, Pitt combla le déficit au moyen de nouvelles taxes; et le temps qu'il gagna ainsi lui permit de changer toute la face des affaires publiques Sa première mesure financière, qui consistait à reprendre l'ancien projet, repoussé par VValpole, de payer graduellement la dette au moyen d'un fond d'amortissement, était évidemment une erreur, mais elle eut l'heureux effet de relever la confiance publique. Il empêcha la fraude en abaissant les droits de douane, ce qui annulait les profits des contrebandiers. Il remit en vigueur le projet de IValpole au sujet des contributions indirectes. Pendant ce temps, les dépenses publiques étaient réduites, et on nommait des commissions chargées d'introduire l'économie dans tous les départements du service public. Le développement rapide de l'industrie nationale, que nous avons déjà signalé, contribua sans aucun doute au succès de ces mesures. Le crédit fut rétabli, la contrebande en partie supprimée. Au bout de deux ans, il y avait un excédent d'un million de livres; et, quand même on supprima successivement plusieurs impôts, le revenu s'éleva constamment à chaque diminution des taxes.

Pitt prouvait en même temps la valeur politique de son système financier sur un champ plus vaste. L'Irlande était, comme aujourd'hui, la source des plus graves difficultés. Le gouvernement tyrannique sous

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