LE PROCÈS DE H ASTI IV GS
lequel elle avait gémi depuis la bataille de la Boyne produisait ses fruits naturels; ce malheureux pays était déchire par les factions politiques, les luttes religieuses et les conspirations des paysans. L'attitude du parti protestant qui le gouvernait devint tellement menaçante pendant la guerre d'Amérique, que le Parlement anglais se vit forcé de renoncer à tout contrôle sur le Parlement de Dublin. Pitt reconnut que les souffrances et la rébellion de l'Irlande venaient, en grande partie du moins, de sa pauvreté. La population avait augmenté rapidement, tandis que l'agriculture demeurait stationnuire et que le commerce périclitait. Cette pauvreté était du reste le résultat de lois injustes. L'Irlande était un pays de pâturages, mais, pour protéger les intérêts des éleveurs anglais, il était défendu d'importer du bétail en Angleterre. Pour protéger les intérêts des drapiers et des tisserands anglais, les manufactures irlandaises étaient accablées de droits de douane. Le premier effort financier de Pitt tendit à redresser ces abus, et le bill qu'il présenta en 1785 établit la liberté commerciale entre l'Angleterre el l'Irlande. Cette mesure devait, à ses yeux, unir plus étroitement tout l'Empire et réparer la perte de l'Amérique en créant une Irlande loyale et prospère; et bien qu'il lui fallût lutter presque seul contre l'opposition violente des vvhigs et des commerçants de Manchester, il réussit à arracher l'assentiment du Parlement. Mais on introduisit dans le bill des amendements qui le firent rejeter par le Parlement irlandais. Cet échec ne fit que le pousser à une entreprise plus importante encore. La France avait toujours été considérée comme l'ennemie naturelle de l'Angleterre. Un traité de commerce avec la F'rance, conclu en 1777, permit aux sujets des deux pays de résider et de voyager dans chacun d'eux sans laisser-passer ou passe-port, abolit toute prohibition de commerce des deux côtés et réduisit tous les droits d'importation.
Le procès de Hastings. — L'Inde doit ta Pitt la forme de gouvernement qu'elle a conservée jusqu'à nos jours. Le bill qu'il présenta en 1784, tout en conservant en apparence les pouvoirs politiques et commerciaux des directeurs, établissait un comité de surveillance, composé de membres du conseil privé et chargé d'approuver ou d'annuler leurs actes. Dans la pratique toutefois, les pouvoirs du conseil des directeurs étaient entre les mains d'un comité secret composé de trois membres élus, auquel le bill réservait toutes les fonctions administratives importantes; et ceux du conseil de surveillance étaient exercés par son président. Comme ce président était, en réalité, un nouveau secrétaire d'État pour le département de l'Inde, et devint un membre important de chaque ministère, responsable comme ses collègues vis-à-vis du Parlement, l'administration de l'Inde se trouva faire partie de l'organisation gouvernementale des îles Britanniques. Le comité secret, avec ses connaissances pratiques des affaires de l'Inde, suppléait, lecas échéant, à l'inexpérience du ministère.