LA LUTTE RELIGIEUSE
la nation entière l'accueillit avec des cris de joie. De jeunes étudiants d'Oxford, de «graves alclermen de Londres burent ensemble à la santé de Felton. « Que Dieu te bénisse, petit David " , s'écria une femme en le voyant passer les menottes aux mains; « que le Seigneur t'apporte ses plus précieuses consolations. » Les marins même de la flotte de Buckingbam qui mouillait à Portsmoutb crièrent au Roi qu'ils espéraient « qu'il épargnerait Felton, leur ancien compagnon d'armes > . Maislesespcrances qu'avait fait naître la cbute du favori ne furent pas de longue durée; U'eston, une créature de Buckingbam, devint lord trésorier, et rien ne fut cbangé au système de gouvernement. « Acban n'est plus » , disait Eliot, « et cependant la tyrannie vit toujours. «
La lutte religieuse. — Il semblait qu'aucun acte de Charles 1" ne pourrait encore élargir l'abîme qui séparait déjà la nation anglaise de son souverain; il n'en fut rien cependant. Il y avait une chose qui était plus chère aux Anglais que la liberté de la parole, la sécurité des biens et même la liberté personnelle; c'était, pour employer le langage du temps, r u Evangile » . La tristesse qui avait envahi le cœur de tous les puritains au début du règne devenait de plus en plus profonde de jour en jour, La lutte sur le continent tournait de plus en plus contre le protestantisme, et la cause de la réforme semblait perdue. En Allemagne, luthériens et calvinistes avaient été également écrasés par la maison d'Autriche; la chute de la Rochelle avait livré les huguenots à la merci d'un cardinal, et au moment où l'Angleterre elle-même tremblait à la pensée qu'elle pourrait un jour ou l'autre être exposée à un péril mortel comme au temps de l'Armada, Charles I" éleva Laud au siège épiscopal de Londres et le chargea de la direction des affaires de l'Eglise. Aux yeux des protestants exaltés, Laud et le clergé de la Haute Eglise, qui le regardait comme son chef, paraissaient bien plus dangereux encore que le papisme, qui faisait à ce moment de si rapides progrès sur le continent; car ils étaient traîtres à leur patrie, infidèles h leur Dieu, et cherchaient à éloigner l'Eglise anglicane des autres communions prolestantes et à la rapprocher de l'Eglise de Home, « la moderne Babylone » . Ils singeaient les cérémonies catholiques et introduisaient avec une extrême prudence dans le Credo quelquesunes des doctrines delà religion romaine. Par contre, ils n'avaient pas su, comme l'Eglise catholique, conserver au clergé son indépendance : ils se montraient d'une servilité vraiment abjecte à l'égard du Roi et lui témoignaient leur reconnaissance pour la protection qu'il leur accordait, en érigeant les plus dangereuses prétentions de la Couronne en articles de foi. A l'exemple de l'évèque Andrewes, qui déclarait publiquement que Jacques était inspiré par la grâce du Saint-Esprit, Laud et ses partisans prêchaient l'obéissance passive à la plus abominable des tyrannies et déclaraient que le Roi pouvait librement disposer de la personne
et des biens de ses sujets. La religion même devenait une arme contre la liberté nationale. Jusqu'alors les partisans de la Haute Église avaient été très-peu nombreux (car la masse du clergé et des fidèles était fermement attachée aux idées puritaines) ; mais, grâce à l'énergie bien connue de Laud, ils allaient voir s'accroître leur influence et le nombre de leurs adhérents. Les personnes les plus sérieuses prévoyaient déjà le jour où toutes les chaires retentiraient d'exhortations à l'obéissance passive, de virulentes attaques contre le calvinisme et d'apologies passionnées de l'Eglise romaine. Le moins fanatique de tous les membres de la Chambre des communes, Eliot, écrivait de la campagne dans un élan de foi religieuse : « Les dangers deviennent si menaçants que la pensée seule de la vie à venir nous sauve du désespoir. » La crise religieuse l'absorba dès lors tout entier. Le Parlement se réunit dans les mêmes dispositions, et son premier soin fut de s'occuper des affaires religieuses : « L'Evangile " , s'écria Eliot, « est la Parole de Vérité, qui a fait le bonheur de l'Angleterre pendant les longues années où elle a joui d'une prospérité exceptionnelle ; qu'il reste donc à jamais la base de notre édifice social. Nous sommes. prêts à défendre la Vérité non-seulement par nos paroles, mais par nos actes. » (t II est d'usage » , ajoutait-il, « dans les églises d'Orient, de rester debout pendant que l'on répète le Credo, comme pour montrer qu'on saura le conserver et le défendre, non-seulement la tête haute, mais, s'il le faut, les armes à la main. M'cst-ce pas là une coutume digne d'être imitée? » Les Communes répondirent à l'appel de leur chef en jurant solennellement de ne reconnaître que les articles de foi établis par le Parlement, tels qu'ils étaient admis par l'Eglise dans son ensemble et interprétés par la majorité des écrivains anglicans.
Ces débats ne furent pas de longue durée. La Chambre des communes, ayant refusé de voter l'établissement de nouveaux droits de douane avant d'avoir obtenu le redressement des abus commis dans la perception des précédents subsides, avait sommé les fermiers d'impôts de comparaître devant elle ; ils ne se présentèrent que pour déclarer que le Roi leur avait interdit de répondre. La Chambre allait protester, lorsque le président annonça qu'il avait reçu l'ordre d'ajourner le Parlement. Les députés comprirent que c'était le prélude d'une dissolution très-prochaine, et leur indignation se manifesta par une violente scène de désordre. Ils obligèrent le président à continuer de siéger, tandis qu'Eliot, proclamant une fois de plus le grand principe de la responsabilité ministérielle, dénonçait le nouveau lord trésorier comme l'auteur de cette mesure d'ajournement, et ajoutait ces mots auxquels les futurs événements devaient donner une signification terrible : « Tous ceux qui ont brisé les Parlements, les Parlements les ont brisés à leur tour. » Les portes furent verrouillées, malgré les protestations du président, malgré les coups répétés de l'huissier qui sommait les représentants, de la part du Roi, de comparaître