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LA PETITION DES DROITS

dant cette retraite sans que les Français eussent eu aucune perte à déplorer.

La Pétition des droits. — La folle équipée de Buckingham n'avait . réussi qu'à ruiner a la fois la Rochelle et la cause huguenote en France. On en ressentit même indirectement le contre-coup en Allemagne. Charles I", crihlé de dettes et profondément humilié de cette défaite, fut contraint de convoquer un nouveau Parlement qui se réunit dans des dispositions encore moins conciliantes que les précédents. Les candidats du gouvernement furent partout repoussés, et les chefs du parti national revinrent en triomphe. Le seul fait d'avoir résisté à la taxe arhi traire était un sûr moyen d'être élu. Malgré l'avis d'Eliot, les nouveaux députés paraissaient plus désireux d'ohtenir réparation des atteintes portées à la liberté individuelle, que de punir Buckingham et d'obtenir satisfaction des griefs de la nation, u Nous devons revendiquer nos antiques libertés >>, s'écriait sir Thomas VVentworth ; « il faut remettre en vigueur les lois de nos ancêtres et leur donner une telle autorité que personne n'ose désormais les violer. » Ces paroles devaient être rappelées quelques années plus tard, comme la condamnation de sa propre conduite. La Chambre des communes, dédaignant les messages hautains et menaçants de Charles, et peu confiante dans la promesse royale de défendre et de protéger leurs libertés, se consacra entièrement à la rédaction de la Pétition des droits (1628).

On y citait tout au long les ordonnances qui interdisaient les taxes illégales, les emprunts forcés, les dons gratuits, les condamnations, les mises hors la loi, les confiscations de biens prononcées contre les citoyens anglais sans le jugement de leurs pairs, les emprisonnements arbitraires, les logements militaires et l'application de la loi martiale en temps de paix, comme moyen de coercition. On rappelait ensuite les nombreuses circonstances où ces lois avaient été outrageusement violées par les deux derniers souverains, surtout depuis la dissolution du dernier Parlement. Les représentants des Communes priaient, en terminant, le Roi ;c de révoquer tous ces actes illégaux, de s'engager à y renoncer à l'avenir - . Les lords essayèrent de donner une satisfaction partielle à Charles en réservant « son pouvoir souverain d . « Notre pétition r> , répliqua tranquillement Pym, « a été faite pour doter l'Angleterre de vraies lois, et la puissance du souverain ainsi affirmée semblerait être distinguée de celle de la loi. » Les lords cédèrent; mais Charles se contenta de faire une réponse évasive.

Eliot, voyant que les demandes plus modérées devant lesquelles il avait retiré les siennes n'obtenaient aucune satisfaction sérieuse, revint à la charge. Dans un discours d'une hardiesse inconnue jusque-là, il proposa de présenter au Roi une nouvelle Remontrance sur l'état du royaume; mais

lorsqu'il eut déclaré que le renvoi de Buckingham devait être le premier acte d'une politique vraiment réformatrice, le président lui répliqua" qu'il avait reçu Tordre d'interrompre tous ceux qui se permettraient d'attaquer les ministres " . Cette violation de la liberté de la tribune donna lieu à une scène étrange, unique dans les fastes de l'histoire parlementaire. Eliot s'assit brusquement au milieu d'un silence solennel. -< On avait rarement assisté à un spectacle aussi émouvant dans une assemblée délibérante » , raconte une lettre du temps; « les uns pleuraient, les autres éclataient en reproches, quelques-uns prophétisaient la ruine fatale du royaume, d'autres, saisis d'une sorte de ferveur religieuse, confessaient leurs péchés et les fautes de la nation, qui nous ont attiré tous ces malheurs; d'autres enfin s'indignaient de la faiblesse de leurs collègues qui ne pouvaient retenir leurs larmes. Une centaine au moins pleuraient; plusieurs essayèrent de parler, mais l'émotion leur coupait la parole, n Pyni lui-même, s'étant levé, fut obligé de se rasseoir, suffoqué par les larmes. Sir Edouard Coke put enfin prononcer quelques mots et confessa le tort qu'il avait eu en entravant, par ses timides conseils, l'action d'Eliot au commencement de la session, et déclara « que le seul auteur de tous les malheurs du pays était le duc de Buckingham »« .

La mort de Buckingham (1628). — La Chambre accueillit avec des cris d'enthousiasme la proposition d'inscrire dans la liemontrance les griefs de la nation contre le duc; pour éviter le danger qui menaçait son favori, le Roi coda et offrit tout à coup de consentir aux demandes de la Pètilion des droits. Grâce à celte concession, il obtint du Parlement un vote de subsides. Cène fut partout que feux de joie parmi le peuple à cette nouvelle et carillon de cloches » comme on n'en avait pas vu depuis le retour d'Espagne de Sa Majesté » . .Mais cette concession était trop tardive pour permettre au Roi d'arriver à ses fins. Les Comnmnes persistèrent à lui présenter leur Remonlrance ; Charles reçut les députés d'un air froid et dur, ayant Buckingham à son côté. Le duc écouta la lecture de l'acte d'accusation d'un air de défi; puis, tombant aux genoux du Roi, il voulut parler. « Xon, Georges », s'écria Charles en le relevant, et son attitude montrait avec évidence que le duc était toujours en pleine faveur. « Xous périrons ensemble s'il le faut, Georges », ajouta-t-il un peu plus tard. Le brillant favori semblait avoir définitivement échappé' à tous les dangers lorsqu'il tenta, après la prorogation du Parlement, une nouvelle expédition pour la délivrance de la Rochelle. Mais un lieutenant de l'armée, Felton, a aigri par des injustices » , crut que les termes de la Remontrance l'autorisaient à satisfaire le projet de vengeance qu'il méditait depuis longtemps : s'étant mêlé à la foule qui remplissait le grand hall, à Portsmouth, il plongea un poignard dans le cœur du favori. En apprenant cette nouvelle, Charles I"" se jeta sur son lit en sanglotant; mais

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