ÉPILOGUE
par la guerre, ils interdirent par une loi spéciale, votée en 1815, d'introduire du blé étranger dans le pays, sauf en cas de famine.
La société avait aussi ressenti des troubles profonds, conséquence naturelle du retour subit à la paix après vingt années de guerre et du licenciement des immenses armées de terre et de mer. Les mouvements populaires contre l'introduction des machines dans l'industrie, étouffés en 1812, se renouvelèrent alors, et la misère des campagnes amena une recrudescence de crimes. L'opposition obstinée du ministère, où dominait maintenant lord Castlereagh, à tout projet de réforme politique, causa une irritation dangereuse dans le pays et mit en évidence des hommes qui reçurent le surnom de radicaux parce qu'ils réclamaient une réforme radicale des institutions anglaises. Des agitateurs plus violents encore poussaient la haine du pouvoir royal jusqu'à la trahison et formaient de stupides complots. En 1819, la dispersion par la force d'une réunion convoquée à Manchester dans le but d'obtenir une réforme du Parlement, augmenta encore l'impopularité du ministère. Quelques désespérés, à la tête desquels se trouvait Arthur Thisticwood , formèrent le projet d'assassiner tous les ministres. Cette conspiration, dite de C<//o 5/r<?e/ (1820), révéla quelle haine violente ils avaient fait naître dans le cœur de leurs adversaires les plus exaltés. La mort de George III en 1820 et l'avènement de ' son Gis le prince régent sous le nom de (îeorge IV ne firent qu'aggraver le trouble dans les esprits. Le nouveau roi, séparé depuis longtemps de sa femme, l'avait accusée en secret d'infidélité conjdgale; son premier acte en montant sur le trône fut de renouveler ses accusations et de présenter au Parlement un bill de divorce. L'agitation publique qui suivit cette démarche obligea le ministère à abandonner le bill; la honte qui en rejaillit sur la famille royale et l'impopularité du souverain augmentèrent encore le mécontentement général de la nation.
Cauning. — Le seul véritable danger pour l'ordre public était l'aveugle opposition à tout changement politique qui confondait les projets de réforme les plus sages et les plus modérés avec les utopies révolutionnaires. En 1822, le suicide de Castlereagh, devenu marquis de Londonderry, chef principal des conservateurs extrêmes, mit fin à cette politique de résistance obstinée. Canning devint ministre des affaires étrangères à la place de Castlereagh, et avec Canning on vit reparaître l'ancienne politique libérale et modérée de William Pitt. Au dehors, son premier soin fut de rompre avec la Sainte-Alliance, que les puissances du continent avaient formée à la chute de Napoléon, pour réprimer tous les mouvements libéraux ou révolutionnaires dans leurs divers royaumes, et dont la politique despotique avait poussé' en 1820 Naples, l'Espagne et le Portugal à la révolte. Canning soutint le principe de non-intervention dans les affaires intérieures des Etats du continent; il appuya cette politique en