‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 19 sur 205 · LAL'D ET LE CLERGE · texte numérisé non relu

LAL'D ET LE CLERGE

pathies pour le célibat des prêtres ; quelques évêques et la majorité du nouveau clergé qui occupait les cures d'où les pasteurs puritains avaient été chassés, défendaient des doctrines et des usages dénoncés par les réformateurs comme du pur papisme, tels que la confession auriculaire, la présence réelle et les prières pour les morts. L'un des prélats, Montagu, était catholique de cœur; un autre, Goodman, mourut en confessant sa foi aux doctrines papistes.

Pendant ce temps, Laud se montrait infatigable dans ses efforts pour ramener le clergé anglais au degré de puissance civile et politique qu'il ; avait atteint lorsque la Réforme lui avait porté un coup fatal. On peut voir 1 dans les archives de Lambeth un immense et superbe volume sur vélin où se trouvent copiées certaines pièces du Trésor de la Tour sur les privilèges du clergé ; cette compilation est mentionnée dans le journal de Laud comme une a des vingt-deux choses qu'il avait projeté de faire si Dieu le lui permettait » , et comme une des quinze qu'il avait pu mener à bien avant sa chute. H rétablit l'autorité de la Cour des évêques, qui était bien déchue depuis plusieurs années. En 1636, il décida même le Roi à élever Juxon, évèque de Londres, au poste de premier lord trésorier, le plus important du royaume : " Aucun membre du clergé ne l'avait occupé depuis Henri Vil « , remarque fièrement Laud. « Je prie Dieu de faire en sorte que l'honneur en rejaillisse sur l'Eglise et sur le gouvernement, et que le nouvel élu rende des services à l'État; et maintenant, si le clergé ne sait pas soutenir les siens, tant pis, je ne peux rien faire de plus. ^

Désireux, comme nous l'avons déjà vu, de relever le catholicisme dans l'estime du clergé, il voulait introduire aussi quelque chose de la pompe de l'Église romaine dans les cérémonies du culte. Sa conduite à Lambeth, dans son propre palais, montre avec quelle intrépidité il heurtait tous les instincts de son temps, à une époque où le côté spirituel de la religion avait beaucoup plus d'action sur les âmes que les pompes du culte. On remarqua alors comme un fatal présage l'accident qui signala sa première entrée à Lambeth. Le bac, surchargé, chavira en passant la rivière ; chevaux et gens de l'archevêque furent sauvés, mais son carrosse resta au fond de la Tamise. Malgré le soin avec lequel il notait ces présages, Laud, esprit étroit, mais hardi, n'en était pas troublé dans son œuvre.

Il commença par restaurer sa chapelle de façon à montrer son mépris pour tout ce qu'avaient fait ses prédécesseurs depuis la Réforme. Sous le règne d'Edouard VI, le zèle iconoclaste des protestants avait été jusqu'à arracher des fenêtres les vitraux peints ; sous Elisabeth, la table de communion avait été transportée au milieu de la chapelle. C'est probablement Abbot qui avait supprimé l'orgue et le chœur, et interdit toutes les cérémonies solennelles. Il refusait, ainsi que toutes les personnes de sa maison, d'incliner la tête au nom du Christ. L'autel avait disparu, et les chapes, que l'on portait encore au temps de Parker, avaient cessé d'être en usage à

l'époque de Laiid. Malgré son extrême simplicité, la chapelle du palais de Lambeth était un des édiGces religieux les plus remarquables de ce temps; le service divin y avait été célébré chaque jour, depuis Cranmer, par tous les archevêques primats ; il était fréquenté par l'aristocratie, la magistrature, le clergé et des personnages de tout rang d'Angleterre et du continent. Pour Laud, cet état de choses paraissait intolérable.

Avec son énergie habituelle, il aida lui-même à replacer les vitraux aux fenêtres, et se donna une peine inouïe pour en réunir tous les morceaux. Il scandalisa le vitrier en lui ordonnant de réparer et de replacer la croix brisée de la fenêtre de l'est. La sainte table fut enlevée du centre et placée en manière d'autel contre le mur oriental, devant une longue tenture de tapisserie sur laquelle était brodée une sainte Cène. L'archevêque ne fut satisfait que lorsque le jubé de bois, précieusement sculpté, les riches chapes du chapelain, les chandeliers d'argent, la table de l'autel, l'orgue et le chœur eurent été rétablis, et lorsque le vieux rituel, les génuQexions devant l'autel et les prosternations au nom de Jésus, eurent fait de cette chapelle le modèle des églises selon ses idées particulières.

Comme il ne pouvait établir partout la même pompe, il exigea du moins le plus qu'il put; par exemple, les saints et génuflexions devant l'autel furent introduits dans toutes les cathédrales ; enOn, un décret royal ordonna de transporter dans le chœur les tables de communion, qui, depuis un demi-siècle, se trouvaient dans presque toutes les églises paroissiales au milieu de la nef. Comme avant la Réforme, une balustrade les protégea contre toute profanation. C'était une sorte de reconnaissance implicite de la présence réelle et le désaveu de la doctrine protestante adoptée généralement en Angleterre au sujet de la sainte Cène. Laud vint cà bout de toutes les résistances, assez violentes parfois, grâce à sa rigueur et à son opiniâtreté. Des prêtres furent condamnés à de fortes amendes et <à la prison, et privés de leurs bénéfices, pour avoir attaqué ces changements du haut de la chaire ; et des marguilliers, qui avaient refusé ou tardé d'obéir à cette injonction, se virent cités à comparaître devant la Commission ecclésiastique, qui les réprimanda sévèrement, et leur arracha par la terreur la promesse de se soumettre aux nouveaux usages.

Les colonies puritaines. — Dans leur dernière remontrance au Roi, les Communes avaient désigné Laud comme le chef de la réaction antiprotestante de l'Eglise anglicane; et, chaque année, le primat semblait prendre à tâche de justifier cette accusation. Sa politique avait cessé d'être purement conservatrice comme celle de-Parker ou de Whitgift; elle devenait agressive et révolutionnaire. Aussi, les puritains rallièrent-ils autour d'eux tous les sentiments conservateurs, car c'étaient eux désormais qui

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semblaient défendro la vieille Église anglicane contre les attaques du primat.

La lutte devenait chaque jour plus difûcile à cause de la puissance de Laud, qui avait pour lui le Roi et la cour. Les puritains voyaient leurs ministres réduits au silence ou privés de leurs cures, le sabbat profané, et la cérémonie la plus sainte du culte rapprochée autant que possible de la messe romaine. Ils retrouvaient la doctrine catholique enseignée du haut des chaires et les cérémonies catholiques céléi)rées dans les églises. Qu'y a-t-il d'étonnant, après cela, que les hoiimies pieux d'Angleterre aient vu l'intervention directe de la main de Dieu dans la fondation de la colonie du ALassachusetts et aient senti leurs cœurs attirés au delà de l'Océan ? Vainement des âmes faibles revenaient raconter les dangers et les difûcultés qu'on y rencontrait, et comment deux cents des nouveaux colons avaient péri pendant lepremier hiver ; une lettre de Winthorp leur apprenait avec quelle énergie avait lutté la poignée de courageux pionniers restés à leur poste : - Xous adorons en paix Dieu et .Tésus-Christ ; n'est-ce pas assez? Je remercie le Seigneur de me sentir si bien ici et. de ne pas me repentir d'être venu ; je ne voudrais pas avoir renoncé à mon projet, quoique j'eusse prévu toutes ces épreuves ; je n'ai jamais ressenti un plus grand contentement d'esprit. '>

Malheureusement, en traversant l'Atlantique, les puritains, si énergiques et si virils, ne s'étaient pas dépouillés de leur étroitesse et de leur rigorisme. Un jeune pasteur, Roger Williams, fut obligé de quitter le Massachusetts et de se réfugier chez les colons de Rhode-Island pour avoir prêché la liberté de conscience (1636). Ils montrèrent aussi leur ressentiment des persécutions qu'ils avaient eu à subir dans leur pays, en abolissant l'épiscopat et en interdisant le Prayer Book. La colonie devint bientôt, grâce au zèle religieux de ses membres, une sorte de théocratie. Pour que le gouvernement restât conGé à de bons et honnêtes citoyens, il fut ordonné qu'aucun honnne ne serait admis à jouir des libertés politiques, à moins qu'il ne fit partie d'une des nombreuses églises de la communion protestante.

Plus la main de Laud s'appesantissait sur l'Angleterre, plus l'émigration puritaine prenait di- l'extension. Trois mille colons arrivèrent d'Angleterre en une seule année. Le débarquement de Harry Vane, Gis d'un secrétaire d'Etat, destiné cà jouer l'un des principaux rôles dans la future révolution, semblait annoncer l'arrivée des chefs mêmes du mouvement puritain. L'anecdote ([ui veut qu'un ordre du Roi ait seul empêché Cromwell de passer les mers, est probablement controuvée; mais il est certain que la révolution qui suivit l'insurrection écossaise empêcha seule les hommes du plus haut rang de quitter l'Angleterre. Lord Warwick s'était assuré la possession de la vallée du Connecticut, lord Say et Sele et lord Rrooke entrèrent en négociations pour se faire transporter dans le Nouveau

GO LA XOL'VELLE-AXGLETERRE.

Monde. Hampden acheta des terres dans le Xanajjansett. Le nombre croissant des cmigrants est une preuve de la violence des persécutions.

Entre le départ de Winthorp et la réunion du Lon<] Parlement, c'est-àdire pendant une période de dix k onze ans, deux cents navires d'émigrants traversèrent l'Atlantique, et vingt mille Anglais trouvèrent un refuge en Amérique.

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