‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 20 sur 205 · LA T Y R A N M E · texte numérisé non relu

LA T Y R A N M E

La suspension du Parlement. — A rouvertuie du troisième Parlement, Charles avait fait entendre aux députés, d'un ton menaçant, que l'existence d'une Chambre dépendait de leur degré de soumission à la volonté royale. « Si vous ne faites pas votre devoir » , dit le Roi, « je serai obligé d'user des moyens que Dieu a mis entre mes mains. » Cette menace ne réussit pas à ébranler l'énergique opposition des Communes, et Charles passa des paroles aux actes. «Nous avons montré jusqu'ici, en convoquant à plusieurs reprises les députés de la nation, notre amour pour le gouvernement parlementaire» , dit-il dans une proclamation qui suivit la dissolution des deux Chambres ; « mais les derniers scandales m'ont obligé à suivre, bien à contre-cœur, une autre politique, et nous regarderons comme une atteinte à notre puissance toute prétention de fixer d'avance une date pour la réouverture du Parlement. ^

Onze ans se passèrent, en effet, sans que le Parlement fut convoqué. Il serait injuste cependant d'accuser le Roi d'avoir, eu le plan arrêté d'établir l'absolutisme en x^ngleterre et d'apporter aucun changement à ce qu'il croyait être l'ancienne constitution du royaume. Bien que Charles détestât le nom seul de Parlement, 'jamais il ne lui fût venu à l'idée de le supprimer déOnitivement. Il espérait que la nation recouvrerait tôt ou tard son bon sens, et qu'alors les Chambres pourraient se réunir de nouveau sans danger pour la Couronne. En attendant, il se proposait de gouverner seul, avec les ressources " que Dieu lui avait mises entre les mains » . Il étouffa ainsi toute velléité de résistance, en jetant les chefs du parti national en prison. Eliot expira à la Tour, premier martyr de la liberté. On interdit sévèrement de parler de la réunion d'un nouveau Parlement, et Laud se

' Sources : Pour les principaux événements de cette époque, voir les chapitres précédents. Consulter les Lettres de Strafford, les Calendars of State Papers. Consulter aussi pour l'Ecosse l'excellente Histoire d'Ecosse de M. Burton, et pour l'insurrection écossaise, les Lettres de Baillie. Lire dans Clarendon : History of the rébellion, les portraits de Weston et des principaux hommes d'Etat de cette période.

62 LA TYRAWIE (1G29-1640).

sentit autorisé à vaincre l'obstination des puritains en se servant de mesures de coercition. Mais le Roi s'en tint là. Un Richelieu aurait profité de l'occasion pour organiser un gouvernement despotique ; Charles se contenta de remplir le Trésor; il n'avait, d'ailleurs, ni les qualités ni les défauts d'un véritable tyran ; il n'essaya pas de s'emparer du pouvoir absolu. \'e le possédait-il pas déjà en vertu de la Constitution? Il ne songeait même pas à entretenir une armée permanente, un peu faute d'argent et surtout parce qu'il avait foi dans son principe et ne croyait pas qu'on pût songer à lui résister.

Son seul moyen pour se libérer de cette dépendance vis-à-vis du Parlement, qui révoltait son orgueil de roi, était une politique de paix et d'économie. Pour éviter la guerre, il se montra plus indifférent que son pèi*e lui-même aux intérêts des protestants du continent. A cette époque, l'.AUemagne était en feu; l'apparition inattendue de Gustave-Adolphe et de ses Suédois au cœur de l'Kmpirc avait complètement changé la face des choses ; la défaite et la mort de Tilly, l'humiliation de la ligue catholique et la prise de Munich, la capitale de son chef, par les Suédois, délivrèrent les princes luthériens de l'Allemagne du Xord de la soldatesque impériale et contraignirent l'empereurFcrdinand il, tremblant derrière les murs de Vienne, à appeler à son aide un aventurier nommé Wallenstcin dont il redoutait l'ambition, mais qui seul était capable de repousser le conquérant suédois. Le protestantisme n'avait pour le moment rien à craindre. Mais ces victoires des protestants n'arrachèrent pas plus Charles à ses mesquines préoccupations de politique intérieure, que Jacques n'avait été arraché par leurs défaites aux ridicules tergiversations de sa diplomatie. Porter secours à Gustave-Adolphe, ou même se tenir sur un pied de neutralité armée, c'était imposer une charge au trésor royal et rendre nécessaire un ûouvel appel aux Communes; or, Charles avait résolu de n'y plus avoir recours. Aussi s'empressa-t-il, an plus fort de la lutte, de signer la paix avec la France et l'Espagne, les deux grandes puissances catholiques, et eut-il soin de se tenir à l'écart de toute intervention dans les affaires du continent.

La question flnancière, de jour en jour plus grave, l'absorbait entièrement; ladette publiqueétaiténorme, etlerevenu de laCouronne, privé désormais des subsides du Parlement, ne suffisait pas aux dépenses courantes. Charles était naturellement frugal et laborieux, et l'administration du nouveau lord trésorier, Weston, créé comte de Portland, formait un contraste heureux avec les folies elles prodigalités du temps de Buckingham. Cependant les économies réalisées par U'eston ne pouvaient combler le déficit ou plutôt le gouffre du Trésor. C'est alors que Charles eut recours à des mesures financières illégales qui montrèrent combien les Communes avaient raison de signaler le système des taxes arbitraires comme un péril imminent pour la liberté constitutionnelle.

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