‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 2 sur 205 · LE PRESBYTERIANISME · texte numérisé non relu

LE PRESBYTERIANISME

inents sur Olivier Cromvvell nous montrent le jeune gentilhomme campagnard établi dans les plaines marécageuses de Huntingdon et de Saint- Yves, en proie à une sombre mélancolie et hanté par la crainte d'une mort prochaine. H écrit à un ami : « Je vis dans Mesliac, ce qui signifie atlenie, et dans Kcdar, c'est-cà-dire dans les ténèbres, et cependant le Seigneur ne m'abandonne pas. » L'idée delà perfection divine, toujours présente à l'esprit de tels honmies, leur faisait voir du mal dans toutes les actions humaines. ^ Vous savez comment j'ai vécu " , ajoute Cromwell; i< oh! je le reconnais, j'ai aimé les ténèbres et haï la lumière cl la sainteté. 1) Et cependant son plus grand péché était peut-être de s'être laissé aller à une exubérance juvénile qui n'avait rien de blâmable, ou d'avoir manqué de ce sérieux que les années seules peuvent donner.

Chez des natures exaltées comme celles de Bunyan, ces luttes morales prenaient une forme plus étrange encore. John liunyan (1628) était le fils d'un pauvre chaudronnier d'Elstow en Bedfordshire, et dès son enfance son imagination était hantée par de terribles visions du ciel et de l'enfer. « A l'âge de neuf ou dix ans déjà » , dit-il, a ces pensées mettaient mon àme dans une telle détresse qu'au milieu de mes amusements, avec mes joyeux camarades, je me sentais triste et abattu; cependant je ne pouvais renoncer à mes péchés. " Ces péchés, auxquels il ne pouvait renoncer, étaient le jeu de la crosse et la danse sur l'herbe verte. Son seul véritable défaut avait été l'habitude de jurer, et le blâme d'une vieille femme avait suffi pour l'en guérir tout de suite et pour toujours. Il ne put se défaire de sa passion pour la sonnerie des cloches, même quand il eut renoncé à cet exercice comme à un vain passe-temps. Il entrait dans le clocher et restait là en contemplation, jusqu'à ce que la pensée qu'une cloche pouvait tomber et l'écraser dans son péché le mît en fuite terrifié. L'n sermon contrôla danse et les jeux l'éloigna pour un temps de tous les plaisirs de son âge ; mais la tentation l'emporta de nouveau sur ses bonnes résolutions. « Je chassais de mon esprit l'exhortation que je venais d'entendre, et je retournais avec joie à mes anciennes habitudes de jeux et de plaisir. Mais, ce même jour, au milieu d'un a jeu de chat jî , quand, après avoir réussi au premier coup, je me préparais au second, j'entendis soudain une voix du ciel parler à mon àme : Veux-tu renoncer à tes péchés et aller au ciel, ou persévérer dans le mal et aller en enfer? Saisi d'étonnement, je laissai le jeu et regardai le ciel ; il me sembla voir, avec les yeux de l'esprit, le Seigneur Jésus qui me regardait d'un air courroucé, comme s'il me menaçait de quelque punition sévère pour m'êtrc laissé entraîner à cet amusement, y

Le presbytérianisme. — Tel était le puritanisme, dans sa grandeur comme dans ses petitesses. Il est de la plus haute importance de le considérer ainsi en lui-même, sans le confondre, comme on le fait trop sou-

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vent, avec le système ecclésiastique presbytérien. Ainsi que nous le verrons dans la suite, aucun des chefs puritains du Parlement n'était presbytérien. Pyni et Hampden ne se montrèrent jamais hostiles à la hiérarchie ecclésiastique, et si les patriotes puritains adoptèrent plus tard le presbytérianisme, ce fut par des considérations toutes politiques.

L'histoire de ce mouvement, qui exerça pendant un temps une profonde influence, forme l'un des plus curieux épisodes du règne d'Elisabeth. La Reine, dans ses rapports avec l'Eglise, s'appuyait sur les deux Actes de Suprématie et d'Uniformité. Le premier donnait à l'État un pouvoir absolu en matière de juridiction et de législation ecclésiastiques ; l'autre prescrivait un code de doctrine et de discipline dont il était interdit de s'écarter. Pour la nation, en général, ce système était sans doute bienfaisant et sage; mais il ne trouva l'appui d'aucun des théologiens ou des hommes d'Etat d'alors; ce fut une sorte de trêve armée que la Reine et le j)rimat imposèrent aux différentes factions religieuses. Ils acceptaient les grands principes de la Réforme, mais opposaient une barrière au zèle des réformateurs trop ardents. La Rible resta ouverte à tous; une liberté complète fut laissé<' aux discussions privées. Mais, en soumettant les prédicateurs à une autorisation royale, on mit fln aux querelles théologiques dont retentissaient toutes les chaires. On exigeait de tous le même culte extérieur et la présence au service divin ; mais on opposa une énergique résistance aux modilicalions que, dans leurs tendances radicales,, les réformés de Genève avaient introduites dans le rituel, et qui commençaient à pénétrer en Angleterre.

Tant que l'Angleterre eut à lutter pour son indépendance, cette attitude modérée du gouvernement reflétait assez lidèlement l'opinion générale; mais quand, après l'exécution de .Marie Stuart, toute crainte eut disparu, on put constater un changement marqué dans l'état des esprits. Malheureusement, aucun changement analogue ne se fit chez la Reine, et elle resta étrangère et hostile à l'enthousiasme religieux qui grandissait autour d'elle. Aimant la modération par-dessus tout, son seul but était de maintenir l'ordre public; et, à ses yeux, l'ordre public se trouvait menacé par cette poignée de fanatiques qui se groupaient alors sous la bannière du presbytérianisme. Thomas Cartwright était leur chef. 11 avait fait ses études à Genève et en revenait plein de foi dans le calvinisme et dans le système ecclésiastique imaginé par Calvin. Comme professeur de théologie à Cambridge (à Margaret Collège), il proGta largement des occasions qu'il avait de propager ses idées. Aucun chef de parti politique n'inspire rétrospectivement moins de sympathie que Cartnright. On ne peut mettre en doute ni sa science ni sa dévotion ; mais son bigotisme était celui d'un inquisiteur du moyen âge.

Le signe de la croix au baptême, l'emploi du surplis, l'échange de l'anneau nuptial, tous les restes du vieux rituel, simplement désapprouvés par le plupart des puritains, étaient, pour lui, autant d'actes d'idolâtrie et

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