LA TYRANNIE
pularitc. Qiiant à la vraie poésie, on n'en trouve gucreque cliez des poètes lyriques comme Robert Herrick, aimable et gracieux cbanteur, plein de charme et de fantaisie, mais artificiel et gàlé souvent par le pédantisnie et la grossièreté ; ou bien chez les disciples directs de Spenser, tels que Brown, le poëte pastoral, et les deux Flelcher, Phinéas et Giles, auteurs d'allégories illisibles oij, à défaut de la puissante imagination du maître, on trouve quelque chose de son exquise harmonie.
Milton lui-même avait commencé par imiter Spenser ; il avoua plus tard à Dryden que le grand poëte avait été son modèle dans quelques-uns de ses premiers vers composés à Horton ; il aime, dit-il, u à méditer sur les nobles et solennelles harmonies de la Reine des Fées et sur ces effrayantes forêts enchantées où l'on entend plus que ce qui frappe l'oreille » . Il n'y a pas trace chez lui de cette fadeur et de cette afféterie qui caractérisent en général les imitateurs de Spenser. Nous retrouvons dans V Allegro et le Penseroso, composés dans sa retraite à Horton, l'imagination et l'harmonie des poètes du temps d'Elisabeth, leur merveilleuse richesse d'images et leur sympathie si large pour la nature et l'humanité ; il lui rnanque peut-être un peu de l'aisance et de la spontanéité des œuvres de là Renaissance; il y a chez le jeune poète plus de rhétorique que de passion, une absence totale de puissance dramatique et un certain manque de précision et d'exactitude dans les détails pittoresques. L'imagination de Milfon n'était pas assez ardente pour qu'il pût s'identifier avec ses propres créations ; il s'en désintéresse et, les regardant de loin, les arrange un peu à sa fantaisie; mais si, à ce point de vue, il est, dans ses premiers poèmes et dans ses œuvres de l'âge niùr, très-inférieur à Shakespeare et à Spenser, il fait preuve d'une grande élévation de pensée et d'expression, d'une sûreté de goût parfaite, de beaucoup de dignité et surtout d'une perfection de forme qui n'est égalée que par la solidité du fond. La grandeur morale de l'esprit puritain se fait sentir jusque dans ses œuvres les plus légères. Le Cornus, pièce féerique onmasque, composée pour les fêtes données parle comte de Bridgeuater dans le château de Ludlow, se transforme en une apologie presque enthousiaste de la vertu.
Hampden et le ship-money. — Ce qui constitue l'intérêt historique du Cornus, c'est qu'on y trouve une protestation ,des puritains les plus instruits de ce temps contre le sombre bigotisme que la persécution commençait à faire naître parmi leurs coreligionnaires. La patience des Anglais commençait à se lasser. On vit paraître tout à coup une quantité de pamphlets virulents dans le genre du vieux Martin Marp relate. Des inconnus colportaient de porte en porte, chez les gentilshommes comme chez les marchands, des libelles anonymes. A mesure qu'on perdait l'espoir d'avoir bientôt un Parlement et de rentrer dans la légalité, les violents et les fanatiques faibles d'esprit devenaient, comme toujours en pareil cas, de
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plus en plus influents. Lcigliton, le père du saint archevêque de ce nom, avait donné le ton au début de cette période, en dénonçant les prélats comme des hommes sanguinaires, l'épiscopat comme une œuvre de l'Antéchrist et la reine papiste comme une GUe de Heth. V Histrio-Mastix ou Fouet des histrions de Prynne (1633), légiste remarquable par ses connaissances en matière de droit constitutionnel, mais le plus étroit et le plus obstiné des hommes, est une preuve éclatante du mal qu'avait fait la persécution des dissidents par Laud en exaspérant le fanatisme puritain. Ce pamphlet était une attaque contre les acteurs qu'il traitait de suppôts de Satan, contre les théâtres appelés chapelles du démon, contre la chasse, le mai, la décoration des maisons à Noël avec le houx et le gui, contre les cartes, la musique et les faux cheveux. Les puritains intelligents furent aussi choqués de ses violentes invectives contre le théâtre que les gens de l'entourage de Charles I" ; Selden etlVhilelock prirent une part très-active k la grande mascarade que les collèges d'avocats organisèrent pour répondre à ces provocations, et c'est l'année suivante que Milton composa sa comédie-féerie de Cornus, à la demande du châtelain de Ludlow.
Il aurait mieux valu laisser Prynne en repos, exposé aux railleries de tous les gens sensés ; mais c'eût été trop raisonnable pour l'irascible primat. Jamais la prison n'a puni un tel amas de niaiseries. Mais loin de se laisser intimider, Prynne écrivit dans le cachot oii Laud le fit enfermer un nouveau pamphlet, où les évêques étaient traités de ^ loups dévorants et de serviteurs de Lucifer ^ . Un de ses compagnons de captivité, John Bastvvick, déclara dans sa Litanie que a l'enfer est déchaîné ^ , que <^ les démons en surplis, en capuchons, en chapes et en rochets sont au milieu de nous" . Burton, prêtre de Londres, interdit par la haute Commission ecclésiastique, appela tous les chrétiens à résister aux évêques comme £i voleurs d'àmes, membres de la Bête et agents de l'Antéchrist " .
Bien que de pareils excès de délire fussent un signe évident des progrès croissants du mécontentement populaire, les ministres s'en montraient moins inquiets que des difficultés financières toujours grandissantes. Ni les ingénieux expédients des jurisconsultes, ni les vieux privilèges ressuscites à cette occasion, ni les impôts illégaux, les amendes et les confiscations qui avaient aliéné à la Couronne toutes les classes de la société et semé dans le cœur des Anglais une haine violente contre le gouvernement, ne suffisaient à remplir le Trésor. Aussi, malgré la sévère économie de Charles et deses ministres, de nouvelles exactions devenaient-elles nécessaires, à un moment oii le mécontentement croissant de la nation taisait de chaque exaction nouvelle une provocation à la révolte.
Mais les deux hommes qui gouvernaient l'Angleterre ne connaissaient ni les difficultés ni les dangers. Le Boi leur paraissait trop prudent, la Chambre étoilée trop faible, les juges trop scrupuleux. <j. Il faut aller
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jusqu'au bout' » , tel est le mot qu'ils échangent, impatientés par les lenteurs des réformes qui entravent leur œuvre. Strafford était très-anxieux cala pensée qu'on pourrait gâter son œuvre en Irlande. Laud était d'accord avec lui, et enviait au lord lieutenant sa liberté d'action. '^ Vous avez toutes sortes de facilités pour agiroiî vou's êtes'^ , lui écrivait-il. « Allez de l'avant, pour l'amour de Dieu. J'ai perdu, quant à. moi, l'espoir de réaliser ici le système bien à fond. « — Ils profitèrent tous deux des embarras Onanciers du Roi pour le pousser à agir avec plus d'audace. — « Ine fois débarrassé de ces dettes de la Couronne » , écrivait Strafford, c' vous pourrez gouverner comme vous l'entendrez, n Tout prétexte spécieux fut soudain laissé de côté, et Laud résolut de trouver des revenus permanents en transformant le ship-money ou taxe des vaisseaux, qu'on ne levait d'ordinaire que sur les ports de mer et les comtés maritimes, en un impôt général, décrété arbitrairement par le Roi. On espérait ainsi obtenir un revenu annuel d'un quart de million de livres sterling (6,205,000 francs) : « Je ne vois pas pourquoi vous ne vous rendriez pas maître do l'Angleterre aussi bien que moi de l'Irlande, moi, pauvre misérable que je suis » , écrivait énergiquement Strafford. A peine le tribunal réorganisé sur son conseil eut-il déclaré la nouvelle taxe légale, qu'il tira les conclusions logiques de cette décision : « Puisque le Roi peut lever de nouveaux impôts pour armer la flotte, il peut agir de même pour équiper une armée; et, puisqu'il a le droit de lever une armée pour résister à une invasion, il peut tout aussi bien conduire cette armée hors d'Angleterre pour la prévenir. Ce qui est légal en Angleterre doit l'être aussi en Ecosse et en Irlande; c'est de la décision des juges que dépend désormais la situation du Roi; grâce à elle, il pourra régner en souverain absolu dans son royaume et se faire craindre sur le continent. Qu'il s'abstienne seulement de faire la guerre pendant quelques années jusqu'à ce que ses sujets soient habitués à la nouvelle taxe, et il se trouvera au bout de ce temps bien plus puissant et plus respecté qu'aucun de ses prédécesseurs. " Il y eut heureusement des hommes qui virent, aussi clairement que Strafford lui-même, les dangers de l'établissement du shipmoneij pour la liberté nationale. John Hampden, ami d'Eliot, déjà connu pour sa résistance à l'emprunt forcé de 1626, l'un des hommes les plus habiles et les plus éloquents de ce temps, aussi intelligent et aussi instruit qu'aimable et généreux, renouvela son refus; il déclara le ship-money illégal et résolut de pousser le pays à la résistance en faisant appel à la protection des lois.
La résistance. — La nouvelle de l'attitude énergique de Hampden se répandit rapidement dans le pays et fit tressaillir tous les cœurs au moment
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