‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 26 sur 205 · LA TYRANNIE (1G29-1G · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE (1G29-1G

dations avec la Couronne. Les négociations furent interrompues au printemps suivant (1638), par un nouvel ordre du Roi leur enjoignant de se disperser et d'accepter le Prayer Book. C'est à ce moment que les juges, en Angleterre, prononcèrent, après bien des atermoiements, leur décision sur l'affaire de Hampden ; ils déclarèrent, à l'unanimité moins deux voix, qu'il était défendu de faire valoir, contre la volonté royale, des ordonnances interdisant les taxes arbitraires. « Je n'ai jamais lu, ni vu » , disait le juge Berkley, " que lex fût rex ; mais il est reconnu et vrai que rex est lex. y> Le juge suprême, Fincb, résuma l'opinion de ses collègues en disant : 'j. Tout acte du Parlement tendant à enlever au Roi son pouvoir, en cas de danger public, est nul et non avenu; il en est de même pour tous ceux qui restreignent les droits du Roi sur ses sujets, leurs personnes, leurs biens et même leur fortune; car aucun acte du Parlement n'y peut cbanger quoi que ce soit. »

Le Covenant, — « M. Hampden et ses pareils n , écrivait Strafford avec amertume, ^ mériteraient d'être bien fouettés pour rentrer dans leur bon sens. " A la nouvelle de cette sentence de la Haute Cour, malgré l'enthousiasme des partisans du Roi, Ucntïiorth vit immédiatement que l'énergie de Hampden avait porté coup. Sa résistance avait révélé aux Anglais les dangers auxquels les libertés étaient exposées, et dévoilé le but des prétentions royales.

L'élégie que Milton publia à cette époque, I.ijcidas, nous montre à quel degré d'irritation et d'amertume étaient arrivés les plus graves puritains. Au milieu de sa noble et touchante lamentation, il éclate tout à coup en paroles indignées à la pensée des dangers qui menacent l'Eglise, ;( contre ces bergers aveugles sachant à peine tenir une houlette, auxquels regardent les moutons affamés sans obtenir de nourriture, tandis que la farouche louve de Rome en dévore silencieusement à l'écart » . La nation était résolue à demander justice de ses tyrans et à ne pas reculer même devant la menace de l'échafaud. Strafford, Laud et Charles I" lui-même auront maintenant à compter avec cette hache à deux tranchants placée à la porte de la Chambre des communes, prête à frapper une fois un coup décisif.

Quelque résolue que se montrât l'opinion publique, on ne pensait pas qu'il fût nécessaire d'agir immédiatement, car les difficultés qui s'amassaient dans le \ord devaient, à un moment donné, obliger le gouvernement à chercher un appui auprès du peuple. Dès qu'on eut reçu à Edimbourg la sommation du Roi d'avoir à se soumettre immédiatement, ainsi que le commentaire signiflcatif du jugement de Hampden, un certain nombre de membres de l'opposition se réunirent autour des c Tables » , à Stirling; là, après avoir signé une protestation déjà élaborée à Edimbourg, ils renouvelèrent, sur le conseil d'Archibald Johnston de Warriston, le

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serment de maintenir le Covcnant établi autrefois entre Dieu et la nation à l'heure du danger, lorsque Marie Stuart conspirait contre le protestantisme et que l'Espagne préparait l'expédition de V Armada : « \ous promettons et jurons » , disaient-ils en terminant, « au nom du Dieu et Seigneur tout-puissant, de continuer à observer ladite religion et à lui obéir, à la défendre et à résister aux erreurs et aux hérésies, selon nos moyens et avec le pouvoir que Dieu a mis entre nos mains, et cela tous les jours de notre vie. » Le Covenant fut signé dans le cimetière des Frères-Gris, à Edimbourg, dans un élan de vif enthousiasme et de véritable joie « de la part de ceux qui, ayant été longtemps auparavant proscrits et rebelles, étaient admis de nouveau dans l'alliance du Très-Haut. »

Nobles et gentilshommes parcoururent l'Ecosse à cheval avec le document dans leurs poches, recueillant des signatures, tandis que les pasteurs, du haut de la chaire, pressaient leurs auditeurs de signer la protestation. Mais toute pression était inutile. " Tel était le zèle des adhérents, qu'ils signaient les joues ruisselantes de larmes; quelques-uns même i) , dit-on, L. faisaient couler leur sang et s'en servaient, à la place d'encre, pour écrire leurs noms » . On comprit la force que donnait cà la liberté écossaise ce réveil de ferveur religieuse, en voyant l'attitude nouvelle des covenantaires. Le marquis de Hamilton, venu en qualité de commissaire royal pour mettre fin à cette querelle, fut assailli de demandes tendant à l'abolition de la haute Cour ecclésiastique, au retrait des livres de Canons et du Frayer Book, et à la nomination d'un nouveau Parlement et d'une Assemblée générale. En vain le marquis menaça les Ecossais du courroux du Roi. Le conseil privé lui-même pressait Charles d'accorder une plus complète satisfaction aux désirs de son peuple : u. Je mourrais n , écrivait le Roi cà H'iniiltoii, " plutôt que de céder à ces impertinentes et maudites demandes, x Mais il fallait gagner du temps. " Le mécontentement ;) , écrivait lord Xorthumberland, k ne fait que croître au lieu d'aller en diminuant n . Charles était sans hommes et sans argent; il demanda en vain à l'Espagne de lui faire un prêt, sur la promesse qu'il déclarerait la guerre à la Hollande; il essaya de se procurer une armée de dix mille hommes en Flandre, qu'il aurait pu utiliser en Angleterre après avoir vaincu les Ecossais. Hommes et argent, tout lui fut refusé, et les contributions offertes par les catholiques anglais étaient très-loin de suffire à remplir le Trésor. Charles avait envoyé le marquis en Ecosse pour retarder la rupture décisive jusqu'à ce que la flotte royale eût fait son apparition dans le Forth; mais il était difficile d'équiper une flotte quelconque. L'Ecosse fut prête à la guerre bien avant le Roi. Les volontaires qui avaient servi pendant la guerre de Trente ans rentrèrent en foule à l'appel de leurs frères; le général Leslie, un vétéran formé par Gustave-Adolphe, vint de Suède pour prendre le commandement des nouvelles troupes. On leva une taxe volontaire dans chaque comté.

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Le Uoi, effrayé de ces menaces, céda enfln aux demandes des Écossais; mais à peine avait-il consenti, qu'il retira tout ce qu'il avait accordé, et l'Assemblée, qui venait de se réunir, reçut l'ordre de se dissoudre. Elle ne se soumit à cet ordre que lorsqu'elle eut abrogé toutes les innovations de Laud dans le culte et la discipline ecclésiastique, déposé les évèques, et réorganisé complètement les tribunaux de l'Église presbytérienne. On apprit tout <à coup que Charles I" était à York et comptait sur un soulèvement des clans du Xord ; il lui fut répondu par la prise d'Édimbourj], de Dumbarton et de Stirling, tandis que dix mille hommes de troupe bien équipés, sous les ordres de Leslie et du comte de Montrose, s'emparaient d'Aberdecn et ramenaient en trionq)he dans le Sud leur prisonnier, le comte catholique de Huntley. I/oin d'intimider l'Ecosse, l'apparition de la flotte royale dans le Forth fut le signal de la marche en avant de Leslie vers la frontière. Charles avait à peine passé la Tweed, que le " vieux petit soldat contrefait r< , campé sur les collines de Dunse-Law, lui offrit hardiment la bataille.

La guerre des évêques. — Charles n'était pas cependant en mesure de combattre, et les deux armées rentrèrent dans leurs foyers, sur la promesse du Uoi de réunir un Parlement et une Assemblée libres. Mais cette convention de Berwick n'était qu'une sim|)le suspension d'armes ; le rappel d'Irlande de Thomas Uentvvorth, nouvellement créé comte de Strafford , prouvait que le monarque se disposait à prendre des mesures violentes; et les Ecossais répondirent à cette provocation en demandant l'établissement de parlements triennaux et la plus complète liberté d'élection et de discussion. Strafford conseillait de les assagir à coups de verges ; et la découverte d'une correspondance entre quelques chefs covenantaires et la cour de France donna un instant l'espoir au Roi qu'un appel au pays contre la trahison écossaise trouverait un certain écho en Angleterre.

Tandis que Strafford se rendait en toute hâte en Irlande pour lever une armée, Charles convoqua un Parlement, connu sous le nom de Court rarlement, à cause de son peu de durée. Les Chambres se réunirent dans des dispositions qui permettaient d'espérer la conclusion d'un arrangement avec la Couronne; mais on dut renoncer à lui faire déclarer la guerre à l'Ecosse. Le Parlement écai'ta la question des lettres interceptées, et demanda, comme toujours, que le redressement des abus précédât le vote des subsides; il se montra inexorable, malgré l'offre que lui fit le Roi d'abandonner le ship-nwneij ; et, après trois semaines de discussion, il fut brusquement dissous : « Les choses doivent aller plus mal encore avant que les affaires puissent marcher un peu mieux ^ , disait froidement Saint- John, un des chefs du parti national. Mais la surexcitation était grande dans le pays. « Jamais, de mémoire d'homme, on n'avait vu pareille

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