LES PREPARATIFS DE LA GUERRE CIVILE
d'armes se présentait en même temps devant les Communes, et demandait qu'on lui livrât les cijiq accusés ; c'était une violation manifeste de la loi ; le Roi se constituait personnellement comme accusateur. Les accusés étaient prives du droit d'être jugés par leurs pairs, et ils se trouvaient cités à comparaître devant un tribunal qui n'avait en réalité aucune juridiction sur eux.
Les Communes promirent simplement de prendre cette demande en considération et redemandèrent une garde. ^ Je leur répondrai demain " , répliqua le Roi. Dès le lendemain, il ordonna à trois cents gentilshommes de le suivre, et, embrassant la Reine, il lui promit de revenir maître de son royaume. Au moment où Charles quittait son palais, il fut rejoint par une troupe de Cavaliers qui resta à Westminster Hall, tandis que lui, accompagné de son neveu l'Électeur palatin, entrait à la Chambre des communes. « Monsieur le président ^ , dit-il, « permettez-moi de m'asseoir un instant sur votre fauteuil. >5 11 s'arrêta un peu confus en voyant que la place de Pym était vide, car, à la nouvelle de son approche, la Chambre avait ordonné aux cinq membres de se retirer, u Messieurs ^ , commença-t-il d'une voix lente et saccadée, " je regrette d'avoir à venir auprès de vous dans de pareilles circonstances ; hier, je vous ai envoyé mon sergent d'armes pour une affaire de la plus haute importance, avec l'ordre d'arrêter quelques-uns d'entre vous accusés de haute trahison. Je m'attendais à être obéi, et non à recevoir un message. Les traîtres ne doivent pas être protégés n , continua-t-il, « et je viens savoir si aucune des personnes incriminées n'est ici présente. » On ne lui répondit que par un silence de mort, a 11 me les faut, par quelque moyen que ce soit ;) , répéta-t-il. Il s'arrêta de nouveau, personne ne répondit. Alors, élevant la voix : « M. Pym est-il ici? » Pas de réponse. Charles, se tournant vers le président, lui demanda oii se trouvaient les cinq membres ; Lenthall tomba à genoux et répondit qu'il n'avait ni yeux ni langue à son service pour voir ou dire quoi que ce fût sans la permission de la Chambre. "C'est bien! c'est bien ! » s'écria Charles avec colère. « Peu importe ; je pense que mes yeux en valent bien d'autres. » 11 y eut encore un long silence, pendant qu'il parcourait du regard les rangs de l'assemblée. « Je vois que les oiseaux sont envolés, mais je m'attends à ce que vous me les renvoyiez, n Et il ajouta: « Sinon, je viendrai les chercher en personne. " Puis il sortit, nous raconte un témoin oculaire, en protestant de ses intentions pacifiques, a mais plus mécontent et plus irrité que lorsqu'il était entré r, . (4 janv. 1G42.)
Les préparatifs de la guerre civile. — C'était bien grâce à l'absence des cinq députés et à l'attitude calme et digne de la Chambre que cet essai de coup d'État du Roi avait échoué sans la moindre effusion de sang. « On était convaincu » , rapporte Whitelock, présent à cette séance,
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« q«e si le Roi les avait trouvés et avait ordonné aux gardes de les saisir, les membres des Conmiunes auraient tenté de défendre leurs collègues, ce qui aurait été déplorable et malheureux de toutes façons. " Certes, cinq cents gentilshommes, des premières familles d'Angleterre, n'auraient pu rester impassibles, en voyant les sbires de Whitehall mettre la main sur leurs chefs, et cela en plein Parlement.
Mais Charles était aveuglé sur le danger de sa nouvelle position. Les cinq membres avaient trouvé refuge dans la cité, et c'est là que le Roi demanda le lendemain aux aîdermen de Guildhall qu'on lui livrât les coupables. A son retour, il n'entendit sur son passage que les cris de : u Privilège ! privilège ! » Les shériffs eux-mêmes ne firent aucune attention au décret qui ordonnait l'arrestation des cinq; et l'on répondit à une proclamation publiée quatre jours j)lus tard, et qui les déclarait traîtres à la patrie, en les. portant en triomphe jusqu'à Saint-Etienne. Les milices municipales de Londres et de Southwark étaient sur pied, et les bateliers de la Tamise, « qui avaient juré de protéger le Parlement, le royaume et le Roi n , escortèrent les cinq députés qui se rendaient à Westminster le long de la rivière., Les Cavaliers, épouvantés, s'enfuirent de Whitehall, oîi Charles resta complètement abandonné; car cette insulte faite au Parlement l'avait séj)arc momentanément de ses nouveaux amis et de ses ministres Falkland et Cole|)epper, choisis parmi eux.
Malgré son isolement, Charles I" était bien résolu à la guerre. Le comte de Xewcastle fut envoyé dans le Xord pour réunir une armée dévouée à la cause royale ; et, dès que les cinq députés furent rentrés à la Chambre, Charles quitta Whitehall (10 janv.). Dans les deux camps, on se préparait à la lutte; la reine Henriette-Marie s'était embarquée à Douvres, avec les joyaux de la couronne, pour acheter des nmnitions de guerre; les Cavaliers se ralliaient de nouveau autour du Roi, et la presse royaliste inondait le pays de proclamations rédigées par Hyde. De même, des processions de francs tenanciers du Kent et du Buckinghamshire traversaient Londres, se rendant à Westminster, pour promettre sous serment de vivre et mourir pour le Parlement. Pym fortifiait la Tour, et s'emparait des deux grands arsenaux de Hull et de Portsmouth. Les lords furent obligés de cesser leur opposition, en voyant avec quelle énergie la Chambre des communes prenait position. « Les Communes " , leur dit Pym, ^ seront heureuses d'avoir votre aide et votre concours pour sauver le royaume ; mais si vous refusez de vous joindre à elles, elles rempliront leur devoir sans hésiter. Que le royaume soit sauvé ou non, il serait déplorable qu'on puisse dire plus tard, en écrivant l'histoire du Parlement actuel, que dans ces pressantes et dangereuses conjonctures, la Chambre des communes seule a tenté de sauver le royaume, n Ces paroles de Pym entraînèrent le vote du bill qui excluait les évêques de la Chambre des lords.
Le point le plus important, pour l'un et l'autre parti, était de s'assurer